Aphorismes

Ai-je nécessairement tort si plusieurs millions de personnes en sont convaincues?

Aimer, c’est abdiquer dans la joie.

Au cours de ma courte vie, j’ai brisé quelques cœurs et beaucoup d’autres organes moins romantiques.

Bien sûr, il m’arrive d’agir de façon parfaitement désintéressée, mais c’est généralement par calcul.

Bientôt vingt ans que je m’adonne quotidiennement à la masturbation. Et ce, quelle que soit l’intensité de ma vie sexuelle ou le nombre de mes partenaires. Bientôt vingt ans que je m’adonne quotidiennement à l’écriture. Et ce, quels que soient les aléas de ma vie personnelle ou le temps que je dispose. Je me demande s’il y a un lien…

Ce ne sont pas les vérités des autres qui m’intéressent, mais la qualité de mon erreur.

Ce n’est pas la médiocrité qui me dérange, c’est son règne.

Ce que je préfère dans les romans érotiques, c’est l’introduction.

Ce qu’il faut retenir, c’est que l’art est tension.

Certains fétichistes sont si pervers qu’ils en oublient d’ajouter le sexe à leur sexualité.

Ces sont des inconnus qui vous lisent, des admirateurs lointains. Les proches, vous supporter leur suffit.

Ceux qui m’aiment et m’admirent m’ennuient. Ceux qui m’aiment sans m’admirer me gagnent. Ceux qui m’admirent sans m’aimer m’éblouissent.

Chaque fois que je prends un amant, je perds un lecteur. C’est à croire que les hommes n’arrivent à me lire que les couilles pleines.

Chaque matin, lucidité oblige, je refais mon plein d’illusions.

Chaque soir où vous la regardez, la télévision vous vend au plus offrant.

Chocolat, poésie, godemiché : la trilogie du plaisir autarcique.

Comment savoir si vous faites l’amour avec une vraie femme? Facile: elle ne se dégonfle pas quand on la mord.

Comment trouverais-je le temps de lire les auteurs à la mode alors que tous les livres que j’ai lus depuis l’enfance ont changé, en vieillissant, de sens?

Corrigée, parfois; incorrigible, toujours.

C’est à ses orgies qu’on voit la grandeur des civilisations.

C’est l’orgie qui donne à l’homme sa pleine mesure.

Dans mes fantasmes, personne ne m’aime pour mon intelligence.

Dans mon atlas personnel, on retrouve l’Utah sous mon nombril, car c’est là qu’est situé le Grand Lac Salé.

Depuis qu’on y a ouvert un Macdo, j’ai l’impression qu’à l’université la pensée est molle et indigeste.

Dès que je déprime, j’en deviens presque intelligente.

Dès qu’une pensée me séduit, j’en cherche le piège.

Difficile de vivre quand il est difficile mourir. Je crois que l’existence me serait bien plus supportable si j’avais l’assurance de pouvoir choisir le moment, le lieu et les conditions de ma mort ; donnez-moi les moyens du suicide pour que je puisse vivre en paix.

Dormir m’ennuie.

Écrire pour abattre des murs.

Ellipses. Blancs. Points de suspension. Le vide — il n’y a rien de plus important. En fait, j’écris très peu: je retranche, surtout.

En fait, je reste ridiculement révoltée malgré le constat du néant.

Est obscène tout ce qui arrive à faire bander un juge ou un législateur.

Euripide’s the best, Sophocle the rest.

Explication commode à mon manque d’ambition: j’ai plus souvent la gueule de bois que la langue de bois.

Hier soir, visite de ma petite cousine de quatorze ans, de qui j’ai reçu les confidences émoustillées. Elle me décrivit son premier amour comme un prologue qui se prend pour un épilogue.

Il arrive un moment où on aime tellement que ça ne me fait plus aucun effet.

Il est un seul crime sans victime: le déicide.

Il faut agir sans espoir, sans aucune exigence de résultat, en commençant par la plus pernicieuse: celle de durer.

Il faut beaucoup d’amour propre pour endurer cette sale vie.

Il me fait la bise et me dit: «J’ai lu ton blogue. J’aime bien, mais on n’y croit pas une seconde!» Tant mieux: je vais enfin pouvoir me permettre de dire la vérité.

Il n’est pas de jour où je ne constate avec satisfaction que je suis sauvée par mon immense égoïsme.

Inutile de se leurrer: écrire ne sert à rien, et c’est sûrement pour cela que je m’y consacre avec obstination. Quant au blogue, il ne fait qu’ajouter une dimension supplémentaire à l’inutilité chérie.

Jalousies, minauderies, enfantillages, bouderires, mièvreries, niaiseries: l’amour est le bêtisier du sexe.

Jamais n’ai-je lu de pornographie plus obscène que le discours d’un censeur.

Jamais n’oserai-je insinuer que les intellectuels sont des putes. Ce serait faire injure à ces braves filles qui gagnent si durement leur vie.

Je baise pour m’oublier.

Je cite souvent des écrivains parce que j’ai l’impression qu’ils me parlent. C’est mon côté Jeanne d’Arc — les moutons en moins.

Je connais trop les humains pour voter pour eux.

Je constate avec effarement que plus de la moitié de mes aphorismes commencent par le mot «je». C’est à croire que je ne maîtrise l’usage d’aucun autre pronom…

Je crois que c’est ma nature éminemment orgueilleuse et ma paresse incurable qui me poussent à écrire autant d’aphorismes ; de là proviennent mon fétichisme de la phase investie de pouvoirs quasi surnaturels, mon besoin irraisonné d’avoir le dernier mot en tout et surtout, cette urgence d’en venir immédiatement à une conclusion astucieuse qui me dispense d’élaborer des raisonnements convaincants.

Je me demande si la loi sur le harcèlement psychologique me permettrait de déposer une plainte contre la mort…

Je me sens si vieille, ce matin. On dirait que j’en suis arrivée au moment de ma vie où j’ai tant connu de gens que toutes les nouvelles personnes que je rencontre me font penser à quelqu’un d’autre.

Je m’assied et j’écris. Je me couche et j’écris. Tout me sert d’écritoire : une table, un divan, un lit, les marches d’un escalier, les murs de plexiglas d’un abribus, le dos moite de mon amante. Parfois, j’écris même en marchant. Le monde reste ainsi hors de ma vue et je me sens hors de sa portée, inatteignable.

Je n’ai pas pu lui déclarer mon amour sur Twitter par faiblesse de caractère (et manque de caractères).

Je ne mène pas une vie de débauche: je ne fais que nouer des draps pour faciliter mon évasion.

Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai longtemps confondu les mots «puritain» et «putain». D’ailleurs, il me semble toujours que les deux termes sont inséparables, ontologiquement liés.

Je ne suis pas très intelligente mais je pense être assez douée pour donner le change.

Je ne suis pas végétarienne parce que j’aime les animaux; je le suis parce que je hais les plantes.

Je ne suis que le produit de ma propre imagination.

Je ne veux pas mourir et je sais que je serai là encore longtemps — ne serait-ce qu’à la manière d’un papillon épinglé sur la planche d’un collectionneur.

Je n’ai aucune réminiscence de mes vies antérieures, mais je garde un souvenir très vif de tous les vits que j’eus dans le postérieur.

Je n’aime que les hommes assez forts et virils pour être doux et tendres.

Je pense donc j’ennuie.

Je pense tous les jours à la mort, mais juste comme ça, histoire de ne pas être prise au dépourvu.

Je pourrais concevoir que mes contemporains ne se conforment que par peur. Je serais prête à admettre, à la rigueur, qu’ils le fassent par habitude ou même par paresse. Mais qu’ils embrassent leurs chaînes par simple manque d’imagination, voilà qui ne cesse de me plonger dans les abîmes du désespoir.

Je préfère encore le geste cruel à la pensée petite.

Je répugne à marcher au pas derrière un drapeau, même s’il est noir.

Je sais me faire haïr lorsque c’est nécessaire — et il me plaît de croire que je suis habile stratège, prêchant le faux pour connaître le vrai.

Je serais exclusivement lesbienne si les femmes n’aimaient pas tant le magasinage.

Je suis convaincue que le sexe est meilleur que la logique, mais je n’arrive pas à le prouver.

Je suis convaincue qu’à l’origine, le mot nuisette signifiait «petite nuisible». Vous ne serez donc pas surpris d’apprendre que je préfère dormir nue…

Je suis d’accord pour qu’on laisse les enfants prier à l’école car c’est normal que les enfants se laissent prier pour aller à l’école.

Je suis en faveur de la peine capitale, mais entre adultes consentants seulement.

Je suis en faveur du français langue unique de l’administration car j’aime qu’un Français m’administre des faveurs uniquement avec la langue

Je suis fétichiste du pied, mais la plupart du temps je me contente de huit pouces.

Je suis une femme de devoir dans la mesure où je corrige ceux de mes élèves.

Je viens de constater que dans Internet, il y a «terne».

J’abuse du «je» afin de n’inciter personne à se sentir concerné par mes convictions.

J’ai cinq chats et plein d’idées bizarres dans la tête. Les toiles d’araignées ne me dérangent pas et j’ai l’impression d’avoir fait le ménage après avoir balayé la pièce du regard. Bref: j’aurais une longue carrière de vieille folle devant moi si dormir seule ne me dérangeait pas à ce point.

J’ai confiance en autrui uniquement lorsque ses désirs égoïstes correspondent en tout point avec les miens — autrement dit, rarement.

J’ai rêvé que je vendais au porte-à-porte des peignes dans une ville peuplée exclusivement de chauves.

J’aime bien me parler à moi-même ; je suis toujours présente, toujours attentive et je n’interromps jamais.

J’aime la littérature érotique car c’est la seule qui permet de prendre le contrôle du corps du lecteur.

J’aime le mensonge — je le pratique quotidiennement — mais je hais l’inexactitude et l’approximation.

J’appelle morale tout ce qui étouffe mon cri.

J’écris la nuit, le jour je rêve, je vois rarement les gens passer.

J’en arrive à concevoir la mort comme une petite peur doublée d’un grand soulagement.

J’entretiens avec la mort des autres des rapports cordiaux, mais j’essaie de rester distante envers la mienne. Hélas, la dame me poursuit de ses assiduités.

J’étais tellement fatiguée que j’ai dit oui à tout ce qu’elle me demandait — que je l’aimais, qu’elle était la femme de ma vie, que je ne la quitterais jamais et ainsi de suite. Ce qui, après une bonne nuit de sommeil, ne peut que laisser songeuse quant à la source des serments amoureux…

J’eus la révélation de l’insondable médiocrité humaine le jour où je pris une adresse de courriel.

La bêtise est la seule ressource naturelle vraiment renouvelable.

La caféine et l’orgasme m’aident à penser juste.

La famille est pour moi une source inépuisable d’épuisements.

La gauche a trop de causes et pas assez d’effets.

La gourmandise, la paresse et la luxure sont des vertus capitales.

La grève ne peut être révolutionnaire que si elle est permanente.

La haine de l’homme pour l’homme est si puissante que mon dédain fait figure de bonté.

La littérature érotique, c’est la masturbation sans les mains.

La plupart du temps il ne se passe rien — malédiction du blog.

La plupart du temps, le passé simple de haïr est aimer.

La première des qualités: l’insolence.

La première fois que je me suis masturbée, j’ai failli croire en Dieu. Malheureusement pour lui, mes séances solitaires subséquentes m’ont confortée dans mon athéisme.

La réalité est le seul véritable obstacle au bonheur.

La seule véritable erreur de jeunesse est de ne jamais en avoir commis.

La stupidité a un certain charme; l’ignorance, aucun.

La vraie poésie ne sent pas la rose, mais l’opium. Ou alors le gaz lacrymogène.

Lautréamont avait raison, finalement. Grâce aux blogs, la poésie est maintenant faite par tous, non par un. Le problème c’est qu’elle n’est lue que par googlebot.

Le bonheur est pour moi d’être entourée de mes livres et de mes chats. Comprenez-vous pourquoi je vénère les pompiers?

Le bonheur, c’est toujours s’attendre au pire et être souvent déçue.

Le monothéisme est la doctrine qui suppose l’existence d’un être miséricordieux, omnipotent, omniscient et omniprésent qui, pour une raison inexpliquée, n’a rien de mieux à faire que de s’intéresser à ma vie sexuelle.

Le paradis ne serait-il qu’une fente ?

Le problème avec le couple lesbien, c’est que ce n’est jamais un homme qui se tape les tâches ménagères.

Le suicide ne sera pas une option tant qu’existera le chocolat.

Le travail tue la pensée. Le travail gruge la vie. La meilleure façon de tuer un homme, c’est de le faire travailler et lui verser un salaire.

Le viol, avant le pillage, est la première gâterie du soldat.

Le «vous» est la première personne de l’érotisme.

Les amants ponctuels sont plus difficiles à trouver que les amants fidèles — probablement parce qu’on ne peut feindre la ponctualité.

Les anarchistes seraient de fort agréable compagnie sans leur manie assommante d’avoir toujours raison.

Les autres finissent toujours par avoir raison, par la seule vertu de leur nombre.

Les effets ont-ils vraiment besoin de causes ? Il m’arrive parfois de penser qu’il n’y a que ce qui est gratuit qui a de la valeur, que ce qui est irréfléchi qui est porteur de sens.

Les enfants succombent-ils autant à l’enfance que les adultes à l’adultère ?

Les gens qui obéissent me fascinent: ils m’expliquent l’entêtement des bourreaux.

Les hommes sont doués pour l’amitié et les femmes sont douées pour l’amour. Voilà pourquoi je baise les premiers et embrasse les dernières.

Les hommes sont si prévisibles que je me demande parfois pourquoi je prends autant de plaisir à les berner.

Les humains sont bêtes à pleurer. Heureusement, certains savent encore me faire rire.

Les murs ont des oreilles; les fenêtres ont des yeux ; moi, je ne fais l’amour qu’entre deux portes.

Les perversions sont les contrastes dans le camaïeu de l’amour.

Les professeurs d’université sont si poltrons, pas surprenant qu’ils fassent de bons politiciens.

Les seuls livres de ma bibliothèque qui n’amassent jamais la poussière sont ceux qui contiennent des saletés.

Les sociétés ayant atteint le plus haut degré de civilisation méprisaient toutes le travail. Que doit-on penser de la nôtre ?

Les véritables fantasmes naissent d’une soif d’imperfection.

Lorsque j’entends les autorités décrier obsessionnellement les relations sexuelles, je me dis qu’il y a là une leçon importante à tirer: il ne faut jamais avoir de relations sexuelles avec les autorités.

Lorsque la vie est absurde, les rêves suivent.

L’écriture et le sexe sont pour moi des expériences très similaires. Il m’arrive d’en tirer quelque chose d’utile mais ce n’est vraiment pas pour cela que je m’y adonne.

L’érection est fort semblable à la physique quantique: plus on y pense, plus ça devient difficile.

L’érotisme pourrait s’entendre comme la revanche de l’esprit sur la niaiserie des glandes.

L’État se fait toujours appeler Patrie lorsqu’il est sur le point de commettre un meurtre.

L’éthique du travail est la morale des esclaves.

L’être c’est le paraître; on finit par être ce que l’on hait.

L’homme n’est ni ange ni bête, mais c’est surtout la bête qui m’intéresse.

L’insulteur a la mémoire plus courte que l’insulté.

L’intelligence d’un seul m’éteint la bêtise universelle.

L’orgie est le mysticisme des sociétés sans Dieu.

Ma principale qualité en ce jour de chaleur accablante: l’inertie. Mais comme toujours, je trahis ce qui a de meilleur en moi en m’acharnant bêtement à écrire.

Moins je parle, plus je m’apprécie.

Moins on a d’’idées, plus on se massacre pour elles.

Ne croyez pas que je suis concupiscente. Non, je suis juste… serviable.

Ne jamais laisser sa morale empêcher de faire du bien autour de soi.

Ne vous méprenez pas: j’adore mes copains gay. Mais ça ne m’empêche pas de regretter de n’avoir pas été plus précise lorsque petite fille je fis le vœu de toujours être entourée d’hommes beaux comme des dieux.

Non pas cesser de mentir mais, au contraire, tendre à être plus efficacement malhonnête.

Nonobstant tout ce qu’on a pu dire à son sujet, il me plaît que l’amour fasse un bras d’honneur aux conventions. En cela, je suis une romantique irrécupérable.

Nouvelle année, parfaite vacuité; je me demande parfois pourquoi tous se donnent tant de mal à marquer le passage du temps.

On a jugé sécuritaire d’abolir la censure au Québec, preuve que le système d’éducation remplit admirablement sa tâche.

On ne frappe pas une fille avec une fleur car ça ne lui fait aucun mal. Essayez plutôt l’indifférence — dans mon cas, ça fonctionne à tous les coups.

Parfois, j’aimerais pouvoir me gratter l’intérieur de la tête.

Petit déjeuner sur le pouce, sac à main, course à pied, à un cheveu d’être en retard. Mais où ai-je la tête ce matin?

Peu de gens m’ont aimé plus que mes chats.

Pour chaque aphorisme pas trop bête que j’arrive à écrire, il en existe déjà cinq autres géniaux qui disent exactement la même chose. Heureusement, j’arrive parfois à me contredire avec talent.

Pour moi le sexe opposé, ce sont les femmes car jamais un homme ne s’est opposé à mon sexe.

Pourquoi s’astreindre à l’art complexe de la conversation sinon pour le plaisir évanescent de s’écouter avec les oreilles des autres?

Pourquoi y a-t-il si peu de prisons pour femmes dans le monde? Parce que le monde est une prison pour les femmes.

Première visite chez Tim Hortons: je suis déçue d’apprendre que «déroule le rebord pour gagner» n’est pas une incitation salace à la fellation.

Prétendre connaître véritablement un homme sans avoir goûté à son sperme équivaut à juger un vin uniquement par le forme du goulot de sa bouteille.

Provoquer, c’est vivre.

Quatrième jour… j’en ai marre d’être menstruée. Qu’est-ce qu’ils attendent pour commercialiser des tampons «nervurés pour son plaisir»?

Que les nationalistes se rassurent: je suis une «ethnique» sans argent qui ne vote jamais.

Quelles que soient ses caresses, elles se terminent toujours de la même manière: par des cris, des pleurs et des questions interminables.

Qui m’aime se dévêt.

Qu’est-ce que je donnerais pour être grosse, moche et sûre de mon talent.

Qu’est-ce qu’une perversion, sinon une excellente intention au nom de l’orgasme?

Rencontré un charmant bibliophile. À voir la façon dont il caressait ses livres, je regrettais de ne pas être moi aussi recouverte de cuir.

Rien à faire: on s’intéresse davantage à ma nature qu’à ma culture.

Rien n’est plus dissemblable que le meurtre et le sexe. Le meurtre est répréhensible, mais décrire un meurtre ne l’est pas. Le sexe n’est pas répréhensible, mais décrire un acte sexuel l’est toujours.

Sans le café, c’est la vie qui serait noire et amère.

Sans l’essentielle bêtise du monde — subtile, ramifiée, omniprésente — d’où me viendrait cette extase permanente?

Se méfier des gens qui racontent des histoires lestes. Ceux qui les vivent s’abstiennent généralement d’en parler.

Se mettre au service d’une cause est la principale cause de servitude.

Selon moi, ce qui se passe dans la chambre à coucher d’adultes consentants ne concerne qu’eux seuls et les abonnés de leur site web.

Seules mes activités les plus médiocres me rapportent de l’argent. Je vais mourir pauvre et sublime.

Si je persiste à écrire dans la marge, vais-je devenir une écrivaine marginale ?

Si j’étais moins paresseuse, je serais probablement moins talentueuse.

Si la vie, l’univers, l’existence, même, ont un sens — et j’en doute — il réside sûrement dans un calembour exécrable, un mauvais jeu de mots.

Si Proust avait été blogueur, jamais n’aurait-il écrit À la Recherche du temps perdu, car il aurait parfaitement su à quel endroit il avait perdu tout ce temps.

S’il existe un «vous» de politesse, c’est bien que le «je» est impoli.

Toujours aller quelque part, toujours faire quelque chose — toute cette agitation pour si peu d’action.

Tous les bains de foule salissent.

Tous les donneurs de leçons sont à vomir. J’en dispense d’ailleurs régulièrement pour juger de l’indigestion d’autrui.

Tous les gens que je connais qui sont allés en désintox ont fini par trouver Dieu; voilà pour moi la meilleure raison de se tenir loin de la drogue.

Tous les jugements catégoriques sont fallacieux, y compris celui-ci.

Tout ce qui vous distingue vous isole.

Tout est dans la façon de mal se tenir.

Toute narration étant en soi une supercherie, pourquoi devrais-je me démener pour donner un vernis d’authenticité à mes mensonges?

Triste constat: je ressens très vite, comprends plutôt lentement, et ne semble réfléchir qu’en écrivant.

Un lucide, c’est un Lucien sur l’acide.

Un visage hautain, la moue méprisante jusqu’à l’insulte, mais l’entrejambe trempé: ce contraste me tétanisera jusqu’à mon dernier souffle.

Une règle régit mon courriel: on me flatte sur une ligne pour avoir le loisir de se raconter sur quatre pages.

Vivre à moitié, c’est quand on est seul; vivre pleinement c’est quand on l’a compris.

« La nature a horreur du vide » : rien de plus faux! Prenez ma tête, par exemple…

«Si je te dis ce que je veux, je n’aurai plus envie que tu me le fasse», me dit-elle en me présentant sa chatte comme une énigme à résoudre.