Charlie était un amour; j’en étais folle. Il était grand, il était beau, il était blond, il avait des yeux outremer que je pouvais contempler pendant des heures. Et quand je dis des heures, ce n’est pas une figure de style… parce que Charlie n’avait que deux passions: l’acide lysergique et le conduit sodomique des demoiselles (asiatiques de préférence). Ainsi, nous décollions ensemble les yeux dans les yeux le samedi — et nous atterrissons ensemble le dimanche, lui derrière et moi devant.

Ce samedi là, j’en avais pris beaucoup plus qu’à l’accoutumée… 150 ou 200 µg si ma mémoire est bonne. Ce qui selon toute vraisemblance explique ce que j’ai pu voir par la fenêtre du salon.

— Fuck! Charles! Viens voir!

— Quoi? Quoi? Qu’est-ce qui se passe? me répondit un Charlie phosphorescent avec une voix qui semblait provenir de l’intérieur de mon crâne.

— Les flamants roses!

— Les flamants roses?

— Oui! Sur la pelouse! Ici!

— Je sais. C’est la concierge qui les a…

— Mais regarde! Regarde donc! Ils baisent!

— Anne, ils sont en plastique.

— Celui-ci la prend par derrière! Et celle-la le suce avec son énorme bec…

— Ha ha ha! J’en connais une qui a eu les yeux plus gros que la panse! conclut Charlie en retournant s’étendre sur le sofa.

Je ne sais pas combien de temps j’ai passé à me scandaliser des mœurs dépravées des flamants roses en plastique. J’étais si bouleversée que j’en tremblais.

— Charles! Charles! Je te dis qu’ils baisent sur ta pelouse! En public! Fais quelque chose!

— Ça suffit calvaire…

— Mais… mais… mais… qu’est-ce tu fais? Ma jupe!

— Je vais t’enculer jusqu’à ce que tu te la fermes, bordel!

— Pas devant la fenêtre… non… les voisins…!

— Aucun danger: ils sont tous occupés à regarder les flamants roses.