Depuis les premières étincelles de la flambée de xénophobie aberrante qui accompagne les travaux de la Commission Bouchard-Taylor, j’ai pris la (mauvaise) habitude d’aller porter la contradiction sur les blogues de plusieurs sympathisants de ADQ (mais aussi du PQ, qui semblent brûler d’envie de profiter eux aussi de la manne identitaire). Évidemment, mes arguments ne les ont guère impressionnés. Mais ce qui m’a frappé, c’est que la plupart du temps ils n’ont même pas daigné y répondre et se contentés de me répéter leurs slogans et leurs formules dénigrantes habituelles (dont le célébrissime gogauche, qui revient comme un mantra dans leurs fulminations).

L’exercice m’a fait réfléchir sur la pertinence de participer à des débats et même de simplement discuter avec des idéologues butés. J’ai de plus en plus tendance à croire, à l’instar de Foucault, que derrière les vérités se trouvent des idiosyncrasies, des positions de style et de vie. Que, pour moi comme pour les autres, ce ne sont pas les arguments rationnels qui créent les positions de vérité, mais plutôt les positions de vérité qui créent le désir de se doter d’arguments rationnels pour les défendre et les justifier. L’argument rationnel n’est finalement qu’une fioriture, qu’un accessoire qui ne réussira que très rarement (sinon jamais) à modifier la position de vérité de son adversaire. Évidemment, il est possible d’opposer une perspective à une autre, comme il est possible de jouer sa propre idiosyncrasie contre celle de son voisin. Mais en discuter me semble maintenant foncièrement futile, puisque ces positions sont par essence incommensurables.