«Comme à son habitude, la comtesse de Trakai sortit à six heures et ne revint au manoir que vers onze heures, les nerfs à vif et les sangs en feu, vêtue d’une petite robe trop courte et trop ajustée pour être honnête, faite entièrement de film plastique à bulles d’air servant à emballer les vibromasseurs vendus par correspondance.»

— Je t’ai dit de ne pas bouger, mauviette! Je ne veux surtout pas que tu abîmes ma toilette… dit-elle sur un ton sévère à son larbin.

Le pauvre larbin essayait tant bien que mal de rester stoïque. Il avait toujours détesté la position du missionnaire; tout son poids pesait sur ses bras malingres et douloureux, sa queue bandait douloureusement, éperdument, et la comtesse de Trakai, sa robe invraisemblable remontée à ras le bonbon et les cuisses complaisamment ouvertes, ne faisait que le torturer avec sa cruelle immobilité. Tout ce que larbin voulait, c’est se glisser en elle. Plus rien sur terre ne comptait à part la possibilité, perspective fugace de cette pénétration: il en avait cure d’être foudroyé sur place par les dieux courroucés, tant qu’existait la possibilité de glisser entre les plis soyeux et moites de la comtesse.

— Je te préviens, larbin: si tu crèves ne serait-ce qu’une seule de mes bulles, ce sera illico le supplice de la roue.

Labin savait qu’une telle maladresse serait sévèrement punie, mais il ne pouvait supporter la pensée de se faire tourner jusqu’au bord de l’évanouissement, avec ces clous de métal qui déchireraient à coup sûr sa pauvre chair nue. Il se ressaisit, prit une grande respiration et se braqua autant qu’il put. Le bout de son gland frôlait les nymphes de la comtesse. Les merveilleuses, délicates, accueillantes petites lèvres de l’unique objet de ses pensées, sa maîtresse, son idole, sa cruelle dictatrice qui, il en était convaincu, ne le laisserait jamais prendre l’initiative de l’enconner. Il devait rester immobile, il fallait la laisser faire tous les mouvements. Mais pourquoi n’était-elle pas sur le dessus, comme elle le faisait toujours? La comtesse de Trakai n’avait même pas daigné l’expliquer. Larbin se dit que ce n’était qu’une autre façon particulièrement vicieuse de le torturer.

L’esprit de larbin se mit alors à dérailler. Les mots tournoyaient dans sa cervelle: « Sa chatte… si mouillée… pas bouger… juste un peu plus près… sa chatte… presque…»

— Tu es aussi risible que pitoyable, soupira la comtesse, le regard planté dans celui de son larbin aux abois.

«Dois rester… pas bouger… sa chatte… je vais… je… je… »

POP !

«Décidément, une fois qu’on a crevé une bulle, c’est vraiment trop difficile de s’arrêter», se dit beaucoup plus tard la comtesse de Trakai avant de se retirer dans ses appartements.