Des nouvelles d'AA

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Mais bon sang qu'est-ce qui peut bien lui arirver ?
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Voilà vingt-quatre heures que je suis frappée par une des sept plaies d’Égypte: mon «ami» Lucifer. Il vient tout juste de partir se saouler la gueule, ce qui signifie que j’aurai la paix au moins jusqu’à demain matin.

S’étant endormi hier soir sur mon divan, j’ai bien tenté de le réveiller pour l’expulser de l’apart, mais rien à faire, monsieur le poète maudit était ivre mort. Je l’ai fait tomber par terre sans le vouloir à force de le secouer, mais il ne s’est même pas réveillé ; à peine a-t-il émis quelques grognements. N’écoutant que mon grand cœur, je l’ai laissé cuver son vin sur mon tapis, en espérant qu’il ne dégobille pas dessus (j’ai horreur du vomi) .

Vers deux heures du matin, je fus réveillée en sursaut par une sale patte qui me tâtait le postérieur. Je bondis hors du lit en criant, pour constater que ce salopard s’y était glissé, à poil de surcroît, dans l’espoir probable que mon hospitalité j’étende à mon entrejambe. Folle de rage, je lui criai les insultes les plus gratinées de mon répertoire tout en lui lançant à la tête tous les objets qui me tombaient sous la main. Ce minable trouillard prit alors la fuite sans même prendre le temps de remettre ses fripes puantes, que je me fis d’ailleurs un plaisir de lui balancer par la fenêtre. Ce n’est pas parce que j’écris des obscénités que je me laisse enfliler par quiconque en exprime le désir!

Vers six heures, monsieur est venu pleurnicher à ma porte en me disant d’une voix geignarde que personne ne l’aime, qu’il est seul au monde, que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue, qu’il fait froid dehors, qu’il va attraper des engelures, et patati et patata. Il m’a dit qu’il avait acheté des muffins et du café pour se faire pardonner. L’ignoble manipulateur a même fait valoir qu’une anarchiste comme moi devrait faire preuve de solidarité envers un représentant du lumpen tel que lui. J’ai eu alors un moment de faiblesse et le laissai entrer. Qu’est-ce que je peux être conne! Il s’est incrusté chez moi toute la journée comme s’il ne s’était rien passé, vidant mon garde manger, salissant mes bouquins de ses doigts crasseux, lisant mes carnets de poésie (en les commentant!) et m’empêchant systématiquement de corriger mes examens.

Vers seize heures, n’en pouvant tout simplement plus, je lui dit que je devais aller faire des courses (pour la simple et bonne raison que ce cancrelat avait avalé tout ce que j’avais de comestible) et le suppliai de s’abstenir de faire des stupidités pendant mon absence. C’était évidemment trop lui demander. À mon retour, je le trouvai devant mon ordinateur, le pantalon autour des chevilles et la bite à la main, faisant cailler son pipi en regardant des photos de greluches siliconées sur internet. J’en échappai mes sacs de Loblaws sur le parquet, trop déconcertée pour dire quoi que ce soit. Mais le pire, c’est que monsieur continua sa petite affaire, se contentant de m’informer qu’il avait «presque fini»! Il eut au moins la décence de ne pas éjaculer sur mon clavier… La clope au bec (alors que je l’avais averti que je fais de l’asthme), il remonta sa fermeture éclair, essuya ses mains spermeuses sur ses jeans et m’annonça qu’il partait boire avec un copain.

C’est ça, du vent, et n’espère pas remettre les pieds ici de sitôt. Je suis bonasse, mais pas stupide.

Simone n’est pas contente.

Pour ceux qui ne le savent pas, Simone est mon amante. Nous ne vivons plus ensemble depuis juillet, puisqu’elle est partie à Baltimore poursuivre ses études en médecine. Elle est plutôt occupée, comme toute apprentie blouse blanche qui se respecte, mais a visiblement assez de temps libre pour lire mon journal. Et voici ce qu’elle m’a écrit:

«Anne, tu es tombée sur la tête! Veux-tu bien m’expliquer pourquoi tu as mis ta santé en danger pour quelque chose d’aussi stupide qu’un bijou en toc que personne ne verra? Es-tu consciente de toutes les complications que peuvent entraîner ton piercing: abcès, impétigo, érysipèle, quand ce n’est pas une infection à l’hépatite B, à l’hépatite C ou au HIV? T’es-tu au moins assurée que ton perceur stérilise ses instruments à l’autoclave? Qu’il ne recycle pas ses aiguilles, voire ses bijoux d’une cliente à l’autre? Bon dieu, est-ce qu’au moins il portait des gants? […]»

Non, mais il avait un joli dragon tatoué dans le visage. Ça vaut bien des lettres de recommandation, non?

Je me suis levée ce matin en me disant qu’il y a bien trop longtemps que je n’ai pris une décision stupide sur un coup de tête. Pour remédier à la situation, j’ai couru me faire percer le clitoris. La douleur fut particulièrement intense, mais elle n’a vraiment duré qu’une seconde. Non, ce qui me traumatise, c’est le sang. Qu’est-ce que je peux saigner!

Dans l’autobus, en revenant chez moi, je ne cessais de grimacer comme une demeurée en jouant des fesses pour trouver une position pas trop inconfortable.

La prochaine fois qu’une telle idée m’assaille, je retourne me coucher, je le jure.

Je reviens à l’instant du bar où je suis allée prendre un pot avec mon vieil ami Louis. Serait-ce la naissance d’une nouvelle tradition?

Claire, ma compagne de bureau aux yeux d’émeraude, est venue nous rejoindre un peu plus tard. La discussion a beaucoup porté sur les États-Unis, puisque je viens de me découvrir une passion pour l’histoire de ce pays (la couleur des yeux de ladite Claire y étant pour quelque chose). Elle nous a appris que suite à la réforme des agences de sécurité fédérales, le gouvernement américain a maintenant toute la latitude voulue de surveiller les livres que les individus empruntent dans les bibliothèques publiques. Les flics amerloques peuvent filer les usagers en douce lorsqu’ils bouquinent, et même s’approprier les recherches effectuées dans le catalogue informatisé.

Décidément, home of the free mon cul! Merci, merci monsieur Bush. Ou devrais-je dire Big W. Brother…?

J’ai reçu un message de Lydia Vázquez, professeur à l’Université du Pays Basque à Bilbao. Elle a lu mes aphorismes et veut les ajouter à une anthologie de femmes maximalistes françaises qu’elle prépare avec une collègue.

J’ai accepté, bien sûr. Mais j’aurais peut-être dû lui demander ce qu’elle entend par «maximaliste»… j’ai la curieuse impression que je vais me retrouver en étrange compagnie.

Je suis de retour! Nouvelle année, nouvelle page web, nouvel emploi: encore heureux que j’aime la nouveauté.

Pour ceux qui se demandent où j’étais passée… j’ai eu un accident qui m’a clouée au lit pendant plusieurs semaines, j’ai rompu et repris avec Simone, j’ai abandonné mes études doctorales et j’ai décroché un boulot de prof d’histoire dans un petit collège plutôt chouette. Je commence d’ailleurs dans une semaine et je suis morte de trouille.

La vie quoi.