Dialogues vénériens

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Petits fragments théâtraux à caractère scabreux.
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Suzie étant ce qu’elle est, je ne fus pas surprise outre mesure de la surprendre dans mon lit en train de se masturber. Je détournai immédiatement le regard en lui disant:

— Oh, excuse-moi ma puce, je vais revenir quand tu auras terminé.

— Non, reste, rétorqua Suzie. J’essaie quelque chose de différent ce soir. Regarde, c’est vraiment fort.

Elle souleva les couvertures, et je vis un petit bonhomme vert qui se tordait, enfoncé jusqu’à la taille dans son vagin qui le dévisageait avec ses yeux globuleux.

— Bonjour m’sieur Gumby… le saluais-je poliment. Quelle sensation ça vous fait de patauger là-dedans?

— Si j’écarte suffisamment les cuisses, je peux marcher en le gardant bien enfoncé en moi, dit-elle en sortant du lit.

Elle sautilla sur place comme pour faire la démonstration de la justesse de ses dires. Gumby s’accrochait toujours dans sa cachette, la tête à l’envers et le regard ahuri.

— Décidément, je n’ai jamais rien vu de tel – et je suis abonnée à Télétoon Retro. Que sait-il faire de plus?

— Gumby a l’épiderme très lisse, avec juste assez de friction pour le rendre adorable. Je suis accro, je crois que je vais le demander en mariage: ses caresses me rappellent celles de la gomme à effacer Staedtler.

— Tu te rappelles la fois où on s’était amusées avec des gommes à effacer? Les blanches, celles au bout des crayons, et puis la rugueuse qui sert à effacer l’encre…

— Ouais. Mais pas la grosse rose, celle qui s’effritait dans ma chatte…

— Oui! Elle faisait des miettes qui se mêlaient à ton jus et allaient se coincer entre mes dents.

— On dirait bien que ce n’est pas un problème pour ce cher Gumby, qui m’a tout l’air de savoir garder toute sa contenance dans les situations les plus délicates…

— Ça ne te dérange pas si je lui serre la main, pour le féliciter?

— Pourvu que tu la lui serres vigoureusement et longuement, moi ça me va.

— Tiens, chéri… tu es encore debout?

— Ouais. Ils passent Le Cuirassé Potemkine.

— Faudrait que je le regarde un de ces jours. Il parait que c’est drôlement bon.

— Tu es encore allée te faire…

— Oui. C’est vendredi, hein.

— Combien, cette fois-ci?

— Trois. C’était une soirée faste, ils étaient en forme. Un des gars avait garé sa voiture dans la ruelle derrière le bar, on était tranquilles.

— Et dans le cul?

— Un seul.

— Ah.

— Dommage. J’aurais bien aimé qu’ils me remplissent.

— Ce n’est rien, voyons. Je ne veux pas que tu te fasses mal.

— Tu sais que je suis faite solide. Tu te rappelles, quand j’en avais pris six fois?

— Tu parles si je m’en souviens. Tu débordais, littéralement.

— Bon, on fait ça comment? Je suis claquée, j’ai envie d’une douche et d’un dodo. Comme d’habitude? À moins que tu aies quelque chose de spécial en tête…?

Il se lève de son fauteuil et dit :

— Il est trop tard pour la fantaisie. Allons-y pour le plus simple.

Il se couche sur la moquette, entre les jambes de sa femme. Elle releva sa jupe, s’accroupit et, ne portant pas de culotte, s’exécuta.

— Tu te rends compte à quel point je suis une gentille épouse? Quand je sors, jamais je n’oublie de ramener à boire à mon petit mari.

— Chérie… réveille-toi.

— Christian, non… le réveil ne sonne que dans deux heures…

— Je t’en prie, mon amour, j’ai fait un horrible cauchemar… j’ai révé que je mourais et…

— Christian, fuck, tu n’es plus un petit garçon… ce n’est qu’un rêve. Rendors-toi.

— Est-ce qu’on peut faire l’amour ?

— J’ai une réunion importante ce matin. Laisse-moi dormir.

— Alors laisse-moi seulement te lécher. Tu n’as qu’à rester couchée sur le dos, tu n’auras rien à faire… il faut que je puisse te goûter, sentir ton parfum, il faut que je sente ta chatte trembler autour de mes doigts, il faut que tu mouille mes joues de ton plaisir…

— Laisse-moi tranquille, bordel  ! il est cinq heures du mat’…

”* * *

Sa collègue vint la rejoindre avec un café, juste avant la réunion avec le directeur général.

— Tu n’a pas l’air très bien. Tu as l’air fatiguée… lui dit-elle, sur un ton inquiet.

Elle soupira et prit le goblet de café. Il semblait peser une tonne. Elle le porta à ses lèvres et prit une gorgée. Son menton tremblait.

— J’ai encore rêvé à Christian, cette nuit.

— Oh non ! Pauvre toi… ça fait combien de temps, déjà  ?

— Un an, cette semaine.

— Si je peux faire quoi que ce soit…

— À moins que tu puisses me dire que tout ceci n’est qu’un mauvais rêve… je ne crois pas, non.

— Allô chéri, tout va bien à la maison?… Oui, je serai de retour demain, je prends le vol de midi… non, tu n’as pas à venir me chercher… Ah? Ok, dans ce cas… Oui, je t’attendrai près de la sortie… Les enfants sont au lit? Oh… Dans ce cas, tu les embrasseras de ma part. Ok… Ok… on se voit bientôt… Moi aussi je t’aime… bye …

— Approche un peu. Fuck! J’adore t’écouter lui parler avant que je te baise à mort! Dommage que tes morveux étaient déjà au lit… Est-ce qu’ils savent que leur maman est une salope?

— Je t’en prie…

— Bonne idée, supplie-moi un peu, petite traînée… Crisse que tu es serrée… je n’arrive pas à croire que tu as des enfants. Est-ce qu’il est le père, au moins?

— Oh oui… plus fort…

— Tu veux plus fort? T’inquiète. Laisse-moi t’attraper par les cheveux…

— Mon dieu ! Mon dieu !

— Ahhhrg! Shit, pouffiasse, tu m’as fait venir trop vite. Tu vas devoir le rappeler.

— Non, je t’en prie… je vais te sucer pour te faire rebander…

— Bon, d’accord. Tu sais quoi ? Je pense que la prochaine fois, je te baiserai pendant que tu lui parles. Non, mieux: je vais bourrer ton petit cul de gentille maman et tendre épouse en levrette. Fuck ! Ça serait hot…

— D’accord, tout ce que tu veux…

— Ouais… petite salope… mère indigne… branle-moi en me montant bien ton jonc, que je vois à quel point que tu es une traînée vicieuse qui trompe son mari avec le premier venu…

— N’empêche, faudrait trouver un autre numéro à appeler, parce que les gens de la pizzeria commencent à en avoir marre de notre petit fantasme.

— Come on ! J’étais sur le point de rebander, là !

— Moins fort, tu vas réveiller les petits.

— Vous êtes en retard, mais dieu soit loué, vous êtes là. Madame Leblanc a insisté pour qu’il y en ait dix et nous ne voulons surtout pas la décevoir.

— Je suis désolé, mais…

— Inutile de vous excuser. Je suis convaincue que vous avez de bonnes raisons d’être en retard, vous me les raconterez tout à l’heure si vous en avez envie, mais de grâce, dépêchez-vous. Nous en sommes déjà au septième, il ne vous reste plus beaucoup de temps.

— Euh…

— Comme je vous l’ai expliqué au téléphone, tout le monde sans exception doit être testé, mais puisque vous remplacez à la dernière minute et que nous avons vraiment besoin de vous, vous enfilerez ce condom. Madame Leblanc trempe déjà dans le sperme, alors elle ne se rendra compte de rien.

— Pardon?

— Faites seulement en sorte de vous en débarasser discrètement lorsque vous aurez terminé. Madame Leblanc a déjà eu sa dose de foutre, mais elle saura bien qu’elle n’aura été baisée que par neuf hommes si vous ne vous dépêchez pas. Nous ne voulons surtout pas la perdre comme cliente, après toutes ces années… Vous pouvez placer vos vêtements sur ce crochet.

— Attendez, il y a erreur…

— Vous avez pris votre cachet?

— Quel cachet?

— C’est ce que je pensais. Julie! J’ai besoin d’aide ici! Notre numéro dix a besoin d’un peu d’aide pour se mettre en état!

— Tout de suite madame! Bonjour chéri…hey, tu es plutôt mignon!

— Écoutez, ceci est un malentendu. Je ne suis pas l’homme que vous avez engagé. J’habite juste à côté et je venais vous demander de faire moins de bruit. Il est passé minuit et il y a des gens qui travaillent demain, vous savez…

— Ah zut. Est-ce que ça veut dire que je ne peux pas le sucer, madame?

Long silence.

— Bien… je pourrais rester un peu, je suppose…

— À la bonne heure! Julie, occupe-toi de lui je t’en prie. Je dois aller dire à Patrick qu’il est le suivant…

— J’étais donc là, assis sur le banc de bois, avec seulement une serviette autour des reins, et alors elle s’est levée et elle m’a embrassé. Ensuite, elle est descendue le long de ma poitrine et de mon ventre, elle a dénoué la serviette puis s’est mise à me caresser la queue.

 — Elle t’a… comme ça? Elle ne savait même pas que tu…

 — Je te jure. J’ai fermé les yeux, je me suis adossé au mur et j’ai senti ses lèvres autour de mon sexe. Inutile de dire que je me suis retrouvé au garde-à-vous en moins de deux. Je sentais sa langue tourner autour de mon gland; parfois elle arrêtait, enlevait sa bouche et tenait ma bite contre mon ventre pour pouvoir bien dégager mes couilles et me les lécher et j’écartais les jambes le plus possible pour faciliter sa caresse.

 — Comment c’était?

 — Ça me faisait gémir de plaisir, qu’est-ce que tu penses. Sa langue ferme et chaude se promenait partout entre mes cuisses et mes fesses en laissant une trace d’humidité à chaque passage. Elle me branlait assez vigoureusement, pour ensuite reprendre ma queue dans sa bouche. Je voyais ma bite luisante, pleine de salive, rentrer et sortir entre ses lèvres. Jamais je n’aurais cru qu’elle savait pomper à ce point, qu’elle y mettrait autant d’ardeur et d’application. Elle serrait les joues d’une façon incroyable et savait exactement comment varier le rythme. Ses mouvements rapides étaient une torture et ses mouvements lents un véritable supplice. Dix fois j’ai cru que j’allais décharger, dix fois elle s’est arrêtée quelques secondes avant que je jouisse, pour recommencer de plus belle.

 — Mais tu as quand même fini par venir, n’est-ce pas…

 — Quand j’ai senti que j’allais jouir, je l’ai avertie de l’imminence de l’éjaculation en lui proposant d’arrêter. Elle m’a fait non de la tête, alors j’ai giclé dans sa bouche à longues saccades en hurlant de plaisir. J’ai senti son corps entier trembler et dans un long grognement elle a entrouvert sa bouche pour respirer. Haletante, elle a empoigné ma queue et, pendant que je finissais de décharger quelques giclées sur son visage, elle m’a caressé les couilles et s’est acharnée sur mon sexe avec sa main.

 — Quel enthousiasme…

 — Je ne te le fais pas dire. On aurait dit qu’elle voulait que j’en crache toujours plus. Longtemps après que j’eus joui, elle me suçait encore pour ne pas en perdre une goutte. Elle a étalé le sperme sur ses joues avec mon gland et m’a nettoyé soigneusement la queue avec sa langue. Elle s’est ensuite relevée et m’a embrassé, me fourrant une langue poisseuse de foutre dans la bouche.

— Wow…

 — Avoue que ça t’excite, mon cochon.

 — Ouais, j’avoue. Je bande comme un chevreuil.

— Tant mieux, parce que maintenant, j’ai envie de défaire ta braguette et te faire exactement ce qu’elle m’a fait.

— Mais, Christine… tu n’as pas vraiment fait ça?

— Tu parles ma vieille si je l’ai fait!

— Fais-moi voir…

Christine releva ses cheveux et tendit le cou à sa copine. Malgré la pénombre du bar, le motif se détachait clairement sur la peau laiteuse de son cou.

— Un chaîne? Et… aussi autour de ton poignet?

Rose prit sa main pour mieux examiner le tatouage sous l’éclairage ultraviolet.

— Qu’est-ce qui t’as pris? C’est toi-même qui disait, pas plus tard que la semaine passée, que jamais une aiguille ne s’approcherait de ton précieux épiderme…

— C’est à cause de Carl. Je lui appartiens, maintenant. Il est mon propriétaire.

— Il a fait de toi une marchandise? Ça me semble plutôt malsain…

— Ça te semble malsain parce que tu ne sais pas encore ce que c’est que l’amour.

— Ou peut-être parce que j’ai encore toute ma tête, contrairement à toi… Laisse-moi deviner: l’autre poignet aussi?

— Yep. Et autour des deux chevilles aussi.

— C’est assez joli – si on aime l’esthétique esclavagiste, évidemment… ça t’a fait mal?

— Tu parles! J’avais l’impression qu’on me décapitait avec un couteau à beurre.

Rose contempla longuement le tatouage, soupira, puis ajouta:

— Tu es sa chose. C’est peut-être excitant pour toi, mais c’est vachement phallocrate et injuste de sa part. Il va agir en propriétaire avec toi et te jeter après usage comme une vieille chaussette.

— Tu ne comprends rien au romantisme. Je lui appartiens et il m’appartient.

— C’est de la possessivité, pas du romantisme. Ça vous ravale tous les deux au rang d’objet. Et lui, qu’est-ce qu’il a fait pour te signifier qu’il était devenu ta chose?

— Hé hé hé… ricana Christine en jetant un regard en direction de Carl, qui s’agitait plutôt gauchement sur la piste de danse, puis en faisant un geste si obscène et explicite qu’il ne laissait rien à l’imagination.

— Tu… Serais-tu en train de me dire que…

— Oui! Et crois-moi, ça lui a fait beaucoup plus mal qu’à moi, tu t’en doutes bien. Et ce fut lui d’abord, moi ensuite.

— Je n’arrive pas à y croire. Il s’est donc laissé…

— Il ne peut pas être plus «chosifié» que ça, hein?

Rose regarda Carl et compris pourquoi il dansait si maladroitement.

— Je… Je peux voir, dis?

Christine fit son plus beau sourire de crocodile, puis répondit en se levant:

— Tu peux toujours lui demander, mais seulement après ceci.

La chanson et l’éclairage venaient tout juste de changer et Carl s’approchait pour amener son bien privatif pur sur la piste de danse.

— Tu t’es déjà demandé combien de fois on peut écrire le mot «fourrer» avant qu’il ne perde toute signification?

— Non, mais je sens que tu vas me le dire.

— J’ai rempli une page de «fourrer» hier soir. J’étais fatiguée, je m’ennuyais et surtout j’avais les nerfs à fleur de peau. Je pensais que ça allait m’inspirer. C’est ce qu’on appelle se fourrer le doigt dans l’œil…

— Tu écris de la porno. Si fourrer ne t’inspire pas, je me demande bien ce qui le fera.

— Certainement pas fourrer, ni les relations sexuelles en générales, en tout cas.

— C’est pas un peu contradictoire, ce que tu viens de dire, non?

— C’est tout ce qui mène à l’acte qui m’allume. Après, ce n’est que de la mécanique et de la tuyauterie.

— Tu ne vas pas encore me casser les couilles avec tes foutus préliminaires!

— Tiens, c’est une idée, ça. L’escarpin dans les chnolles comme prélude à l’amour…

— Dis plutôt «prélude à l’hospitalisation».

— Mais non, mon chéri, je te botterais le sachet avec grâce et délicatesse.

— Je vais quand même passer mon tour, si ça ne te dérange pas trop.

— Toujours est-il qu’en Arial 12 points et des marges de 2 centimètres, j’ai pu «fourrer» cinq cent trente-neuf fois.

— Un vrai gang bang.

— Au quarantième fourrer, je me sentais comme à l’école, lorsqu’on me punissait avec une copie. Je ne voyais plus que des lettres, sans signification. Ce n’est qu’un mot, après tout.

— Fourrer, ce n’est pas qu’un mot. Glisse-le dans n’importe quelle conversation et tu verras quel effet il produit.

— Pour moi, ce n’est qu’un mot. Avant, j’écrivais «baiser», jusqu’à ce que je l’use à la corde. J’ai essayé «niquer», mais c’est trop franchouillard et ça me laisse de glace. Alors je me suis mise à utiliser ce «fourrer», bien gras, bien joual et bien vulgaire.

— Et alors?

— Alors il ne me fait plus d’effet non plus. Je me sens comme une gynécologue qui ausculte des vagins à longueur de jour et qui n’a plus envie de lécher une plotte de retour à la maison.

— Et le mot «plotte», il te fait encore de l’effet?

— À peine.

— Dans ce cas, tu devrais arrêter d’écrire.

— Quoi?

— Fourrer est l’unique objet de ton écriture. Alors quand vient le temps de fourrer pour de bon, tu es trop saturée pour joindre le geste au mot.

— Je préfère écrire que fourrer.

— Merci, c’est très flatteur. Pourquoi alors sautes-tu dans mon lit chaque mardi après-midi?

— C’est à cause des préliminaires. Et aussi parce que j’ai des escarpins à étrenner et que tes chnolles sont juste à la bonne hauteur.

Elle n’était revenue auprès de moi que quelques jours, avant de repartir pour Baltimore, où elle étudiait. Nos retrouvailles furent brèves, intenses et surtout orageuses, comme elles le sont toujours. Le matin de son départ, elle me demandait encore :

— Qu’est-ce que tu as pu faire comme cochonneries, pendant mon absence…

— Bof… je me suis défendue.

— Raconte.

— À quoi bon…

Elle me regarda fixement, de ce regard qui coupe court à toute discussion.

— Et par quelle cochonnerie dois-je commencer? lui demandai-je avec résignation.

— La dernière. La plus fraîche.

— Puisque tu insistes… Je sors du collège, le temps est doux, et près de l’arrêt du bus, je croise un quidam, genre vétéran de Woodstock, la cinquantaine, les cheveux longs et grisonnants, la barbe et tout le bazar. Il était pas mal et j’ai croisé son regard…

— Les vieux hippies t’excitent, maintenant?

— Pourquoi pas? Il n’y a pas de mal à vouloir changer de crémerie. Donc, nos regards se croisent. Je continue mon chemin et puis j’entends dans mon dos: «S’il vous plaît mademoiselle». Je me retourne, c’est le barbu qui me regarde avec un grand sourire. J’ai pensé qu’il allait me demander l’heure, ou alors de la monnaie pour un café…

— C’est plutôt lui qui t’a offert un café pour te draguer…

— Que non. Il me regarde dans les yeux et me dit: «J’ai envie de lécher ta chatte»!

— Voyons. Impossible.

— Je te jure. Ça m’a carrément scié! Je ne me suis pas démontée, je n’ai pas répondu et j’ai marché vers l’abribus. Mais il m’a suivie et il a insisté. Il passait sa langue sur ses lèvres en me disant qu’il avait trop envie de me sucer le minou, qu’il n’avait jamais brouté de chatte asiatique, qu’il voulait savoir si je goûte le jasmin…

— Et tu lui as dit oui…

— Il m’a excitée, ce vieux pervers… et puis, la situation était trop invraisemblable pour la laisser passer…

De toutes mes frasques, ce sont celles que je partage avec l’homme de la rue qui la choquent. Que je m’offre une collègue de travail ou un voisin est pour elle dans l’ordre des choses. Mais mon goût pour le chat de ruelle la dépasse complètement, la terrifie.

— Et si c’était un psychopathe qui avait envie de jouer du couteau? Tu es complètement inconsciente Anne, aussi folle que ce vieux pouilleux…

— Je sais, je sais, c’était risqué. Mais mon instinct me disait que sa passion était le cunnilinctus et non le meurtre en série. Je lui ai dit «ok» et il m’a emmené dans l’usine désaffectée, tu sais, celle près du canal…

— Endroit idéal pour commettre un meurtre en toute tranquillité…

— Peut-être, mais je suis encore bien vivante… On s’est retrouvé dans une immense pièce pleine de débris et de fer tordu. Il y avait une grande table au milieu. Il s’est couché sur la table et il m’a demandé de m’asseoir sur sa bouche.

— Évidemment, tu t’es exécutée…

— Évidemment. J’ai enlevé ma petite culotte, j’ai relevé ma jupe et j’ai fait ce qu’il me demandait. Il m’a léchée pendant une bonne demi-heure ! Tu peux ne pas savoir…

— J’espère que je ne le saurai jamais…

— Il enfonçait sa langue au fond de mon vagin. Je me suis tortillée comme un ver sur sa bouche. Je sentais sa moustache sur mon clitoris… c’était démoniaque! J’ai crié comme une folle et ça résonnait à mort dans toute l’usine. Quand il a senti que j’allais jouir, il m’a mis un doigt dans l’anus et j’ai eu l’impression que les anges de l’Apocalypse allaient sonner la fin des temps.

— C’est ainsi que tu qualifies tous tes orgasmes…

— Mais celui-ci fut particulièrement humide. Mon hippie était mouillé jusque dans les cheveux. Il en avait partout! Et moi j’étais en nage. Et tu sais ce qu’il a fait après?

— Il a mis sa sale bite dans ta bouche.

— Même pas. Il m’a assise sur la table, il a écarté mes jambes et il a bu et léché tout ce qui coulait. Ça m’a tellement excitée que je suis repartie de plus belle!

— Et après?

— Après? Rien. Il m’a dit «salut» et il est parti. Il n’a même pas demandé de le toucher.

Les bras croisés, Simone me regardait, interdite.

— Tu attires vraiment tous les fêlés de la planète, me dit-elle sur un ton courroucé.

— Bien sûr chérie. Et c’est pour cette raison que tu reviens toujours à moi.

Nous sirotions toutes deux un latte lorsque ma chérie aperçut une de nos connaissances communes, une jeune femme toute blonde et toute menue qui nous sourit et nous salua de la main avant de quitter le café en coup de vent.

— Quand même, quelle salope… me dit-elle avec une moue dédaigneuse.

— Tu crois?

— J’en suis sûre. Ça se voit dans ses yeux.

— C’est drôle que tu en parles. Pas plus tard qu’hier, Marie ne tarissait pas d’éloges à son sujet. Elle me disait à quel point elle était gentille, serviable et raisonnable, à quel point elle aurait voulu qu’Anaïs, son ex, soit comme elle…

— Pfff. On voit bien que Marie ne l’a jamais vue à genoux derrière le comptoir du bar avec la queue d’un parfait inconnu dans la bouche.

— Oh!

— Et qu’elle ne l’a jamais vue se pencher, le chemiser ouvert, devant un groupe d’adolescents, en pinçant ses mamelons et en se léchant les lèvres d’un air lubrique.

— Vraiment?

— Elle ne l’a pas vue non plus sans sa culotte, couchée sur le dos les jambes en l’air sur le parquet, s’offrant à tous les hommes qui veulent bien d’elle et qui rigolent en se rebraguettant après lui avoir rempli la moniche de foutre.

— Et bien ça, alors…

— Et je parie que Marie ne l’a jamais vue jouir, la bave coulant sur ses joues comme une possédée, les yeux révulsés et les jambes s’agitant dans tous les sens, un juron à la bouche et une pine enfoncée dans son cul.

— Tu as vraiment tout vu cela? lui demandai-je, incrédule.

— Je te l’ai dit : ça se voit dans ses yeux, me répondit-elle avant d’avaler d’un trait son café refroidi.

So you can make me come. That doesn’t make you Jesus.

— Hein?

— «Ce n’est pas parce que tu arrives à me faire jouir que tu es le messie.» C’est ce que chante Tori Amos à la radio.

— Ah, Tori Amos… ça ne nous rajeunit pas.

— Elle a raison.

— Quoi?

— Toi, chaque fois tu arrives à me faire jouir, je suis sûre que tu penses que… que c’est quelque chose d’incroyablement important, de fondamental, sur lequel je devrais centrer ma vie.

— Je…

— Ce que je veux dire, c’est que le sexe avec toi, c’est bien — c’est très bien, même — mais combien penses-tu que je te dois vraiment pour un orgasme?

— Qu’est-ce que tu veux dire?

— Je peux te faire jouir, moi aussi. Est-ce que tu penses que tu me dois ta vie, ton corps et ton âme juste parce que j’arrive à te faire venir? Comme si c’était la chose la plus extraordinaire du monde?

— Ben…

— Alors?

— Euh… oui, justement. C’est ce que je pense. Pour vrai.

Je tapotai pensivement mes lèvres du bout de l’index, puis plaçai soigneusement mes lettres après le mot « fou ».

– Tadam ! Lettre compte double… mot compte triple… quarante-deux points… plus cinquante parce que je vide mon chevalet… quatre-vingt douze ! Lalalèreu !

– « Foutentrer » n’est pas acceptable, me dit-il sans sourire.

– Bien sûr que ça l’est. C’est un mot tout ce qu’il y a de plus banal et usuel.

– Et madame peut daigner m’en donner la définition ?

– Tout le monde sait que ça veut dire « remplir avec force ». C’est un verbe du premier groupe qui se conjugue tout simplement comme « aimer »… ou « entrer ».

– Pfff. Et tu t’attends vraiment à ce que je gobe ça sans mot dire ?

– Serait-ce un défi ?

– Évidemment.

– J’ai laissé mon dico chez moi… lui dis-je en souriant malicieusement.

D’un geste vif, il fit voler les pièces du jeu dans tous les sens en envoyant valser le plateau de carton jusqu’au fond de la pièce, puis me foutentra vigoureusement sur la table.

— Hum… il est anormalement allongé, madame Archet.

— Docteur, il est sur le point de me rendre folle. Il dépasse et frotte contre mon jeans — j’en arrive à jouir simplement en me promenant dans la rue.

— Je vous avais bien dit de le laisser tranquille. Vous devez cesser d’y toucher et de le tirer. Dites-moi, combien de fois par jour vous masturbez-vous ?

— Euh… je ne parlerai qu’en présence de…

— Vous n’êtes pas en état d’arrestation Anne. Ce n’est qu’une simple question.

— Je n’y peux rien docteur. Je collectionne les curiosa et j’écris des textes érotiques. Il faut bien que j’allège la tension d’une façon ou d’une autre.

— Mais êtes-vous obligée de tirer dessus ?

— Ça m’aide à me concentrer.

Ils se met à griffonner nerveusement et me tend une prescription : «La patiente se tortillera une mèche de cheveux au besoin.»

— Aie! Arrête! Je ne suis pas un soumis!

— Tu es sûr?

— Puisque je te le dis!

— Tu serais donc Dominateur…

— Ce n’est pas l’envie de te frapper qui me manque en ce moment, mais je suis à peu près certain que ce n’est pas sexuel.

— Fuck! On a tout essayé! Attends un peu… et ça, ça ne te fait vraiment rien?

— AIE ! Puisque je te dis que je n’ai aucun fétiche! Tu veux bien me foutre la paix ?

— Impossible. Tu en as un, ça ne peut pas faire autrement! Il s’agit de le trouver. Voyons… tu n’aimes pas les garçons, tu n’aimes pas les filles…

— J’aime les filles! Tu le sais très bien. Tu me dis cela uniquement parce que je ne t’ai jamais draguée!

— Tu ne dragues personne. Tu ne sors jamais avec personne : tu ne fais que les accompagner vaguement et leur servir de faire-valoir occasionnel. Tu n’aimes pas les filles, tu n’aimes pas les chèvres… est-ce que tu aimes les chèvres?

— Non!

— Il doit bien y avoir quelque chose qui t’allume…

— Pourquoi tiens-tu mordicus à me trouver un fétiche?

— Parce que c’est amusant. Parce que c’est excitant. Parce que ça procure le sentiment fugace d’être en vie.

— Je t’assure que je me sens suffisamment en vie. Tu me détaches?

— Le cuir : non. Le latex : non plus. Le Saran Wrap : encore moins. Le pudding au chocolat, les jeux de rôle, les petites culottes de dentelle, les escarpins, les épingles à nourrice, les films pornos, les couches de coton… que reste-t-il?

— Il reste à me détacher.

— Je sais! L’ondinisme!

— Pourquoi ne pas admettre tout simplement que j’ai une libido anorexique et un jardin secret désertique?

Elle s’accroupit au-dessus de son visage et l’asperge d’un jet ambré.

— Parce que c’est malsain et contre-nature.

Elle était grande, brune, sculpturale, et retenait la porte de l’ascenseur de sa main pendant que je m’engouffrai à l’intérieur.

— Quel étage? me demanda-t-elle.

— Le vingtième, lui répondis-je timidement.

Je fixais les voyants lumineux des étages en écoutant une version pour orchestre de Question de feeling lorsqu’elle me demanda :

— Vous êtes Anne Archet, n’est-ce pas?

— Comment avez-vous deviné? lui demandai-je et plongeant mon regard dans ses yeux d’outremer.

— Vous ressemblez aux photos qu’on trouve sur votre site.

— Moi qui voulais les enlever… je vois que j’ai bien fait d’attendre!

Elle me sourit puis me tendit la main en me disant :

—Sophie Beaulieu. Je travaille ici comme traductrice. Et je vous lis depuis toujours!

— Enchantée, Sophie.

Elle avait les cheveux bouclés, en cascade sur ses épaules… et les seins si hauts perchés qu’ils auraient fait damner Saint Antoine, perché en haut du mont Qolzum.

— J’ai particulièrement aimé votre histoire avec le chien, ajouta-t-elle. C’était à la fois répugnant et étrangement excitant.

— C’est ce qu’on me dit toujours. Je suis contente que ça vous ait plu.

L’ascenseur s’immobilisa et un homme en sortit. Il ne restait plus que nous deux à bord de l’appareil.

— Je peux vous poser une question? me demanda-t-elle aussitôt que la porte fut refermée.

— Bien sûr.

— Pourquoi n’avez-vous jamais écrit d’histoire qui se passe dans un ascenseur?

Je soupirai.

— Probablement parce que c’est un des clichés les plus usés du genre.

— Ah?

— Oui. Le huis clos… la promiscuité et le désir qui monte alors que l’ascenseur lui, est immobilisé… sans compter la similarité lexicale entre l’élévation et l’érection… tout ça a été dit et redit cent fois.

— Vous croyez?

— Bien sûr. C’est aussi usé que le coup du livreur de pizza dans les films pornos des années soixante-dix. Vous mettez en contact deux étrangers qui en d’autres circonstances ne se seraient même jamais adressé la parole — et encore moins caressé l’entrecuisse. Ensuite, vous décrivez l’échange furtif de regards, l’amorce timide de la conversation, puis paf! La panne. C’est l’élément déclencheur, celui qui fait que, de fil en aiguille, les petites culottes volent, les muqueuses sont tripotées et les fluides corporels s’échangent.

Elle me regarda avec un drôle de sourire au coin de la bouche.

— Si je comprends bien, les clichés ne sont pas dignes pour vous d’être écrits.

— C’est à peu près ça, oui.

— Mais sont-ils dignes d’être vécus? Me demanda-t-elle en défaisant le bouton de son corsage et en appuyant sur celui de l’arrêt d’urgence de l’ascenseur.

Elle me démontra ensuite que je suis incapable de résister aux lieux communs, surtout dans les aires communes.