J’ai quatorze ans, la nuit est chaude et humide en banlieue, les spéculateurs sont aux aguets; j’entends les froissements et les cris étouffés du zonage agricole qui subit les derniers outrages… C’est la fin d’une époque depuis longtemps révolue.

Je me baigne dans la mer, celle qui se trouve près des rails de chemin de fer. Raz-de-marée: je m’échoue dans le petit parc de mon quartier. J’y contemple les remous d’un immense champignon nucléaire, qui implose et explose en accéléré comme si quelqu’un s’amusait avec la télécommande. Je suis terrifiée, ma peau porte le deuil.

Je cours vers ma maison de ma mère. Elle est vide. Tout le monde s’est enfui en vitesse. Il ne me reste que deux œufs cuits dur et le corps momifié de Lénine sur mon divan.

Je me réveille en pleurant.