Bibliophilie

Obsessions textuelles diverses et reniflements de papier jauni
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Hier matin, j’ai reçu par la poste un cadeau d’anniversaire de la part d’un lecteur français que je remercie de tout cœur (et qui se reconnaîtra). Il s’agit d’un exemplaire impeccable de La Froideur chez la femme, par le Docteur d’Orbec, publié à Paris par la Bibliothèque populaire des sciences médicales. L’ouvrage ne porte pas de mention de date mais il a probablement été publié au début du XXe siècle — si je me fie à la typographie et surtout au propos — à l’époque de la sexologie naissante.

Attention délicate, mon gentil admirateur a placé un signet au milieu du chapitre intitulé «La faute de la femme» où le bon docteur nous explique à quel point l’égoïsme maladif et pervers de la lesbienne représente un danger à la fois pour elle-même et pour la société:

«Par dessus tout, elle [la saphiste] est odieusement égoïste. Malheur à l’homme qui oserait lui faire la cour! Il serait brutalement repoussé. Et pourtant, cette vertueuse si farouche n’est qu’une horrible gourgandine. […] Les saphistes détestent l’homme; mais, par contre, elles aiment la femme d’un amour violent. Pour elle, elles sont capables de toutes les folies, elles iraient jusqu’au crime. Nulle considération ne les arrêtera, ni mari, ni famille, ni enfants mêmes, car elles peuvent être mères sans oublier leur vice. Coûte que coûte, elles retourneront à leur horrible passion, au risque d’y perdre réputation, honneur, santé, raison.»

Décidément, la sexualité féminine est bien menaçante pour les sociétés patriarcales, en particulier celle qui donne congé au phallus. À moins, bien entendu, que cette idée ne me soit venue seulement parce que j’ai perdu depuis longtemps réputation, honneur, santé et raison…!

Trouvé dans une caisse achetée à l’aveugle dans un encan, la seconde édition (1784) des Contes en vers d’un certain M. D***, un In-8 de 143 pages dans un état splendide, dans une reliure demi veau qui date probablement du milieu du XIXe siècle.

Je le lis précautionneusement, avec tendresse et des gants de coton — c’est charmant et libertin à souhait. Comment se fait-il que même la BNF n’en a jamais entendu parler?

Comme vous le savez peut-être, je tiens jusqu’au 21 juin une chronique livres intitulée L’été c’est l’enfer sur le blogue Sexe, love and gaudriole. J’y présente mes bouquins préférés tirés de l’Enfer de ma bibliothèque personnelle. Puisque je serai plus souvent là-bas qu’ici, j’ai décidé de vous indiquer les liens vers ces chroniques au fur et à mesure qu’elles seront publiées.

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Pendant que j’y pense… je n’ai pas fini de choisir les bouquins qui feront l’objet d’une chronique. Alors dites-moi : quelle est votre oeuvre érotique préférée ?