Dialogues vénériens

Petits fragments théâtraux à caractère scabreux.
Il y a 84 articles dans la catégorie Dialogues vénériens / S'abonner

— C’était pas mal, comme film. Pour une fois, je ne me suis pas ennuyée.

— « Pour une fois, je ne me suis pas endormie », tu veux dire.

— Je ne fais que reposer mes yeux.

— Une chose est certaine : tu ne te reposais pas les yeux pendant la scène où le gars donne une fessée à l’héroïne.

— Ouais… c’était rigolo.

— Rigolo ? Tu étais assise sur le bout de ton siège et tu dévorais l’écran des yeux. Sans en manquer une miette.

— Mais non.

— Je crois que tu as envie d’une fessée.

— Arrête ! Moi…vouloir une fessée ? T’es folle.

— À la façon que tu glousses en disant ça, je sais que tu penses le contraire.

— Je ne glousse pas, je pouffe.

— De nous deux, c’est moi la pouffe. En principe, c’est à moi de pouffer et à toi de glousser.

— Ha ha ha ! Tu es bête.

— Blague à part, je suis certaine que tu as envie que je te donne une bonne fessée.

— Ce n’est que notre deuxième rendez-vous, tout ce que nous avons fait, c’est nous embrasser et tu veux maintenant me donner une fessée ?

— Je crois que nous en sommes arrivées à cette étape de notre relation, ma toute belle.

* * *

— Alors ? Tu vas laisser choir cette jupe ou tu vas continuer à l’agiter devant mon museau comme un matador ?

— Il y a quelque chose que je dois d’abord t’avouer, Anne.

— Tu es hétérosexuelle ?

— Non. J’ai… un tatouage.

— Big Deal. Comme à peu près 95% de l’humanité. Laisse-moi voir…

— Il est sur ma fesse gauche.

— Voyons cela… HOLY SHIZZLE !Tatouage de Valérie

— C’est le portrait de Valérie, mon ex…

— Et aussi la mienne, en quelque sorte. Wow, c’est… criant de vérité.

— Quoi ? Vous avez… toutes les deux…?

— C’est une longue et vieille histoire.

— Elle ne m’a jamais parlée de toi, pourtant.

— Disons simplement que nous ne nous sommes pas quittées en très bons termes.

— Tiens, toi aussi?

— Elle a quand même réussi à te convaincre de te faire graver sa face sur la foufoune. C’est tout un exploit.

— Je suis sincèrement désolée… Je sais que le tatouage est moche, en plus. J’espère que ça ne te traumatise pas. J’avais peur de te le montrer.

— Tu sais quoi ? Je crois que c’est parfait.

— Parfait ?

— Oui. Tu as envie d’une fessée et j’ai quelques comptes à régler avec Valérie. On va pouvoir faire d’une pierre deux coups — peut-être même plusieurs coups, si tu le désires.

— Tu veux dire…

— Viens sur mes genoux.

— Oh… chérie.

— Alors ? Tu as été une vilaine fille ?

— Oui ! Et Valérie aussi !

[S’en suivent claquements, soupirs, cris et volupté. ]

Audrey gloussa lorsque David passa ses bras autour d’elle.

— Hé, laisse, je suis en train de décorer le gâteau de Festivus, dit-elle.

— Ouais, je sais, murmura-t-il à son oreille. Placer des M&M sur un gâteau McCain… ce n’est pas comme si toute ton attention et tes facultés psychomotrices étaient sollicitées, hein.

Joyeux Festivus !

Elle remua ses fesses contre le pubis de son amant.

— Nous étions au lit à faire des galipettes il y a moins d’une heure…

— Et alors ? J’ai toujours envie de toi.

Elle appuya sa tête sur le côté pour qu’il puisse renifler son cou.

— Arrête ! Tu me fais faire n’importe quoi… je vais mettre du glaçage partout !

— Je vais lécher tout ce qui déborde, c’est ma spécialité.

— Nono !

Elle rit puis fit mine de se consacrer toute entière à son gâteau. Il glissa une main l’intérieur de sa robe de chambre.

— Je ne peux pas me concentrer si tu passes ton temps à me tripoter.

— J’ai besoin de pratique… pour trouver ton clito dans la noirceur. Après tout, c’est la nuit la plus longue…

Lorsqu’il l’eut trouvé, elle n’eut d’autre choix que de lâcher la pâtisserie pour prendre appui, des deux mains, sur le comptoir.

— J’aimerais tellement être assez habile pour pouvoir te faire jouir comme ça, soupira-t-il.

Elle caressa sa main.

— Tu me touches toujours de belle manière… et puis ta langue n’a jamais failli à la tâche.

— N’empêche. Ta main sur ma queue suffit toujours à me faire voir des étoiles. Ça me laisse avec un sentiment d’injustice très désagréable… Hey, si on faisait un vœu?

— Les vœux, ne faut-il pas les faire près de la perche en alu, juste avant la formulation des griefs ?

— Il n’y a pas de mal à en faire un là, tout de suite.

— Dans ce cas, il faut que ce soit un vœu secret.

— Tope là, mon adorée.

« Je fais le vœu d’apprendre à te toucher exactement comme tu le désires », pensa David en fermant les yeux.

« Je souhaite que tu sois aussi fou de désir que je le suis envers toi », se dit Audrey dans sa Ford intérieure.

— Oh! Oh! Ok, ça suffit… je ne suis plus capable d’en prendre.

— Mais… tu avais dit que tu aimais le sexe oral !

— Bien sûr ! Sauf que… si je jouis ne serait-ce qu’une seule autre fois, je pense que je vais tomber dans le coma.

— Ben là… je ne faisais que commencer.

— Commencer? Ça doit faire une heure que tu me dévore le bonbon comme une ex-gréviste de la faim dans un Dairy Queen !

— J’ai commencé à trois heures.

— Et alors ?

— Il est seulement trois heures six.

— Ben là…

— Je peux continuer ?

— C’est le changement d’heure, nounoune! Tu m’as léché la fente pendant le passage à l’heure normale!

— Slurp slurp slurp !

— Oh! Oh!

— Anne Agace-Pissette !

Je me retourne. C’est ce demeuré de Steve Ménard, entouré de sa bande de copains lèche-culs. Encore.

— Comment tu m’as appelée?

— Agace-pissette.

— Et pourquoi tu m’appelles comme ça?

— Parce que c’est ce que tu es. Rien qu’une querisse d’agace.

Deux de ses grouillots se mettent à rigoler comme des crétins.

— Et qu’est-ce qui te fait dire que je suis une agace, au juste?

— T’as pas vu de quoi t’as l’air? Comment tu portes ton uniforme? Comment tu frottes tes cuisses pis que tu grouilles ton cul quand tu marches dans la caf’ ?

J’entends un autre de ses larbins siffler : « Estie de plotte».

— Je porte mon uniforme exactement comme toutes les autres filles. Et si je frotte mes cuisses en marchant, c’est parce que je suis faite comme ça, c’est tout.

— C’est ce que je disais : agace-pissette. Salope et stuck-up, en plus.

— Je vais te montrer ce que ça fait, une agace-pissette stuck-up, gros moron.

Je le pousse contre le casier, puis je me jette à genoux devant lui. Il porte un survêtement de sport, alors la surprise aidant, c’est un jeu d’enfant de le déculotter suffisamment pour me permettre d’arriver à mes fins.

Je sors sa bite de son caleçon. Il tremble.

Je le prends dans ma bouche. Il frissonne.

Je fais aller et venir ma tête d’avant en arrière. Il gémit.

J’agite la langue. Il vient.

Le tout en moins d’une minute, top chrono.

Je me relève, puis lui crache son foutre à la figure. Ses trouillards de potes sont trop stupéfaits pour dire ou faire quoi que ce soit. Lui-même est tétanisé et hagard, des larmes de sperme sur les joues.

— Je ne suis pas une agace, dis-je avant de tourner les talons.

Du moins, c’est ce que je fantasme depuis vingt ans d’avoir fait.

Je n’arrive pas à y croire que je me retrouve encore dans cette situation. Décidément, il n’y a qu’à moi que ça arrive.

— Anne, je suis désolé. Je ne voulais pas te faire de fausses promesses et encore moins te faire du mal. Je tiens beaucoup à toi.

— Pourquoi est-ce fini, si c’est le cas? Ce fut la nuit la plus parfaite de toute ma vie. Personne ne m’a jamais fait l’amour comme tu l’as fait.

— Tu dis ça juste parce que…

— Parce que rien. Tu ne m’as pas juste baisée, tu m’as aimée, passionnément, avec tout ton corps et tout ton âme. Je t’en prie, ne gâche pas ce que nous avons vécu en n’en faisant qu’une histoire d’un soir. Je ne crois pas que j’arriverai à m’en remettre…

Et c’est à ce moment que je me suis mise à pleurer comme une idiote. Il m’a alors prise dans ses bras et a tenté maladroitement de me rassurer.

— Ce n’est pas une histoire d’un soir quand c’est le destin qui nous sépare, mon amour. Si je reste, je te ferai du mal.

— Ça y est, voilà la vieille rengaine qui arrive : «Je ne suis pas bon pour toi, je vais te faire souffrir, tu mérites mieux, et patati et patata… » lui ai-je dit en me dégageant de son étreinte.

— Tu dois me croire. On ne peut pas faire autrement, je te supplie de me croire.

— Voilà une nuit qui aurait pu être parfaite qui se termine. Le soleil se lève. J’aimais tant les aurores, avant.

— Moi aussi, a-t-il dit en essuyant une larme.

Il a pris ma main et m’a entrainée jusqu’au balcon. Devant le soleil levant, il m’a embrassée tendrement, puis m’a murmuré à l’oreille :

— Adieu, Anne.

Il s’est ensuite instantanément embrasé jusqu’à ce qu’il soit réduit à un petit tas de cendres grisâtres, sa dernière larme bouillonnant en s’évaporant sur la rampe du balcon.

C’est toujours la même histoire. Les meilleurs mecs sont tous mariés, gays, ou alors des salopards de vampires.

— As-tu déjà eu ça, toi, un orgasme vaginal?

— Tu veux dire avec la queue seulement? Sans jouet et sans mains?

— Ouais. Un orgasme magique, rien dans les mains, rien dans la poche.

— Ha! T’es folle. Oui, ça m’est arrivé. Une fois, y’a sacrément longtemps.

— Ça s’est produit comment?

Elle prend une gorgée de bière, se cale dans son fauteuil, puis soupire.

— Je fréquentais ce gars qui était pas mal nul au lit. Ne ris pas! Je veux dire, il n’était vraiment, – mais alors vraiment – pas doué. Quand il était bandé, c’était « écarte tes cuisses poupée que je te la mette », suivi d’une trentaine de secondes de va-et-vient frénétique, puis merci bonsoir il est parti. Pas de préliminaires, pas de postliminaires. Après quelque temps, j’avais même abandonné l’idée d’être excitée.

— Pourquoi ne l’as-tu pas tout simplement envoyée paître vite fait bien fait?

— C’est ce qui a fini par arriver. Je suis quand même restée avec lui quelques mois, c’était un gentil garçon… En tout cas. C’était un samedi matin et, à peu près chaque heure, il voulait remettre ça.

— Sérieuse?

— Je te jure. Il tirait vite, mais il le faisait à répétition… on n’avait tous les deux que vingt ans, hein. Ça faisait déjà trois fois qu’on le faisait depuis le petit déjeuner et j’étais là, couchée sur le dos, à attendre qu’il finisse et pensant à rien en particulier et puis BANG! v’là-t’y pas que j’ai un orgasme. Comme ça, venant de nulle part.

— C’est mongol.

— C’était juste un tout petit orgasme, mais un orgasme quand même.

— Qu’est-ce qu’il a dit?

— Rien. Il ne l’a jamais su. J’ai pensé le lui dire, mais… je trouvais que ça faisait malaise.

— Ça faisait malaise que tu lui dises que tu avais joui?

— Non. Ça faisait malaise que je lui dise que je n’avais pas joui toutes les fois d’avant.

— Ah, je vois.

Elle reprit une autre gorgée de bière, puis, après un long silence, demanda :

— Et toi? Ça t’est déjà arrivé?

— Non, jamais. Jusqu’à il y a cinq minutes, je pensais que c’était un mythe.

— Qu’est-ce qu’il pouvait être dans le champ, Freud, quand même.

— J’ai lunché avec Frédéric ce midi.

— Qu’avait-il à dire pour sa défense?

— Rien, mis à part qu’il a été complètement humilié. Cette fessée que tu lui as donnée…

— Il s’est présenté à cette soirée en toute connaissance de cause. On lui avait clairement expliqué les règles. Il était notre invité et son comportement de mufle a rejailli sur nous toutes. Je n’allais certainement pas le laisser nous faire un tel affront.

— Il n’a fait que tripoter le derrière de cette fille…

— Qui se faisait lécher et qui était au bord de l’orgasme. Tu crois que ça lui a fait plaisir de se faire agresser de la sorte? Fred va devoir apprendre ce qu’est le consentement et comment agir respectueusement envers les femmes.

— Même si elle est nue et qu’au moins cinq hommes lui sont passés dessus?

— Surtout si elle est nue et qu’au moins cinq hommes lui sont passés dessus.

— Tu n’y es pas allée de main morte, en tout cas.

— Pfff. Il adorait ça. Il bandait comme un âne.

— Et ce qu’on lui a fait faire, ensuite…

— Oui. Il était mignon comme tout, poings liés, le gode enfoncé dans le derrière…

— Quand je pense que Catherine qui lui a pissé au visage. C’est moche.

— Si elle pense qu’on va la réinviter, celle-là…

— Surtout qu’elle était trop saoule pour participer à la suite, quand on a installé Fred le ventre contre la table et qu’on l’a pris à répétition avec nos godes-ceinture.

— Sans compter tous les garçons qui étaient encore en état de servir… mais je ne sais même pas s’il s’en est aperçu. Est-ce qu’il t’a dit comment il s’est arrangé pour retourner à la maison?

— Deux types que je ne connais pas se sont offerts pour lui donner une ride, mais ils ont changé d’idée en cours de route. Ils l’ont enculé sur la banquette arrière de leur camionnette, lui ont barbouillé la figure de foutre, puis l’ont foutu dehors à grand renfort de coups de pied au cul avec juste assez de monnaie pour prendre l’autobus. Il a dit que trajet de bus fut l’épreuve la plus humiliante de toute son existence : il sentait le fauve à vingt mètres, sa chemise ne tenait qu’avec un bouton et il lui manquait une chaussure.

— Ah. Et puis ?

— Puis il a dit qu’il avait hâte à la prochaine fois et espérait être réinvité, maintenant qu’il a bien compris les règles.