On retrouve dans l’anarchisme le meilleur comme le pire. Le meilleur se trouve du côté de la fin: c’est l’anarchie, le désir de transformation totale de l’existence basée sur la réappropriation de la vie de tous les jours par des individus s’associant librement avec des individus de leur choix. Le pire se trouve du côté des moyens: c’est le gauchisme, les modes d’action que l’anarchisme a hérité de sa trop longue association avec la gauche politique.
Les militants, les théoriciens et les groupes anarchistes occupent depuis le XIXe siècle une niche minuscule de la constellation éclectique de la gauche révolutionnaire: celle de la «gauche de toutes les gauches» ou alors celle, encore plus pitoyable, de la «conscience de la gauche». Dans la plupart des principales insurrections et révolutions des deux cent dernières années, la gauche autoritaire a tenu le haut du pavé, repoussant chaque fois les anarchistes un peu plus dans la marge. Qu’elle soit féministe, libérale, sociale-démocrate, tiers-mondistes, altermondialiste, socialiste ou communiste, la gauche reste est soucieuse de justice et d’égalité, mais favorise l’action politique à travers des organisations hiérarchiques dont les principales caractéristiques sont un leadership professionnel, des idéologies dogmatiques (surtout en ce qui concerne les courants marxistes), un moralisme à tout crin et un dégoût envers la liberté individuelle et les initiatives autonomes de créer des communautés authentiquement non-hiérarchiques et libertaires.
Les anarchistes se sont trouvés devant un dilemme: soit ils situaient leurs critiques quelque part dans les marges de la gauche, soit ils rejetaient en bloc le gauchisme au risque d’être isolés et oubliés. Puisque la majorité des anars sont justement devenus anarchistes en quittant des organisations gauchistes jugées trop autoritaires, il n’est guère surprenant qu’ils choisirent pour la plupart la première alternative. Ce faisant, ils marginalisèrent définitivement l’anarchie en adoptant les perversions de la gauche: la politique, l’organisationnalisme, le démocratisme, l’oppositionnisme, le progressisme, l’identitarisme et l’idéomanie.

La gauche est politicienne, en ce sens qu’une de ses convictions les plus profondes est que la lutte contre l’oppression et l’exploitation est essentiellement un programme politique qui doit être assumé par un parti et qui doit être réalisé à n’importe quel prix et par n’importe quel moyen. Cette fixation politique, qui implique une coupure entre ceux qui décident et ceux qui mettent en application ces décisions. Elle implique aussi l’existence d’institutions chargées de prendre ces fameuses décisions et veiller à leur exécution. La séparation et l’institutionnalisation inhérentes à la politique sont en soi autoritaires parce qu’elles exigent que les décisions soient prises avant même qu’adviennent les circonstances auxquelles elles s’appliquent. Les décisions politiques prennent toujours la forme de règles générales qui doivent être systématiquement appliquées lors de certaines situations, quel que soit le contexte ou les circonstances particulières.
La conception politique de la lutte a aussi pour conséquence inévitable de concentrer le pouvoir dans ces institutions décisionnelles et exécutives. Le programme de la gauche a toujours été d’influencer, de conquérir ou de créer des versions alternatives de ces institutions. En d’autres mots, l’objectif premier de la gauche a toujours été de changer et non de détruire les relations de pouvoir institutionnalisées.
Or, l’anarchie, même prise dans sa simple définition étymologique, vise l’abolition des relations de pouvoir institutionnalisées. Les anars ont toujours rejeté le principe d’une révolution politique et ont toujours considéré que la lutte révolutionnaire n’est pas un programme politique mais la lutte d’individus pour la réappropriation globale de leur vie. Une telle conception est éminemment anti-politique; en d’autres mots, l’anarchie s’oppose à toutes les formes d’organisation sociale, ainsi qu’à toutes les méthodes de lutte où les décisions qui concernent la vie et la lutte sont institutionnellement séparées de l’exécution, quelque soit le degré de participation démocratique du processus décisionnel.

La deuxième perversion de la gauche est l’organisationnalisme, une forme de schizophrénie où l’organisation, que ce soit un parti ou un syndicat, est non seulement perçue comme le principal sinon le seul moyen d’action, mais comme l’incarnation même de la révolution. L’organisation représente la lutte: sa construction et sa croissance sont l’expression concrète du programme de gauche. Si les militants impliqués dans cette activité se définissent comme anarchistes et révolutionnaires, alors l’organisation se met pour eux à représenter la révolution et l’anarchie. La puissance de l’organisation se confond ainsi avec la force et la puissance de la lutte révolutionnaire et anarchiste.
Un exemple flagrant de ce phénomène est la révolution espagnole. Les dirigeants de la CNT et de la FAI, après avoir inspiré aux ouvriers de Catalogne et aux paysans d’Aragon le désir de se saisir des moyens de production, non seulement ne démantelèrent pas leur organisation pour les laisser explorer librement le jeu de la vie sociale selon leurs propres désirs, mais s’en servirent pour s’instituer gestionnaires étatiques de la production. Cette gestion fut dans le meilleur des cas aussi incompétente que celle des oligarques et des capitalistes et surtout n’eut que très peu à voir avec les principes autogestionnaires de la FAI-CNT pré-révolutionnaire.
Lorsque la lutte contre l’ordre établi est isolée des individus effectivement en lutte et placée entre les mains d’une organisation, cette lutte cesse d’être un projet libérateur pour ces individus et ne devient qu’une cause extérieure à laquelle ils adhèrent. Parce que cette cause est indissociée de l’organisation, l’activité principale des individus qui y adhèrent est l’entretient et l’expansion de l’organisation. Ainsi, la prochaine fois qu’un gauchiste vous fera un sermon sur l’importance de l’organisation hiérarchique au nom de l’efficacité, comprenez que la seule efficacité qu’une telle organisation peut atteindre est celle de s’organiser hiérarchiquement.
Autrement dit, la différence entre les anars et les gauchistes, c’est que les anars veulent que vous vous organisiez par vous-mêmes, alors que les gauchistes veulent vous organiser. Les gauchistes ont une seule obsession: vous recruter dans leur organisation pour que vous puissiez servir leur cause. Ils favorisent l’unité idéologique, stratégique et tactique grâce à l’autodiscipline (qui plus souvent qu’autrement la forme d’une autorépression) quand c’est possible, ou la discipline organisationnelle sous forme de sanctions quand c’est nécessaire. D’une façon ou d’une autre, on exige de l’individu qu’il abandonne toute forme d’autonomie et marche sans discuter sur un chemin tracé d’avance par un leadership génial et clairvoyant.

La troisième perversion de la gauche est le démocratisme, qui est l’exercice de pression diverses auprès des pouvoirs établis, l’exercice des droits démocratiques, la conquête électorale ou violente du pouvoir, l’expropriation institutionnelle des moyens de production ou un mélange plus ou moins heureux de ces diverses méthodes. Pour transformer les relations de pouvoir institutionnalisées, la gauche tente de s’instituer en pouvoir alternatif ou en contre-pouvoir. Voilà pourquoi la gauche est condamnée à faire sienne l’idéologie actuelle du pouvoir – la démocratie.
Les divers systèmes de démocratie représentative exigent qu’un consensus soit créé envers les programmes politiques qui sont mis de l’avant. Même si tout pouvoir réside dans la coercition, la coercition exige, dans un système démocratique, l’obtention préalable d’une justification par le consentement. Voilà pourquoi il est nécessaire pour la gauche de recruter un nombre maximal d’adhérents qui peuvent compter comme des appuis à leur programme. Bref: en embrassant la démocratie, la gauche embrasse également l’illusion quantitative.
Gagner l’adhésion du plus grand nombre d’individus exige d’en appeler au plus bas dénominateur commun. Ainsi, au lieu de se consacrer à une réflexion théorique ardue, exigeante et vitale, la gauche développe dans l’espoir de ratisser le plus grand nombre d’adhérents des doctrines simplistes consistant pour l’essentiel en une litanie d’indignations morales portant sur les abus perpétrés par des dirigeants sans scrupules, dans un monde rigoureusement manichéen. Toute réflexion ou spéculation hors de ces vulgates est immédiatement condamnée avec véhémence par la gauche ou alors rejetée du revers de la main avec incompréhension. Cette incapacité à se consacrer à une exploration théorique sérieuse est le prix à payer d’une adhésion à l’illusion quantitative, qui veut que l’augmentation numérique de l’appui au programme est le signe de la force et de la santé du mouvement, sans égard à la passivité des adhérents.
L’illusion quantitative se trouve au cœur même du démocratisme. Or, le nombre d’adhérents à une cause, à une idée ou un programme ne détermine pas la puissance du mouvement. Bien au contraire: c’est la valeur qualitative de la lutte comme attaque des institutions de pouvoir et comme réappropriation de la vie par les individus qui compte. Ceci mène à rejeter les processus formels et institutionnalisés de prise de décision politiques, séparés par définition de la pratique et de la vie… tels que la démocratie.

Quatrième perversion : l’oppositionnisme, qui consiste à s’acharner vaille que vaille à formuler des demandes et exiger des réformes aux pouvoirs en place. Il est évident qu’une telle méthode est compatible avec l’objectif de transformer les relations de pouvoir, précisément parce que les demandes partielles ne remettent pas en cause la nature même de ces relations de pouvoir. En fait, formuler des exigences à ceux qui détiennent le pouvoir implique que seulement de simples ajustements (même s’ils sont parfois radicaux) sont suffisants pour réaliser le programme de gauche. Ce faisant, on ne remet jamais en question l’ordre établi lui-même, pour la simple et bonne raison qu’une telle remise en cause menacerait le schème politique de pensée et d’action de la gauche.
Or, les réformes partielles ne peuvent, par définition, qu’offrir une amélioration temporaire des conditions de vie de ceux qui sont condamnés à subir l’ordre social morbide, étatiste et capitaliste. C’est en cela que l’opposition est toujours loyale à l’ordre établi, puisque ses énergies sont concentrées dans l’exigence de réformes et la défense des droits acquis, ce qui non seulement ne menace aucunement ledit ordre établi mais aussi le consolide sur ses bases, puisque la révolte et les luttes anti-systémiques sont canalisées vers des demandes «réalistes».
L’oppositionnisme est intimement lié à la cinquième perversion, le progressisme (qui est, soit dit en passant, l’épithète de choix des organisations de gauche en ce moment — les mots «socialisme» et «communisme» étant largement tombés en disgrâce). Le progressisme est l’idée que l’ordre établi est le résultat d’un processus historique continu (ou alors dialectique) d’amélioration qui peut être poursuivi et même accéléré par divers moyens, que ce soit l’exercice du droit de vote, la pétition, la désobéissance civile, le terrorisme ou la conquête du pouvoir politique — en fait, n’importe quelle action sauf la destruction de ce pouvoir.
Ainsi, le progressisme (et la stratégie de revendication de réformes partielles qui est son application pratique) forme un autre aspect quantitatif de la conception de gauche de la transformation sociale. Pour la gauche, la transformation sociale est une simple question de degrés, de position dans un processus de changement continu. Une quantité adéquate de réformes suffit pour mener collectivement les masses à leur objectif (quelque soit ledit objectif). La réforme et la révolution ne sont ainsi, pour la gauche, qu’une question de degré, que deux niveaux distincts d’une seule activité. Engoncée dans le mythe éminemment bourgeois du progrès, la gauche reste aveugle à la plate évidence que la seule trajectoire des sociétés humaines depuis l’essor de l’État moderne et du capitalisme est l’accroissement continuel de l’appauvrissement et de la domination, et que ce système ne peut en aucune manière être réformé.

La sixième perversion, l’identitarisme, est particulièrement pernicieuse. Elle consiste à valoriser non pas les individus réels mais les catégories sociales auxquelles ils appartiennent, généralement malgré eux: le prolétariat, les femmes, les noirs, les autochtones, les gays et lesbiennes et ainsi de suite. Cet identitarisme est une forme particulièrement perverse d’action revendicative où les individus opprimés choisissent de s’identifier à la catégorie sociale par laquelle leur oppression s’exerce, dans un objectif supposé de rébellion et de défiance envers ladite oppression. Or, l’identification continuelle à ce rôle social limite la capacité des individus qui adhèrent à cette stratégie d’analyser en profondeur leur situation sociale et d’agir en tant qu’individus contre leur propre oppression. Ceci garantit ainsi la pérennité des relations sociales à la source de cette oppression. Pourtant, ce n’est qu’à titre de membres de catégories sociales opprimées que ces individus sont utiles à la gauche et à ses manœuvres politiciennes, parce que ces catégories sociales agissent comme des groupes de pression et de pouvoir dans un contexte démocratique.
Cette logique mène tout droit à l’anti-individualisme, car l’organisation n’a de cesse d’exiger que l’individu se sacrifie à une cause ou une autre, liée évidemment aux programmes et aux organisations de gauche. Derrière ces appels au sacrifice se cache les idéologies manipulatrices de l’identité collective, de la responsabilité collective et de la culpabilité collective. Les individus qui par définition font partie d’une catégorie sociale privilégiée — les hétéros, les blancs, les mâles, les petits bourgeois — sont tenus responsables de toutes les oppressions attribuées à leur groupe. Ils sont ensuite manipulés de sorte qu’ils expient leurs crimes en appuyant aveuglément les mouvements politiques de ceux qui sont plus opprimés qu’eux-mêmes. Quant aux individus qui sont considérés comme membres d’une catégorie sociale opprimée, ils sont tout aussi manipulés de sorte qu’ils acceptent l’identité collective de leur groupe, marquée par une solidarité obligatoire — qu’elle soit féministe, tiers-mondiste, gay, etc. Si par malheur ces individus rejettent ou même se mettent simplement à critiquer cette identité collective, la gauche les considère comme des aliénés qui acceptent leur propre oppression. En fait, l’individu qui contre sa propre oppression et sa propre exploitation agit de son propre chef, ou alors avec seulement ceux avec qui il a développé des liens d’affinité réelle, est généralement accusé d’individualisme bourgeois, malgré le fait qu’il lutte justement contre l’aliénation capitaliste et étatique imposée par la société bourgeoise.

La dernière des perversions, l’idéomanie, englobe en quelque sorte toutes les autres. La gauche, qui conçoit la lutte sociale en des termes politiques, est foncièrement idéologique. La lutte de la gauche ne naît pas des désirs, des besoins et des rêves des individus exploités, opprimés, dominés et dépossédés par notre société. Elle n’est pas le résultat de l’action d’individus qui cherchent à se réapproprier leur propre vie en tentant de se donner les outils adéquats pour réussir cette tâche. Il s’agit plutôt d’un programme issu de l’esprit des leaders de gauche ou alors élaboré par des meetings institutionnels qui existent indépendamment et même précèdent les luttes individuelles (qui doivent par définition se subordonner à l’organisation et son programme). Quel que soit le slogan de ce programme — le socialisme, le communisme, l’anarchisme, le féminisme, l’anti-impérialisme, le nationalisme, les droits des animaux, l’écologie — le programme de gauche ne donne pas d’outils aux individus dans leur lutte contre la domination. Il demande plutôt auxdits individus d’échanger la domination exercée par l’ordre établi par celle exercée par le programme de gauche. Autrement dit, il exige que les individus continuent d’abandonner leur capacité de déterminer par eux-mêmes leur propre existence.
L’idéomanie mène au sacrifice de soi, au sacrifice de ses désirs, de ses aspirations, de ses rêves. Mais elle mène aussi à l’exigence de solutions faciles à des problèmes complexes, la simplicité des solutions étant un gage de leur valeur. L’idéomanie agit comme des œillères, comme un obstacle à l’examen de sa propre réalité subjective, comme un frein à l’exploration théorique des possibles.








(le 16 octobre 2006 à 0 h 37 min)
Je sais, il y a un peu de recyclage dans ce post. Désolée.
(le 16 octobre 2006 à 1 h 52 min)
« Les idées fictives se nourrissent
des erreurs suscitées par les apparences.
Ces idées sont donc le réel
puisque les apparences ne sont pas des idées. »
(Soûtra de l’Entrée à Lankâ, Vème siècle, Fayard, 2006)
(le 16 octobre 2006 à 7 h 26 min)
Anne, puisque je ne vois pas chez toi de système de trackback, je me permets de signaler ici en commentaire que j’évoque et cite largement ce billet, et ton précédent sur le même thème, dans ce billet chez moi: Décapant pour les neurones.
(le 16 octobre 2006 à 8 h 29 min)
Encore un billet a haute teneur en interet (env 1025% des ajr encéphaliques)!
Il a cependant le facheux défaut de m’avoir fait pleurer sur des choses qui me faisaient plutot marrer auparavent… Quoique, non, attendez…., non c’est bon je suis toujours mort de rire :D OUF
(le 17 octobre 2006 à 6 h 57 min)
Qui ne le sait pas? lever le doigt, au piquet, finalement tout ce bla bla pour la conclusion ci dessous….Que tous ceux qui sont nés anars(et pas devenus) connaissent, clichés clichés.
« Quel que soit le slogan de ce programme – le socialisme, le communisme, l’anarchisme, le féminisme, l’anti-impérialisme, le nationalisme, les droits des animaux, l’écologie – le programme de gauche ne donne pas d’outils aux individus dans leur lutte contre la domination. Il demande plutôt auxdits individus d’échanger la domination exercée par l’ordre établi par celle exercée par le programme de gauche. Autrement dit, il exige que les individus continuent d’abandonner leur capacité de déterminer par eux-mêmes leur propre existence »
(le 17 octobre 2006 à 8 h 39 min)
Je serai une fois de plus à contre courant car je ne vous parlerai ni d’anarchie ni de gauchisme. Ce qui me marque aujourd’hui est le peu de place laissée à l’être humain et à la libre expression de sa personnalité. Tous les modèles proposés jusqu’à ce jour ne me satisfont pas car ils ne sont pas centré sur la recherche de l’harmonie qu’elle soit individuelle ou collective. L’anarchie est liée à une idée de combattre l’ordre établi qui, à mes yeux, ne sert pas à grand chose. Je pencherai beaucoup plus sur le dialogue et l’adhésion. Arriver à faire réfléchir sur notre place en tant qu’humain dans cette économie de marché, créée par l’homme et qui aujourd’hui nous gouverne. La première démarche serait pour moi, d’arrêter de raisonner en terme de compétition et cela à tous les niveaux. A commencer par l’école. Pourquoi donner des notes ? A quoi cela nous sert de savoir de tout petit si notre copie mérite 12, 14 ou 18 ? La seule chose qui nous intéresse est de savoir si l’élève a ou non compris ce que nous voulions lui enseigner. De tout petit, nous sommes formatés sur la compétition et non sur le partage de la connaissance. La seconde idée, qui en découle bien évidemment, serait d’arrêter de mettre en premier l’accumulation des richesses. A-t-on vraiment besoin d’une grande maison quand on vit seul ? D’une télé ou d’un ordinateur dans chaque pièce ? Plutôt que de favoriser l’isolement, il serait plus profitable de favoriser les rencontres et les échanges. Que la richesse d’un individu ne se calcule plus du tout ni en diplôme, ni en argent. Et bien d’autres choses… En résumé, ma société idéale serait une société où chacun puisse trouver sa place.
(le 17 octobre 2006 à 8 h 49 min)
pour maglite,
« Quand on n’est plus victime de la croyance à la personnalité, on n’est plus sujet au désir et à l’attachement. » (Soûtra de l’Entrée à Lankâ, II,49)
L’AME INSURGEE (extrait)
Mais je demande que la médiocrité laisse
Alors la fréquentation des extrêmes
Aux risque-tout qui se lèvent pour aller y voir
Aux va-nu-pieds qui ne possèdent point de fauteuil
Aux crève-la- faim de grand coeur qui se saoulent de n’importe quoi
Plutôt que de manger eux aussi le foin
De cette justice de ruminants à l’étable
Que les professeurs qui ont pour fonction d’enseigner
Ce que les poètes ont pour mission de désapprendre
Laissent donc les poètes se brûler seuls les doigts au feu
Les yeux à la lumière
Et le coeur à l’éternité
Et qu’ils n’accablent plus les malheureux abîmes
Que hantent les grands vents.
ARMEL GUERNE
(le 17 octobre 2006 à 11 h 14 min)
Anne ma louve….. Tu m’ens veut toujours ?
Tu sais, j’étais malade à l’époque…!
(le 17 octobre 2006 à 13 h 15 min)
Merci gmc pour ces références que je ne connaissais pas. Le poème est superbe, quant à la citation :
“Quand on n’est plus victime de la croyance à la personnalité, on n’est plus sujet au désir et à l’attachement.”
En résumé, on sait ce que l’on est plus mais sait-on pour autant ce que l’on est ? Personnellement, je ne crois pas au phrase toute faite qui se veule détentrice de vérité. Il existe rarement une seule vérité. Ce qui convient à l’un ne répondra pas forcément aux attentes d’un autre. Personnellement, si je n’ai qu’un souhait ce serait que mes désirs ne disparaissent jamais. Et l’attachement que je porte aux personnes qui m’entourent est un précieux cadeau de la vie.
(le 17 octobre 2006 à 14 h 04 min)
maglite,
la citation du Lankâ dit simplement que la personnalité est une croyance, ça se médite amplement à travers le temps; les conclusions que chacun en tire sont fonction de sa motivation et son degré d’hallucination, rien d’autre. pour le reste, chacun ses chaînes (bâties elles aussi sur des croyances); enfin, pour la vérité, elle est tellement au-delà du langage que même la poésie ne fait que l’effleurer de loin, c’est te dire. si quelqu’un prétendait te la dire, tu pourrais sans aucun souci lui éclater de rire au nez.
par ailleurs, tu remarqueras que tout le monde ne discute que d’idées fictives! on se demande bien pourquoi les hommes passent leur précieux temps à se déchirer au sujet d’idées fictives sans songer la plupart du temps à tenter d’approcher une réalité au-delà de leurs fictions!
(le 17 octobre 2006 à 14 h 16 min)
Il y a autant de réalités que d’etres humains, et probablement encore plus.
Toute réalité comprend un référentiel. Il n’y a donc pas une réalité,
mais une (presque) infinité de réalités, puisqu’il y a une infinité de
référentiels. Le premier référentiel étant l’époque, le deuxième la géographie,
le troisième la famille, le quatrième l’individu, ect..
Si on parle de réalité physique, elle n’a pas de sens en ce qui concerne le vivant.
Car le vivant est un système d’informations, et non un système physique au sens
strict du terme.
(le 17 octobre 2006 à 15 h 29 min)
Pierre Lemieux… comme on se retrouve! Ça me rappelle la bonne vieille époque pionnière chez Editel.com.
Craquante, cette couverture…
Gary
(le 17 octobre 2006 à 15 h 34 min)
dracula,
c’est quoi un être humain dans un monde où 6,5 milliards d’individus ne savent pas répondre à la question « qui suis-je? » par autre chose que des croyances auto-référentielles qui ne supportent pas dix minutes d’analyse approfondie?
- l’époque: aucun physicien ne sait dire si le temps est une donnée non relative (aux dernières nouvelles, son existence est très douteuse, cf etienne klein, mais, bon, l’humanité sait cela depuis au moins 5000 ans, il n’y a bien que dans cette brillante civilisation infantile qu’on l’ignore, mdr!!)
- la famille: avant l’individu qui ignore sa nature? mdr!! et donc la nature de ses liens…
- réalité physique: aucun physicien ne sait ce qu’est la matière; tu parles de quoi exactement là?
comprends-tu cette phrase: « les vivants sont les morts et ce sont les morts qui sont vivants? » (c’est tout à fait terre à terre comme citation, garantie 2000 ans d’âge)
(le 18 octobre 2006 à 5 h 02 min)
Conseil de lecture: V pour Vendetta d’Alan Moore. Je parle ici d’un Comics. Je parle ici d’une oeuvre fondamentale sur l’anarchie, entre autre. Je parle ici en quelque sorte d’un stimulant intelligent et diablement nuancé pour les questionnements/errements hautements louables d’Anne Archet. Je parle ici de pistes de salut.
(le 18 octobre 2006 à 12 h 00 min)
en somme, pour dire merde à la démocratie et autres systèmes à base de « cratie », il faudrait que les hommes acceptent de nager sans bouée. Bref, qu’ils apprennent à nager et n’hésitent pas non plus à plonger.
Quel optimisme pour la nature humaine.
J’y crois pas une minute.
(le 18 octobre 2006 à 12 h 44 min)
Le billet est un peu long, mais sa lecture vaut le coup :)
(le 22 octobre 2006 à 16 h 40 min)
Oui du recyclage j’y pensais en le lisant, mais ça fait pas de mal d’y revenir , et du recyclage y en a et y en aura beaucoup à faire encore. Pas par militantisme de recherche de salut ou autre, mais pour avoir plus d’esprits libres autour de nous, pour agrandir les poches. Je redis que le « sirventes de l’anarchie » est beaucoup plus évocateur à mes yeux, mais il faut bien en passer par là aussi.
(le 24 octobre 2006 à 12 h 20 min)
Bonjour Anne
Le Jeu étant toujours plus grand que les joueurs.
Quelle est le champs d’action pour l’individu et par voie de conséquence celui de la société dans lequel il s’inscrit ?
Amicalement,
E.
(le 27 octobre 2006 à 3 h 43 min)
» je tire de l’absurde trois conséquences:
ma passion, ma révolte, ma liberté » ( Camus )
Sans passion ni liberté je garde ma révolte.
(le 10 novembre 2006 à 12 h 18 min)
Anarchie, l’étymologie parle d’elle-même : en l’absence de fondements, peut-on asseoir ou s’asseoir quelque part… c’est un prétexte pour vous dire que j’ai mis un extrait « choisi » de votre brillante réflexion de par chez moi! Anne strikes again, happy fiew:) are waiting for new thoughs…
Merci à vous, bonne continuation,
Amel on the roof, a leattle more.
Best regards.
(le 27 février 2007 à 9 h 35 min)
Il y’a chez toi ce refus permanent d’être asservie à une idéologie particulière, le besoin lancinant de te démarquer de ce qui est commun …
C’est assez plaisant à lire, parce que j’y sens une envie permanente de découvrir, d’explorer, de comparer, et ton analyse concrète de ce qu’est « l’anarchie » en témoigne.
Les « anars » sont de doux rêveurs qui s’opposent toujours à tout sous prétexte que toute loi germe forcément du pouvoir.
Les « anars » sont aussi révoltés en permanence, parce que leur triste vie, cloisonnée par des règles établies, leur est totalement insupportable.
Il y’a longtemps que je n’ai plus pris autant de plaisir à en lire un avec cette qualité d’écriture.
Et hop, dans mes favoris …
(le 9 mars 2007 à 3 h 05 min)
Je suis née d’un hasard de lingeries froissées et de sève imprévue
Je fûs larve, animal et soi-disant humaine;
Je suis comme je suis, je suis comme la rose:
» La rose est sans pourquoi, fleurit quand elle fleurit, n’as souci d’elle même, ne désire être vue »
(le 6 septembre 2007 à 6 h 43 min)
Je résumerais en deux mots:
solipsisme spontanéiste