Elle était grande, brune, sculpturale, et retenait la porte de l’ascenseur de sa main pendant que je m’engouffrai à l’intérieur.
— Quel étage? me demanda-t-elle.
— Le vingtième, lui répondis-je timidement.
Je fixais les voyants lumineux des étages en écoutant une version pour orchestre de Question de feeling lorsqu’elle me demanda :
— Vous êtes Anne Archet, n’est-ce pas?
— Comment avez-vous deviné? lui demandai-je et plongeant mon regard dans ses yeux d’outremer.
— Vous ressemblez aux photos qu’on trouve sur votre site.
— Moi qui voulais les enlever… je vois que j’ai bien fait d’attendre!
Elle me sourit puis me tendit la main en me disant :
—Sophie Beaulieu. Je travaille ici comme traductrice. Et je vous lis depuis toujours!
— Enchantée, Sophie.
Elle avait les cheveux bouclés, en cascade sur ses épaules… et les seins si hauts perchés qu’ils auraient fait damner Saint Antoine, perché en haut du mont Qolzum.
— J’ai particulièrement aimé votre histoire avec le chien, ajouta-t-elle. C’était à la fois répugnant et étrangement excitant.
— C’est ce qu’on me dit toujours. Je suis contente que ça vous ait plu.
L’ascenseur s’immobilisa et un homme en sortit. Il ne restait plus que nous deux à bord de l’appareil.
— Je peux vous poser une question? me demanda-t-elle aussitôt que la porte fut refermée.
— Bien sûr.
— Pourquoi n’avez-vous jamais écrit d’histoire qui se passe dans un ascenseur?
Je soupirai.
— Probablement parce que c’est un des clichés les plus usés du genre.
— Ah?
— Oui. Le huis clos… la promiscuité et le désir qui monte alors que l’ascenseur lui, est immobilisé… sans compter la similarité lexicale entre l’élévation et l’érection… tout ça a été dit et redit cent fois.
— Vous croyez?
— Bien sûr. C’est aussi usé que le coup du livreur de pizza dans les films pornos des années soixante-dix. Vous mettez en contact deux étrangers qui en d’autres circonstances ne se seraient même jamais adressé la parole — et encore moins caressé l’entrecuisse. Ensuite, vous décrivez l’échange furtif de regards, l’amorce timide de la conversation, puis paf! La panne. C’est l’élément déclencheur, celui qui fait que, de fil en aiguille, les petites culottes volent, les muqueuses sont tripotées et les fluides corporels s’échangent.
Elle me regarda avec un drôle de sourire au coin de la bouche.
— Si je comprends bien, les clichés ne sont pas dignes pour vous d’être écrits.
— C’est à peu près ça, oui.
— Mais sont-ils dignes d’être vécus? Me demanda-t-elle en défaisant le bouton de son corsage et en appuyant sur celui de l’arrêt d’urgence de l’ascenseur.
Elle me démontra ensuite que je suis incapable de résister aux lieux communs, surtout dans les aires communes.








(le 14 mars 2010 à 4h33)
Je suis extrêmement jaloux.
Certes, auteure littéraire n’est pas un métier.
Et quand même lorsque à force d’écrire on atteint
à une certaine notoriété, on a la certitude de pouvoir
baiser jusqu’à 80 ans et plus avec des inconnu(e)s.
Ce n’est pas intrinsèquement lié à un statut de l’auteur
concept vague qui fait office de « papier » attrape-mouche.
Qui n’a pas un projet de livre ? C’est un cliché hélas bien
en vogue celui-là et qui réduit à rien les ambitions de
nouveauté.
Ne soyons pas amer.
Si la célébrité permet des suppléments non pas d’âme mais de corps,
des à-côté salés aux senteurs animales.
Prenez et cueillez-les ces fleurs offertes jusqu’au plus de minuit de votre vie.
Amante irréligieuse !
***
Épigramme (façon d’)
Ce n’est pas pour l’archère que je verse des larmes;
Elle en est innocente, bien qu’elle ait des sûrs charmes:
L’auteure de mes ennuis n’est point mal avec vous;
Sans la nommer, je veux vous dire
Que vous avez tort de la garder que pour vous
Celle pour qui tant je soupire.
***
(le 14 mars 2010 à 4h51)
Et d’après-vous, les pompières seront-elles sympas ?
(le 14 mars 2010 à 11h11)
J’aime.
(le 14 mars 2010 à 17h29)
La conformité a du bon et l’histoire avec le chien est vraiment inoubliable. Je ne m’en remet pas.
(le 15 mars 2010 à 15h53)
Le beau-père ayant vécu l’extirpation in extremis et in-situ de la vésicule biliaire, sans vraiment se rendre compte de la situation, Alzeimer oblige, j’ai été à même de constater l’extrème lenteur de l’ascenseur. Anne, enlèves ton doigt d’sul piton !!!!
(le 17 mars 2010 à 10h47)
Tout est poncif quand on s’y met. Par chance, on s’amuse pareil, qu’est-ce que ça peut bien nous f… le manque d’originalité? Laissons ces considérations aux universitaires en manque de décorations.