Lorsque je ressens le besoin de vous faire le récit sublime de ma pitoyable journée, je me dis toujours «pourquoi ne pas en profiter pour faire un blogo-rallye?»

Je vous rappelle le principe: je vous demande de me soumettre, via les commentaires de ce blog, le premier mot qui vous vient à l’esprit. Je me servirai ensuite des quinze premiers mots soumis pour vous faire un récit tout aussi sublime de la même pitoyable journée en tâchant de rester rigoureusement cohérente dans mon délire.

Et je vous supplie de ne pas être trop méchants. Je suis déjà si éprouvée…

Un samedi infernal

Qu’auriez-vous fait à ma place Vous joindre à une connaissance de fraîche date pour sombrer dans l’enfer de la luxure en copulant avec une entité démoniaque, ou participer à un barbecue de banlieue en compagnie de votre mère, de votre beau-père et ses amis cathos? Vous me connaissez, je ne recule devant rien lorsque vient le temps d’expérimenter de nouveaux frissons. J’ai donc choisi… de ne pas faire de peine à ma mère et d’aller siroter mon cooler sans alcool près de sa piscine hors terre. J’espère que l’incube avec qui j’avais rendez-vous n’est pas trop fâché de s’être fait poser un lapin!

Ce fut la fiesta la plus mémorable de ma courte existence. Après quelques mondanités, où les amis de Jacques-mon-beau-papa ont discuté chasse à l’orignal et rénovation de sous-sol de bungalow, nous eûmes droit à une distribution commentée de photos de voyage à Calgary, gracieuseté d’une pimbêche maquillée au rouleau qui fut jadis mon prof d’économie familiale. Une centaine de clichés mal cadrés plus tard, j’eus le loisir d’observer les charmants invités se gaver de chair grillée d’animaux divers pendant que je chipotais, nauséeuse, mon assiette de courgettes farcies aux lentilles. Évidemment, j’eus à expliquer en long et en large les raisons de mon végétarisme, ayant à répondre à des questions hautement originales du genre «Mais comment fais-tu pour ne pas manquer de protéines?» ou «Qu’est-ce que tu manges en voyage?».

Après le dessert, nous trinquâmes (toujours sans alcool) à la santé du beau-père. Tant de modération finit par me faire tourner la tête… Puis vint le moment tant attendu des cadeaux: après la cravate, l’agenda électronique, le disque de Gilles Vigneault, l’ensemble de tournevis et la poterie mexicaine, mon album de photos homoérotiques de Mappelthorpe eut le mérite d’égayer la soirée. Le visage de Jacques prit une jolie tinte rouge violacé. Antoine, le curé défroqué devenu animateur de pastorale faillit faire une syncope et bafouilla quelque chose au sujet d’actes contre-nature et d’outrage à Dieu. Et Ginette, professeur de catéchèse, fut aperçue, vers la fin de la soirée, répétant sans cesse «Mais comment est-ce qu’ils font?», les yeux rivés une photo de fist fuck ma foi, fort artistique.

Évidemment, ma mère me sermonna vertement, mais elle eut tant de mal à réprimer son fou rire que je sais que je serai exemptée à peu de frais de la prochaine surboum familiale.