avril 2006

Plan d’urgence

30 avril 2006

Je me présente à la porte de mon bel inconnu et je frappe frénétiquement, sans discontinuer. Il ouvre, me regarde d’un air stupéfait et je le pousse à l’intérieur.

« C’est une urgence ! » que je lui dis en me déshabillant. Je cours vers sa chambre en laissant derrière moi une traînée de vêtements qu’il suit tel un petit poucet ahuri et bandant. Je me lance sur son lit la tête la première, j’atterris sur le dos et j’ouvre les cuisses en lui criant : « Vite ! Vite ! »

Alors à coup sûr il se dévêt en vitesse, passe son t-shirt par dessus sa tête en me montrant ses bras noueux, sa poitrine musclée, son joli cul bien ferme. Avant qu’il ne puisse dire quelque chose, j’attire sa tête entre mes cuisses et lui ordonne : « Lèche ! Pas de temps à perdre ! » Sans surprise, il s’exécute, par petite lapées, avec un savoir-faire insoupçonné. Mais après une ou deux minutes, il faut bien passer aux choses sérieuses. Alors je lui dis : « Ça suffit ! Vas-y ! Maintenant ! »

Alors qu’il se met en position, je lève mes jambes et place mes mollets contre ses larges épaules. « Profond. Tout de suite. Je te veux au plus profond ! », voilà ce que je lui ordonne – et il obtempère, ça c’est sûr. Quant à moi, je remue des hanches pour lui faciliter la tâche, pour qu’il puisse glisser jusqu’au col, pour qu’il butte contre la matrice.

Il grogne. Je soupire. Puis il reste en moi jusqu’à ce que le spasme expire. Évidemment, il me demande ensuite : « Mais qu’est-ce qui est si urgent ? ».

Je lui réponds alors : « Le petit a besoin d’un père. »

Ça ne peut que fonctionner ; reste seulement à trouver où il habite.

Une apparition de Marlène Dietrich dans une galerie d'art

26 avril 2006

– C’est comme si la jeune Marlène Dietrich était revenue à la vie, lui dis-je, la voix tremblante d’émotion.

Elle venait d’entrer dans la galerie d’art de mon copain Louis, où j’avais accepté de donner un coup de main pour assurer les heures d’ouverture pendant les vacances estivales de son employée. Marlène se mit à rire d’une voix suraiguë qui me parut incongrue tant je m’attendais à la tessiture contralto de son illustre sosie.

– Les femmes comme toi me disent toujours la même chose.

– Les femmes comme moi ?

– Oui, les lesbiennes.

Je la regardai mâcher son chewing-gum en me demandant si mon orientation sexuelle était visible à ce point.

– Nous, les lesbiennes, savons apprécier la beauté dans ce qu’elle a d’éternel, lui répondis-je en prenant le parti d’afficher clairement mes préférences.

– T’inquiète, les hommes aussi me disent tous que je suis belle, dit-elle sur un ton absolument dénué de modestie.

– Ça se comprend. Votre profil est d’une perfection toute classique, osai-je ajouter.

– C’est parce que je me suis fait refaire le nez. Et aussi le menton l’année passée.

Je la dévisageai d’un air incrédule.

– Ne le dis surtout à personne… même si je sais que les cicatrices sont quand même assez évidentes, me dit-elle en pointant des marques rigoureusement invisibles.

J’attendis qu’elle fasse éclater la bulle démesurément rose qui gonflait devant son visage.

– Et qu’est-ce qui vous amène dans cette galerie d’art aujourd’hui, Madame Dietrich ?

– Ha ! Tu es trop drôle. Je passais devant et je me suis dit que l’air y serait frais. Marre de la canicule.

Je pouvais voir ses tétons poindre à travers sa blouse. Pas de doute, le climatiseur fonctionnait à merveille.

– Vous pouvez dans ce cas en profiter pour jeter un coup d’œil aux pièces exposées. Vous allez voir, certaines sont exceptionnelles.

Elle déambula lentement dans la galerie en faisant claquer ses talons sur le carrelage, puis s’arrêta devant une toile de Catherine Farish.

– J’aime bien celle-ci, dit-elle en la pointant du doigt. Elle est rouge comme mon vernis à ongle. Regarde : grenat borne-fontaine. Mais quand même, mille dollars… pffff !

– C’est hélas une des plus abordables, mademoiselle…?

– Épiphanie. Mais tout le monde m’appelle Fanny.

– Épiphanie… c’est plutôt inusité comme prénom.

– C’est le jour où mon vieux a mis ma mère en cloque.

– Et quelle est votre profession, Fanny ? lui demandais-je en tentant de rediriger la conversation vers un sujet moins prosaïque.

– Je suis danseuse au Sexxxpérience.

– Je suis sûre que vous êtes la première parmi les meilleures, lui soupirais-je avec toute la sincérité du monde.

– Wow ! Merci ! Tu est vraiment chill pour une lesbienne.

– Arrêtez, je vais rougir.

– Tu veux un spectacle privé ?

– Pardon ? Je…

– Allez, y’a personne ici. Pourquoi pas maintenant ? Je te le fais pour mille dollars.

– Mille dollars ! Mais c’est du vol de grand chemin !

– Du vol de quoi ?

– De rien. Et qu’est-ce que j’ai pour ce prix ?

– Tout.

– Tout ?

– Bien sûr. Et même plus.

– Plus… ?

Ce n’était pas Marlène Dietrich, mais bon dieu que ça s’en approchait.

– C’est que… je n’ai pas une telle somme.

– Y’a toujours ce tableau… me dit-elle en faisant éclater une autre bulle rosâtre.

J’allai donc verrouiller la porte en essayant de trouver une explication plausible, du moins suffisamment crédible pour que Louis puisse l’avaler sans trop grimacer.

La barbe

24 avril 2006

L’enquête se poursuit avec maintenant plus de cent témoignages.

#042 – Julie L, âgée de quarante-trois ans, hétérosexuelle et mariée. Acheteuse-adjointe pour une chaîne nationale de boutiques de maternité. Elle se dit particulièrement fière de ses yeux verts et de ses seins ronds et fermes qu’elle s’est fait refaire à l’automne. Elle aime le scrapbooking, la cuisine thaï et les relations anales.

« Je crois que la barbe est très virile. Mon mari en a une très fournie, très douce. J’adore sa caresse contre ma peau nue. »

#018 – Jean T, âgé de vingt-six ans, homosexuel, en couple depuis trois ans. Comédien, présentement entre deux productions. Il s’intéresse aux questions environnementales et aux liens entre la sexualité et la conscience sociale. Il pratique le cyclotourisme, l’œnologie et la fellation.

« Selon mon expérience, la barbe est le signe d’une virilité qui se cherche. Elle est portée par des hommes ambivalents face à leur nature animale, primitive. Personnellement, j’aime les joues bien lisses, si vous voyez ce que je veux dire, heh heh heh… »

#071 – Sylvie P, âgée de trente-neuf ans, bisexuelle, célibataire. Consultante en technologie et entraîneur de chevaux à temps partiel. Elle consacre la plupart de ses soirées d’été à visiter les bars et les parcs de la ville à la recherche de rencontres sexuelles, préférablement violentes. Elle aime la douleur et la vulnérabilité, ainsi que les hommes et les femmes capables d’aspirer son âme à travers son vagin pendant qu’elle jappe au clair de lune. Sylvie explique ce comportement par le fait qu’elle est vierge. Elle n’a toutefois pas mentionné son ascendant.

« La barbe, ça couvre le visage d’un homme, tu vois. Je veux être capable de voir qui est en train de me baiser. »

#066 – Josée P, âgée de trente-sept ans, lesbienne, sous chef de cuisine à La moule joyeuse. Elle est mariée depuis peu à une femme qu’elle connaît depuis son enfance. Insomniaque, elle contemple les étoiles à travers la fenêtre de sa chambre pendant des heures en écoutant la respiration de son épouse, en se demandant si la vie se résume vraiment à tout cela.

« Ça dépend de quel orifice elle coule, hi hi hi ! Euh… Quoi ? Oh, désolée, j’ai cru que vous disiez la bave. Dans ce cas, je n’ai pas d’opinion. »

Mesures dilatoires

20 avril 2006

– Une coquerelle, dit-elle en se grattant le nez.

– Hum…

– Un cancrelat… une blatte… un cafard si tu préfères. C’est ça ! Oui ! Cinq cent coquerelles, qui se promènent le long de ton dos !

– Ouf… soupira-t-il, en essayant de sourire.

– Oui… ou alors, un seau rempli de… hummm… poissons morts.

– Hum. Pfff.

– Euh… un seau rempli de poissons morts… laissés au soleil pendant des heures… Oh ! Avec des asticots !

– Pfff. Je crois que je vais…

– Non, attends ! Dix heures de shopping à la Plaza St-Hubert !

– Ah ! Je vais…

– Avec ma mère !

– Ahhhrrrg !

Elle tourna la tête et jeta un coup d’œil au réveil posé sur la table de nuit.

– Trois minutes dix secondes. Ton meilleur temps à vie, commenta-t-elle sur un ton bienveillant.

– La… prochaine fois… ffff… commence par… ta mère.

La fin des cahiers d’Anne Archet…

19 avril 2006

… n’est pas pour après-demain (enfin, je ne crois pas). Par contre, lorsque je déciderai de tout arrêter, ce sera la paix dans l’âme car je saurai que la relève est assurée. Et que ladite relève écrit mille fois mieux que moi… dans mes meilleurs jours.

Courrez lire Sînziana Lachatte, je vous en conjure.

Le dernier conseil

17 avril 2006

Oui ! Très bien ! C’est de l’excellent travail. Il aime, et c’est tout ce qui importe. Tu sens à quel point il grossit ? À quel point il devient dur ? De longs mouvements, lentement, c’est ça, en serrant un peu lorsque tu t’approches de la couronne. Garde-le bien au chaud, bien mouillé et bien glissant. Et surtout, pas de dents. Garde une main sur la hampe, elle doit accompagner la bouche dans ses mouvements de va-et-vient. De l’autre, tu peux lui caresser le scrotum… le périnée aussi, si tu vois que c’est apprécié. Il ne faut pas que tu néglige les plaisirs de l’oreille : un bruit de succion bien baveux est incontournable, mais il n’est rien sans soupirs, sans gémissements. Il faut que tu assures une succion régulière, en usant bien de ta langue… Lève les yeux. Regarde-le avec des yeux brumeux, comme des lacs sans fond… maintenant lentement, lentement… jusqu’à la pointe du gland… c’est ça, agace-le avec la pointe de ta langue ! Sur le méat, le long du frein… puis remonte en laissant seulement traîner ta lèvre inférieure. Mordille le rebord du prépuce.. puis reprends dans ta bouche. Pivote sur l’axe de son pieu, montre-lui à quel point tu es mouillée, que tu es accueillante. Oh ! Je crois que tu le tiens pour de bon. Plus vite maintenant ! Tous ces bruits baveux et collants l’excitent… alors accélère ! Il abandonne. Tu sens ce spasme ? Il gicle. Comme il y en a ! Lorsque le jet arrive, plus rien n’a d’importance : qu’importe que sois propre ou dégoulinante, que tu avales ou tu recraches, tout ce qui compte, c’est que tu en laisse couler un peu à la commissure de tes lèvres – tu prépares ainsi ton amant pour la prochaine fois. Oh, j’allais oublier, une dernière chose – écoute-moi bien, c’est très important :

Propos d’amazones tels qu’entendus à travers la cloison d’une chambre d’amis

15 avril 2006

– Je te jure. Si mes parents voient une boîte d’Amazon-point-com, ils prennent pour acquis que c’est un livre. À peine s’ils me demandent ce que je lis en ce moment… Ils n’ouvrent jamais un seul colis et ne se doutent d’absolument rien. Ils me disent que la lecture, c’est bon pour moi !

– Cool !

– Mets-en. Je peux acheter tout ce que je veux sur Amazon. Par exemple : v… i…b…r…a…t…e…u…r… et puis je clique…

– Wow ! Qu’est-ce qu’il peut y en avoir !

– L’embarras du choix, ma vieille !

– Tiens, celui-là : la tige de vibration est de quatre centimètres de diamètre et de… quatre-vingt dix centimètres de longueur ? Ayoye ! À qui ça bien peut servir ? Aux juments ?

– C’est un vibrateur à béton, niaiseuse.

– Hi hi hi hi !

– Essaie « vibromasseur »… Tiens, en voilà un : Hitachi Magic Wand… tu vois, la greluche le tient contre sa joue, il est vraiment pour les humains !

– Ouais, mais regarde ici : « Neuf et usagé pour… »

– Ouache !

– Beurk !

– Dégueu !

– Mais tu sais, la plupart des gens les lavent après d’en être servis. Ce n’est pas parce que c’est un usagé qu’il va nous refiler la chtouille ou quelque chose dans le genre.

– Ouais… peut-être…

– Et quand on a espionné ta mère avec sa copine, t’as bien vu qu’elles glissaient des condoms sur leur gros dildo à deux têtes avant de mettre du KY, non ?

– Hum… où est-ce qu’on pourrait trouver des condoms ?

– Mon père en achète par paquet de trente-six. Je suis sûre que je pourrais en piquer quelques-uns sans qu’il ne s’en aperçoive.

– Tu pourrais le faire… maintenant ? Parce que… regarde ce que j’ai emprunté à ma vieille avec de venir ici…

Ne suivirent que rires étouffés, soupirs et chuchotements.

Mon voyage en Amérique profonde (cinquième partie)

12 avril 2006

Une soirée fraîche d’octobre au Greenwich Village Bistro de New York

Il avait vingt minutes de retard. Trente-huit, en comptant le temps passé à poireauter à l’entrée. Je retouchai mon maquillage, griffonnai vaguement dans mon carnet de notes. Je déteste attendre. Pour passer le temps, j’écoutai les conversations de mes voisins de table – mon passe-temps habituel de chipie cynique et désabusée.

Il y avait deux femmes assises près de moi. Leurs têtes se touchaient presque, leurs corps adoptant la position de celles qui partagent les plus intimes confidences. La première était brune et magnifique, dans la cinquantaine, très grande dame sophistiquée de Manhattan. La seconde, blonde et plus jeune, était plus terne, plus négligée, un brin agitée.

Listen, dit l’ainée, I used to go to happy hour every day. Then my one happy hour stretched to two, then three. Then I found I was still happy at four in the morning and drinking during the day to stay happy. It just got to be… happy all the time.

Elle fixa longuement sa compagne, probablement pour s’assurer qu’elle avait bien compris. La blonde hocha la tête en mordant sa lèvre inférieure.

No one can be happy all the time, conclua-t-elle.

Je contemplai mon assiette vide en pensant aux deux dernières semaines avec Jeff. Une première rencontre, un dîner le lendemain, puis une première baise. Ensuite, ce fut le cortège des orgasmes aveuglants, ce fut mon corps incontrôlé rougissant à sa vue du front aux orteils. Ligotée, attachée, bâillonnée, ouverte, offerte, fustigée, léchée, pénétrée. Phone sex alors qu’il était au bureau, real sex dans son bureau alors que ses clients attendaient, crises de fou rire alors qu’il se fait renvoyer, son foutre coulant lentement sur ma cuisse alors que nous courions pour aller célébrer sa mise à pied en copulant frénétiquement dans les toilettes de son sports bar favori.

Mes deux voisines de table se mirent à réciter la Serenity Prayer :

… That I may be reasonably happy in this life
and supremely happy with Him
Forever in the next…

Je me levai et quittai le restaurant. Sur le trottoir, je vis Jeff qui approchait. « Those women don’t know shit about happy all the time » me dis-je en lui ouvrant les bras.

Pr0nographe

6 avril 2006

Baisez-moi. Prenez-moi. Foutez-moi. Si vous saviez à quel point j’ai envie de vous. À quel point j’ai envie de foutre. Je vous veux, ici, tout de suite, sans conditions, sans questions. À vrai dire, non – avec en fait une seule question : comment ?

Si vous êtes un homme, vous voulez probablement savoir à quel point mes seins sont fermes, que mes fesses sont rebondies et que mon ventre est plat. À quel point mes jambes sont interminables et fuselées. Vous voulez sûrement que je vous dise comment ma petite chatte soyeuse se serre en bavant tout le long de votre braque puissant. Et que je vous fasse entendre comment je soupire, comment je crie lorsque je fonds et m’abandonne à la puissance virile de vos coups de boutoir.

Si vous êtes une femme, vous voulez probablement que je vous dise comment mes yeux adorent jour et nuit vos formes obsédantes. Vous voulez probablement savoir à quel point mes bras se meurent de tenir votre corps ne serait-ce qu’un instant, alors qu’ils sont assez forts pour vous soutenir pour l’éternité. Vous voulez sûrement savoir à quel point ma bouche a pris la forme des mots d’amours que je vous susurre à l’oreille, qu’elle n’a de cesse de souffler le chaud et le froid sur vos lèvres, de vous embrasser tendrement, violemment, joyeusement, impétueusement. Vous voulez que je vous parle de mon cul musclé et ferme, de mes cuisses noueuses, assez puissantes pour vous mener à l’extase éternelle.

Si vous êtes un robot d’indexation, vous voulez probablement que je vous laisse suivre récursivement mes liens, jusqu’à ce que je dévoile sensuellement, une à une, mes pages pivot. Vous voulez que je me départisse lentement de mon fichier d’exclusion, que j’ouvre à vous mes pages cachées, mon web profond, que je frotte contre votre nez mon courriel et vous laisse, pantelant, adapter la fréquence de vos visites à la fréquence observée de mise à jour de mon blog.

Comment savoir qui vous êtes ? Je n’y arriverai jamais. Alors tant pis pour vous – vous ne saurez pas nom plus qui je suis. Allez vous faire foutre ! Allez vous faire foutre, qui que vous soyez ! Allez vous faire foutre, laissez-moi vous foutre et foutez-moi, jusqu’à ce que nous jouissions de concert, jusqu’à ce que nos corps intangibles tremblent et s’épuisent, puis laissez-moi tranquille.

Et revenez, revenez encore, car vous ne savez pas à quel point j’ai envie de vous.

La main

3 avril 2006

Entassée avec les autres sardines dans le métro, une voix grave vient interrompre la monotonie des bruits de roulement.

– Je veux relever ta jupe et passer ma main sur ta culotte.

Je tremble de stupeur, en phase avec les tremblements du wagon. Si je ne me retourne pas, si je ne le regarde pas, il s’en ira.

– Je pourrais tirer sur ta culotte, dénuder ton cul, l’offrir à ma caresse.

Les roues crient et mon âme grince, ballottée de tourments à chaque tournant.

– Tiens, je pourrais aussi glisser mes doigts dans le sillon de tes fesses, pour sentir si ton petit trou est prêt à m’accueillir.

Je me cramponne au poteau comme à une bouée. Le métro freine. Les passagers débarquent. Je me retourne : personne.

C’est bien ma chance.

– C’est tout ?

– Oui c’est tout. Et alors ?

– Bah, je sais pas. C’est un peu banal, non ?

– Banal ?

– Une main baladeuse dans le métro, c’est d’un convenu… tu perds la main, ma pauvre Anne.

– Pfff. Je vais te montrer si j’ai perdu la main.

Quoi ? Croyais-tu sincèrement avoir toute la latitude voulue pour te frotter à ma jambe comme un chien seulement parce que le métro était bondé ? Croyais-tu sincèrement que j’allais te laisser me tâter le derrière à deux mains comme la dernière des ingénues ? Salopard !

Je parie que tu ne t’attendais pas à ce que je t’attrape par la fermeture éclair et que je te saisisse la perche pour l’amener à l’air libre. Et cette branlette ? Je suis sûre que ce fut les dix meilleures secondes de ta vie, si j’en juge la vigueur de la giclée de foutre qui alla orner le pull angora de cette blonde oxygénée. Tu devrais te compter chanceux que les flics t’ont attrapé avant que son petit ami puisse le faire. Merci, sale pervers, tes « Mais ce n’est pas moi ! » m’ont fait rire à en mouiller ma culotte.

– Alors, qu’est-ce que tu en dis ?

– Je crois que tu devrais t’acheter une voiture, Anne.