Notes sur l’anarchie (3/3)

«Confiture demain et confiture hier… mais jamais de confiture aujourd’hui.»
Lewis Carroll, Alice au pays des merveilles

Dans cet univers réglé par les dispositifs de pouvoir, dans ce monde blindé de rôles et de rapports de domination qui n’en finit pas de mourir, l’anarchie ne se pose pas comme une utopie, comme un programme ou un système social à instaurer mais comme une perspective, une ligne: la ligne de fuite.

Selon Félix Guattari et Gilles Deleuze, ont peut distinguer au sein de nos vies la ligne dure, la souple et la ligne de fuite. Les lignes dures sont celles du pouvoir établi. Rester sous leur contrôle signifie se contenter de passer d’une forme de domination à une autre: de l’école à l’université, puis au travail pour finir à la retraite. Les lignes dures ont l’avantage redoutable de nous assurer un avenir: une carrière, une famille, une vocation à réaliser. Les lignes souples voguent quant à elles autour des lignes dures en les défiant sans les remettre en question: désirs cachés, rêveries, fantasmes, discussions à voix basse entre collègues, commérage. La ligne souple est celle de la délinquance, celle du petit refus de respecter le règlement, celle de la grève, de l’absentéisme au travail et des cours séchés. La ligne souple finit toujours par rejoindre la ligne dure et en constitue en quelque sorte sa soupape de sûreté.

Il y a ensuite les lignes de fuite, celle qui ne nous ramènent jamais au point de départ. Ces lignes de fuite ne définissent pas un avenir mais un devenir. Il n’y a pas de programme, pas de plan de carrière possible lorsque nous sommes sur une ligne de fuite; la destination est inconnue, imprévisible — c’est un devenir, un processus incontrôlable, notre ligne d’émancipation, de libération.

C’est sur une telle ligne qu’on peut enfin se sentir vivre, se sentir libre.

*  *  *

La ligne de fuite est la ligne du risque. Elle est dangereuse parce qu’elle est réelle et pas du tout imaginaire. En fait, ce sont les lignes souples qui sont de l’ordre de la représentation: rêveries, fantasmes, messes électorales, utopies révolutionnaires… Mais avant de suivre une ligne de fuite, il faut pouvoir la tracer, car sinon cela peut mener à la catastrophe, la paranoïa, le suicide, la solitude, l’alcoolisme, la dépression. Elle devient alors ligne d’abolition, lorsque l’individu fuit les autres au lieu de fuir les dispositifs du pouvoir. Mais même à plusieurs, la fuite peut mener directement dans un trou noir, une secte , un groupuscule de lutte armée, la prison, la mort. Dans ce cas, la fuite des lignes dures mène à des lignes beaucoup plus dures encore.

Notre vie est un écheveau inextricable de lignes entremêlées. Aux multiples dispositifs de pouvoir correspondent autant de lignes dures autour desquelles s’entortillent une myriade de lignes souples. Et de chaque dispositif offre de multiples désertions possibles. Il ne faut toutefois pas croire que l’ émancipation globale se résume à la fuite de tous les dispositifs de pouvoir. Il ne faudrait pas non plus commettre l’erreur de vouloir faire de l’émancipation une fin en soi en unifier les lignes de fuite en un programme politique. Car les lignes de fuite sont autant de libérations que de difficultés et de dangers.

*  *  *

C’est parfois en repassant de façon ponctuelle par une ligne dure que nous préparons nos meilleures désertions. Les lignes dures ne sont donc pas à considérer de manière morale mais de manière stratégique: les emprunter peut nous permettre de propulser nos désertions et matérialiser nos plans d’émancipation. L’argent, le salariat, la propriété privée peuvent parfois être utiles pour enclencher une évasion ou simplement éviter la répression. La difficulté est évidemment de ne pas se laisser rabattre définitivement sur une ligne dure lors de ces incursions.

Car il ne s’agit pas de choisir une ligne dure plus endurable que les autres — ce serait passer d’une forme de domination à une autre sans jamais fuir quoi que ce soit. Il s’agit plutôt de tracer astucieusement un plan d’émancipation, de le tracer tout en l’expérimentant au jour le jour en évitant les tentatives de rabattement. Parce que les dispositifs de pouvoir essayent continuellement et par tous les moyens de rattraper et enchaîner les déserteurs: l’assistante sociale qui tente de nous réinsérer sur le marché du travail, le permanent syndical qui veut nous encarter à la fin d’une grève sauvage, les curés, les juges, les flics… et aussi nous-mêmes. Car le risque de rabattement peut aussi venir de nous-mêmes, trouvant leurs sources dans nos peurs, nos préjugés, nos besoins, notre éducation, nos habitudes, notre mode de vie qui cachent le rabattement, l’auto-répression, l’autodiscipline. Le flic est aussi en soi.

*  *  *

J’aime l’idée de Grand Soir, qu’on a trop longtemps et injustement confondu avec celle de révolution. Le projet révolutionnaire conçoit la transformation du monde sous la forme d’un coup de force ou de journées d’agitation populaire à la faveur desquels un changement s’opère à la tête de l’État — changement de régime, dans sa version socialiste, ou renversement de l’ordre étatique dans sa version anarchiste. La révolution se pose comme une fin, un objectif à atteindre, une utopie mythique pour laquelle nous devrions agir, militer et même sacrifier nos vies. La perspective révolutionnaire, c’est d’agir en vue de réaliser cette fin, d’atteindre cet objectif inaccessible. Attendre n’est qu’une autre manière de nous faire accepter notre soumission aux dispositifs et rôles dans lesquels nous sommes emprisonnés en ce moment même.

Le Grand Soir — tel que l’envisageaient les anars avant 1914 — se distingue de l’idée de révolution de trois manières. Premièrement, en refusant d’identifier la transformation sociale au simple changement politique, à la simple relève de la garde gouvernementale. Deuxièmement, en refusant le partage du travail entre le peuple, chargé d’abattre le monde établi, et une avant-garde consciente et savante, chargée de reconstruire — plus souvent qu’autrement sous forme de dictature — une nouvelle légitimité publique. Troisièmement, en refusant d’asservir les individus agissant pour transformer la vie à une stratégie à long terme et à des articulations organisationnelles et contraignantes comme les partis et les syndicats.

Mais encore plus fondamentalement, le Grand Soir entretient un rapport particulier avec le temps et l’espace. Ainsi, le Grand Soir n’est pas lié au futur, à des changements à venir n’existant dans le présent uniquement comme promesse utopique, dont la conquête du pouvoir serait la garantie, et qui serait investi de la mission de la faire advenir, qu’elle soit le communisme ou la disparition de l’État. La radicalité temporelle temporelle du Grand Soir est plutôt liée à une antériorité, à une puissance accumulée; un passé qui se confond avec le présent puisqu’il qualifie l’état actuel des choses, une puissance capable de rendre effective la transmutation dont le Grand Soir est la manifestation finale. Alors que la révolution est pensée sous la forme d’un point de départ, celui d’une transformation à venir, le Grand Soir est un aboutissement, l’aboutissement d’une transformation déjà réalisée.

Quant à l’espace du Grand Soir, il embrasse la totalité de ce qui est, du minuscule au plus vaste, en l’absence de toute hiérarchie ou articulation utilitaire d’un aspect de la réalité par rapport à un autre. La transformation qu’exprime le Grand Soir est une transformation immédiate où chaque situation, chaque moment, est porteur de la totalité des transformations qui forme son essence. Chaque lutte, chaque décalage, chaque faille, chaque pas dans la réalité est une répétition et l’expression de l’explosion finale. Le Grand soir ne sacrifie pas le présent à l’avenir, ni l’avenir au présent. Il est à la fois crépuscule et aube, transmutation immédiate de l’ordre existant, là où dans ses failles se devine un autre monde possible, présent maintenant dans les entrailles des choses.

Il s’agit ici d’établir une autre perspective: ne plus agir en fonction d’une fin à attendre mais bien pour ce qu’il est possible d’expérimenter et vivre immédiatement. Le Grand Soir n’est pas une fin à réaliser mais un processus, de même que la liberté ne se ressent qu’au travers d’un processus de libération. La liberté en tant qu’état que nous atteignons qu’une fois la révolution accomplie n’est qu’un leurre, qu’un outil de domination pour maîtres en devenir.

*  *  *

Vous vous doutez bien que si j’insiste tant sur le concept de Grand Soir, c’est parce que je veut en finir une fois pour toutes avec celui de révolution. Sorel avait raison, la grève générale comme la révolution n’est qu’un mythe, un mirage par lequel les syndicats et groupuscules n’ont de cesse de nous enrôler dans leurs dispositifs de contre-pouvoir. Attendre la révolution, la préparer en militant, c’est un façon d’accepter notre soumission aux dispositifs et aux rôles dans lesquels nous sommes emprisonnés en ce moment même.

La révolution comme une fin, comme utopie mythique, exige renonciation et sacrifice de soi. La perspective révolutionnaire se résume donc à agir en vue de réaliser cette fin, d’atteindre cet objectif inaccessible. Or, la vie est trop précieuse pour la gâcher à courir derrière des chimères. La vie est courte. Très courte. Il faut la risquer, pas la sacrifier.

Tout sacrifie de soi est un gaspillage scandaleux. Car sacrifier sa vie, c’est la consacrer à l’obéissance et au ressentiment. Je pense à tous ces gens qui sont morts pour des patries qui n’existent plus, pour des souverains dont la lignée est depuis longtemps oubliée, pour des fumisteries aussi dérisoires que tragiques comme des religions, des préjugés ou des idéologies dont la simple évocation ne provoque aujourd’hui qu’un rire amer.

Notre vie, il faut la risquer, c’est-à-dire prendre les moyens ici et maintenant pour aller jusqu’au bout de nous-mêmes. C’est la seule cause qui mérite qu’on perde notre vie car cette cause est notre propre vie. On ne peut obliger quiconque d’être libre, ce qui explique l’échec de toutes les tentatives révolutionnaires basées sur la contrainte. Se situer dans l’obligation, c’est faire éclore la domination, pas la liberté. Je ne veux pas vous convaincre de l’opportunité ou non de devenir ce que vous êtes, c’est-à-dire libres. Plusieurs d’entre vous, peut-être même la majorité, n’en avez pas la volonté. Alors pourquoi sacrifierai-je ma vie pour vous?

*  *  *

Je crois ne choquer personne en disant que ni l’État, ni le capitalisme, ni le patriarcat ne vont s’éteindre d’eux-mêmes. C’est par l’action et non par la propagande que l’on peut faire émerger un monde qui exprimerait en plénitude la totalité de ce qui est, la puissance de l’être. Faire de la propagande ne signifie rien de plus que d’ajouter de nouvelles idéologies-marchandises sur le marché des idées. L’anarchie implique une prise de position épistémologique qui consiste à refuser la séparation entre les choses et les signes, entre les forces et les significations, entre les actes et les raisons d’agir, entre les principes et leur application. La séparation entre la théorie et l’action — qui bien souvent implique un primat de la théorie sur l’action, sur le mode «réfléchis avant d’agir» — constitue une source majeure de la domination. Le fait de séparer la réflexion de l’action crée une première séparation du travail entre ceux qui réfléchissent et ceux qui agissent et comme il existe en occident un primat de l’esprit sur le corps et de la pensée sur l’action, cette séparation implique un lien de subordination entre celui qui pense et celui qui agit — qui ne peut alors être que celui qui obéit.

La domination hiérarchique doit être abattue, ce qui signifie qu’elle doit être attaquée. L’attaque, c’est le refus de la médiatisation de la révolte, du sacrifice de soi, mais aussi de l’accommodement et des compromis avec l’ordre actuel. Il ne s’agit pas de manifester, de pétitionner et militer contre la loi, mais de la refuser, elle et le pouvoir qui l’impose. C’est la désobéissance civile, l’insoumission, l’illégalité. Il n’y a rien à revendiquer, rien à négocier: la loi n’est pas la mienne et je ne la respecterai pas. Il y a des lois qui ne peuvent prendre effet car trop de gens les refusent et il y a des délits, comme par exemple la consommation de cannabis, la copie de logiciels, le vol à l’étalage, qui sont si fréquents que les pouvoirs publiques n’ont pas les moyens de les punir autant qu’ils le voudraient. Dans Mille plateaux, Deleuze et Guattari illustrent merveilleusement la faiblesse réelle de l’arsenal répressif et technologique apparemment invincible qui se met en place contre nous par la métaphore du tuyau d’arrosage: «Il n’y a pas de système social qui ne fuie par tous les bouts, même si ces segments ne cessent de se durcir pour colmater les lignes de fuite.» Une loi colmate une fuite mais une autre fuite se déclare un peu plus loin. Les dispositifs de pouvoir consacrent une énergie considérable à colmater les fuites car ils fuient de toutes parts. Le désir de fuir gronde toujours quoi que fasse l’autorité. Il n’y a pas de transports en commun payants sans fraude, de guerre sans déserteurs, de magasin sans vol, de prisons sans tentative d’évasion.

*  *  *

Il s’agit donc d’établir une toute autre perspective: ne plus agir en fonction d’une fin à atteindre mais plutôt pour ce qu’il est possible d’expérimenter et de vivre immédiatement. Et cette perspective, cette ligne de fuite, c’est l’insurrection.

L’insurrection n’est pas une solution idéologique à tous les problèmes de la terre, ni une marchandise de plus sur le marché sur-saturé des idéologies et des opinions, mais une pratique destinée à mettre un terme à la domination de l’État et la reproduction du capitalisme. L’insurrection n’est pas une utopie. Elle n’a pas de système ou de modèle de société idéal à offrir à la consommation publique. L’insurrection doit se comprendre comme processus et non comme une fin — c’est un processus d’émancipation, de rupture, c’est le soulèvement en tant que tel. La liberté qui ne peut être vécue qu’une fois la république instaurée, qu’une fois la révolution accomplie, qu’une fois le communisme advenu n’est qu’un mensonge des apprentis sorciers, des aspirants maîtres de l’État. La liberté n’est pas un but à atteindre mais une expérience à vivre. Et la vie ne peut attendre.

L’insurrection est donc le fait de poser en actes le refus de l’ordre étatique existant. L’insurrection est un moyen d’affaiblir la société autoritaire et capitaliste dans le but de libérer des zones d’espace et de temps où l’autonomie et la liberté économique et politique, une fois l’autorité rejeté, sont alors réalisables. L’insurrection est un coin de métal enfoncé dans les lézardes du mur épais que constitue le spectacle.

L’insurrection en tant qu’expérience immédiate et réalisation de la liberté, c’est la TAZ de Hakim Bey, la Zone d’Autonomie Temporaire. L’insurrection consiste à vivre l’anarchie, à la réaliser dans des moments et des espaces non seulement possibles mais actuels. Il s’agit donc de ne plus remettre la vie à plus tard, de ne plus penser en terme d’action politique, de révolution et de prise de pouvoir mais en terme de création de nouvelles valeurs, de nouvelles expériences de vie, et de dissolution du pouvoir. C’est ce que Bey qualifie de « tactique de la disparition »: une mutation perpétuelle de la vie quotidienne, dont la plus grande force réside dans son invisibilité. Dès que la TAZ est nommée, dès que l’insurrection est représentée, médiatisée, elle doit disparaître pour resurgir ailleurs, à nouveau invisible et insaisissable.

Anti-pouvoir, disparition, anti-politique, insurrection, zone autonome temporaire; voilà des concepts à la fois en rupture avec la conception gauchiste d’action politique et en rupture avec les dispositifs de pouvoir qui nous écrasent.

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42 commentaires pour “Notes sur l’anarchie (3/3)”

  1. Il Candelabro delle Coyote ajoute:

    Aujourd’hui j’ai appris que les insectes sociales (termites, fourmis, abeilles….etc; avec des sociétés rigoureusement organisées)
    représentent un 70% de toute la biomasse animal sur Terre.
    Pas mal comme succès évolutif, n’est ce pas ?
    ça m’a fait penser a tes idées sur l’anarchie.

  2. PhilippeYCTK ajoute:

    Je confirme vous lire avec le plus grand bonheur sur ces sujets : anars et anars, gauchisme, capitalisme, révolution, contestation, attestation…
    Depuis le temps que j’attendais cet opus « 3″ ! Et maintenant qu’on y est, vous nous mettez l’eau à la bouche pour un « 4″… Je ne vous savais pas si sadique. Ah, je sais : vous ajoutez au fur et à mesure les chapîtres de votre futur bouquin ! Chouette ! J’ai hâte de vous voir en librairie. Courage, vous êtes sur la bonne voie !!!

    Je souhaite à tout le monde de vivre quotidiennement leur Grand Soir !

  3. Torcenellanotte ajoute:

    @IlCandelabrodelleCoyote
    le phénomène de l’entraide animale (dont peu importait ici qu’elle fût réflexe, ou consciente) est très présent, dans la réflexion de Kropotkine -en ces temps où une lecture trop hâtive de Darwin faisait des dégâts.

  4. Entre les lignes... ajoute:

    Zahme Vogel singen von Freiheit. WILDE FLIEGEN !

  5. Hrv ajoute:

    J’aime bien la métaphore des lignes.

    Sur l’insuffisance de la propagande, l’insurrection anarchiste est avant tout une guerre culturelle, par opposition à la guerre militaire souhaitée par les communistes révolutionnaires. La conquête des esprits nécessite des armes différentes de la conquête des places de pouvoir, et la propagande n’est pas la moindre de ces armes, quoi qu’elle soit moins efficace que l’éducation libertaire des enfants, par exemple. C’est d’ailleurs l’une des grandes forces des anarchistes, de déplacer le champ de bataille là où les hiérarchistes n’ont aucune force. Chercher à vaincre le chef des Armées par la violence serait suicidaire.

    Sur les actions immédiates comme les squat, elles sont efficaces si elles permettent d’afficher publiquement une démarche contestataire. Le vote blanc est inefficace alors que l’abstention peut avoir un certain effet s’il n’est pas honteusement caché.

    Pour promouvoir ma propre théorie, j’ajoute que l’anarchie est la seule conséquence possible de la non-violence, qu’une communauté qui avancerait sincèrement et efficacement vers la non-violence deviendrait inévitablement une anarchie. Défendez la non-violence et vous défendrez l’anarchie, car la violence est l’alpha et l’oméga de toute hiérarchie. En somme, l’anarchisme ne représente que la partie politique de la révolution totale de la non-violence.

    Il me semble assez facile de convaincre les gens, même les bourgeois, d’avancer vers la non-violence plutôt que vers la violence, bien qu’il reste énormément de travail avant de supprimer toutes les violences. La philosophie, par exemple, est le seul mode de pensée (ou du moins, de discussion) qui soit non-violent. Les dogmes et les croyances sont impossibles à diffuser sans violence. Pourtant, convaincre les gens d’abandonner leurs croyances au profit de la philosophie est assez délicat. Devenir soi-même non-violent est plus facile à dire qu’à faire. C’est pourquoi l’insurrection anarchiste devra se dérouler sur plusieurs générations.

  6. Basduck ajoute:

    YCTK : « J’ai hâte de vous voir en librairie. »

    Avez-vous dit ça à Anne Archet pour vrai?

  7. Basduck ajoute:

    Après cette note en plus! Faut être un sacré sacripant pour vrai! Allez, expliquez votre point.

    pour moi, le blogue, ça reste dans la contre-culture; le livre ça tue.

  8. Luke ajoute:

    @Hrv
    le « débat sur la violence » m’est toujours apparu à peu près aussi « intéressant », que le débat sur l’aspirine. Le médecin qui préconiserait d’y recourir systématiquement serait un fou dangereux, surtout si par malchance, il venait à être entendu. En revanche il est des circonstances où on ne peut en faire l’économie et en ce cas il est clair, que le meilleur médecin, est celui qui a su s’en apercevoir le premier.

  9. PhilippeYCTK ajoute:

    > Basduck :
    Oups ! Je crains que oui…

  10. Verole ajoute:

    « Mourir pour des idées
    L’idée est excellente
    Moi j’ai failli mourir
    De ne l’avoir pas eue………………………. Brassens

  11. chaussette ajoute:

    c’est bien intéressant
    une remarque tout de même :
    l’expression « taz » me déplait, d’une part parce qu’elle fleure trop son langage universitaire, d’autre part parce qu’elle me semble tout droit issue d’un vocabulaire urbanistique (le zonage). Si l’apport notionnel en est éclairci, la réalité vivante en est masquée. Qu’est-ce donc qu’un taz ? peut-on imaginer une scène où l’un dirait tout d’un coup « ah j’ai pris mon taz aujourd’hui, je suis bien content « . Ne serait-il pas par hasard de l’ordre des Idées ?
    car une fois admis tout cela, il reste à résoudre le complexe de « l’être-soi ». Depuis  » je est un autre » (pour faire vite), comment être sûr ? (évidemment c’est une question piège)

    ah aussi :
    Badsuck & Philippe : 71 millions de blogs vous appelez ça une contre culture ? perso je dirai que la contre culture est une invention de journalistes. Si l’on veut reconnaître une singularité à AA, alors blog ou livre, qu’importe ! (mais tant qu’elle tient un blog, ça veut dire aussi qu’elle tient un peu, un petit peu à nous, on ne va pas lui reprocher)

  12. chaussette ajoute:

    j’oubliais, ah comme je suis, le titre original de deleuze et gatari c’est bien sûr
    « lipe la motte »

    voila, tout de même une précision essentielle. Je dis ça surtout à l’intention des lycéens qui nous lisent. Il ne faut pas confondre. Donc si vous êtes lycéens, qu’un devoir de philo vous harrassent, sachez que chaussette peut vous aider. Il n’est jamais à court de bonnes idées, de celles qui vous feront une réputation dans tout le bahut, comptez sur moi.
    n’hésitez pas.

  13. chaussette ajoute:

    lycéens, une faute s’est glissée dans le précédent commentaire, saurez-vous la retrouver ?

  14. Basduck ajoute:

    Ah mon Dieu! Où est-ce qu’on est!? qu’est-ce qui se passe ici!? Quoi?? des commentaires intelligents!?? nooonnnnn… pourtant, sur les blogues; j’aurais cru…!

    + +

    Chaussette : Ben non hein, personne va repprocher à Anne Archet de nous donner un peu d’attention…

    Non, ce que je veux dire c’est que le blogue, le vrai, ça inverse le sens de la communication. Tu n’es plus récepteur, tu es diffuseur. En plus, tu invites au retour critique. Tu travailles à rétablir la communication.

    En ce sens là, ça s’oppose au discours dominant de la culture figée.

    Médium chaud > médium froid. Voilà, contre-culture. ;-)

  15. chaussette ajoute:

    ok Badsuck, entendu :)

    je reviens sur la taz (me suis renseigné un peu), ma défiance était fondée je crois. le discours de hakim B a quelque chose de mystico-délirant. telle qu’elle est décrite, la taz m’apparaît une idéologie. C’est un simulacre.
    il serait trop long d’en faire le détail (pourtant la discussion me plairait beaucoup) mais je dirai que de trop vouloir la chose, HB la rate, il la dévie. Il part du concept au lieu de partir de l’humain, c’est mettre la charrue avant les boeufs.
    Il ne s’agit pas de dire que vous aillez tort, AA, j’ignore la couleur de votre interprétation.
    disons que ce n’est pas ma taz de thé :)

  16. chaussure ajoute:

    T’en veux une chaussette ou t’as besoin d’une petite « thé aux riz » ?

  17. chaussette ajoute:

    ok chaussure je vois le genre

    alors précisons, c’est fatiguant mais c’est ça aussi internet :

    le niveau à partir duquel je m’exprime suppose convenu
    1) que j’estime l’auteure
    2) que mes « critiques » ne remettent pas cause cette estime
    3) que cela s’appelle une discussion
    4) que je n eprétends pas avoir Raison, j’essaye point
    5) que dans la mesure du possible j’évite les interventions uniquement agressives du style que vous affectionnez et qui n’amènent en retour que de l’hostilité (et par laquelle vous prouvez l’évidence idéologique de votre position).

    maintenant si c’est votre plaisir, eh bien mettez m’en une, vous me ferez rigoler

  18. Laurent ajoute:

    J’aime la France comme un être cher qui m’a tout donné [...]. Je veux leur dire qu’ils m’ont apporté le plus grand honneur. Ma pensée va à tout ceux qui m’ont accompagné dans leur campagne. Un président de la République doit aimer tous les français, quelque soit leur opinion.
    Il n’y a pour moi qu’une seul victoire, celle de la démocratie. Le peuple s’est exprimé. Je vais donc réhabiliter le travail, la moral, le respect, le mérite. Je vais rendre aux français la fierté de la France. Le peuple français a choisi le changement. La France a en besoin. Je le ferai dans un esprit d’union et de fraternité. Etc… Les enfants, les femmes martyrisées, les infirmières lybiennes, etc…

    Ici en France, le futur chef des Armées, ex-ministre, a été élu avec 53% pour un grand rêve de civilisation libérale, sans un mot sur cette immense fourberie qu’on appelle culture lorsqu’elle se résume aux petits (ou gros) mots de ces écrivains soumis que sont les journalistes. De fait, tout rapport avec une quelconque pornographie est à exclure. Toute allusion à une banale (et combien de fois reconduite) boucherie ou à un empiètement des libertés fondamentales seraient à rapporter dans les termes conventionnels de notre vieille et chère langue commune. En ce sens, toute responsabilité politique est à bannir de la République, qui est loin, faut-il le rappeler à des oreilles si bienveillantes, de se transformer en TAZ ou autres calembours décentralisateurs de l’individualisme forcené.

    Quand on se réclame de l’anarchie verbale, on ne feint pas de cracher sur les avocats de l’inhumanité ici présents ou de fermer boutique. En guise évidemment de rigidité psycho*. Une autre question que je revienne plus tard ?

  19. chaussure ajoute:

    chaussette, mon ange, me ferez-vous l’amour toujours aussi bien ou devrais-je attendre, si impatient, le fouet de votre jeunesse ?

  20. Luke ajoute:

    L’expression « ligne de fuite  » est utilisée, dans ce texte, avec une parfaite maîtrise -et c’est bien là l’essentiel. Cela dit on ne m’enlèvera pas de l’idée que c’est le genre d’expression à laquelle on peut faire dire tout-et-son-contraire. Et, pour en donner au moins un exemple : elle peut très bien servir à conforter dans leur position, les tenants des illusions alternatives. Quoi qu’il en soit, bravo.

  21. Alternate Lucky ajoute:

    Mieux vaut une bonne vieille conservation. De l’esthétique pure. De l’image et du symbole. Les droits de l’homme, en fait, quand on y pense c’est joli. Ok, ça fait légèrement péremptoire sur une cheminée et ça passe difficilement dans les endroits « in », mais au fond, depuis qu’on a eu la bonne idée de les post-fixer par ceux du citoyen, il n’y a plus aucun problème. C’est comme la démocratie. On l’écoute quand on a besoin d’un petit crédit à la banque populaire. Une fois la voix du peuple entendu quand elle a bien écouté le flux vert fluo de l’information, ce sont des histoires de minorités – des voyous, de la délinquance. Bou. Une souris verteeeeee, qui courait dans l’herbeeeee, on l’attrape par la queue, on la montre à ces messieurs, ces messieurs nous disent eeeeeee, garde à vous ! Et hop tout le monde dans le rang et qu’ça suive, la liberté en dépend.

    Vous préférez peut-être la ligne plus dure, qu’on remette ça mollement, personnellement je cherche un Dieu et un Maître pour m’amuser avec leurs testicules. A moins qu’on se revoit à la télé pour contenter les gosses de la première ligne de garde du trésor en plastique ?

    On the road again. La ligne de fuite, exactement cow-boy. Votre grand-mère a oublié de vous raconter des histoires, vous disiez ?

  22. Luke ajoute:

    On est passés avant toi, Alternate Lucky. Je le sais -j’y étais. En ce temps non seulement ma grand-mère me racontait des histoires (et je peux t’dire qu’elle en connaissait des salaces), mais ma mère me chantait une chanson douce. Même qu’elle était de Georges Brassens, et qu’ il y était question : des testicules d’Hercule. Je n’y peux rien, mais c’est ainsi.

  23. Alternate Lucky ajoute:

    Avant ou après, pourvu que j’y sois pas !

    Sinon c’est très mi-mi ! Dites, elle avait de beaux cheveaux longs et bruns et une odeur légèrement sucrée flottait autour d’elle ? Moi vous savez les histoires de familles m’ennuient. C’est toujours papa qui pète à table pendant que maman fait des gâteaux. Et encore, je vous parle même pas de la reproduction sociale du schéma.

  24. Luke ajoute:

    Tu parles de ce que tu connais pas, AlternateLucky. Mes parents ils l’ont pas « reproduit socialement », ce schéma. Même que c’est papa, qui se met un tablier et qui fait des gâteaux (avec forcément une odeur légèrement sucrée qui flotte autour de lui). Pendant que maman, écroulée morte de rire, elle pète à table.

  25. Alternate Lucky ajoute:

    C’est la petite fantaisie des bonnes familles ? D’ailleurs, c’est bien connu, la liberté c’est tellement ça qu’on tombe tous du ciel par hasard. Hop là, un tour de magie par ci, un autre par là. Quoi donc une légère influence sociale et culturelle dans notre façon de penser ? Billevesée, la vie ça se choisit comme dans un livre de cuisine.
    Mouais, je peux vous dire qu’on est pas arrivé d’autant que le bout du chemin est dans l’autre sens. Pas d’attache et pas de cette idéologie simplificatrice pour moi; je sais, ça fait marrer les nantis, d’ailleurs depuis le temps qu’ils se gavent je me demande bien ce qu’ils pourraient faire d’autre. La ligne de fuite, ça fait 15 ans que je la suis et sans les croches pattes des bonnes familles, je suis à peu près sûr de mourir serein – ce qui n’est pas loin d’être la plus belle récompense que peut offrir la vie.

  26. Tang ajoute:

    Vos cahiers ne manquent pas d’intérêt Anne Archet! Ils m’intéressent d’autant plus lorsqu’il est question de l’anarchie…

    La présente note en l’occurence ouvre quelques perspectives. Le dernier paragraphe sur l’insurrection ne m’a cependant pas convaincu.
    A noter une faute d’inattention facheuse:
    « Vous vous doutez bien que si j’insiste tant sur le concept de Grand Soir, c’est parce que je veut veux en finir une fois pour toutes avec celui de révolution. »

    PS @ HRV: Votre analyse sur la non violence comme principe même de l’anarchie me semble intéressante, elle remporte mes suffrages si j’ose dire…

  27. sandokan ajoute:

    Quelle régale, quelle délectation, chaque billet donne autant de sensations qu’une sauce pimentée. Maintenant que j’y ai gouté , ce sera un de mes plats « Favoris » .
    A bientot.

  28. Luke ajoute:

    @Tang
    Eh bien moi voyez-vous je trouve totalement dépourvue d’intérêt, cette façon de poser la non-violence comme étant « le principe même de l’anarchie ». A moins bien sûr, de définir toute oppression comme constituant une violence, de par son existence même. Auquel cas on peut avancer sans crainte d’être démenti que, « l’anarchisme, c’est le refus de la violence ». Mais je ne suis pas sûr, que l’on aura beaucoup fait avancer le débat.

  29. Tock (le vrai) ajoute:

    Le pouvoir a t il attendu l’Etat, le salariat et les législations pour exister ? La soumission n’est elle pas encore plus forte en dehors de ces derniers ?

    Mettez deux personnes ensembles (le flic et le voyou, l’amant et l’épouse, la patron et le grèviste): l’anarchie est belle.

    Mettez en trois: elle disparaît.

    L’enfer, n’est ni l’autre, ni la loi. Mais vous. Et vous êtes nombreux…

  30. Jean Paul Tartre ajoute:

    @Tock
    J’m'en lave les mains…

  31. Tock (le vrai) ajoute:

    JPT: impossible…

  32. Tock (le vrai) ajoute:

    Luke : ce qui permet d’en parler. La fonction prétexte quoi…

    T’imagine, ton ennemi, est là devant toi … Est ce que ca t’es arrivé ne serait-ce qu’une fois de vivre un tel moment ?

  33. Douxjésus ajoute:

    Tock (le vrai) je me demande, si tu n’es pas ici, en train de t’attacher plus d’importance qu’il ne convient.

  34. Tock (le vrai) ajoute:

    Et tu n’as pas la réponse ?

  35. Luke ajoute:

    @Anne Archet
    Si vous voulez supprimer mes commentaires, çà m’dérange pas, vu que ce que j’ai à dire tient en trois mots (à savoir, « Mort aux vaches »), et que le reste m’apparaît comme une simple redite. En revanche j’aime pas du tout la façon dont ci-dessus vous en avez supprimé un, mais avez laissé affichée la réponse de Tock le vrai qui a fait suite. Allez vous faire voir.

  36. Tock le Vrai ajoute:

    Tiens c’est pas mal Tock le vrai …

    Ca fait un peu pirate, genre Rakham le Rouge … Ou roi de France comme Philippe le Bel … ou Empereur tel Alexandre le Grand … Y a Soleiman le Magnifique aussi mais faut pas pousser quand même.
    Allez, j’enlève les paranthèses !
    Là douxjésus (paraît qu’il était totalement caractériel en fait Jésus…) si tu n’as pas ta réponse … je peux plus rien faire.

    Ceci dis pour détendre un peu …

  37. peepingtommy ajoute:

    En ce moment je m’insurge.En lisant votre prose mon sexe se soulève comme un peuple révolté.
    Resta à me purger et je serai enfin libéré.

  38. Pascal Perrot aka Poetic Gladiator ajoute:

    Fulgurant d’intelligence et de sensibilité … Quoiqu’en disent certains lecteurs de ce blog, le propos m’apparaît d’une imparable clarté. Le but ici n’estpas d’imposer vos réponses – incluant également le risque de vous tromper- mais d’amener chacun (e) à découvrir les siennes.

  39. PM ajoute:

    Bon texte Anne Archet.

    Suggestions:

     » L’insurrection est donc le fait de poser en actes le refus de l’ordre étatique* existant. L’insurrection est un moyen* d’affaiblir la société autoritaire et capitaliste* dans le but* de libérer des zones d’espace et de temps où l’autonomie et la liberté économique et politique, une fois l’autorité rejeté, sont alors réalisables*. L’insurrection est un coin de métal enfoncé dans les lézardes du mur épais que constitue le spectacle.  »

    *etatique
    L’insurrection me semble le fait de poser en actes le refus de l’ordre existant, quel qu’il soit.

    *moyen
    En fait l’insurrection ne me parait ni un moyen ni un but mais plutot un etat, c’est deja l’exercice de la liberte.

    *capitaliste
    Pas seulement capitaliste! L’insurrection affaiblit la societe autoritaire, quelle qu’elle soit.(Mais attention elle peut aussi aboutir a la societe autoritaire, ou a l’etre autoritaire…)

    *le but
    est deja atteint lorsque l’etre s’insurge. La zone d’autonomie existe des lors que l’etre s’insurge. La zone d’autonomie, c’est l’etat d’insurrection…(donc pas un but) mais une forme d’etre.

    *realisables
    Une fois toute autorite rejetee, tout est realise. A noter que l’etat d’insurrection disparait lui-meme, et laisse place a l’affirmation de l’etre , non plus dans une logique de reaction face a l’ordre etabli, mais dans une logique d’affirmation de l’etre pour lui-meme…non plus comme seulement comme creature, mais aissi comme createur.

  40. tiniak ajoute:

    Quand on a Lewis CARROLL comme référence anarchiste, on ne peut qu’être tenté d’ouvrir la porte grand. Un p’tit tour en France ? Ce sera avec plaisir.
    Pas fini de fouiller ton blog, mais déjà tant de régalades qu’il me prend l’envie d’oser une bravade :  » tu fais quoi ce soir, chérie, dis ? »
    + luv from D.

    Ah! si tu veux du coquin, je me lâche sur http://motamomotabou.hautetfort.com

    2-b-seingU!

  41. longuesjambes ajoute:

    ho mon dieu, oui cette merveilleuse anarchie si mal aimée,si mal comprise !
    je vous lis avec régal, avec jubilation !
    Ici, c’est mon blog personnel que je vous envois car là, j’y ai quelques notes d’anarchies personnelles

  42. Maphto ajoute:

    Visiblement, vous êtes une rêveuse Anne Archet. :)

    Ne pourrait pas simplifier quelque peu votre texte théorique et rempli de jargon philosophique deleuzien par la locution latine Carpe Diem du poète Horace ? Je pense qu’elle permet de saisir la plupart des idées importantes.

L'envie de commenter vous tenaille ?