Jamais sur terre il n’y eut, de mémoire de dévergondée, quoi que ce soit qui puisse rivaliser avec ta bouche sur ma peau. Voilà. Je crois que tout est dit.

En réalité, rien n’a été dit du tout. Voilà des jours et des nuits que j’essaie désespérément, sans l’ombre du début d’un succès, d’énoncer la sensation de ta bouche sur ma peau dans un langage clair et audible, dans une langue que tu pourrais comprendre et que je pourrais articuler d’une façon qui ne trahirait pas tout ce que je ressens, tout ce qui me chavire. Tes lèvres si joliment ourlées sur mes nymphes? Tes muqueuses orales sur mon appareil reproducteur externe? Ta criss de langue baveuse sur ma plotte de salope? J’ai beau le formuler en des termes soigneusement choisis, avec des épithètes fleuries, ou encore l’éructer avec toute la vulgarité de l’urgence immédiate, mes mots n’arriveront jamais à te donner au mieux qu’une vague idée de l’effet de ta bouche sur ma peau.

Tu m’as vaincue. Tu as tué en moi la fillette orgueilleuse qui conférait un pouvoir magique au mots, qui croyait sottement les tenir en laisse et qui pensait savoir leur faire faire des pirouettes à volonté, comme des caniches. Tu m’as bien baisée, je suis foutue, les mots ont pissé sur le tapis et se sont enfuis. Qu’ils aillent au diable, ils ne valent pas tripette pour rendre compte de ce qu’est l’amour. Ils sont même déficients pour décrire quelque chose d’aussi trivial que la volupté d’avoir des organes génitaux et de s’en servir.

Je voudrais te parler avec des images sublimes et simples, mais infiniment chargées de sens – comme celles que je te vois contempler des heures durant sur les lames de ton tarot. Je voudrais pouvoir ciseler des mots comme des joyaux irisés dont le reflet incandescent serait à l’image de notre passion. Fuck, je me contenterais même de lancer vers le ciel ces litanies ordurières que tu aimes tant, celles que tu voudrais parsemées de culs, de cons et de dèche, ces tirades que je n’arrive jamais à prononcer au bon moment, lorsque mon corps entier bascule sous tes caresses. Je suis damnée, maudite, car qu’ils soient enveloppés de soie ou trempés de foutre et de merde, mes mots ne savent que crier mon désir – ils ne savent ni aimer, ni jouir.

Ma parole n’est que pur désir, elle est un chant, un rituel au service de ton culte, une liturgie qui t’est entièrement dédiée. Elle ne sert qu’à abdiquer ma volonté et ma peau à ta bouche souveraine, comme la mystique stigmatisée à son dieu. Jamais n’arriverai-je par ce chant à t’exprimer l’ampleur du moindre frisson que tu me procures. Tout ce que je peux espérer, c’est qu’il te convainque de revenir à moi. Je te veux. Je veux tes mains autour de mon cou. Je veux défaillir dans tes bras, dans l’anticipation de ta caresse. Tu m’entends? Tout ce que j’arrive à faire, c’est te servir de plates descriptions, de pâles fantômes du feu que tu m’instilles et qui brûle chaque fibre de mon être. Je t’en supplie, fais-moi jouir, fais-moi jouir encore, toi qui y arrives sans faire le moindre effort, par de simples frôlements du bout de ta langue. Lorsque tu la fais courir dans mon cou, je la reçois comme une promesse, comme un rappel de ton omnipotence, de ton pouvoir de faire de moi une petite chose tremblante, baveuse, vaincue. Et lorsque ta bouche se pose sur la chatte, lorsque ta langue s’insinue dans les replis de ma moule, je… je…

Fuck this. Je suis fourrée, par tous les orifices – surtout la bouche. Je suis fatiguée de me battre avec les mots, avec cette jouissance indicible que tu me prodigues nonchalamment, comme si ce n’était rien, presque distraitement, comme si c’était tout naturel. Jamais je n’arriverai à te faire comprendre, à te faire ressentir ce que je ressens par ma parole. Mais peut-être réussirais-je par ma bouche; offre-moi ta peau en sacrifice.