Voilà la phase la plus excitante, la plus sexy, la bandante, la plus érotique qu’on puisse dire.  Et tout tient dans ce simple pronom de deux lettres, ce «le» chargé de toutes les promesses, de toutes les perversions, de toutes les audaces. «Tu sais que je vais le faire» –  tes désirs sont les miens, je suis mue par tes audaces et mon corps est le tien, à condition que tu sois à la hauteur de ma soif inextinguible de vivre. Voilà pourquoi je te défie sans cesse de me défier.

Lorsque je suis suffisamment allumée, lorsque tu as su réveiller ce désir sourd qui me triture et me ronge de l’intérieur, alors il n’y a plus de limites, plus d’endroit trop public, plus de gestes trop obscènes, plus de loi ni de morale qui ne tienne. «Tu sais que je vais le faire» – et tu sais jusqu’à quelle extrémité je le ferai.

Bien sûr, il y a les occasions manquées, les idées qui sont venues trop tard pour être réalisées, le manque de moyens dans l’immédiat, les défaillances logistiques, voire même la simple paresse et l’engourdissement causé par le poids terrible du quotidien. Mais jamais n’y a-t-il de regrets, de remords ou d’excuses. Même quand nos audaces nous ont mené au bord de l’abîme, de la chute et de la déchéance; même quand mon pauvre corps nu et trop maigre, avec ces côtes saillantes, ces seins invisibles et cette fente rouge comme une plaie, est jeté en pleine rue en pâture aux gueux et aux chiens.

«Tu sais que je vais le faire» – et tu sais que personne d’autre ne le ferait. Nous vivons dans une société de couards et de pleutres, remplie de gens qui se contentent de vivre faiblement, qui troquent trop volontiers les flammes de la passion pour la médiocrité complaisante de de la sécurité et du conformisme. Quand tu m’attaches à la clôture et que tu invites les éboueurs à venir me baiser avant de poursuivre leur tournée, quand tu me prends contre le mur de l’église à deux pas d’une manif pro-vie, quand tu me baises au bureau de vote et qu’ensuite, dans l’isoloir, je torche avec mon bulletin le foutre qui coule de mon cul, tu abolis toute la peur et le doute de l’univers, tu fais sauter tous les murs et tous les carcans qui nous oppriment – du moins pour un bref instant.

C’est une conviction profonde, un acte de foi, une pulsion vitale: «Tu sais que je vais le faire» – oui, mais pour combien de temps encore? Combien de fois encore, après avoir prononcé ces paroles, te verrai-je tressaillir, mordre tes lèvres et bander à en perdre l’âme? Y aura-t-il un moment où toutes les barrières auront été renversées, où toutes les limites auront été violées? Peut-on transgresser à l’infini sans abolir la transgression elle-même? Te lasseras-tu de moi avant de te lasser de ce que nous faisons ensemble?

«Tu sais que je vais le faire.»

Et toi, que ne ferais-tu pas pour moi, mon amour?