Raison #2: on ne peut pas déménager l’usine en Antarctique
Le coût des marchandises n’est évidemment pas le seul coût de production que le capitaliste veut minimiser. La réduction du coût du travail constitue l’autre obsession capitaliste.
Je ne vous apprends rien lorsque je dis que c’est le rapport de forces établi entre les employeurs et les travailleurs qui fixe un niveau moyen de salaire à une époque déterminée et en un endroit donné. Ceux qui ont déjà trimé dans une boîte non-syndiquée savent de quoi je parle! Dans les premiers temps du capitalisme, ce rapport de force est nettement en faveur de l’employeur, ce qui fait que les salaires sont très bas. Mais après un certain temps, les travailleurs se syndiquent, ou s’organisent politiquement, et réclament un hausse du salaire réel (c’est-à-dire, une hausse supérieure au coût de la vie).
Même s’il faut plusieurs décennies de lutte, les travailleurs finissent toujours par obtenir une certaine hausse salariale, soit par la signature de conventions collectives, soit par des moyens politiques comme des lois sur le salaire minimum. Pourquoi? Parce qu’en en période de prospérité économique, le plus important pour l’employeur capitaliste est de maintenir la production et d’éviter les arrêts de travail. Il est alors rationnel d’accorder des hausses salariales, les baisses de profit entraînées par des arrêts de travail à répétition étant plus importantes que lesdites hausses salariales.
Mais lorsque la récession et la stagnation économique se pointe, le problème de la réduction du coût du travail pour rester concurrentiel se pose. À ce moment-là, le capitaliste doit impérativement trouver un moyen de réduire effectivement le coût de sa main d’oeuvre.
Quelles sont ses options? La première est l’affrontement avec les travailleurs pour obtenir des diminutions salariales. Le problème, c’est que l’affrontement est non seulement coûteux, mais il perturbe le processus de production. De plus, le résultat est très aléatoire et en bout de ligne, les pertes risquent fortement d’être supérieures aux gains pour les employeurs.
La seconde option est plus simple et moins coûteuse: délocaliser. Le capitaliste remballe tout et s’installe dans un endroit où le niveau historique des salaires est moins élevé, habituellement une région peuplée par des ruraux fraîchement arrivés à la ville, ou une région moins commercialisée. Bref, une région où les individus qui se présentent sur le marché du travail sont prêts à travailler pour un salaire inférieur à celui versé aux travailleurs en zone «développée».
Mais pourquoi ces gens sont-ils prêts à accepter des salaires très bas? Parce qu’après tout, travailler dans un sweat shop, c’est agréable pour personne… La réponse est simple: dans ces régions, les salaires offerts, bien que dérisoires, sont plus importants que ce que les nouveaux citadins qui forment l’essentiel de la force de travail auraient pu obtenir en restant en milieu rural.
Malheureusement pour les capitalistes, après quelque temps, ces mêmes travailleurs s’habituent à leur nouvelle vie urbaine et surtout, se rendent compte à quel point leurs salaires sont bas. Donc, ils se finissent eux aussi par se syndiquer, par s’organiser politiquement… pour obtenir, après plusieurs décennies de lutte, des hausses salariales. À ce moment, le capitaliste n’a d’autre choix que de délocaliser une nouvelle fois et s’envoler vers des cieux plus cléments.
Soit dit en passant, c’est le phénomène de la délocalisation qui explique en grande partie l’industrialisation du Québec dans le dernier tiers du XIXe siècle. Les capitalistes amerloques, soucieux de diminuer leurs coûts de production liés au travail, ont délocalisé des usines américaines pour les installer à Montréal, où l’on trouvait plein de ruraux qui venaient de fuir les terres saturées de la vallée du Saint-Laurent. Et c’est ce même phénomène qui explique le départ de ces mêmes entreprises dans le dernier tiers du XXe vers une multitude de destinations-soleil exotiques comme le Mexique, les Philippines, l’Indonésie…
Le hic, c’est que ce processus de délocalisations répétées, qui résout le problème des hausses de salaires dans certaines régions en recherchant des salaires plus bas dans d’autres, ne peut pas être infini. Ses possibilités dépendent du nombre de régions où le processus de déruralisation et de prolétarisation n’a pas encore été achevé. Or, ce processus mondial de marchandisation du travail est pratiquement achevé. On retrouve des sociétés précapitalistes seulement dans quelques régions parmi les plus lointaines et inaccessibles du globe. Lorsque les travailleurs de ce qu’on appelle communément le tiers-monde s’organiseront comme tous les autres travailleurs avant eux (et c’est déjà commencé), il finiront par obtenir des hausses salariales après quelques décennies de lutte.
Et quand ça se produira, on assistera globalement à une hausse effective du salaire réel des travailleurs qui créera une contrainte si forte sur le profit qu’il deviendra presque impossible. Faudra alors dire bye bye au capitalisme…








(le 15 février 2005 à 6h27)
Hélas, je ne crois pas que la main d’oeuvre bon marché soit prête à s’épuiser. Ne serait-ce que parce que le roulement évoqué laisse des zones « en jachère », où un fort chomage re-conditionne les prolétaires à accepter des bas salaires. La création d’un quart-monde dans les pays industrialisés aménage un bassin d’emploi à bas coût non négligable et surtout « met la pression » au prolétariat en exercice. De plus, la hausse phénoménale de la productivité ces dernières décennies minimise les besoins de main d’oeuvre tout en laissant une grosse marge pour le profit, même en cas de réévaluation des salaires. Pour finir, le capitalisme a déjà survécu à des taux de profit bas dans les périodes post-crise de reconstruction keynésienne…
(le 22 février 2007 à 12h58)
Les ressources en matières premières étaient encore importantes et consommées par les SEULS occidentaux. Mais il faut encore des clients pour acheter la camelote produite. A part Keynes, il faut éviser son Ford et son Taylor.
Que proposes-tu?