Notes sur l'anarchie (1/3)

« Je me méfie de tous les esprits systématiques et je les évite quand il m’arrive de les croiser dans la rue. La volonté de système est un manque d’honnêteté. »
Friedrich Nietzsche, Le crépuscule des idoles

J’ai cessé depuis quelque temps déjà de me réclamer de l’anarchisme puisque ce qui m’intéresse, c’est l’anarchie. L’anarchisme est une catégorie classificatrice, une idéologie parmi tant d’autres, qu’on retrouve dans la première section des dictionnaires de sciences politiques avant conservatisme, écologisme, fascisme, féminisme, libéralisme, marxisme, socialisme et nazisme. Une idéologie dont les dépositaires patentés furent historiquement des organisations closes qui, comme toutes les organisations politiques, comportaient leurs propres rituels, hiérarchies, dogmes, polices, gardiens de la foi, schismes, exclusions et excommunications. Bref, l’anarchisme n’est rien d’autre qu’une idéologie politique et les organisations anarchistes ont la fâcheuse tendance d’agir comme toutes les autres organisations politiques — c’est-à-dire de reproduire à leur échelle toutes les grandes dominations qu’elles ont la prétention de combattre.

L’anarchisme ne m’intéresse pas et la plupart des anarchistes ne m’intéressent pas davantage, car je suis convaincue qu’une des principales raisons pour lesquelles l’anarchie reste encore aujourd’hui un voeu pieux tient aux anarchistes eux-mêmes. L’anarchiste est en règle générale un militant — quelqu’un qui consacre l’essentiel de sa raison d’être à l’émancipation de tous. Et comme tous ses congénères, le militant anarchiste cultive des perversions qui le rendent infréquentable pour le commun des mortels. Il est généralement un idéologue profondément convaincu de détenir les clés de la compréhension ultime de l’univers. Il est aussi altruiste, dans le sens qu’il consacre sa vie à une cause qui n’est souvent pas la sienne propre (la Révolution, la Classe Ouvrière, les Pauvres, les Femmes, les Travailleurs Immigrés, etc.), ce qui le plonge dans un état permanent de frustration de ses propres désirs et le place, comme tous les «serviteurs du peuple» dans une position où il peut juger, exclure et condamner ses semblables en identifiant les amis et les ennemis de la Cause. Les militants sont pour la plupart monomaniaques, moralisateurs, puritains et rabat-joie, et les anarchistes ne font malheureusement pas exception.

Mais ce n’est pas tout. Les anarchistes forment un sous-groupe particulier des militants: celui des éternels perdants. Pour beaucoup trop d’entre eux, l’anarchisme est ce que Deleuze et Guattari nomment une «ligne souple»: non pas un moyen de s’attaquer à l’ordre établi mais une façon particulièrement sophistiquée de s’en accommoder. En tant que mode de vie, l’anarchisme a ses rituels, ses exigences et ses consolations. La routine militante de l’anarchiste est faite de réunions, d’assemblées générales, de manifs, de vente de journaux et de distribution de tracts. La collaboration de près ou de loin avec toutes les institutions hiérarchiques de domination sociale étant moralement condamnable et implicitement interdite, l’anarchiste dispose d’une gamme limitée de sources de revenus politiquement corrects et vit alors dans un état de simplicité volontaire qui se rapproche plutôt de la pauvreté obligatoire. Ce qui a l’avantage, comme l’a écrit Bob Black, de dispenser l’anarchiste de l’obligation de se demander s’il aurait pu devenir autre chose qu’un raté n’eut été de ses convictions libertaires.

De tous les militants et autres weirdos politiques, les anarchistes sont ceux qui vivent le plus résolument dans le passé. L’anarchiste est trop souvent adepte d’hagiographie et collectionneur de saintes reliques. Il ne cesse de vénérer l’immense panthéon des martyrs de la cause: les morts de la commune, les martyrs de Haymarket, les propagandistes par le fait guillotinés, les mutins de Kronstadt, les cosaques d’Ukraine, Sacco et Vanzetti, les héros bafoués de la Révolution espagnole et tous les autres qui chaque année s’ajoutent à ce long martyrologue et dont le culte semble s’accorder avec l’opinion toute policière que le seul bon anarchiste est un anarchiste mort. Les anarchistes sont des révolutionnaires, mais les révolutions qui les intéressent sont celles qui se trouvent dans leurs pamphlets. Chaque fois qu’ils ont été confrontés à un soulèvement révolutionnaire réel, les anarchistes officiels, organisés, encartés, patentés et vaccinés se sont montrés hésitants, réticents, voire carrément hostiles à un mouvement qui pourtant reprenait de leurs principes. C’est que les anarchistes aiment leur routine militante par-dessus tout. Il se sont habitués à leur rôle d’irréductible et grincheuse opposition, à cette position marginale mais finalement confortable de «gauche de toutes les gauches», et ne sont pas prêts, pour la plupart, de vivre pleinement selon les principes qu’ils ont l’habitude de déclamer machinalement.

L’anarchiste est plus souvent qu’autrement homme (et rarement femme, d’ailleurs) du ressentiment. Il est mû par une volonté de vengeance envers l’ordre établi qu’il n’arrive pas à réaliser par faiblesse ou par peur et qui mène au nihilisme, à la simple dévalorisation et négation de ce qu’il ne peut vaincre. Voilà pourquoi je préfère dire que je suis anar, qui dans mon esprit n’est pas un diminutif d’anarchiste, mais d’anarque, un terme que j’ai, à l’instar de Michel Onfray, emprunté à Ernst Jünger. Dans une monarchie, le monarque veut régner sur une foule de gens, et même sur tous. En anarchie, l’anarque règne sur lui-même. Et surtout, l’anarque n’est ni idéaliste, ni idéologue, ni militant.

*  *  *

Contrairement à l’anarchisme, l’anarchie n’est ni un idéal, ni une utopie, ni une abstraction, ni un programme électoral, ni un catalogue de prescriptions ou d’interdictions, ni un livre de recettes pour un monde meilleur. Il s’agit d’une force, une force commune à tous les êtres, qui exprime l’ensemble des possibles dont tous les êtres sont porteurs. C’est l’apeiron d’Anaximandre, le fond indéfini et indéterminé à partir duquel naît sans cesse l’infinité des êtres. C’est le plan d’immanence de Deleuze, cette réalité toujours variable, qui ne cesse d’être remaniée, composée et recomposée. L’anarchie, c’est à la fois le chaos aveugle des forces et des puissances et la construction volontaire de nouvelles subjectivités par des individus capables d’exprimer la puissance qu’ils portent en eux. Bref : l’anarchie est à la fois le réel et le possible; c’est la réalité du possible.

Monisme et immanentisme sont au coeur de l’anarchie. Les anars n’admettent pas la distinction hiérarchique entre âme et corps, esprit et matière, homme et nature. L’être humain ne diffère en rien de tout autre phénomène, de tout ce qui compose la nature, si ce n’est en degré de puissance. Comme le disait Deleuze, il n’y a qu’une seule nature pour tous les corps, une seule nature pour tous les individus, une nature qui est elle-même un individu variant d’une infinité de façons. Cela signifie que l’être humain ne peut en aucun cas prétendre sortir d’une nature qui le pénètre et qui constitue toute son existence. L’anarchie est également un immanentisme absolu: tout se passe à l’intérieur des choses et des êtres qui ne peuvent sortir de leur nature et qui doivent accorder leurs actions à cette nécessité plutôt qu’à des forces extérieures telles que Dieu, l’État, les Lois, les Idées, la Constitution, le Peuple, etc.

Il faut donc comprendre que lorsque les anars parlent de liberté, ils ne parlent pas de libre arbitre puisque selon eux liberté et puissance vont de pair. La liberté est le pouvoir d’être soi-même cause de son être et de ses propres actions, alors que la contrainte consiste à être et agir en étant déterminé par autre chose que soi-même. Toute liberté est puissance, une puissance qui n’est pas coupée de ce qu’elle peut. Bref, la liberté, c’est «avoir la volonté de répondre de soi» comme le disait Nietzsche.

La liberté est donc synonyme de nécessité et c’est en cela qu’elle s’oppose à la contrainte. La contrainte est toujours extérieure; elle est faite d’oppression et de domination. La nécessité est toujours intérieure: c’est la possibilité pour l’individu d’être autodéterminé, c’est-à-dire déterminé par sa propre nature, par l’ensemble des forces et des désirs qui le constituent réellement. En offrant la possibilité d’accorder les désirs et l’action, la liberté offre la possibilité pour l’individu d’aller jusqu’au bout de ce qu’il peut. Ce n’est donc ni privilège, ni une coquetterie pour occidentaux blasés, ni un caprice de bobos en mal de sensations fortes. La liberté étant constitutive du sujet, les contraintes extérieures qui s’exercent contre elle sont une atteinte à la nature même de l’individu.

Évidemment, la liberté n’a rien à voir avec le libre arbitre, la propriété qu’aurait la volonté humaine de se déterminer librement — voire arbitrairement — à agir et à penser. Le libre-arbitre est une fausse liberté, une invention intéressée de tous les ordres établis qui remonte à Saint-Augustin, pour qui «Dieu a conféré à sa créature, avec le libre arbitre, la capacité de mal agir et par là même, la responsabilité du péché». Le libre arbitre est donc bel est bien le « tour de passe-passe théologique » que dénonçait Nietzsche dans le Crépuscule des idoles. Premièrement parce que si le libre arbitre existe, l’homme est placé au-dessus des lois de la nature. Or, l’homme n’échappe pas à cette nécessité du réel pris dans sa totalité. Et deuxièmement, parce les hommes ont été considérés comme libres seulement pour être jugés et punis, seulement pour pouvoir être coupables — en sauvant ainsi la perfection divine tout en dédouanant Dieu de sa responsabilité envers le mal.

Dans nos sociétés démocratiques, le concept de libre-arbitre a le même effet liberticide, Dieu étant tout simplement remplacé par la Morale, la Société ou la Loi, devant lesquels l’être humain est tenu responsable. Il est donc tenu responsable des forces et des désirs qui le constituent réellement comme sujet et doit sans cesse les refouler, les vivre comme des réalités extérieures à lui-même, des réalités dangereuses et diaboliques qu’il se doit de rejeter… même si elles constituent le seul chemin de sa liberté et de son émancipation.

L’individualisme anar se distingue donc de l’individualisme libéral — même dans sa version radicale et libertarienne. Pour les libéraux, l’individu est un être sans qualités singulières, équivalent à tous les autres individus, radicalement coupé de toute force ou de tout possible extérieur à ce qu’exige le système qui le produit et dont il est entièrement dépendant, que ce soit les lois du marché ou la logique électorale des démocraties. Pour les anars, l’individu, loin de voir son existence définie par un modèle unique parce que général, à côté d’individus semblables à lui, affirme au contraire vigoureusement sa singularité, son unicité. Cette singularité absolue de l’individu anar implique ainsi tous les autres comme faisant partie intégrante de la sphère du singulier, de son propre. Pourquoi? Parce que la singularité mène à des combinaisons infinies de rapports incessants et imprévisibles, se composant, se décomposant et se recomposant, en devenant toujours plus intimes et plus complexes, et en créant ainsi des subjectivités collectives tout aussi singulières que les individus qui les composent. L’individualisme anar mène à l’association. L’individualisme libéral, celui de l’homme de la masse soumis au marché et aux dictats des majorités démocratiques, mène à l’atomisation, au nihilisme et à l’aliénation des volontés.

*  *  *

Je reviens encore à l’idée que l’anarchie n’est pas une utopie, une idée ou un système qu’il conviendrait de faire exister par un quelconque miracle violent ou un saut collectif dans l’inconnu. Les anars n’aspirent pas à un autre monde que celui qui est déjà là: tout est donné et tout est possible. Les possibilités se jouent dans la manière dont les êtres humains peuvent en tirer parti.

Construire un système jugé idéal a priori et s’attendre à ce qu’on le mette en pratique, c’est exiger que le réel se plie à l’idée. Les constructions utopiques sont la plupart du temps le fruit de l’activité d’idéomaniaques, qui proposent des idées et des actions coupées des conditions de production, fétichisées et autonomisées, que ces gens prétendent s’appliquer en soi, de façon absolue, partout et en toute circonstance. Ce n’est pas ainsi qu’on bâtit un monde meilleur, car le monde tel qu’il existe est le meilleur, pour trois simples raisons: parce qu’il existe; parce qu’il n’y a pas ailleurs, d’autres mondes; parce que ce monde existant, aussi odieux que puisse être son ordre actuel, contient en lui-même la totalité des mondes possibles. C’est à l’intérieur même de ce chaos, de cette surabondance des possibles que les anarchistes, par expérimentation et de façon strictement immanente entendent faire émerger celui qui exprimerait en plénitude la totalité de ce qui est, la puissance de l’être. Bâtir a priori un système politique parfait, c’est non seulement de l’idéomanie mais c’est aussi le plus sûr moyen d’atteindre des fins totalement inverses: un ordre coupé des individus, oppressif, soumettant la totalité de ce qui est à sa raison d’être particulière et, surtout, immobile et inamovible.

Exiger des anars un modèle de société clé en main, un monde Ikea avec mode d’emploi détaillé en douze étapes illustrées et faciles à comprendre, c’est réduire l’anarchie au rang d’idéologie, à un modèle politique utopique repoussé à la fin des temps ou pire encore, à une méthode pour assurer le bon gouvernement des choses et des hommes — autrement dit, une façon de mener le troupeau, ne serait-ce qu’en lui demandant de se mener lui-même. L’anarchie n’est pas un système politico-économique mais un potentialité, un réel possible inclus dans le réel: celui d’un monde libéré non seulement de l’État, mais de toutes les autres formes institutionnalisées de domination hiérarchique.

*  *  *

En tant que citoyens de démocraties libérales, nous sommes tous et toutes dressés dès notre plus jeune âge dans le but de faire de nous des citoyens utiles et responsables, c’est-à-dire obéissants. Et l’un des principaux outils de contrôle social est le mythe.

Le mythe raconte une histoire sacrée et performative — du moins pour celui qui appartient à la culture qui le crée. Il s’agit d’une narration qui explique non seulement l’origine du monde, mais aussi tous les événements primordiaux à la suite desquels les humains sont devenus ce qu’ils sont aujourd’hui, c’est-à-dire des êtres organisés en société, obligés de travailler pour vivre, vivant selon certaines règles et soumis à des institutions hiérarchique de contrôle social dont l’État est une des principales incarnations modernes. Le mythe a la particularité de se justifier lui-même; il est «vrai» parce que la société qui l’a produit et dont il est l’image existe. Il est «vrai» parce qu’il est continuellement répété, par des «conteurs» dont l’autorité découle du fait de conter et de répéter le mythe. En ce sens, le mythe, même s’il n’est pas toujours religieux, contient des éléments cérémoniaux, liturgiques. Réciter le mythe recrée donc le monde, par la force du rite.

Le mythe démocratique est une narration particulièrement puissante dont on peut retracer les sources jusqu’aux philosophes des Lumières. Ce mythe est progressiste et évolutionniste; il pose que la civilisation — conçue comme un ensemble d’institutions de contrôle social dont l’Etat moderne est l’aboutissement — est la finalité de toute société humaine. Il existe donc des primitifs, vivant dans un état de barbarie violente mais aussi de d’innocence naturelle — le bon sauvage de Rousseau — et des civilisés, sujets de dirigeants dont le pouvoir découle par contrat social du peuple. L’Histoire est donc l’émergence de l’humanité des brumes de la sauvagerie vers la splendeur de la civilisation, guidée par les progrès des lumières de la raison. Il ne peut donc y avoir de société sans police, sans armée, sans prisons, puisque l’existence de ces institutions est inscrite dans l’Histoire et sont des conditions sine qua non des sociétés développées et prospères.

Malheureusement pour le mythe, cette vision des «peuples barbares» a été depuis les cinquante dernières années complètement réévaluée par les anthropologues, qui pour la plupart estiment que ces peuples étaient prospères, qu’ils vivaient dans un état général de paix… et qu’ils n’étaient soumis à aucune forme institutionnalisée de domination hiérarchique. Des chercheurs comme Frank Hole et Kent Flannery ont, par exemple, constaté que les chasseurs-cueilleurs avaient un mode de vie peu contraignant, qui permettait de développer une vie culturelle en harmonie avec l’environnement. Et surtout, qu’ils ne travaillent pour ainsi dire jamais, le plus clair de leur temps à jouer, à discuter, à se reposer ou à dormir.

Ce qui signifie que 98% de la durée de l’expérience de l’espèce humaine s’est déroulée dans un état indiscernable de l’anarchie. Et que l’apparition de l’État ne fut en rien obligatoire, imposée par le développement naturel de l’humanité. Comme Pierre Clastre l’a démontré il y a fort longtemps, la notion de pouvoir est innée dans toute société humaine, ce qui explique cette tendance lourde des humains à préserver leur autonomie vis à vis de celui-ci. Toutes les sociétés sont des structures faites de réseaux de normes complexes qui empêchent activement l’expansion d’un pouvoir séparé et autoritaire. En opposition, l’État est une constellation législative émanant d’un pouvoir hiérarchique qu’elle légitime, tout particulièrement dans ces sociétés qui ont échoué à maintenir en place des mécanismes naturels qui l’empêchent de prendre cette forme. Clastre opposait ainsi les grandes civilisations andines, dont l’empire Inca, aux petites unités politiques formées par les tribus amazoniennes. Les sociétés dites primitives — pas seulement celles du paléolithique mais aussi les contemporaines — ne sont pas des sociétés qui n’auraient pas encore découvert le pouvoir et l’État, mais au contraire des sociétés construites pour éviter que l’État n’apparaisse. Même la guerre entre tribus est une façon pour les dits primitifs de repousser la fusion politique et donc empêcher la menace d’une délégation de pouvoir menant aux dérives étatiques.

Évidemment, je ne suggère pas qu’il faudrait tous retourner au pléistocène. Mais l’expérience des peuples dits primitifs démontre qu’il est possible pour les humains de vivre une vie prospère sans être soumis à l’État, au Travail, à la Loi. Elle démontre l’évidence de la possibilité de l’anarchie.

 
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34 commentaires pour “Notes sur l'anarchie (1/3)”

  1. pfelelep ajoute:

    sincèrement content de vous retrouver.

    Merci de votre billet.

  2. V. Raisial ajoute:

    Ce texte m’a beaucoup ému, je vous en remercie.
    J’ai toujours entretenu la secrète conviction que les hommes pourraient vivre sereinement (apparemment ils l’ont déjà fait), en travaillant peu et en jouissant beaucoup, seulement et simplement livrés à leurs instincts, sans pour autant être obsédés par la guerre, le pillage et la violence en général.
    Cependant, aux prises avec mes propres contradictions, je suis persuadé que l’ »idéal » anarchique (je crains, malheureusement, qu’il faille quand même utiliser ce mot) limite, en même temsp qu’il libère, la puissance créatrice de l’être humain. Dans le domaine de l’art on parle très souvent des vertus de la contrainte extérieure, celle qui force à prendre des chemins détournés, qui force à agir contre son gré, et grâce à laquelle on découvre des richesses jusqu’alors insoupçonnées. Une « société » anarchique (encore une fois je ne vois pas quel autre mot utiliser, peut-être pourrions-nous dire une « situation de fait » anarchique) n’aurait jamais créé les pyramides, les cathédrales et ne serait jamais allée dans l’espace ni n’aurait posé le pied sur la Lune. Ces « oeuvres », qu’elles soient tachées du sang des esclaves, empreintes de ferveur religieuse ou d’idiotie patriotique, sont ce que j’aime le plus dans l’humanité.
    Je pense, en fin de compte, que le seul « idéal » valable et crédible est une sorte de « roulement des idéaux ». Toutes les formes d’organisations humaines doivent pouvoir se mettre en place et être brisées, dans un cycle interminable de morts et de résurrections. Pourquoi pas ?… C’est aussi un bon remède contre l’ennui.

  3. PhilippeYCTK ajoute:

    Je vous comprends mieux. Et je vous aime à nouveau. -_-,

  4. Une passante ajoute:

    Comme quoi certaines choses qui vont sans dire vont encore mieux en le disant, mais vous devriez être l’une des rares à le savoir intuitivement…
    Merci de votre passage éphémère et, à mon grand regret, silencieux… J’aurais aimé connaître vos réactions positives et négatives comme celles d’autres lecteurs, sans lesquelles un blog n’a aucun sens… A un plaisir prochain, peut-être…
    Petites Pensées Pétillantes et doux week-end…

  5. Marc-André ajoute:

    En anarchie, je pourrais te suivre jusqu’à mon dernier souffle, jusqu’à ma dernière goutte de sperme, jusqu’à la dernière impulsion de mon cerveau… Tu sais si bien bien dire ce que certains ressentent au fond de leurs tripes. Je t’aime toujours autant « Petite Bandante »!

  6. gmc ajoute:

    LE REGNE DE L’ORDE

    J’aime l’ordre quand il me flagelle de ses caresses de barbelés transgéniques, j’aime la sclérose du désordre au moment de l’éjaculation instantanée d’un empire de rêves ammoniaqués et désuets, j’aime le bordel de la sécurisation à outrance des espaces de prolificité éphémères où d’étranges ombres armoriées revendiquent le libre-arbitre conditionné et automatique d’un processus. Arnarchie? Rigolade oui! Où sont donc les les penseurs désentravés au milieu de ces phénomènes grandiloquents de mécanicité neuronale? Où sont les fleurs de crotale de la lubricité libertaire? Où sont les écritures napalmisées de la réalité informelle des paysages de la contre-culture sensitive? Pas un mot d’Amour dans ces discours formalistes où le parti-pris de l’attitude artificielle prime la saveur dégénérée de l’oxygène bouillonnant de la tranquillité! Anarchie du style, de la forme creuse, de l’espace de néantitude où le vide ne resplendit plus, planqué par les revêtements de sulfure égotique dans ce bordel prostitué appelé culture. Montrez donc un anarchiste dans tous ces torchons embourgeoisés se voulant être artistes! Dès que l’un d’eux pointe son museau, les tombeaux en cours de putréfaction poussent des cris d’orfraies dyslexiques et incultes, se réfugiant dans la contemplation vaniteuse des urnes et des stèles funéraires pour se raffermir dans le bain de leurs propres cendres en poussant les jolis cris des porcelets que l’on égorge gaiement le long des chemins vicinaux de l’anxiogénéité palpébrale. Anarchie? Rigolade, oui!

  7. Ras ajoute:

    moi je retourne à mon jardinage…

  8. kath ajoute:

    bien gmc dommage que « tes rêves ammoniaqués » me fassent penser qu’il existe des couches à présent pour les incontinents sinon ton idée est bonne surtout le bordel prostitué appelé culture, je peut te dire que bon nombre de souteneurs y font leur beurre et qu’ils cuisinent souvent au beurre rance. Quand à Anne son billet est pas mal pourtant elle n’a rien inventé on dirait un devoir d’histoire géo bien developpé j’en conviens mais certains attendent autre chose, la bandaison (‘le viagra ferait mieux l’affaire) je vais faire un tour au soleil, ça sent le moisi parfois ici.

  9. Maglite ajoute:

    Pour pouvoir vivre cette anarchie, il faut aussi savoir prendre des risques. L’Etat, les lois, les assurances ont été inventés par l’homme pour avoir le sentiment d’être protégé, ne plus être soumis à certains risques.
    Je pense que nous avons spontanément tendance à former des groupes et par la suite des sociétés, pour pouvoir se sentir plus fort face à une nature parfois hostile…. et à force de vouloir combattre la nature… notre nature, nous perdons aussi peu à peu notre statut d’homme pour nous prendre pour Dieu.
    « ni Dieu ni Lois  » n’est ce pas alors le simple cri d’un humain qui ne trouve plus sa place dans un monde prédéterminé ?

  10. Zhom ajoute:

    Pour pouvoir vivre cette anarchie, il faut aussi savoir prendre des risques. L’Etat, les lois, les assurances ont été inventés par l’homme pour avoir le sentiment d’être protégé, ne plus être soumis à certains risques.
    Je pense que nous avons spontanément tendance à former des groupes et par la suite des sociétés, pour pouvoir se sentir plus fort face à une nature parfois hostile…. et à force de vouloir combattre la nature… notre nature, nous perdons aussi peu à peu notre statut d’homme pour nous prendre pour Dieu.
    “ni Dieu ni Lois ” n’est ce pas alors le simple cri d’un humain qui ne trouve plus sa place dans un monde prédéterminé ?
    Et pourquoi se prendre la tête puisqu’on peut toujours compter sur le copier/coller? On vit une époque formidable!

  11. Darc ajoute:

    L’idée que les sociétés dites primitives aient développé des mécanismes empêchant la constitution de hiérarchies trop puissantes est intéressante, mais n’empêche pas les entraves à la liberté « anar » que vous prêchez (de manière très convainquante) chère Anne. Vous savez sans doute, qu’outre les charmantes guerres tribales que se livraient les sociétés primitives (et qu’elles se livrent encore dans les quelques rares endroits du monde où elles ne sont pas encore sous le joug des « civilisés » – mais à part quelques rares papous, en reste-il encore ?), certaines de ces tribus se livraient également à une pratique éminement hiérarchique : l’esclavagisme (Lensky – Human Societies, 1970). Un nombre éminement élevé de société horticulturelles (possible anglicisme, auquel certains de vos lecteurs me reconnaîtront :-)) pratiquaient le sacrifice humain, et si rien n’indique que sa pratique ait été fortement coercitive, je vous laisse imaginer la pression sociale qui devaient s’exercer sur les « sacrifices » désignés… quand il ne s’agissait pas de « prises de guerre », bien sûr…
    Bref, même dans les sociétés humaines les plus permissives – ce que sont les sociétés primitives, où comme vous l’indiquez les formes de contraintes institutionnelles sont les plus faibles – l’individu est toujours pris en sandwich entre son aspiration naturelle à se déterminer, et le mythe performatif (bravo pour le choix de ce terme) de la collectivité, qui n’est jamais nul (on peut même se demander s’il n’est pas tout simplement indissociable de la qualité même d’être humain), et implique toujours des tabous et interdits limitant l’expression de l’individualité.
    Je ne vous ferais pas l’insulte de prétendre que vous ignorez ce point dans votre discours, mais je tenais quand même à le mettre en relief, pour éviter les dérives rousseauistes de certains lecteurs se cherchant un nouveau Veau d’Or à adorer.
    On peut également arguer (comme l’ont déjà fait certains de vos lecteurs) que les contraintes imposées par la civilisation ont également permis une riche expression artistique, philosophique et scientifique dont certaines formes auraient probablement du patienter plusieurs millénaires autrement – ou n’auraient tout simplement pas vu le jour. Mais bon, l’argument est faible, vu que (point qui m’intéresse plus particulièrement) l’évolution des cultures primitives s’est trouvée brutalement interrompue lors de leur rencontre avec la notre, et que leurs richesses futures ne peuvent être qu’imaginées.
    Mais comme nous l’indique l’histoire, toutes les cultures qui ont rencontré la nôtre se sont effondrées en un cours laps de temps, malgré une résistance parfois acharnée. Et là est le problème.
    En effet, si vous avez lu « Le gène égoiste », de Richard Dawkins, vous êtes peut-être familière avec le concept de « stratégie évolutionnairement stable ». Il s’agit du concept, dans la théorie de la sélection naturelle, que certains traits peuvent être maximalement bénéfiques, et pourtant instables. Par exemple, une société où tout les individus ont un gène de « l’altruisme » possède un rendement maximal, puisque chaque individu cherche d’abord le bien de la collectivité. Malheureusement, si une mutation introduit un individu égoïste, alors celui-ci profite de l’altruisme général, sans perdre son énergie à participer, et améliore de ce fait ses chances de se reproduire et donc de répandre ses gènes « égoïstes » dans la population. Bientôt (en termes biologiques), ses gènes en viennent à être dominants dans la population, et celle-ci perd alors toute efficacité (et chance de se perpétuer face à des groupes plus cohésifs).
    Donc les deux stratégies sont « instables », l’une parce que trop fragile « de l’intérieur », l’autre parce que trop fragile « de l’extérieur ». C’est à cette seconde catégorie, je crois, qu’appartiennent les sociétés primitives. Elles ont développé des traits que tout individu peut considérer comme éminement désirable, tant du point de vue des loisirs, de la cohésion sociale, de la liberté individuelle (avec le caveat indiqué ci-dessus) ou sexuelle (mêmes précautions néanmoins), mais elles sont tout simplement trop fragiles pour résister à des sociétés ayant développé des formes d’organisations plus hiérarchiques. Ce qui signifie, en termes évolutionnaires, que leur destruction était aussi inévitable que l’extinction des dinosaures. En effet, il suffisait qu’une seule culture hiérarchique émerge (statistiquement une certitude) pour que, mécaniquement, elle finisse par dominer l’écosystème des sociétés humaines, de même façon qu’un gène égoïste finit par dominer dans une population d’altruistes… avant de s’autodétruire.
    La pertinence de cette métaphore est laissé comme exercice pour le lecteur. ;-)

  12. Anne Archet ajoute:

    Darc » Je vous ferai toutefois remarquer que je parlais ici des chasseurs-cueilleurs, pas des horticulteurs dont certains – mais pas tous – pratiquaient l’esclavage. Les sociétés de chasseurs-cueilleurs avaient leurs propres défauts, dont ceux de pratiquer l’infanticide et le sénilicide…

    Mais vous avez raison, il faut évidemment éviter les dérives rousseausites qui mèneraient à idéaliser les sociétés dites primitives. Il ne s’agit pas de singer les primitifs, mais de tirer des leçons de leur expérience… la principale étant que l’anarchie est possible.

    Maintenant, la sociobiologie. Le problème avec la thèse de Dawkins, c’est qu’elle ne se vérifie qu’à partir du XVe siècle, alors que des sociétés hiérarchiques particulières – les européennes – se lancent agressivement (et avec succès) à la conquête du monde. La logique impérialiste et totalisante du capitalisme en plein essor menait assurément, mais pas nécessairement, à la sujétion des autres cultures. Ce furent d’ailleurs les sociétés fortement hiérarchisées qui tombèrent en premier, les peuples nomades offrant une résistance qui dans certains cas durera jusqu’au XXe siècle. Avant, les bandes nomades de chasseurs-cueilleurs ont non seulement résisté, mais souvent même éliminé des sociétés hiérarchiques. C’est probablement ce qui est arrivé entre certains Chichimèques et les Mayas de Teotihuacan.

    Ce qui signifie qu’il ne peut y avoir de théorie strictement évolutionniste en ce qui concerne l’organisation sociale des humains. Il n’y a pas de stade inférieur et de stade supérieur de l’organisation humaine, ni de sens unique du progrès. Par exemple, les Amérindiens du MidWest, dans la région du Missouri, ont abandonné leur mode de vie sédentaire et agricole avec l’introduction du cheval en Amérique et sont devenu des chasseurs de Bison nomades dans les grandes plaines, en améliorant probablement de beaucoup leur niveau de vie matérielle.

    Je le répète, l’idée est de savoir si l’anarchie est possible, et c’est ce que semble indiquer les anthropologues. Qu’elle soit vulnérable aux agressions, c’est très possible. Mais ça ne signifie pas que les sociétés hiérarchisées sont plus stables ou plus viables.

  13. gmc ajoute:

    chère anne,
    quand vous sortirez de l’intoxication hallucinatoire appelée pensée conditionnée et fragmentaire – et la pensée ne peut être autre, le conditionnement et la fragmentation sont parties intégrantes de sa nature -, si vous y arrivez un jour, peut-être saurez-vous voir que la Vie est anarchie; ainsi vous éviterez de postuler sur une hypothèse n’ayant aucune raison d’être autre que votre cécité.

    anthropologue: pseudo scientifique affirmant que des fossiles de 4 à 6 millions d’années sont les ancêtres de homo sapiens sapiens sans être capable d’expliquer son apparition ainsi que celle de son neo-cortex il y a SEULEMENT 35 000 ans.
    biologie: discipline intéressante, d’autant plus qu’aucun biologiste ne sait dire ce qu’est la vie, vraiment intéressant, non?

    société: entité immorale créée par l’humain, hérite du caractère spécifiquement animal « survivre à n’importe quel prix » (même au détriment de son instigateur, ceci est valable pour toute structure créée par le primate humain, l’exemple actuel le plus représentatif réside dans la politique de l’emploi des grands groupes privés)

  14. Darc ajoute:

    Les chasseurs-cueilleurs, je suis au regret de le dire, pratiquaient également l’esclavagisme (encore que dans de faibles proportions). Par exemple, les tribus du Nord-Ouest pacifique (Colombie Britannique) étaient principalement des chasseurs-cueilleurs/pêcheurs (il me semble, mais je pourrais me tromper) et le pratiquaient pourtant. D’après l’étude citée plus haut, je crois me souvenir que la proportion de sociétés esclavagistes était d’environ 10% chez les chasseurs-cueilleurs, contre 15% chez les horticulteurs. Faible, en comparaison des « civilisés », mais pas nulle.
    La thèse (qui est mienne, pas celle de Dawkins, qui je ne sache n’a pas parlé de sociobiologie dans son livre, et se cantonne à la génétique, la biologie, les stratégies stables chez les espèces et l’invention de la « mémétique ») se vérifie bien avant le 15e siécle, Anne, toute l’archéologie est là pour le confirmer.
    Après tout, même en s’accordant qu’il ait pu y avoir de multiples « souches » de civilisation (et non une seule au Moyen-Orient comme il était d’usage de le penser jusqu’à récemment), force est de constater que la pratique s’est répandue comme une poignée de poudre sur tout le pourtour méditérannéen ainsi que l’Eurasie toute entière et qu’elle n’a été tenue en échec jusqu’au 15e siècle que par les océans et le désert saharien (et encore, pas totalement). Il serait naïf de penser que l’expansion continuelle des « civilisés » s’est fait dans un vide ethnique et culturel absolu. La disparition des peuplades primitives d’Europe, d’Asie et du Maghreb (dont les nomades sahariens constituent certainement les derniers vestiges) fut le premier grand génocide silencieux de la « civilisation ». Le succès presque total de cette dernière dans l’espace physique relativement homogène (lire « accessible ») de l’Eurasie et du Maghreb prouve bien qu’aucune société primitive n’a su faire mieux que résister, tant bien que mal, à une société hiérarchisée pourvue d’importants stocks de nourriture hérités de l’agriculture. Et le capitalisme n’est qu’une note de bas de page dans tout cela.
    Que certaines civilisations se soient écroulées sous le poids de leurs propres contradictions ou d’attaques extérieures n’est pas discutable, mais force est de constater qu’une autre a toujours fini par prendre sa place, et que le retour à un mode de vie plus primitif reste l’exception plutôt que la règle, et est le plus souvent du à un relatif isolement géographique. D’ailleurs, le génocide physique ou culturel n’est pas forcément contraint, de nombreux exemples modernes montrent bien que les jeunes des sociétés primitives, mis au contact de la civilisation, choisissent souvent (mais pas toujours, je vous l’accorde) d’intégrer cette dernière. Je n’ai plus le lien mais j’ai récemment lu un article d’anthropologue qui narrait cet état de fait dans les tribus papoues d’Indonésie, où un ancien se plaignait que les jeunes s’intéressaient plus aux lumières de la civilisation qu’aux traditions ancestrales, et qu’il redoutait la « fin du monde » que cela représentait… La désillusion est souvent grande, mais il est alors trop tard pour faire marche arrière. Les traditions sont mortes, les techniques et savoirs disparus et la dépendance trop grande pour être rejetée.
    Cela dit, que nos sociétés soient moins stables et moins viables a fini pour tout le monde par devenir une évidence. Le temps bénit (?) où nos civilisations voyaient l’avenir toujours plus grand et plus rose a vécu. Nous commençons à comprendre que la fête est finie, que l’expansion éternelle était un leurre, et que le monde était moins solide et moins soumis à nos caprices que nous le pensions. Notre glorieuse destinée a du plomb dans l’aile, le mythe s’écroule, le centre ne tient plus et l’anarchie s’apprête à déferler sur notre monde.
    Je ne pense pas que ce soit celle à laquelle vous aspirez, cela dit.

  15. flo ajoute:

    N’es-tu pas la meilleure illustration de cet exergue ?

  16. flo ajoute:

    De cet esprit systématique ?

  17. Darc ajoute:

    A qui t’adresses-tu, Flo ? :-)

  18. flo ajoute:

    Darc > Pas à Nietzsche, c’est certain.

  19. Maglite ajoute:

    Zhom, t’es qu’un copieur ! Fais un peu réfléchir ton poil de poche tant que tu en as encore un….

  20. PhilippeYCTK ajoute:

    Heu… j’ai rêvé ou bien, avez-vous rajouté 1 épisode à cette « note » ? (n’y en avait-il pas « que » 2 de prévus initialement ?

  21. PhilippeYCTK ajoute:

    Par ailleurs, je vous remercie de répondre présentement à une vieille et répêtée requête que je vous faisais. :)

  22. Darc ajoute:

    Flo> Je ne vois pas en quoi je démontre une « volonté de système ». Je me contente de mettre en évidence les mécanismes qui nous ont amenés à la présente situation. Je ne suis certainement pas l’apôtre d’une civilisation « supérieure » (si ce n’est, comme je l’indique, dans l’art du « pan sur ta gueule » et du prosélytisme), et si je diffère d’Anne dans mon analyse, c’est qu’il me semble (mais comme je n’en suis pas sûr j’en discute avec elle pour explorer ses arguments) qu’elle surestime l’importance de notre système économique, et sous-estime la puissance de nos mythes fondateurs (pour lesquels je n’ai qu’un respect tout relatif, comme l’indique clairement mon dernier message).
    D’autre part, je n’ai pas de programme à vendre, juste quelques intuitions, assez proches de celles d’Anne d’ailleurs, sur la direction que nous risquons bientôt de prendre… (indice : pas vers du mieux). Un discours raisonné n’est pas forcément la preuve que l’on milite pour la supériorité innée de la civilisation occidentale, Flo. C’est même souvent l’inverse… Relax donc, je suis là pour l’intérêt de l’échange, pas celui de la confrontation. :-)

  23. Colosseum (le live de 71 mamamia) ajoute:

    Tenter d’expliquer, voire de ‘comprendre’ le tout, est une activité certe passionnante mais qui trahit une volonté de pouvoir sur l’avenir.
    Que chacun se construise (ou se déconstruise, ca dépend du point de vue) puis se lache, et en avant le bordel/le changement/la vie !
    hmm, let it go (freddie mercury :)

  24. Visiteur ajoute:

    « le monde tel qu’il existe est le meilleur, pour trois simples raisons : parce qu’il existe ; parce qu’il n’y a pas ailleurs, d’autres mondes ; parce que ce monde existant, aussi odieux que puisse être son ordre actuel, contient en lui-même la totalité des mondes possibles. »

    Mais la question est si le monde tel qu’il existe est le meilleur des mondes possibles.
    Et si c’est ne pas le cas, quelle action proposes-tu ?

    « Mais l’expérience des peuples dits primitifs démontre qu’il est possible pour les humains de vivre une vie prospère sans être soumis à l’État, au Travail, à la Loi. Elle démontre l’évidence de la possibilité de l’anarchie…. »

    …. et sa fragilité face a des societés étatiques… au point de disparaître.
    A nouveau…. quelle action proposes-tu pour empecher ça ??

  25. Soltikof ajoute:

    En ce qui concerne, les avantages de l’étatisme il faut ajouter qu’il permet de gérer les ressources d’une manière différente que dans un anarchisme ou même un communautarisme. Difficile de construire un accélérateur de particule ou un un scanner avec les ressources d’une très petite communauté voire d’une seule personne. De même, la manière par laquelle les sociétés de chasseurs-cueilleurs traitent la déviance au sein de leur communauté est pour le moins expéditive.

  26. Canhard ajoute:

    Le monde tel qu’il existe, le monde réel, n’est il pas le résultat de l’idéel donc de l’utopie ? Le succés de la bourgeoisie a été de réussir à faire croire que le marché est la meilleure adéquation à la Nature. Nos lois sont pensées, les fondements de la démocratie ont été pensés. Une utopie s’est réalisée.
    Tout ce qui est criticable est à critiquer.
    Merci Anne pour cette oeuvre de salubrité publique.

  27. orlando de rudder ajoute:

    LEs anarchistes sont souvent des bosseurs, des érudits! Les Reclus, par exemple! T n’oublions pas Michel Zévaco, superbe auteur de Romans de cape et d’épée dans lesquels les aristocrates ruinés tirent l’épée contre les méchants en dégoisant anachroniquement des professions de foi échevelées, foldingues et marantes dignes des plus échevelés libertaires et anars de la grande époque!
    Dans son histoire, l’anarchie fut aussi le fait de lettrés, de savants…Mais aussi de femmes exceptionnelles comme Rirette Maîtrejean en France et May Pickeray que j’ai croisée jadis. MAis la fin des illusions nous a apporté pas mal de ronchons stériles.
    Il était de tradition en France que les correcteurs d’imprimerie fussent anarchistes.Ce qui laisse rêveur, car comme ordre, il n’y a pas mieux! Et Rirette Maîtrejean corrigea le premier journal « libre » qui a paru à la libération de la France, en 1945. L’orthogaphe était comme sacrée pour les anars que j’ai connu, quel que soit leur milieu d’origine… MAis l’anarchie est un désir d’ordre voulant croire qu’un jour,une sagesse éclîra qui fera que nous nous conduirons tous bien sans avoire besoin de police!

  28. Pascal Perrot ajoute:

    Pour toutes les raisons évoquées par Anne, je me déclare souvent « anarchiste croyant mais non pratiquant »‘. La liberté, le respect, la communication avec autrui sont des affaires personnelles et ne sauraient être enfermées dans un dogme, fût-il radicalement inversé. Anne est un électron libre, qui sait soulever des questions passionnantes, qui possède un vrai talent d’écriture, une intelligence hors-normes, qui dans l’érotisme comme ailleurs apporte une vraie réflexion, une stimulation de tous les instants … Son recul par rapport au nouveau « politiquement correct » de l’anarchie en tant que système et non facteur d’évolution individuel était déjà écrit en toutes lettres dans les poèmes de Sirventès, qui sont à lire absolument. Que la force soit avec vous !

  29. Camille ajoute:

    Je suis d’accord avec Pascal Perrot. L’anarchisme n’est intéressant que comme système de pensée personnelle. Si c’est pour créer une nouvelle utopie, on a déjà donné. Quand à la viabilité des petites sociétés, il suffit de vivre dans un petit village n’importe où dans le monde pour se rendre compte qu’il vaut mieux turbiner avant que l’hiver n’arrive… Ou alors on s’exile tous dans des pays où le climat est tempéré toute l’année ? 7 milliards de personnes vivant de la cueillette ça va être rigolo :-)

  30. mimm ajoute:

    Je viens de découvrir votre site par pure hazard,et je vous adore.

  31. thomasfromparis ajoute:

    Encore une preuve que l’érudition n’empêche pas la cécité, voire la malhonneteté intellectuelle… Chaque point mériterait d’être contredit, mais la stérilité de l’entreprise me décourage d’avance. Je laisse à Darc le soin méticuleux mais pénible de déconstruire vos propos.Quant à moi, je préfère aller relire vos futilités érotiques.

  32. barthe51 ajoute:

    Vous pensez que les anarchistes sont des êtres stupides et prouver que l’anarchie est possible.
    Est ce que vous pourriez mieu m’expliquer s’il vous plait ?

  33. Florian ajoute:

    J’en connais des qui ne seront point longtemps anarques lorsque d’aucuns pauv’zigs auront préparé le terrain afin qu’ils puissent prendre les rênes d’un monde sans autorité et plein de respect. J’en connais des qui disent qu’ils ne façonnent pas de systèmes, alors que leurs serviettes sont déjà pleines de plans virtuels pour nous y fondre.
    J’en connais des qui aiment la liberté avec leur tête et qui la maudissent avec leur cœur.
    J’en connais des qui s’appellent Darc comme la bonne Jeanne, et qu’en secret ils ne sont autres que la sœur du roi.
    L’anarchiste remarquable que je suis, moi, est associable mais fréquentable.
    Et ma faiblesse, l’aut’ Darc, est de penser qu’il faut être sérieux sans se prendre au sérieux.
    Tu ferais geler tout ce qu’il y a de meilleur dans les plus beaux pantalons.
    Il y a des arrivées qu’on n’a pas envie d’atteindre, s’il faut faire le chemin avec certains qui tiennent la carte.

  34. interesting2 ajoute:

    interesting2

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