J’ai décidé de faire une petite Raymonde Quenouille de moi-même. Alors mesdames et messieurs, au mépris de la mort et du ridicule, je vais tenter devant vos yeux incrédules et ébahis la première expérience de blogo rallye de l’histoire du Web.

Le concept est simple. Je vais d’abord vous faire le récit sublime de ma pitoyable journée, puis je vais vous demander de me soumettre, via les commentaires de ce blog, le premier mot qui vous vient à l’esprit (un seul par personne et pas de triche, j’ai vos adresses IP !). Je me servirai ensuite des douze premiers mots soumis pour vous faire un récit tout aussi sublime de la même pitoyable journée en tâchant de rester rigoureusement cohérente (ou du moins, pas plus incohérente qu’à l’accoutumée).

Vous êtes prêts et prêtes ? C’est parti !

Un samedi rocambolesque

Je rêvais langoureusement à Russell Crowe lorsque la langue râpeuse de Bonnot, le chef de bande de mes chats, vint interrompre mon sommeil en frottant ma joue. Je compris que l’heure du Meow Mix avait sonné et me levai péniblement, non sans faire un détour vers les toilettes pour me plier au rituel du pipi matinal. Après avoir nourri tous mes anars félins, j’eus la permission de me sustenter moi-même en lisant le journal que mon voisin n’avait par miracle pas encore eu le temps de me voler. Je finissais mon bagel lorsque ma mère, toujours soucieuse de mes fréquentations, m’appela pour me demander des nouvelles. Après l’avoir assurée que je n’avais pas passé la soirée à lui faire honte en compagnie d’individus louches, je l’écoutai me raconter en détail le récit passionnant de la rénovation de son sous-sol. Avant de raccrocher, elle prit bien soin, comme c’est son habitude, de me rappeler subtilement qu’elle n’aura jamais de petits enfants parce que son ingrate de fille de vingt-six ans aime mieux faire la vie avec une lesbienne carriériste plutôt que de se trouver un mari et un cottage en banlieue.

Mon appartement étant dans un état lamentable, je pris la résolution, après avoir passé l’essentiel de la matinée étendue en robe de nuit à lire des magazines crétins sur ma causeuse crasseuse, de faire un peu de ménage. Mes efforts se limitèrent toutefois à l’aspirateur, au récurage de l’évier de la cuisine et au changement de la litière de mes minous. J’estimai avoir suffisamment sacrifié au culte domestique et décidai de me payer une petite bouffe au resto. Un ragoût de seitan chinois et deux papiers de fortune plus tard, je dérivai jusqu’à la librairie où j’achetai les Poésies complètes de Villon en format de poche ainsi qu’une carte de souhaits pour l’anniversaire de mon beau-père adoré. Comme il faisait chaud, je m’offris une glace à la vanille en tentant de me convaincre que l’obsession de la minceur est une forme d’oppression patriarcale.

De retour chez moi, je travaillai un peu sur les plans de cours que je dois remettre lundi, puis fis une sieste jusqu’à ce que Simone me téléphone. Après moult «je t’aime» et «je m’ennuie», elle m’informa que son offre de mariage était toujours valide, et je lui répondis par des blagues idiotes, en trouillarde que je suis. Je me fis ensuite une omelette champignons-Oka en me disant avec une mauvaise foi évidente qu’il faudrait bien un jour devenir végétalienne.

Peu de temps après, ma copine Caroline m’invita à sortir en compagnie de sa nouvelle flamme (un anar plateformiste de San Francisco), mais l’envie de traînasser à la maison avec un bon bouquin était si forte que je feignis une migraine de cheval. Après un bain aussi parfumé que prolongé, je m’installai au lit avec un verre de rouge et les Exercices de style de Queneau et me disant «Tiens, et si j’inventais le concept de blogo rallye?»