Une soirée fraîche d’octobre au Greenwich Village Bistro de New York
Il avait vingt minutes de retard. Trente-huit, en comptant le temps passé à poireauter à l’entrée. Je retouchai mon maquillage, griffonnai vaguement dans mon carnet de notes. Je déteste attendre. Pour passer le temps, j’écoutai les conversations de mes voisins de table – mon passe-temps habituel de chipie cynique et désabusée.
Il y avait deux femmes assises près de moi. Leurs têtes se touchaient presque, leurs corps adoptant la position de celles qui partagent les plus intimes confidences. La première était brune et magnifique, dans la cinquantaine, très grande dame sophistiquée de Manhattan. La seconde, blonde et plus jeune, était plus terne, plus négligée, un brin agitée.
– Listen, dit l’ainée, I used to go to happy hour every day. Then my one happy hour stretched to two, then three. Then I found I was still happy at four in the morning and drinking during the day to stay happy. It just got to be… happy all the time.
Elle fixa longuement sa compagne, probablement pour s’assurer qu’elle avait bien compris. La blonde hocha la tête en mordant sa lèvre inférieure.
– No one can be happy all the time, conclua-t-elle.
Je contemplai mon assiette vide en pensant aux deux dernières semaines avec Jeff. Une première rencontre, un dîner le lendemain, puis une première baise. Ensuite, ce fut le cortège des orgasmes aveuglants, ce fut mon corps incontrôlé rougissant à sa vue du front aux orteils. Ligotée, attachée, bâillonnée, ouverte, offerte, fustigée, léchée, pénétrée. Phone sex alors qu’il était au bureau, real sex dans son bureau alors que ses clients attendaient, crises de fou rire alors qu’il se fait renvoyer, son foutre coulant lentement sur ma cuisse alors que nous courions pour aller célébrer sa mise à pied en copulant frénétiquement dans les toilettes de son sports bar favori.
Mes deux voisines de table se mirent à réciter la Serenity Prayer :
… That I may be reasonably happy in this life
and supremely happy with Him
Forever in the next…
Je me levai et quittai le restaurant. Sur le trottoir, je vis Jeff qui approchait. « Those women don’t know shit about happy all the time » me dis-je en lui ouvrant les bras.









(le 12 avril 2006 à 12 h 28 min)
Croire n’est pas avoir. Pas de bon moment sans mauvais pour les apprécier
(le 12 avril 2006 à 15 h 59 min)
La religion c’est important
Mais pour en profiter vraiment
Vaut mieux être mort que vivant .
Dirty district .
(le 13 avril 2006 à 3 h 57 min)
le mensonge est une vérité qui isole,
la verité est un mensonge qui s’ignore.
(le 13 avril 2006 à 13 h 19 min)
Happy end…
(le 13 avril 2006 à 17 h 06 min)
Voila une baise qui coûte cher. Un emploi perdu, une réputation ternie :)
Mais bon, quand t’es dans le feu de l’action en train de labourer un beau petit cul, j’avoue que tu n’as pas ce genre de soucis :)
(le 14 avril 2006 à 19 h 14 min)
je crois pouvoir décrire la suite avec assez d’exactitude :
ensuite vous l’avez salement quitté. Le malheureux ne s’en est jamais remis, tellement défait, qu’il préféra quitter l’Amérique pour l’Europe.
Là, il écuma les bars comme Ulysse la méditérrannée et finalement par un hasard comme en fait la vie, il rencontra Jacques duquel il reçut ces amicales paroles, signes aigus de sa détresse :
« mais non Jeff, t’es pas tout seul »
(le 14 avril 2006 à 20 h 21 min)
Le problème avec cette thèse, c’est que le Jef de Brel n’a qu’un f.
(le 14 avril 2006 à 23 h 04 min)
Essayer d’être heureux toute la journée, et aller jusqu’à boire pour réussir à au moins faire semblant, cela me décourage.
Autant être sincèrement malheureux, que heureux de façon factice. Enfin selon moi.
D’un autre côté, la leçon à tirer de cette histoire avec Jeff, c’est que la baise et les orgasmes apportent le bien-être, mais pas le bonheur. Ce dernier n’est malheureusement pas fait seulement de sexe, j’en ai bien peur.
(le 15 avril 2006 à 3 h 13 min)
« Anne Archet ajoute :
Le problème avec cette thèse, c’est que le Jef de Brel n’a qu’un f. »
Si LE problème de cette thèse se situe dans l’ortographie du prénom , cela signifierait-il que vous avoueriez implicitement votre age réel ? En effet cette chanson a été créée en 1964 …
(le 15 avril 2006 à 3 h 39 min)
De plus, on peut tout à fait penser que, de désespoir, Jeff a laissé tomber la dernière lettre de son prénom, ou qu’il était trop soûl en permanence pour écrire plus de trois lettres à la suite.
(le 15 avril 2006 à 10 h 50 min)
[...] Sébastien ne semble pas avoir fait d’insomnies cette nuit, c’est dans le silence de cette nuit en fragments, qu’elle pense à une chanson de ‘The Cure’, si j’inverse par ailleurs, 10:51 ne donnerait il pas ‘10:15 on the saturday night’ du même groupe, d’un autre côté si on l’écoute Tchendoh (t’as pas un prénom toi, chaque fois je me prends pour un dyslexique) se prends pour Jack Kerouac, oui j’exagère un peu, en parlant d’être sur la route, la fille qui se fait conter des pipes (Daniel tu te calmes) a décidé d’errer, Thiéfaine le disait ‘Errer Humanum est’, Damia m’a fait un superbe billet (merci), et Madame Archet nous laisse sur notre faim depuis le 12 avril, elle nous parlait d’Amérique profonde, Duggerz nous en parle aussi dans son dernier billet. [...]
(le 15 avril 2006 à 20 h 00 min)
Très bien, Anne, si vous le prenez comme ça j’en ai une autre :
dans ce récit vous attendez, c’est donc bien qu’il va se passer quelque chose. Et qu’en est-il en fait ?, c’est l’histoire d’une union qui provoque une perdition. Tragique.
Mais plus étrange est l’origine : vous entendez des voix parler dans une langue inconnue et de toute évidence dangereuse, vous griffonnez des signes cachés dans votre carnet, vous sortez et comme par hasard la personne que vous attendiez apparaît : Mlle Anne vous êtes une sorcière !
Alors la suite, bien sûr, voulant faire non pas comme mais mieux que Circé (c’est un récit odysséen), vous l’avez transformé en rat.
Pour preuve, le reste de sa vie se trouve mis en image par Ptiluc dans « Jefferson ou le mal de vivre ».
ah vous l’avez pas raté