Mesdames et messieurs, veuillez applaudir l’artiste.

Curieusement, c’est le mot « cerf-volant » qui fut le plus difficile à caser…

oothèques, linéaire, solitaire, gamin, bienheureuse, adultère, diptère, deep-throating, phylactère, ambidextre, gingivite, aoriste, indolent, exotique, cerf-volant.

Récit linéaire d’un samedi indolent

Je rêvais, bienheureuse, à Russell Crowe lorsque la langue râpeuse de Bonnot, le chef de bande de mes chats, vint interrompre mon sommeil en frottant ma joue. Je compris que l’heure du Meow Mix avait sonné et me levai péniblement, non sans faire un détour vers les toilettes pour me plier au rituel du pipi matinal. Après avoir nourri tous mes anars félins, j’eus la permission de me sustenter moi-même en lisant le journal que mon voisin n’avait par miracle pas encore eu le temps de me voler. Je me rinçais la bouche avec du Peridex (pour soigner une gingivite causée par une pratique abusive du deep-throating) lorsque ma mère, toujours soucieuse de mes fréquentations, m’appela pour me demander des nouvelles. Après l’avoir assurée que je n’avais pas passé la soirée à lui faire honte en compagnie d’individus louches, je l’écoutai me raconter en détail le récit passionnant de la rénovation de son sous-sol. Avant de raccrocher, elle prit bien soin, comme c’est son habitude, de me rappeler subtilement que son ingrate de fille de vingt-six ans n’aura jamais de gamin parce qu’elle aime mieux faire la vie avec une lesbienne adultère plutôt que de se trouver un mari et un cottage en banlieue.

Après avoir passé la matinée à lire sur l’oothèque des diptères Blaesoxipha filipjevi Rohdendorf du Sahel ouest africain dans le National Geographic, je pris la résolution de faire un peu de ménage, mon appartement étant dans un état lamentable. Mes efforts se limitèrent toutefois à passer l’aspirateur en récurant l’évier de la cuisine (je suis ambidextre) et à changer la litière de mes minous. J’estimai avoir suffisamment sacrifié au culte domestique et décidai de me payer une petite bouffe exotique au resto. Un ragoût de seitan chinois et deux papiers de fortune plus tard, je dérivai jusqu’à la librairie où j’achetai L’homme aoriste de Benoît J. Suykerbuyk ainsi qu’une carte de souhaits pour l’anniversaire de mon beau-père ornée d’un phylactère où l’on pouvait lire «Bonne fête vieux croûton». Comme il faisait chaud, je m’offris une glace à la vanille en tentant de me convaincre que l’obsession de la minceur est une forme d’oppression patriarcale.

De retour chez moi, je travaillai un peu sur les plans de cours que je dois remettre lundi, puis fis une sieste jusqu’à ce que Simone me téléphone. Après moult «je t’aime» et «je m’ennuie», elle m’informa que son offre de mariage était toujours valide, et je lui répondis par des blagues idiotes, en trouillarde que je suis. Je me fis ensuite une omelette champignons-Oka en me disant avec une mauvaise foi évidente qu’il faudrait bien un jour devenir végétalienne.

Peu de temps après, ma copine Caroline m’invita à sortir en compagnie de sa nouvelle flamme (un Californien qui ne sait parler que de surf et de cerf-volant), mais l’envie de traînasser en solitaire à la maison était si forte que je feignis une migraine de cheval. Après un bain aussi parfumé que prolongé, je m’installai au lit avec un verre de rouge et les Exercices de style de Queneau et me disant « Tiens, et si j’inventais le concept de blogo rallye?»

Un gros merci à Jovette, Jean, T, le meilleur papa, ozoff, Rooxy, phuong, pHiLoGrApH, Oldcola, Yann, Marie-Marie, Michel, Jean-Philippe, Tom et culculine !