Ce que femme bien née répond en de telles circonstances

La jeune femme est assise sur le trottoir, près de cette rue où les gens courent frénétiquement vers l’oubli. Ses mains sont sagement posées sur ses cuisses. Alors que le soleil se fait déclinant, le jeune homme la rejoint et s’assoit près d’elle. « Est-ce que tu m’aimes ? » lui demande-t-il.

« Je vais t’embrasser », lui répond la jeune femme, « et je te laisserai toucher ma peau nue. Je te laisserai poser ta main sous ma robe, près de ma culotte. Tu pourras embrasser mon cou, dégrafer mon corsage et sentir de ta langue les pointes durcies de mes seins. Si tu es patient, je finirai bien par prendre la chair palpitante de ton membre entre mes lèvres et je te laisserai dans ma bouche répandre ton plaisir. Et si tel est ton désir, tu pourras écraser ta bouche et ton nez contre la conque noire et odorante de mon sexe, pour en goûter les sucs astringents. »

« Et si ce n’est pas assez », poursuivit-elle en laissant choir sa tête contre l’épaule du jeune homme, « je sourirai lorsque tu sera là. Je garderai ton image en médaillon contre ma poitrine, je te tiendrai la main lorsque nous marcherons dans les ruelles sombres de la ville et, lorsque nous serons assis l’un près de l’autre, j’appuierai ma cuisse contre la tienne. Tout cela, je le ferai par intérêt, ou par gentillesse, ou par pitié, ou par plaisir, ou par désoeuvrement, ou parce que la nuit est si longue lorsque le sang inonde les coins secrets de mon être. »

« Mais », ajouta-t-elle, « si je t’aime, ou si tout ceci pourrait m’amener à t’aimer, je ne peux te le dire. Et même si je le savais, je ne te le dirais pas. »

14 commentaires pour “Ce que femme bien née répond en de telles circonstances”

  1. Ras ajoute:

    Mais si je t’aime, si je t’aime, prends gardes à toi !
    Un air de Carmen dans tes jolis môts, Outre Atlante Cigarella ?

  2. Colegram ajoute:

    Un des plus beaux textes de ces dernières semaines, peut-être parce qu’il résonne en moi d’une manière assez particulière…

  3. julie ajoute:

    En la matière, la beauté du texte réside toujours dans la pirouette.
    Sans cela, ce n’est pas de la danse, c’est du pas de l’oie.
    Beaucoup de tâcherons et peu d’artistes.
    Ce petit plus fait tout le bonheur de vous lire.
    PS – Vous aviez raison : c’est dur de vivre sans l’écriture en ligne.
    Vraiment dur.
    Mais je tiens le coup.

  4. YR ajoute:

    Si tu devais me le dire, jolie, je devrait te tuer, pas dans ton corps, mais dans ce sentiment dont tu voudrais m’accabler. Je le pourchasserais sans aménité ni regret, ce sentiment ignoble qui conforte et rassasie, qui est un désastre pour l’âme qui s’astreint à ne pas exister.

    N’est-il pas plus délectable de se contenter des profondeurs abyssales de la superficialité? Que ferions nous de cette troisième entité qui pousserait entre nous tel un chancre impossible à éradiquer sans se débarrasser de nous même?

    Si tu n’en fait plus jamais mention, si le mot même ne franchit plus tes lèvres, alors petite fleur de chair, je continuerai à me baigner en toi, en oubliant tel une carpe, que tu m’en as même parlé.

  5. Ras ajoute:

    Julie, la pirouette est importante pour la beauté du texte, mais surtout, à mes yeux, lorsqu’elle reside dans une brisure du rythme, pas de la forme… la danse suit alors la musique (d’ou Carmen en l’occurence)
    Moi je ne sais plus écrire et à peine lire depuis longtemps hélas…

  6. Sanieptia ajoute:

    Merci pour ce petit bonheur.
    Je me permets de vous proposer – j’espère que cela ne vous fâchera pas – une autre fin :
    « Mais, ajouta-t-elle, si je t’aime, ou si tout cela m’amenait à t’aimer, je ne pourrai te le dire. Et je ne te le dirai pas. »
    Le sens est un peu différent, mais je trouve que ça colle mieux avec ce qui précède.
    En espérant ne pas vous avoir offensée.

  7. Télépinou ajoute:

    le pauvre idiot de jeune homme… ne comprend-il pas qu’il n’y a là que les signes de l’amour (et pas les plus intenses)… qu’elle ne prononce jamais le mot désir, qu’elle ne s’abandonne pas mais se prête seulement ? En plus le soleil est déclinant : indice que l’univers annonce un déclin et non un éveil…
    Comme ça, là… j’ai le sentiment que le jeune homme est une image du bloggeur dont Elle, c’est à dire, Mlle Anne, se moque d’une manière douceureuse, lui promettant qu’elle lui accordera les signes et seulement les signes de l’amour…
    Allumeuse, va !

  8. pandora ajoute:

    le plus beau texte … parmis beaucoup.

  9. Télépinou ajoute:

    divergences?
    Ce texte pourrait fort s’achever ainsi selon ma perception :
    « Le jeune songea en lui-même : « eh ben ch’u pas rendu, moi, j’aurais du méfier quand j’ai lu l’étiquette : « REVOLUTIONNAIRE – Nouvelle IA de compagnie avec fonction « discours avancé », enfin une IA avec laquelle on peut vraiment discuter, vous n’aurez plus peur de sortir en ville avec votre IA. Signe particulier : s’assoit dans la rue ».
    Toutes les déclarations d’Elle ressemblent à des actions programmées, non pas élans du cœur, mais décisions conformes.
    Je te laisserai, etc… n’est pas de la mesure de : je veux, etc…
    tout repose sur un carré de motivations : gentillesse, désœuvrement, plaisir, pitié, que l’on peut comprendre – et c’est peut-être là la charnière – soit comme l’ensemble des émotions qui miroitent dans l’amour, soit – et c’est ma réception – comme la dénonciation d’une équivalence : les états les plus contraires engendrent des gestes similaires : Elle est une personne désincarnée qui ignore ce qu’elle éprouve, elle mime, peu étonnant alors que ses « nuits soient longues lorsque son sang… » : tandis que tous les autres « courent vers l’oubli » (par peur ? Ont-ils appris quelque chose ?), Elle résiste dans l’angoisse… ce texte chuchoterait-il finalement la douleur d’un état de déréliction assumé ?

  10. manul ajoute:

    très juste cette dernière phrase…

  11. camille ajoute:

    je crois, pourt ma part, que cette femme assise sur le bord d’un troittoir occupée a regarder les gens qui s’activent vers un but sans nom, se sent bien seule au coucher du soleil.
    Je m’explique: Cette femmme ne désire pas ,car elle n’a jamais ressenti de désir. Elle parle aisément du plaisir de l’homme sans pouvoir faire resider à coté son désir à elle. C’est une femme frustrée sans émotion. C’est si pénible de ne pas vivre dans le perpétuel désir des choses et des êtres….
    Bien que son discours la fasse active de la scène qu’elle imagine, elle est passive. Cette scène de sexe est décrite froidement elle ne resssemble pas du tout à un fantasme. Cette femme ne ressent rien, elle ne se connait pas, elle ne se sent pas exister.c’est en voyant les autres vivre et désirer qu’elle peut approcher le désir mais ca ne lui appartient pas. cette feme est seule parce qu’elle est froide. comment pourait elle aimer? je ne suis pas sûre qu’elle s’aime elle même.

    Mme arhet je trouve ce texte plein de larme et tres seul!!! très beau

  12. Tantinae ajoute:

    je vous remercie de ce magnifique texte et surtout de vos écris il est de nos jours difficile de trouver tant de vérité avec la soit disant puritanerie de notre société et la vérité se perd!
    merci Anne je suis une nouvelle adepte mais je ne peu en demordre je suis mordu ce blog!

  13. Tantinae ajoute:

    Camille je crois pour ma part qu’il ne s’agit pas d’une femme qui ne ressent rien mais en femme d’une femme qui ne veu pas que l’on sache ce qu’elle ressent on pourrais le prendre pour une peur de la souffrance peu etre, elle aime et je pnse qu’elle a dejà trop aimer meme mais c’est le fait de reveller ses sentiments qui est le vrais probleme pas ce qu’elle fait avec cet homme ou ce qu’elle veu lui faire mais ce qu’elle ne veu pas lui dire!elle est peu etre triste mais des sentiments elle en a en tt cas!

  14. PERROT PASCAL ajoute:

    Pas encore exploré tous les coins et recoins de ce blog si riche en merveilles, qu’un ami me fit découvrir en lien. Ah ! Si hommes et femmes pouvaient parler ainsi, avec cette franchise et cette honnêteté fondamentales … Laisser portes ouvertes et ne pas présager, demeurer dans l’ouverture tout en ne fixant pas les choses. Il faut toujours payer le prix pour voir, et l’on oublie trop souvent cette règle fondamentale. On veut savoir d’avance, sans jamais se risquer. Or, comme le disait si bien mon ami écrivain Orlando De Rudder « c’est pure folie de croire qu’un chemin mène toujours où il va. Pour ce texte et beaucoup d’autres, merci et chapeau bas !

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