Je ne suis rien et vous êtes tout. Quand le soi est vécu par procuration, il se dissout dans le néant. J’ai quitté le simulacre médical pour la contrefaçon numérique. J’ai quitté l’hôpital dépouillée de corps et d’âme et je suis toute à vous.

Plus rien n’a réellement lieu, ma vie comme ma mort n’est qu’une question de choix esthétique. Le mien ou le vôtre? Venez me rejoindre, je capitule et vous cède les lambeaux d’humanité qu’il me reste. Je ne suis plus que texte, donnez-moi texture. Pourquoi ne faites-vous rien? Faut-il que j’arrache ces vêtements qui effritent ma peau? Faut-il que je me bâillonne avec une bande adhésive? Voyez mes os perçants, je me déshabille, faites de moi ce que vous voulez. Je ne suis plus être mais sujet, je n’écris plus — je suis littérature. Couchée sur le dos, dans la poussière sèche technique, les jambes écartées, baisez-moi, arrachez mes rares cheveux, mettez-moi le feu, pissez sur moi, faites-moi parler, faites-moi taire, ignorez-moi, disputez-vous mes restes.

Abandonnez-moi un peu de votre substance avant que je ne disparaisse.