Textes de la catégorie « Dialogues vénériens »

Élévation du discours (à un niveau soutenu)

13 mars 2010

Elle était grande, brune, sculpturale, et retenait la porte de l’ascenseur de sa main pendant que je m’engouffrai à l’intérieur.

— Quel étage? me demanda-t-elle.

— Le vingtième, lui répondis-je timidement.

Je fixais les voyants lumineux des étages en écoutant une version pour orchestre de Question de feeling lorsqu’elle me demanda :

— Vous êtes Anne Archet, n’est-ce pas?

— Comment avez-vous deviné? lui demandai-je et plongeant mon regard dans ses yeux d’outremer.

— Vous ressemblez aux photos qu’on trouve sur votre site.

— Moi qui voulais les enlever… je vois que j’ai bien fait d’attendre!

Elle me sourit puis me tendit la main en me disant :

—Sophie Beaulieu. Je travaille ici comme traductrice. Et je vous lis depuis toujours!

— Enchantée, Sophie.

Elle avait les cheveux bouclés, en cascade sur ses épaules… et les seins si hauts perchés qu’ils auraient fait damner Saint Antoine, perché en haut du mont Qolzum.

— J’ai particulièrement aimé votre histoire avec le chien, ajouta-t-elle. C’était à la fois répugnant et étrangement excitant.

— C’est ce qu’on me dit toujours. Je suis contente que ça vous ait plu.

L’ascenseur s’immobilisa et un homme en sortit. Il ne restait plus que nous deux à bord de l’appareil.

— Je peux vous poser une question? me demanda-t-elle aussitôt que la porte fut refermée.

— Bien sûr.

— Pourquoi n’avez-vous jamais écrit d’histoire qui se passe dans un ascenseur?

Je soupirai.

— Probablement parce que c’est un des clichés les plus usés du genre.

— Ah?

— Oui. Le huis clos… la promiscuité et le désir qui monte alors que l’ascenseur lui, est immobilisé… sans compter la similarité lexicale entre l’élévation et l’érection… tout ça a été dit et redit cent fois.

— Vous croyez?

— Bien sûr. C’est aussi usé que le coup du livreur de pizza dans les films pornos des années soixante-dix. Vous mettez en contact deux étrangers qui en d’autres circonstances ne se seraient même jamais adressé la parole — et encore moins caressé l’entrecuisse. Ensuite, vous décrivez l’échange furtif de regards, l’amorce timide de la conversation, puis paf! La panne. C’est l’élément déclencheur, celui qui fait que, de fil en aiguille, les petites culottes volent, les muqueuses sont tripotées et les fluides corporels s’échangent.

Elle me regarda avec un drôle de sourire au coin de la bouche.

— Si je comprends bien, les clichés ne sont pas dignes pour vous d’être écrits.

— C’est à peu près ça, oui.

— Mais sont-ils dignes d’être vécus? Me demanda-t-elle en défaisant le bouton de son corsage et en appuyant sur celui de l’arrêt d’urgence de l’ascenseur.

Elle me démontra ensuite que je suis incapable de résister aux lieux communs, surtout dans les aires communes.

L’amour au temps du Twitt

7 mars 2010

La suite de ce roman fleuve qui se lit en remontant le courant — de bas en haut. Épisode trois : mariage, chaussures et scandale.

L’amour au temps du Twitt

5 mars 2010

Une grande saga romantique, avec de la passion, des déchirements, des larmes et du sang, qui se lit de bas en haut. Lisez le premier épisode et le deuxième épisode.

La conférence interrompue (5/5)

2 février 2010

Ou la philosophie dans le 3½
(transcription de cinq enregistrements numériques)

(Lire le début.)

Nom du fichier : conference05.wav

AA : Anne Archet, un individu
LB : Louis Berthier, un autre individu
SB : Simone Bechara, un troisième individu

[Début de l’enregistrement]

AA : Bon, la foutue conférence… Hum… Ouais… Pffff… Je pourrais peut-être terminer sur une note plus… personnelle…

Ok. Les idées que je partage avec vous ne sont qu’exploratoires; elles appellent à l’expérimentation, à la prospection de domaines inconnus. Ce sont des invitations à des voyages, à des transhumances, à des aventures à la mesure de nos désirs, qui mènent par delà de nos limites. Ces idées n’ont en soi rien de révolutionnaire. Elles ne le deviennent qu’au moment où elles entrent en conjonction avec une résistance active et consciente à la société — une reconnaissance consciente que notre unicité et notre liberté en tant qu’individus sont radicalement en conflit avec la société et que nous devons la détruire pour finalement devenir ce que nous sommes. Car nous…

LB : Euh… Anne? Tu as une minute?

AA : Oui, Louis.

LB : Lucifer vient de partir.

AA : Ah oui?

LB : Oui. Avec Stella.

AA : Tu veux dire que…

LB : Tu as vu comme moi à quel point il était fasciné par elle. Alors qu’elle se refaisait une beauté, elle lui a dit : « Lucifer, j’ai des projets pour toi, viens avec moi. » Et il a dit oui, tout simplement.

AA : Quel genre de projets?

LB : Je ne sais pas. Mais j’ai trouvé une enveloppe à ton nom sur la table de la cuisine.

AA : Ah?

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La conférence interrompue (4/5)

24 janvier 2010

Ou la philosophie dans le 3½
(transcription de cinq enregistrements numériques)

(Lire la suite.)

Nom du fichier : conference04.wav

AA : Anne Archet, conférencière doublement pénétrée
LB : Louis Berthier, artiste embroché
SB : Simone Bechara, lesbienne spermophage
L : Lucifer, poète enculé
S : Stella, prostituée de Babylone
F : Fido, soumis bien membré

[Début de l’enregistrement]

[Bruits de manipulation de micro.]

AA : Je ne finirai jamais, au rythme où vont les choses… je ne sais même plus où j’en suis rendue…

[Bruits de manipulation de micro.]

AA : Hum… bon. Je pourrais… ok. L’insurrection.

L’anarchie n’est pas un programme politique; c’est une affaire de volonté — ou de désir, comme le disaient Deleuze et Guattari. Créer de nouveaux agencements, de nouvelles valeurs, de nouvelles façons d’interagir, de nouvelles façons d’aller au bout de nous-mêmes.

La stratégie que je vous propose est insurrectionnelle. L’insurrection n’est pas une solution idéologique à tous les problèmes de la terre, ni une marchandise de plus sur le marché sursaturé des idéologies et des opinions, mais une pratique destinée à mettre un terme à la domination de l’État et la reproduction du capitalisme. L’insurrection n’est pas une utopie. Elle n’a pas de système ou de modèle de société idéal à offrir à la consommation publique. L’insurrection doit se comprendre comme processus et non comme une fin — c’est un processus d’émancipation, de rupture, c’est le soulèvement en tant que tel.

La liberté qui ne peut être vécue qu’une fois la république instaurée, qu’une fois la révolution accomplie, qu’une fois le communisme advenu n’est qu’un mensonge des apprentis sorciers, des aspirants maîtres de l’État. Lire la suite »

La conférence interrompue (3/5)

9 janvier 2010

Ou la philosophie dans le 3½
(transcription de cinq enregistrements numériques)

(Lire la suite.)

Nom du fichier : conference03.wav

AA : Anne Archet, conférencière encore et toujours interrompue
LB : Louis Berthier, artiste sodomisé
SB : Simone Bechara, lesbienne excédée
L : Lucifer, poète sans écrits

[Début de l’enregistrement]

[Bruits de manipulation de micro.]

AA : Je ne sais même plus où j’en étais… l’individu… l’homme du ressentiment… le grand individu… est-ce que je devrais parler du surhomme? Hum… je vais garder ça pour la période de questions. Passons tout de suite à la société.

Selon Nietzsche, ce ne sont pas les forts qui oppriment les faibles, mais les faibles qui oppriment les forts. Les faibles sont les individus du ressentiment. Ils ont érigé des structures sociales basées sur la morale des esclaves et l’instinct grégaire — obéissance, renoncement de soi, peur — dont la fonction est de triompher des valeurs individuelles des forts que sont le courage, la fierté, la volonté. Comment ont-ils réussi une telle chose? En offrant au fort le pouvoir, ce qui le réduit au rang de faible en le transformant en berger, l’obligeant à mettre sa force au service du troupeau.

Mais quand l’individu fort refuse de commander tout autant que d’obéir, la société tout entière est unie pour le culpabiliser. Sa non-intégration au troupeau est interprétée par les faibles comme un défaut, une anormalité.

[Bruits étouffés de discussion.]

La société aristocratique de Nietzsche n’a donc rien à voir avec une quelconque société moyenâgeuse, faite de clans, de classes et de hiérarchies. Elle est constituée d’individus libres et forts qui sont des ponts vers le surhomme. Leur association, temporaire par essence, n’a pas pour but, comme c’est le cas pour les faibles, de les protéger, puisqu’ils ont la capacité de défendre seuls leurs intérêts. En fait, les aristocrates s’associent pour donner et non pour recevoir. Ils cherchent des «cocréateurs» et des « comoissonneurs » qui participent dans l’élaboration de nouvelles valeurs, des égaux — amis ou ennemis — dignes de lui, pour créer, vivre, jouir.

[Bruit d’une porte qui claque]

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La conférence interrompue (2/5)

31 décembre 2009

Ou la philosophie dans le 3½
(transcription de cinq enregistrements numériques)

Nom du fichier : conference02.wav

AA : Anne Archet, conférencière interrompue
LB : Louis Berthier, artiste subventionné
SB : Simone Bechara, lesbienne radicale
L : Lucifer, poète sans abri

[Début de l’enregistrement]

[Bruits de manipulation de micro.]

AA : «Individualisme, aristocratie et anarchie», par Anne Archet. Suite et fin.

L’individualisme de Nietzsche est aristocratique dans le sens où il est convaincu que tous les individus ne sa valent pas : il y a les forts et les faibles. L’erreur est de comprendre ces termes dans le cadre des relations sociales actuelles et surtout de croire que « forts » veut dire « bourgeois », « maîtres » ou « dictateurs » et que « faibles » veut dire « prolétaires », « esclaves » ou « opprimés »; la pensée de Nietzsche est beaucoup trop complexe pour tomber dans un tel manichéisme.

Nietzsche distingue plutôt la force et de la faiblesse, la volonté de puissance ascendante (qui va dans le sens de la vie) et la perversion de cette volonté (lorsqu’elle se heurte à des obstacles comme la morale, la religion ou la société), perversion qui fait que l’individu retourne sa volonté contre lui-même, s’affaiblit et éventuellement s’autodétruit. Le fort et le faible ne sont donc pas nécessairement deux individus séparés et distincts dont l’un réduirait l’autre en esclavage; ce sont plutôt deux tendances en lutte qui coexistent chez l’individu, le tirant tantôt vers le bas, tantôt vers le haut.

Le fort — l’aristocrate étymologique, le meilleur — et le faible ne sont donc pas deux individus séparés dont l’un réduirait l’autre en esclavage. Il s’agit plutôt de deux tendances qui tirent l’individu tantôt vers le bas, tantôt vers le haut. L’individu fort est celui qui s’est placé dans des conditions de vie qui favorisent la tendance ascendante de sa volonté et qui parvient à faire triompher en lui les forces positives. Le faible est celui qui renonce à lui-même, qui a honte de son égoïsme, qui préfère se dominer lui-même, dominer ses passions, ses instincts, plutôt que d’exercer sa puissance vers le monde extérieur.

Le fort est un « homme supérieur », c’est un individu qui…
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La conférence interrompue (1/5)

22 décembre 2009

Ou la philosophie dans le 3½
(transcription de cinq enregistrements numériques)

Nom du fichier : conference01.wav

AA : Anne Archet, conférencière interrompue
LB : Louis Berthier, artiste subventionné
SB : Simone Bechara, lesbienne radicale

[Début de l’enregistrement]

[Bruits de manipulation de micro.]

AA : Comment ça fonctionne, ce truc?

[Autres bruits de manipulation de micro.]

AA : Ok. « Individualisme, aristocratie et anarchie », par Anne Archet. Ébauche de conférence.

[Longue pause.]

AA : Ahem. Bon… On vient à l’anarchisme de diverses manières. Plusieurs y viennent en quittant le marxisme, dont l’échec historique n’est plus à démontrer. Ceux-là ont une conception de l’anarchisme influencée par leur ancienne foi : ouvriérisme, attachement à la révolution, appels constants à l’organisation des prol… non : des masses, oui, c’est mieux… Appels à la construction de fédérations, de groupes militants, bref, d’une organisation anarchiste spécifique qu’ils conçoivent comme l’outil qui servira à provoquer l’étincelle de la révolte et préparer le nouveau monde libertaire.

D’autres, plus rares, y viennent mûs par une soif impétueuse de liberté individuelle et sont viscéralement des « En Dehors », pour reprendre l’expression d’Armand. Ceux-là viennent à l’anarchie non pas par Marx, mais par Nietzsche et Stirner, ce qui est mon cas.

Je vous propose aujourd’hui d’explorer une façon différente d’envisager l’anarchie — différente des tendances traditionnelles héritées des « pères fondateurs » que furent Proudhon, Bakounine et Kropotkine. Je pense ici au communisme libertaire et l’anarcho-syndicalisme. Je vous propose de découvrir l’individualisme aristocratique et insurrectionnel.

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Sévices à l’auto

8 décembre 2009

— Bienvenue chez Titan Burger. Est-ce que je peux prendre votre commande?

— Oui, je voudrais un numéro cinq avec extra fromage, extra oignons, sans cornichons.

— Voulez-vous ajouter du bacon, gros porc?

— Hein?

— Voulez-vous ajouter du bacon de porc?

— Euh… oui, d’accord.

— Quel genre de fromage?

— Cheddar.

— Trop pingre pour t’offrir du suisse, hein…

— Quoi?

— J’ai dit: vous ne voulez pas essayer notre nouveau fromage suisse?

— Non merci.

— Tu veux certainement des menthes pour rafraîchir ton haleine putride de chien sale après avoir avalé tous ces oignons, n’est-ce pas? Parce que ta poufiasse va penser que tu es allé lécher les culs des putes à cinq dollars que tu fréquentes chaque samedi soir plutôt que d’aller regarder le match avec tes copains, comme tu lui racontes sûrement…

— Je… qu’est-ce que vous dites?

— Prendrez-vous nos délicieuses menthes poivrées pour vous rafraîchir après avoir dégusté notre succulent Titan burger?

— Ou… oui.

— Merci d’avoir choisi Titan burger. Veuillez avancer votre bagnole pourrie jusqu’à la deuxième caisse. Nous espérons que votre queue soit rongée par les champignons et tombe par terre, pauvre connard.

— Mais…

— Merci d’avoir choisi Titan burger. Veuillez avancer jusqu’à la deuxième caisse.

* * *

— Nathalie, est-ce que tu peux faire payer le prochain client?

— Pourquoi? Tu viens tout juste de prendre sa commande…

— C’est mon ex, répondit simplement Sophie en souriant malicieusement.

Tongue twister

30 novembre 2009

Après avoir constaté à quel point je suis douée pour les langues, Miss Wilson, ma voisine d’en face, a eu la gentillesse de me proposer un cours d’anglais oral pour la somme symbolique de cinquante sous par leçon, qui plus souvent qu’autrement se payent par cinquante coups par le con.

— Miss Wilson, qu’entendez-vous par « the passive voice » ?

— It’s simple, Anne. If I say that I was fucked, that’s passive voice.

— Je vois. Et vous, vous aimez bien… to get fucked ?

— Of course. But that’s not the point of this lesson. If I say that you fucked me, that’s what we call in English the « active voice ».

— Je ne vois pas très bien la différence, Miss Wilson. Après tout… you get fucked either way.

— It’s a matter of point of view, my dear.

— Ce qui signifie ?

— From my point of view, I got fucked. From your point of view, you fucked me.

— Ah ! C’est tellement plus simple quand c’est vous qui l’enseignez. So… what’s next ?

— Take off your panties ; we’ll practice both voices.

Scène de ménage(rie)

9 juillet 2009

— Annie ! Comment peux-tu… toi… avec Max !

— Je peux tout expliquer, chéri !

— Max, mon pauvre chien-chien… Es-tu tombée sur la tête ?

— Calme-toi mon amour, inutile d’en faire tout un plat.

— Me calmer ? Je reviens à la maison et je surprends mon chien en train de prodiguer un cunnilinctus à ma femme et tu dis que j’en fais tout un plat ?

— Cesse de crier, tu lui fais peur. Tu vois ? Il est parti se cacher, la queue entre les pattes…

— J’aime mieux sa queue entre ses pattes que sa langue entre tes…

— Assez, Éric ! Sers-toi un verre, respire un peu et ensuite nous discuterons. Max ! Viens mon chien !

— Alors, c’est à ça que tu consacres tes journées pendant que je suis au travail ? Est-ce que tu séduis aussi le chien des voisins ?

— Tu crois que j’ai séduit Max ? Mon pauvre chéri, n’as-tu pas remarqué qu’il a toujours le museau fourré entre mes cuisses ?

— Pfff. Moi aussi, il a toujours le museau fourré entre mes cuisses, mais tu ne le vois pas me sucer la bite.

— Éric, tu agis comme si je t’avais trompé. Max n’est qu’un chien… ce n’est pas comme si tu m’avais surpris au lit avec ton meilleur ami.

— Honnêtement, j’aurais préféré que ce soit lui plutôt que le chien.

— Tu n’es pas sérieux.

— Et comment que je suis sérieux ! Que tu couches avec Stéphane, à la limite, je pourrais comprendre. Ce serait un comportement normal. Mais ça, c’est… dérangé.

— Tu me traites de dérangée ?

— Appelle cinq de tes amies et demande-leur ce qu’elles pensent de la bestialité, si mon avis ne te suffit pas.

— Ah ? C’est comme ça que ça s’appelle ?

— Tu parles que c’est comme ça que ça s’appelle. C’est une perversion.

— Si c’est une perversion, je l’aurais encouragée, je l’aurais cherchée. Or, je ne savais même pas ce qui m’arrivait ! Je faisais la sieste, innocemment, et je crois que j’ai
eu un rêve érotique… et quand j’ai ouvert les yeux, Max me léchait la fente.

— Et tu n’as rien fait ? Tu aurais pu le faire sortir du lit à grands coups de pied au cul !

— J’étais encore à moitié assoupie…

— J’en ai assez entendu.

— Tout ce que je dis, c’est que ce n’est pas de ma faute. C’est Max qui a tout fait.

— Donc, si je comprends bien, tu t’es réveillée, Max te bouffait la chatte et puis je suis entré dans la chambre ?

— Euh… pas exactement.

— Depuis combien de temps durait ce petit manège lorsque je suis revenu du travail ?

— Je n’avais pas de chronomètre, chéri.

— D’accord, d’accord. Explique-moi pourquoi tu ne l’as pas arrêté à la seconde où tu as pris conscience de ce qui se passait.

— Bien, c’est que…

— C’est que quoi ?

— C’est que j’étais en train de…

— Je vois. Max t’a donné un orgasme.

— Plusieurs, en fait.

— Comment expliques-tu que je doive m’escrimer pendant plus d’une heure pour tirer un seul soupir de toi alors que Max te donne des orgasmes multiples avec quelques coups de langue ?

— Je ne sais pas quoi te dire.

— Essaie.

— Ne sois pas jaloux.

— Je ne suis pas jaloux d’un chien, Annie.

— Vraiment une langue rude et très… longue et large. Tu n’as jamais remarqué ?

— C’est un gros chien. Il est long et large à plusieurs endroits.

— Qu’est-ce que tu insinues ? Que je le laisse me baiser ?

— Manquerait plus que ça.

— Tu es malade.

— Je me demande qui de nous deux est la plus malade !

— Qu’est-ce que tu fais ?

— Je fais ma valise. Je reviendrai chercher le reste de mes trucs demain.

— Tu me laisses pour cette peccadille !

— Oui, et je pars avec Max. Alors, dis adieu à ton amant.

— Non ! Ne pars pas avec lui !

— Et c’est maintenant que tu pleures. Pas parce que je pars, mais parce que Max te quitte !

— Je vais me battre pour obtenir la garde !

— Ce chien était à moi bien avant que je te rencontre, Annie. Mais rassure-toi, tu n’auras pas à courir les bars pour faire des rencontres : tu n’auras qu’à te rendre à la fourrière et adopter.

— Tu me laisses Nano, ton chat ?

En veillant su'l perron

18 avril 2009

(avec un flask de gros gin et deux vieilles lesbiennes)

Dans leurs bigoudis, leurs robes un peu trop élimées et leurs bas un peu trop filés, Anne et Sophie étaient assises dans leur fauteuil à bascule sur le perron de leur bicoque hors d’âge, les jambes un peu trop écartées, avec une bouteille de gin frelaté pour regarder passer les machines. Anne sortit une indienne de son sac et l’alluma.

― Tu as vu les deux filles au snack-bar ?

― Ouais, répondit Sophie.

― Elles n’arrêtent pas de se lécher la fente en cachette depuis que la plus jeune est mariée.

― Tu me niaises ?

― Pas du tout, poupée.

Sophie cracha son chewing-gum dans le buisson puis regarda, inquiète, son amante.

― Chérie, tu ne devrais pas fumer en tenant ta bagosse aussi près de toi.

― Ha ! Ça fait plus de trente ans que je le fais ! Il n’arrivera rien, t’inquiète, rigola Anne. S’il y a trois choses que je connais, c’est le moonshine, les cigarettes de contrebande et les brouteuses de carpette. Tu connais la femme du maire ?

― La fausse blonde avec les seins qui lui tombent au nombril ?

― Elle-même. Je sais qu’elle visite quotidiennement la culotte de la petite brune du dépanneur.

― Et comment madame sait-elle une chose pareille ? railla Sophie.

― C’est mon petit doigt qui me l’a dit. Et laisse-moi te dire qu’il sent la chatte bien baisée !

― Plus ça va, plus tu deviens vulgaire, ma pauvre Anne.

― C’est pour ça que tu m’aimes, chérie ! Hey, tu vois la pétasse qui sort de la voiture ?

― Laquelle ?

― De l’autre côté de la rue, à la station-service. Paraît qu’elle a la plotte la plus hot en ville.

Alors que Sophie plissait les yeux pour mieux voir, un bruit terrible accompagné d’un nuage de fumée se fit entendre, faisant sursauter tout le patelin. Sophie se tourna et vit sa gouine le visage enduit de suie noirâtre, les cheveux hérissés et fumants, avec une relique de clope pendant au bout de ses lèvres. Elle prit une gorgée de bibine, se cala dans la chaise berçante et dit simplement :

― Je crois que c’est maintenant toi qui l’as, la plotte la plus hot en ville, chérie.

Je t'aime, trouduc

6 mars 2009

― Je t’aime.

― Non, arrête, je refuse d’entendre un mot de plus. Si tu m’aimais, tu ne te contenterais pas de me regarder ! Tu serais un homme, un vrai et tu ferais… quelque chose !

Il soupira, ferma les paupières et se tourna sur son dos.

Elle le dévisagea dans la pénombre en souhaitant ardemment, de toutes ses forces, qu’il passe à l’acte, qu’il assume ses responsabilités viriles, qu’il prenne le contrôle. Il l’imagina la culbutant, entrant lentement, mais résolument en elle, la retenant de ses bras puissants, pour ensuite lui souffler à l’oreille sur un ton ferme et apaisant : « Ta rage est si magnifique. Tu me fais bander quand tu es en colère. Si j’agis en trouduc, c’est seulement pour te voir en furie. »

Elle ne pourrait pas rester en colère ou lui en vouloir s’il disait une phrase de ce genre. Mais non : il préférait prendre son trou, comme d’habitude, et rester là, sagement immobile sur son côté du lit.

― Hey ! Je te parle ! Pourquoi ne fais-tu pas quelque chose ! lui dit-elle en secouant son épaule amorphe. Réveille-toi, bon dieu !

Elle le poussa un peu plus fort, le pinça, même, mais n’obtient aucune réaction. Pas le moindre petit mouvement, pas le moindre petit bruit.

Une étrange angoisse vint soudainement tordre son estomac et oppresser sa poitrine.

― Antoine ? Tu… tu dors ? lui dit-elle en le secouant franchement. Antoine ? Antoine !

Elle sentit alors la panique lentement la gagner.

― Merde ! Merde ! Merde ! cria-t-elle en se relevant.

Elle l’attrapa par les deux épaules et se mit à le secouer.

― Chéri ! Je t’aime ! Je t’en supplie ! Réveille-toi ! Antoine ! Antoine !

Un sourire narquois apparut soudainement sur son visage de pierre.

― Je t’ai eue ! siffla-t-il en ouvrant les yeux.

Elle le frappa de toutes ses forces avec son oreiller.

― Trouduc !

Une histoire XXX

9 février 2009

Elle huila généreusement ses mains, les frotta puis les posa sur les épaules de son client.

— Oh la la, mais qu’est-ce que tu peux être tendu, Éric! Tes muscles sont noués comme de la corde de navire…

— Marilou, je deviens fou… soupira-t-il.

— Tu vois toujours ces deux mecs? demanda-t-elle en lui frottant le dos.

— Ouais… je culpabilise à mort. Mais je les aime tous les deux.

— Et aucun d’eux ne connaît l’existence de l’autre?

— Jamais de la vie! Ça leur briserait le cœur, c’est certain.

— Hum… grogna-t-elle d’approbation.

— Ils sont si semblables. Ils ont la même taille, les mêmes cheveux, ils ont les mêmes goûts, surtout quand vient le temps de…

— De…?

— De… tu-sais-quoi. Iils ne me prennent qu’en levrette… et après, ils aiment tous deux… jouer avec mon cul, dit-il en riant nerveusement.

— Vraiment?

— Je te jure. Je n’ai jamais rencontré de tels amateurs de fesses… on dirait qu’ils n’arrivent pas à les laisser tranquilles!

— Je vois… parlant de tes fesses, chéri…

— Quoi?

— Quelqu’un les utilise pour jouer à tic-tac-toe.

— Hein?

— Une partie par miche. Celle de gauche a trois «X» en diagonale. Qui a gagné, tu crois? demanda la masseuse en pouffant.

Placement

30 janvier 2009

— Oh… oui…

— Je t’avais dit que je ferais un grand garçon de toi.

— Hum… et moi… Je n’aurais jamais cru que j’aimerais autant me faire sucer par un mec. Encore moins par un coéquipier, dans le vestiaire, après un match…

— Tu n’as encore rien vu, joli cœur. Viens prendre par en arrière le corps de ton quart-arrière.

— Je n’osais pas le demander.

— Attends, je vais me placer comme ça… Oh! Oui! Enfonce bien ta langue… Salaud! Tu sais t’y prendre…

— Je t’ai mis de la bave jusqu’aux couilles. Ça te fait bander, mon cochon.

— Tu vois comme je m’ouvre? Allez, viens, prends-moi, je suis prêt.

— Oh… je…

— Ouf! Doucement… je… Oui!

— C’est si… hum… serré… je…

— Oui! Oui!

— Je crois que je vais… Oh!

— Vas-y! Vas-y! Viens!

— Ahh! Ahh! AAAAAHHHHRRRGG!

— Oh oui.

— Ooooh.

— Je comprends maintenant pourquoi ils t’on choisi comme botteur de précision. Alors, c’était bon?

— Très, même.

— Tu as aimé m’enculer, espèce de vicieux?

— J’ai adoré t’enculer, espèce de pervers.

— Tu crois que c’était pervers? Attends, je connais un truc qui va te renverser cul par-dessus tête.

— Qu’est-ce que c’est? Tu veux que je te bourre encore le fion?

— Je veux que tu le bourres comme jamais il n’a été bourré.

— Tu veux que je le bourre à le faire éclater?

— Oui! Et je veux que tu le fasses avec ça!

— Avec… ça?

— Ouais! Je veux que tu m’encules jusqu’à ce que je tremble de plaisir!

— Mais… c’est une boîte de délicieux macaronis au fromage Kraft®, si utiles lorsque la fringale nous prend et que le temps nous manque!

— Oh oui! Pour moi, c’est Kraft Dinner™ ou rien!

Sale obscur

29 janvier 2009

― Je ne comprendrai jamais les straights, soupira Pierre en remuant son café.

― Bon, voilà l’hétérophobe qui recommence! commentai-je en levant les yeux au ciel.

― Je me suis rendu dans un cinéma porno le week-end dernier. Un cinéma où on présente des films hétéro.

― Ça existe encore? demandai-je, surprise. Internet ― non, les magnétoscopes! ― ne les a pas déjà tous tués?

― Apparemment non. Et laisse-moi te dire que l’action était plus intéressante dans la salle que sur l’écran!

― Connaissant ton aversion pour le sexe féminin, je ne suis pas trop surprise… surtout lorsqu’il se fait bourrer en gros plan!

― Tu parles! Lorsque mes yeux se sont habitués à la noirceur, j’ai vu qu’au fond, dans les derniers rangs, il y avait des vieux qui visiblement se polissaient le chinois de concert. Il y avait aussi un jeune latino aux cheveux longs qui n’arrêtait pas d’amener des mecs aux toilettes à l’avant, sur le côté droit de l’écran.

― Rien de bien surprenant. Je ne vois pas pourquoi tu en fais tant un plat, dis-je avant de croquer dans mon spéculos.

― Attends la suite. Il y avait un jeune, plutôt beau gosse, assis directement devant moi. Lui aussi se branlait, évidemment. Après quelques minutes, un costaud vêtu de cuir de la tête aux pieds est venu s’asseoir à côté de lui. Ça n’a pas été bien long avant que le lascar ne prenne les choses en main; le kid a fini par lui mettre une main sur la nuque et tirer sa tête vers le bas…

― Et tu ne t’es pas jeté dans la mêlée? Franchement, ça me surprend de toi…

― Disons que j’étais trop stupéfait pour réagir. Sur l’écran, une plotte se faisait farcir en gloussant pendant que juste en dessous, au vu et au su de tous, une demi-douzaine de mâles suçaient les queues qui voulaient bien se présenter à eux. Lorsque l’un deux remonta l’allée pour quitter, il avait encore la barbe engluée de foutre.

― Je ne vois toujours pas pourquoi tout ceci te bouleverse à ce point. À ce que je sache, tu as participé à des orgies autrement plus déchaînées avec tes petits copains, lui dis-je en étouffant un bâillement.

― En sortant, j’ai discuté avec le bonhomme du guichet, qui s’est avéré être le proprio. Il m’a dit que la scène dont j’avais été le témoin n’avait rien d’inhabituel. En fait, je n’avais rien vu; le soir précédent, un jeunot s’était foutu à poil sur la scène et s’était fait enculer par tout l’auditoire. Mais tu sais ce qui est le plus choquant?

― Non, quoi?

― Il m’a dit que la seule fois qu’il a osé projeter un film gay, toute la salle est sortie pour se plaindre. Certains ont même réclamé un remboursement!

Interloquée, je fixai mon ami.

― Je ne comprendrai jamais les straights, soupira Pierre en remuant son café refroidi.

Étude empirique de l’impact de l’admission massive des filles dans les facultés de génie

18 avril 2008

Sincèrement, je me demande pourquoi ils n’en ont pas voulu. Enfin… vous jugerez par vous-mêmes.

*  *  *

— Tu vois, Loïc? Je ne porte pas de soutien-gorge. Allez, regarde!

— Je t’en prie, descends ton pull. Je te rappelle que nous sommes à la bibliothèque, pas dans ta chambre! D’ailleurs, tu ne portes jamais de soutien-gorge, alors…

— Je ne porte pas de culotte non plus. Tu veux vérifier?

— Karine, s’il te plait. Demain, c’est l’examen de transfert thermique.

— Transfert thermique? Ça tombe bien, j’ai pas mal de chaleur à te transférer. Touche ici…

— Karine!

— Je sais, je sais, il faut étudier. Voilà ce que je vais faire: je vais m’asseoir sagement ici, à côté de toi et… tu permets?

— Hé! J’en ai besoin!

— Je place ta calculatrice ici, entre mes cuisses. Comme ça, tu pourras me caresser la chatte en travaillant. Vas-y, essaie un peu! Entre quelques chiffres…

— Franchement, Karine, tu ne trouves pas que…

— Fais-le, je te dis! Là… C’est bien! Juste là… Oh! Qu’est-ce que c’était?

— Une racine carrée. Tu me laisses étudier, maintenant?

— Et si tu me faisais un logarithme, juste pour voir? Avec une autre racine carrée, ensuite… non! Une cotangente!

— Ha ha. Très drôle. Maintenant, laisse-moi étudier.

— Vas-y, Loïc, cotangente-moi comme une bête! Oh… oui! Tu sais vraiment calculer les dames, hein? Mais je crois finalement que je préfère le logarithme. Tu vois le bouton, juste ici? C’est ma touche de fonction. Si tu appuyais un peu dessus, pour voir le résultat?

— Ça suffit, replace ta jupe. Quelqu’un pourrait nous voir…

— Voyons Loïc! Nous sommes dans un cubicule; tout le monde baise dans les cubicules!

— Personne ne baise ici, Karine. Les gens viennent à la bibliothèque pour…

— Pour venir, ils viennent, ça, c’est certain.

— Pour étudier!

— Dis donc, pour un étudiant avec quatre de moyenne, je te trouve assez peu dégourdi, mon pauvre Loïc. Nous sommes venus étudier ici chaque soir depuis au moins six semaines et personne ne s’est jamais étiré le cou pour nous reluquer. Nous aurions pu fourrer des centaines de fois, à l’heure qu’il est!

— Quelqu’un peut nous voir, surtout si nous faisons du bruit. Et ne dis pas «fourrer», c’est laid et vulgaire, surtout dans la bouche d’une fille.

— Fourrer, fourrer, fourrer! Forniquer, copuler, faire de la glisse, repeindre la caverne en blanc cassé!

— Merde! Karine! Tu as mouillé ma calculatrice!

— Voyons, ce n’est pas si grave… tiens, tu peux la lécher.

— Karine!

— D’accord, d’accord, j’enlève la calculatrice. Non, laisse ta main ici. Oui! Brave garçon! Juste un peu plus haut…c’est ça, appuie sur ma touche de fonction! Dérive-moi! Factorise-moi!

— Assez! J’ai besoin de réviser pour demain!

— Et moi? Tu crois que je n’ai pas de besoins? Viens, embrasse mes seins. Oh! Regarde! Ils ont des boutons à appuyer, eux aussi!

— Quelqu’un va nous voir, c’est certain.

— Oh! Ça, c’est bien. Et n’oublie pas tes doigts, en bas…

— Karine…

— Tut tut tut tut! On garde le silence dans la bibliothèque et on se concentre sur ses travaux pratiques, qui sont les mamelles du savoir! Oh… Je… Oui! Oui!

— Bon. Tu es contente? Tu me laisses étudier, maintenant?

— Chéri, ce n’était qu’un tout petit petit moment de force. J’en veux un plus gros, un immense! Viens, il est temps que tu me sortes ta racine, histoire de savoir si elle est carrée. Attends, je m’occupe de ta ceinture…

— Lâche-moi! Ce n’est pas le moment, je te dis!

— Allez, joli cœur, ne fais pas les mijaurées, je sais que tu en as envie. Ce n’est certainement pas un multimètre qui déforme la poche de ton jeans…

— Pfff. Regarde: c’en est un, justement.

— Tu es vraiment un geek, Loïc.

— Un geek qui ne veut pas échouer à son examen de transfert thermique, oui.

— Dans ce cas pourquoi est-ce que tu es raide comme une barre d’acier galvanisé? Petit cochon, va! Tu n’aurais pas envie de faire un petit labo de trempage, par hasard? On pourrait faire un petit test de friction et, pourquoi pas… du transfert de masse, à la fin. Ce serait chouette, non?

— Peut-être, mais je ne peux pas me permettre d’échouer l’examen final, c’est un préalable pour…

— Tu es trop tendu! Comment étudier, dans cet état? Fais-moi confiance, je vais faire en sorte que tu… ramollisses.

— Cesse de tâter mon pénis. Il faut que…

— Ta queue! Ton pieu! Ta graine! Ta massue! Ta flamberge! Ta bite! Allez, dit «ma bite»…

— Ma bite! Mon gourdin! Voilà. Satisfaite? Hé! Ma braguette!

— Quand on parle du loup… on lui voit le bout de la queue.

— Karine, je… je…

— Jeujeu quoi? Jeujeu veux que tu me branbranles? À moins que tu ne veuilles que je te susuces aussi?

— Karine, enfin!

— Regarde. Je vais juste m’asseoir gentiment, ici… sur ton engin.

— Oh!

— Essai de dureté… hi hi hi hi! Attends, je vais me placer comme ça et… Oh oui! Tu aimes, mon gros nounours?

— Je…

— Aie.

— Quoi?

— Ton zipper. Il me fait mal. Tu vas devoir enlever ton jeans.

— On va se faire pincer!

— C’est mon minou qui se fait pincer, en ce moment. Je ne pourrai pas… si ce foutu zipper reste sur mon chemin! N’aimerais-tu pas que je continue de bouger… comme ceci… de haut en bas… comme ça… encore?

— Oh… je… n’arrête pas!

— Le zip.

— Ah merde. D’accord. Lève-toi.

— Pendant que tu te déculottes, je vais poser mon popotin juste ici, sur la table. Tu peux t’installer entre mes cuisses et moi, je vais déplacer mon cul juste comme ça et… Waou! C’est ça! Jouons au piston et au cylindre! À la bielle-manivelle!

— Karine, oui! Je…tu es si mouillée, je sens ta…

— Ma cyprine! Mon huile à bonheur! Mon jus de plotte! Dis-le!

— Karine…

— Allez! Oui! À fond!

— Karine je…

— Fais-le! Fais démarrer ton moteur à injection!

— Oh! Je… AH!

[…]

— Loïc, mon chou, la mécanique n’a vraiment pour toi plus de secrets.

— Merde, Karine! Regarde ce que tu m’as fait faire! Mon cahier de notes est tout poisseux et ma calculatrice sent la haute mer!

— Arrête de râler, ingrat.

— Je commence à en avoir marre! C’est toujours la même chose: impossible d’étudier avec toutes ces filles qui ont envahi la faculté!

— Console-toi, chéri. Il y a trente ans, tu aurais passé toutes tes soirées seul, à te faire glisser la règle à calcul jusqu’aux petites heures.

Adieux aux Levi’s à Lévis

10 avril 2008

— Peut-être si vous m’expliquiez précisément ce que vous recherchez… lui dit la vendeuse, excédée.

Chloé écumait les boutiques des Galeries Chagnon depuis la matinée. Lasse d’avoir à répéter continuellement les mêmes explications, elle déposa une pleine brassée de vêtements sur la chaise de la cabine d’essayage, puis grommela:

— Le directeur de la boîte qui m’emploie a eu l’idée géniale de réviser le code vestimentaire des employés… depuis, exit les jeans!

— Vous voulez donc un pantalon plus formel, pour le bureau? Ou alors une jupe? J’ai ici quelque chose qui pourrait…

— Pas de jupe. J’ai besoin d’un pantalon avec une large braguette et surtout une fermeture à glissière bien épaisse. Tiens, peut-être ceci…

— Une fermeture éclair? J’ai bien peur que…

— Écoutez, je suis coincée derrière un bureau du matin au soir et croyez-moi, le temps est long, surtout l’après-midi. Or, après des mois d’exercices de Kegel je suis devenue plutôt experte pour contracter mon muscle pubo coccygien, ce qui me permet de… vous comprenez?

— De contracter votre…?

— Mais pour que ça fonctionne, j’ai besoin d’un pli!

Elle tendit un pantalon de toile kaki à la vendeuse, qui rougissait comme une écrevisse.

— Je m’ennuie déjà de mes Levi’s… soupira-t-elle.