Dialogues vénériens

Petits fragments théâtraux à caractère scabreux.
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— Oh! Oh! Ok, ça suffit… je ne suis plus capable d’en prendre.

— Mais… tu avais dit que tu aimais le sexe oral !

— Bien sûr ! Sauf que… si je jouis ne serait-ce qu’une seule autre fois, je pense que je vais tomber dans le coma.

— Ben là… je ne faisais que commencer.

— Commencer? Ça doit faire une heure que tu me dévore le bonbon comme une ex-gréviste de la faim dans un Dairy Queen !

— J’ai commencé à trois heures.

— Et alors ?

— Il est seulement trois heures six.

— Ben là…

— Je peux continuer ?

— C’est le changement d’heure, nounoune! Tu m’as léché la fente pendant le passage à l’heure normale!

— Slurp slurp slurp !

— Oh! Oh!

— Anne Agace-Pissette !

Je me retourne. C’est ce demeuré de Steve Ménard, entouré de sa bande de copains lèche-culs. Encore.

— Comment tu m’as appelée?

— Agace-pissette.

— Et pourquoi tu m’appelles comme ça?

— Parce que c’est ce que tu es. Rien qu’une querisse d’agace.

Deux de ses grouillots se mettent à rigoler comme des crétins.

— Et qu’est-ce qui te fait dire que je suis une agace, au juste?

— T’as pas vu de quoi t’as l’air? Comment tu portes ton uniforme? Comment tu frottes tes cuisses pis que tu grouilles ton cul quand tu marches dans la caf’ ?

J’entends un autre de ses larbins siffler : « Estie de plotte».

— Je porte mon uniforme exactement comme toutes les autres filles. Et si je frotte mes cuisses en marchant, c’est parce que je suis faite comme ça, c’est tout.

— C’est ce que je disais : agace-pissette. Salope et stuck-up, en plus.

— Je vais te montrer ce que ça fait, une agace-pissette stuck-up, gros moron.

Je le pousse contre le casier, puis je me jette à genoux devant lui. Il porte un survêtement de sport, alors la surprise aidant, c’est un jeu d’enfant de le déculotter suffisamment pour me permettre d’arriver à mes fins.

Je sors sa bite de son caleçon. Il tremble.

Je le prends dans ma bouche. Il frissonne.

Je fais aller et venir ma tête d’avant en arrière. Il gémit.

J’agite la langue. Il vient.

Le tout en moins d’une minute, top chrono.

Je me relève, puis lui crache son foutre à la figure. Ses trouillards de potes sont trop stupéfaits pour dire ou faire quoi que ce soit. Lui-même est tétanisé et hagard, des larmes de sperme sur les joues.

— Je ne suis pas une agace, dis-je avant de tourner les talons.

Du moins, c’est ce que je fantasme depuis vingt ans d’avoir fait.

Je n’arrive pas à y croire que je me retrouve encore dans cette situation. Décidément, il n’y a qu’à moi que ça arrive.

— Anne, je suis désolé. Je ne voulais pas te faire de fausses promesses et encore moins te faire du mal. Je tiens beaucoup à toi.

— Pourquoi est-ce fini, si c’est le cas? Ce fut la nuit la plus parfaite de toute ma vie. Personne ne m’a jamais fait l’amour comme tu l’as fait.

— Tu dis ça juste parce que…

— Parce que rien. Tu ne m’as pas juste baisée, tu m’as aimée, passionnément, avec tout ton corps et tout ton âme. Je t’en prie, ne gâche pas ce que nous avons vécu en n’en faisant qu’une histoire d’un soir. Je ne crois pas que j’arriverai à m’en remettre…

Et c’est à ce moment que je me suis mise à pleurer comme une idiote. Il m’a alors prise dans ses bras et a tenté maladroitement de me rassurer.

— Ce n’est pas une histoire d’un soir quand c’est le destin qui nous sépare, mon amour. Si je reste, je te ferai du mal.

— Ça y est, voilà la vieille rengaine qui arrive : «Je ne suis pas bon pour toi, je vais te faire souffrir, tu mérites mieux, et patati et patata… » lui ai-je dit en me dégageant de son étreinte.

— Tu dois me croire. On ne peut pas faire autrement, je te supplie de me croire.

— Voilà une nuit qui aurait pu être parfaite qui se termine. Le soleil se lève. J’aimais tant les aurores, avant.

— Moi aussi, a-t-il dit en essuyant une larme.

Il a pris ma main et m’a entrainée jusqu’au balcon. Devant le soleil levant, il m’a embrassée tendrement, puis m’a murmuré à l’oreille :

— Adieu, Anne.

Il s’est ensuite instantanément embrasé jusqu’à ce qu’il soit réduit à un petit tas de cendres grisâtres, sa dernière larme bouillonnant en s’évaporant sur la rampe du balcon.

C’est toujours la même histoire. Les meilleurs mecs sont tous mariés, gays, ou alors des salopards de vampires.

— As-tu déjà eu ça, toi, un orgasme vaginal?

— Tu veux dire avec la queue seulement? Sans jouet et sans mains?

— Ouais. Un orgasme magique, rien dans les mains, rien dans la poche.

— Ha! T’es folle. Oui, ça m’est arrivé. Une fois, y’a sacrément longtemps.

— Ça s’est produit comment?

Elle prend une gorgée de bière, se cale dans son fauteuil, puis soupire.

— Je fréquentais ce gars qui était pas mal nul au lit. Ne ris pas! Je veux dire, il n’était vraiment, – mais alors vraiment – pas doué. Quand il était bandé, c’était « écarte tes cuisses poupée que je te la mette », suivi d’une trentaine de secondes de va-et-vient frénétique, puis merci bonsoir il est parti. Pas de préliminaires, pas de postliminaires. Après quelque temps, j’avais même abandonné l’idée d’être excitée.

— Pourquoi ne l’as-tu pas tout simplement envoyée paître vite fait bien fait?

— C’est ce qui a fini par arriver. Je suis quand même restée avec lui quelques mois, c’était un gentil garçon… En tout cas. C’était un samedi matin et, à peu près chaque heure, il voulait remettre ça.

— Sérieuse?

— Je te jure. Il tirait vite, mais il le faisait à répétition… on n’avait tous les deux que vingt ans, hein. Ça faisait déjà trois fois qu’on le faisait depuis le petit déjeuner et j’étais là, couchée sur le dos, à attendre qu’il finisse et pensant à rien en particulier et puis BANG! v’là-t’y pas que j’ai un orgasme. Comme ça, venant de nulle part.

— C’est mongol.

— C’était juste un tout petit orgasme, mais un orgasme quand même.

— Qu’est-ce qu’il a dit?

— Rien. Il ne l’a jamais su. J’ai pensé le lui dire, mais… je trouvais que ça faisait malaise.

— Ça faisait malaise que tu lui dises que tu avais joui?

— Non. Ça faisait malaise que je lui dise que je n’avais pas joui toutes les fois d’avant.

— Ah, je vois.

Elle reprit une autre gorgée de bière, puis, après un long silence, demanda :

— Et toi? Ça t’est déjà arrivé?

— Non, jamais. Jusqu’à il y a cinq minutes, je pensais que c’était un mythe.

— Qu’est-ce qu’il pouvait être dans le champ, Freud, quand même.

— J’ai lunché avec Frédéric ce midi.

— Qu’avait-il à dire pour sa défense?

— Rien, mis à part qu’il a été complètement humilié. Cette fessée que tu lui as donnée…

— Il s’est présenté à cette soirée en toute connaissance de cause. On lui avait clairement expliqué les règles. Il était notre invité et son comportement de mufle a rejailli sur nous toutes. Je n’allais certainement pas le laisser nous faire un tel affront.

— Il n’a fait que tripoter le derrière de cette fille…

— Qui se faisait lécher et qui était au bord de l’orgasme. Tu crois que ça lui a fait plaisir de se faire agresser de la sorte? Fred va devoir apprendre ce qu’est le consentement et comment agir respectueusement envers les femmes.

— Même si elle est nue et qu’au moins cinq hommes lui sont passés dessus?

— Surtout si elle est nue et qu’au moins cinq hommes lui sont passés dessus.

— Tu n’y es pas allée de main morte, en tout cas.

— Pfff. Il adorait ça. Il bandait comme un âne.

— Et ce qu’on lui a fait faire, ensuite…

— Oui. Il était mignon comme tout, poings liés, le gode enfoncé dans le derrière…

— Quand je pense que Catherine qui lui a pissé au visage. C’est moche.

— Si elle pense qu’on va la réinviter, celle-là…

— Surtout qu’elle était trop saoule pour participer à la suite, quand on a installé Fred le ventre contre la table et qu’on l’a pris à répétition avec nos godes-ceinture.

— Sans compter tous les garçons qui étaient encore en état de servir… mais je ne sais même pas s’il s’en est aperçu. Est-ce qu’il t’a dit comment il s’est arrangé pour retourner à la maison?

— Deux types que je ne connais pas se sont offerts pour lui donner une ride, mais ils ont changé d’idée en cours de route. Ils l’ont enculé sur la banquette arrière de leur camionnette, lui ont barbouillé la figure de foutre, puis l’ont foutu dehors à grand renfort de coups de pied au cul avec juste assez de monnaie pour prendre l’autobus. Il a dit que trajet de bus fut l’épreuve la plus humiliante de toute son existence : il sentait le fauve à vingt mètres, sa chemise ne tenait qu’avec un bouton et il lui manquait une chaussure.

— Ah. Et puis ?

— Puis il a dit qu’il avait hâte à la prochaine fois et espérait être réinvité, maintenant qu’il a bien compris les règles.

— Encore en train de lire tes romans de dino-cul ? demanda Véronique.

— Pour ta gouverne, ça s’appelle de l’érotisme dinosaurien et c’est excellent, répondit Julie dans lever les yeux de son Kindle.

— Tu es trop weird pour cette planète, chérie.

— Je pense que tu n’as pas de leçons de normalité à me donner, madame je-couche-avec-n’importe-quoi-du-moment-que-ça-respire-encore.

— Je vais faire semblant que je n’ai pas entendu cette remarque: j’ai trop hâte de te donner ta surprise.

— Une surprise? Pour moi? Chouette! J’adore les surprises!

— Déshabille-toi et je te montre.

— Okidoki ! dit Julie en faisant glisser ses pantalons de survêtement.

Nue sur le lit, elle figea de stupeur en voyant Véronique revenir dans la chambre.

— Fuck ! Véro… où as-tu trouvé ce monstre?

— Le masque ou le strap-on?

— Les deux !

— J’ai commandé le gode-ceinture en ligne il y a quelque temps. Je suis allée le chercher au bureau de poste ce matin, répondit Véronique en badigeonnant généreusement le phallus factice de lubrifiant. Quant au masque de lézard… il était dans la boîte d’objets perdus du bureau depuis l’Halloween.

— Quelle forme bizarre, on dirait vraiment une bite de reptile.

— Merci mon dieu pour internet, qui rend accessible à masse tout ce qui est pervers, bizarre et ultra-marginal.

— Et aussi de trop grande taille. Ça ne rentrera jamais.

— Ben voyons. Tu es une athlète de la foufoune ; avec un peu de préparation mentale tu vas pouvoir la prendre comme une championne. Tu n’as qu’à imaginer que je suis le héros à cervelle de noix d’un de tes romans à la noix. Tiens, tu la vois, sa pine? Elle dégouline de liquide pré-éjaculatoire et préhistorique juste pour toi.

— Je ne sais pas, Véro, il est terriblement… OH !

— Tiens… c’est curieux, je n’aurais pas pensé pouvoir l’enfoncer si facilement.

— Shit, shit, shit, shit ! Je me sens sur le bord d’éclater.

— Tu veux que j’arrête ?

— Surtout pas ! Je veux pouvoir raconter à tout le monde que je me suis fait baiser par un Vérociraptor… soupira Julie en attrapant les sangles et en tirant son amante vers elle.

C’était dimanche et nous paressions au lit, moi le nez plongé dans son bouquin et elle écoutant distraitement le bulletin de nouvelles télévisé.

— Tous ces scandales de pédophilie dans lesquels l’Église trempe me donnent froid dans le dos, surtout quand je pense que tu as fréquenté une école catholique. Rassure-moi un peu, ma chérie. Dis-moi que tu n’as jamais subi de mauvais traitements…

— J’étais une élève modèle, mais ça ne m’empêchait pas d’être continuellement punie. On m’a donnée la fessée plus souvent qu’à mon tour, mais ce que je détestais le plus, c’était de me faire envoyer au bureau de la Mère Supérieure, parce qu’elle m’obligeait toujours à lécher sa fente.

— Quoi ?

— Bah oui, elle me forçait à me mettre à genoux et à ramper sous sa robe noire. Laisse-moi te dire que c’était sombre et qu’on étouffait de chaleur là-dessous, il fallait se fier à son nez et se guider à l’odeur, si tu vois ce que je veux dire… ensuite, je devais lui brouter la moquette jusqu’à ce qu’elle jute comme une pêche trop molle. Ça prenait toujours au moins vingt minutes… qu’est-ce qu’elle était peine-à-jouir, cette vieille peau.

— Tu… tu me niaises, là ?

— Je n’étais pas la seule, on finissait toutes par y passer. Quand elles voulaient vraiment nous humilier, elles nous faisaient manger à la cafétéria. Là, je te jure, on dégustait – pas la bouffe de la cafétéria, non, mais la surprise au thon de la cantinière. Elle ne se lavait pas souvent, celle-là, et sa plotte était si fripée qu’elle ressemblait à une patate qui serait restée trop longtemps dans le garde-manger. Et je ne te parle pas de l’odeur… quand elle nous l’écrasait au visage, c’était comme si elle nous giflait avec la serpillère qui avait servi à éponger le carrelage des toilettes.

— Ha ha ha. Je suis morte de rire.

— En tout cas, je sais quel effet ça fait de faire minette à une momie.

— Ça m’apprendra à m’inquiéter de tes traumatismes d’enfance, la comique.

— Tu devrais les remercier, mes traumatismes d’enfance. Grâce à eux, je vais pouvoir te gougnotter sans faire de chichis quand tu seras une vieille dame indigne, même si ta noune devient sèche, poussiéreuse et encombrée de toiles d’araignées.

— Ouache !

— Permettez-moi, chère dame, avec tout le respect que je dois à une ainée, de faire vriller ma langue sur votre abricot fendu.

— Pas question, obsédée !

— Allez, profitons-en pendant qu’il est encore frais et juteux.

— Je ne peux pas croire que tu puisses faire des blagues sur un sujet aussi tragique. Si tu veux mon avis, ce genre de mentalité ne fait qu’entretenir la culture du viol…

— Yummmm.

— Oh ! Mon dieu ! Oui !