Dialogues vénériens

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Petits fragments théâtraux à caractère scabreux.
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— Bienvenue chez Titan Burger. Est-ce que je peux prendre votre commande?

— Oui, je voudrais un numéro cinq avec extra fromage, extra oignons, sans cornichons.

— Voulez-vous ajouter du bacon, gros porc?

— Hein?

— Voulez-vous ajouter du bacon de porc?

— Euh… oui, d’accord.

— Quel genre de fromage?

— Cheddar.

— Trop pingre pour t’offrir du suisse, hein…

— Quoi?

— J’ai dit: vous ne voulez pas essayer notre nouveau fromage suisse?

— Non merci.

— Tu veux certainement des menthes pour rafraîchir ton haleine putride de chien sale après avoir avalé tous ces oignons, n’est-ce pas? Parce que ta poufiasse va penser que tu es allé lécher les culs des putes à cinq dollars que tu fréquentes chaque samedi soir plutôt que d’aller regarder le match avec tes copains, comme tu lui racontes sûrement…

— Je… qu’est-ce que vous dites?

— Prendrez-vous nos délicieuses menthes poivrées pour vous rafraîchir après avoir dégusté notre succulent Titan burger?

— Ou… oui.

— Merci d’avoir choisi Titan burger. Veuillez avancer votre bagnole pourrie jusqu’à la deuxième caisse. Nous espérons que votre queue soit rongée par les champignons et tombe par terre, pauvre connard.

— Mais…

— Merci d’avoir choisi Titan burger. Veuillez avancer jusqu’à la deuxième caisse.

* * *

— Nathalie, est-ce que tu peux faire payer le prochain client?

— Pourquoi? Tu viens tout juste de prendre sa commande…

— C’est mon ex, répondit simplement Sophie en souriant malicieusement.

Après avoir constaté à quel point je suis douée pour les langues, Miss Wilson, ma voisine d’en face, a eu la gentillesse de me proposer un cours d’anglais oral pour la somme symbolique de cinquante sous par leçon, qui plus souvent qu’autrement se payent par cinquante coups par le con.

— Miss Wilson, qu’entendez-vous par « the passive voice » ?

— It’s simple, Anne. If I say that I was fucked, that’s passive voice.

— Je vois. Et vous, vous aimez bien… to get fucked ?

— Of course. But that’s not the point of this lesson. If I say that you fucked me, that’s what we call in English the « active voice ».

— Je ne vois pas très bien la différence, Miss Wilson. Après tout… you get fucked either way.

— It’s a matter of point of view, my dear.

— Ce qui signifie ?

— From my point of view, I got fucked. From your point of view, you fucked me.

— Ah ! C’est tellement plus simple quand c’est vous qui l’enseignez. So… what’s next ?

— Take off your panties ; we’ll practice both voices.

— Annie ! Comment peux-tu… toi… avec Max !

— Je peux tout expliquer, chéri !

— Max, mon pauvre chien-chien… Es-tu tombée sur la tête ?

— Calme-toi mon amour, inutile d’en faire tout un plat.

— Me calmer ? Je reviens à la maison et je surprends mon chien en train de prodiguer un cunnilinctus à ma femme et tu dis que j’en fais tout un plat ?

— Cesse de crier, tu lui fais peur. Tu vois ? Il est parti se cacher, la queue entre les pattes…

— J’aime mieux sa queue entre ses pattes que sa langue entre tes…

— Assez, Éric ! Sers-toi un verre, respire un peu et ensuite nous discuterons. Max ! Viens mon chien !

— Alors, c’est à ça que tu consacres tes journées pendant que je suis au travail ? Est-ce que tu séduis aussi le chien des voisins ?

— Tu crois que j’ai séduit Max ? Mon pauvre chéri, n’as-tu pas remarqué qu’il a toujours le museau fourré entre mes cuisses ?

— Pfff. Moi aussi, il a toujours le museau fourré entre mes cuisses, mais tu ne le vois pas me sucer la bite.

— Éric, tu agis comme si je t’avais trompé. Max n’est qu’un chien… ce n’est pas comme si tu m’avais surpris au lit avec ton meilleur ami.

— Honnêtement, j’aurais préféré que ce soit lui plutôt que le chien.

— Tu n’es pas sérieux.

— Et comment que je suis sérieux ! Que tu couches avec Stéphane, à la limite, je pourrais comprendre. Ce serait un comportement normal. Mais ça, c’est… dérangé.

— Tu me traites de dérangée ?

— Appelle cinq de tes amies et demande-leur ce qu’elles pensent de la bestialité, si mon avis ne te suffit pas.

— Ah ? C’est comme ça que ça s’appelle ?

— Tu parles que c’est comme ça que ça s’appelle. C’est une perversion.

— Si c’est une perversion, je l’aurais encouragée, je l’aurais cherchée. Or, je ne savais même pas ce qui m’arrivait ! Je faisais la sieste, innocemment, et je crois que j’ai
eu un rêve érotique… et quand j’ai ouvert les yeux, Max me léchait la fente.

— Et tu n’as rien fait ? Tu aurais pu le faire sortir du lit à grands coups de pied au cul !

— J’étais encore à moitié assoupie…

— J’en ai assez entendu.

— Tout ce que je dis, c’est que ce n’est pas de ma faute. C’est Max qui a tout fait.

— Donc, si je comprends bien, tu t’es réveillée, Max te bouffait la chatte et puis je suis entré dans la chambre ?

— Euh… pas exactement.

— Depuis combien de temps durait ce petit manège lorsque je suis revenu du travail ?

— Je n’avais pas de chronomètre, chéri.

— D’accord, d’accord. Explique-moi pourquoi tu ne l’as pas arrêté à la seconde où tu as pris conscience de ce qui se passait.

— Bien, c’est que…

— C’est que quoi ?

— C’est que j’étais en train de…

— Je vois. Max t’a donné un orgasme.

— Plusieurs, en fait.

— Comment expliques-tu que je doive m’escrimer pendant plus d’une heure pour tirer un seul soupir de toi alors que Max te donne des orgasmes multiples avec quelques coups de langue ?

— Je ne sais pas quoi te dire.

— Essaie.

— Ne sois pas jaloux.

— Je ne suis pas jaloux d’un chien, Annie.

— Vraiment une langue rude et très… longue et large. Tu n’as jamais remarqué ?

— C’est un gros chien. Il est long et large à plusieurs endroits.

— Qu’est-ce que tu insinues ? Que je le laisse me baiser ?

— Manquerait plus que ça.

— Tu es malade.

— Je me demande qui de nous deux est la plus malade !

— Qu’est-ce que tu fais ?

— Je fais ma valise. Je reviendrai chercher le reste de mes trucs demain.

— Tu me laisses pour cette peccadille !

— Oui, et je pars avec Max. Alors, dis adieu à ton amant.

— Non ! Ne pars pas avec lui !

— Et c’est maintenant que tu pleures. Pas parce que je pars, mais parce que Max te quitte !

— Je vais me battre pour obtenir la garde !

— Ce chien était à moi bien avant que je te rencontre, Annie. Mais rassure-toi, tu n’auras pas à courir les bars pour faire des rencontres : tu n’auras qu’à te rendre à la fourrière et adopter.

— Tu me laisses Nano, ton chat ?

(avec un flask de gros gin et deux vieilles lesbiennes)

Dans leurs bigoudis, leurs robes un peu trop élimées et leurs bas un peu trop filés, Anne et Sophie étaient assises dans leur fauteuil à bascule sur le perron de leur bicoque hors d’âge, les jambes un peu trop écartées, avec une bouteille de gin frelaté pour regarder passer les machines. Anne sortit une indienne de son sac et l’alluma.

― Tu as vu les deux filles au snack-bar ?

― Ouais, répondit Sophie.

― Elles n’arrêtent pas de se lécher la fente en cachette depuis que la plus jeune est mariée.

― Tu me niaises ?

― Pas du tout, poupée.

Sophie cracha son chewing-gum dans le buisson puis regarda, inquiète, son amante.

― Chérie, tu ne devrais pas fumer en tenant ta bagosse aussi près de toi.

― Ha ! Ça fait plus de trente ans que je le fais ! Il n’arrivera rien, t’inquiète, rigola Anne. S’il y a trois choses que je connais, c’est le moonshine, les cigarettes de contrebande et les brouteuses de carpette. Tu connais la femme du maire ?

― La fausse blonde avec les seins qui lui tombent au nombril ?

― Elle-même. Je sais qu’elle visite quotidiennement la culotte de la petite brune du dépanneur.

― Et comment madame sait-elle une chose pareille ? railla Sophie.

― C’est mon petit doigt qui me l’a dit. Et laisse-moi te dire qu’il sent la chatte bien baisée !

― Plus ça va, plus tu deviens vulgaire, ma pauvre Anne.

― C’est pour ça que tu m’aimes, chérie ! Hey, tu vois la pétasse qui sort de la voiture ?

― Laquelle ?

― De l’autre côté de la rue, à la station-service. Paraît qu’elle a la plotte la plus hot en ville.

Alors que Sophie plissait les yeux pour mieux voir, un bruit terrible accompagné d’un nuage de fumée se fit entendre, faisant sursauter tout le patelin. Sophie se tourna et vit sa gouine le visage enduit de suie noirâtre, les cheveux hérissés et fumants, avec une relique de clope pendant au bout de ses lèvres. Elle prit une gorgée de bibine, se cala dans la chaise berçante et dit simplement :

― Je crois que c’est maintenant toi qui l’as, la plotte la plus hot en ville, chérie.

― Je t’aime.

― Non, arrête, je refuse d’entendre un mot de plus. Si tu m’aimais, tu ne te contenterais pas de me regarder ! Tu serais un homme, un vrai et tu ferais… quelque chose !

Il soupira, ferma les paupières et se tourna sur son dos.

Elle le dévisagea dans la pénombre en souhaitant ardemment, de toutes ses forces, qu’il passe à l’acte, qu’il assume ses responsabilités viriles, qu’il prenne le contrôle. Il l’imagina la culbutant, entrant lentement, mais résolument en elle, la retenant de ses bras puissants, pour ensuite lui souffler à l’oreille sur un ton ferme et apaisant : « Ta rage est si magnifique. Tu me fais bander quand tu es en colère. Si j’agis en trouduc, c’est seulement pour te voir en furie. »

Elle ne pourrait pas rester en colère ou lui en vouloir s’il disait une phrase de ce genre. Mais non : il préférait prendre son trou, comme d’habitude, et rester là, sagement immobile sur son côté du lit.

― Hey ! Je te parle ! Pourquoi ne fais-tu pas quelque chose ! lui dit-elle en secouant son épaule amorphe. Réveille-toi, bon dieu !

Elle le poussa un peu plus fort, le pinça, même, mais n’obtient aucune réaction. Pas le moindre petit mouvement, pas le moindre petit bruit.

Une étrange angoisse vint soudainement tordre son estomac et oppresser sa poitrine.

― Antoine ? Tu… tu dors ? lui dit-elle en le secouant franchement. Antoine ? Antoine !

Elle sentit alors la panique lentement la gagner.

― Merde ! Merde ! Merde ! cria-t-elle en se relevant.

Elle l’attrapa par les deux épaules et se mit à le secouer.

― Chéri ! Je t’aime ! Je t’en supplie ! Réveille-toi ! Antoine ! Antoine !

Un sourire narquois apparut soudainement sur son visage de pierre.

― Je t’ai eue ! siffla-t-il en ouvrant les yeux.

Elle le frappa de toutes ses forces avec son oreiller.

― Trouduc !

Elle huila généreusement ses mains, les frotta puis les posa sur les épaules de son client.

— Oh la la, mais qu’est-ce que tu peux être tendu, Éric! Tes muscles sont noués comme de la corde de navire…

— Marilou, je deviens fou… soupira-t-il.

— Tu vois toujours ces deux mecs? demanda-t-elle en lui frottant le dos.

— Ouais… je culpabilise à mort. Mais je les aime tous les deux.

— Et aucun d’eux ne connaît l’existence de l’autre?

— Jamais de la vie! Ça leur briserait le cœur, c’est certain.

— Hum… grogna-t-elle d’approbation.

— Ils sont si semblables. Ils ont la même taille, les mêmes cheveux, ils ont les mêmes goûts, surtout quand vient le temps de…

— De…?

— De… tu-sais-quoi. Iils ne me prennent qu’en levrette… et après, ils aiment tous deux… jouer avec mon cul, dit-il en riant nerveusement.

— Vraiment?

— Je te jure. Je n’ai jamais rencontré de tels amateurs de fesses… on dirait qu’ils n’arrivent pas à les laisser tranquilles!

— Je vois… parlant de tes fesses, chéri…

— Quoi?

— Quelqu’un les utilise pour jouer à tic-tac-toe.

— Hein?

— Une partie par miche. Celle de gauche a trois «X» en diagonale. Qui a gagné, tu crois? demanda la masseuse en pouffant.

— Oh… oui…

— Je t’avais dit que je ferais un grand garçon de toi.

— Hum… et moi… Je n’aurais jamais cru que j’aimerais autant me faire sucer par un mec. Encore moins par un coéquipier, dans le vestiaire, après un match…

— Tu n’as encore rien vu, joli cœur. Viens prendre par en arrière le corps de ton quart-arrière.

— Je n’osais pas le demander.

— Attends, je vais me placer comme ça… Oh! Oui! Enfonce bien ta langue… Salaud! Tu sais t’y prendre…

— Je t’ai mis de la bave jusqu’aux couilles. Ça te fait bander, mon cochon.

— Tu vois comme je m’ouvre? Allez, viens, prends-moi, je suis prêt.

— Oh… je…

— Ouf! Doucement… je… Oui!

— C’est si… hum… serré… je…

— Oui! Oui!

— Je crois que je vais… Oh!

— Vas-y! Vas-y! Viens!

— Ahh! Ahh! AAAAAHHHHRRRGG!

— Oh oui.

— Ooooh.

— Je comprends maintenant pourquoi ils t’on choisi comme botteur de précision. Alors, c’était bon?

— Très, même.

— Tu as aimé m’enculer, espèce de vicieux?

— J’ai adoré t’enculer, espèce de pervers.

— Tu crois que c’était pervers? Attends, je connais un truc qui va te renverser cul par-dessus tête.

— Qu’est-ce que c’est? Tu veux que je te bourre encore le fion?

— Je veux que tu le bourres comme jamais il n’a été bourré.

— Tu veux que je le bourre à le faire éclater?

— Oui! Et je veux que tu le fasses avec ça!

— Avec… ça?

— Ouais! Je veux que tu m’encules jusqu’à ce que je tremble de plaisir!

— Mais… c’est une boîte de délicieux macaronis au fromage Kraft®, si utiles lorsque la fringale nous prend et que le temps nous manque!

— Oh oui! Pour moi, c’est Kraft Dinner™ ou rien!

— Tu vois, Loïc? Je ne porte pas de soutien-gorge. Allez, regarde!

— Je t’en prie, descends ton pull. Je te rappelle que nous sommes à la bibliothèque, pas dans ta chambre! D’ailleurs, tu ne portes jamais de soutien-gorge, alors…

— Je ne porte pas de culotte non plus. Tu veux vérifier?

— Karine, s’il te plait. Demain, c’est l’examen de transfert thermique.

— Transfert thermique? Ça tombe bien, j’ai pas mal de chaleur à te transférer. Touche ici…

— Karine!

— Je sais, je sais, il faut étudier. Voilà ce que je vais faire: je vais m’asseoir sagement ici, à côté de toi et… tu permets?

— Hé! J’en ai besoin!

— Je place ta calculatrice ici, entre mes cuisses. Comme ça, tu pourras me caresser la chatte en travaillant. Vas-y, essaie un peu! Entre quelques chiffres…

— Franchement, Karine, tu ne trouves pas que…

— Fais-le, je te dis! Là… C’est bien! Juste là… Oh! Qu’est-ce que c’était?

— Une racine carrée. Tu me laisses étudier, maintenant?

— Et si tu me faisais un logarithme, juste pour voir? Avec une autre racine carrée, ensuite… non! Une cotangente!

— Ha ha. Très drôle. Maintenant, laisse-moi étudier.

— Vas-y, Loïc, cotangente-moi comme une bête! Oh… oui! Tu sais vraiment calculer les dames, hein? Mais je crois finalement que je préfère le logarithme. Tu vois le bouton, juste ici? C’est ma touche de fonction. Si tu appuyais un peu dessus, pour voir le résultat?

— Ça suffit, replace ta jupe. Quelqu’un pourrait nous voir…

— Voyons Loïc! Nous sommes dans un cubicule; tout le monde baise dans les cubicules!

— Personne ne baise ici, Karine. Les gens viennent à la bibliothèque pour…

— Pour venir, ils viennent, ça, c’est certain.

— Pour étudier!

— Dis donc, pour un étudiant avec quatre de moyenne, je te trouve assez peu dégourdi, mon pauvre Loïc. Nous sommes venus étudier ici chaque soir depuis au moins six semaines et personne ne s’est jamais étiré le cou pour nous reluquer. Nous aurions pu fourrer des centaines de fois, à l’heure qu’il est!

— Quelqu’un peut nous voir, surtout si nous faisons du bruit. Et ne dis pas «fourrer», c’est laid et vulgaire, surtout dans la bouche d’une fille.

— Fourrer, fourrer, fourrer! Forniquer, copuler, faire de la glisse, repeindre la caverne en blanc cassé!

— Merde! Karine! Tu as mouillé ma calculatrice!

— Voyons, ce n’est pas si grave… tiens, tu peux la lécher.

— Karine!

— D’accord, d’accord, j’enlève la calculatrice. Non, laisse ta main ici. Oui! Brave garçon! Juste un peu plus haut…c’est ça, appuie sur ma touche de fonction! Dérive-moi! Factorise-moi!

— Assez! J’ai besoin de réviser pour demain!

— Et moi? Tu crois que je n’ai pas de besoins? Viens, embrasse mes seins. Oh! Regarde! Ils ont des boutons à appuyer, eux aussi!

— Quelqu’un va nous voir, c’est certain.

— Oh! Ça, c’est bien. Et n’oublie pas tes doigts, en bas…

— Karine…

— Tut tut tut tut! On garde le silence dans la bibliothèque et on se concentre sur ses travaux pratiques, qui sont les mamelles du savoir! Oh… Je… Oui! Oui!

— Bon. Tu es contente? Tu me laisses étudier, maintenant?

— Chéri, ce n’était qu’un tout petit petit moment de force. J’en veux un plus gros, un immense! Viens, il est temps que tu me sortes ta racine, histoire de savoir si elle est carrée. Attends, je m’occupe de ta ceinture…

— Lâche-moi! Ce n’est pas le moment, je te dis!

— Allez, joli cœur, ne fais pas les mijaurées, je sais que tu en as envie. Ce n’est certainement pas un multimètre qui déforme la poche de ton jeans…

— Pfff. Regarde: c’en est un, justement.

— Tu es vraiment un geek, Loïc.

— Un geek qui ne veut pas échouer à son examen de transfert thermique, oui.

— Dans ce cas pourquoi est-ce que tu es raide comme une barre d’acier galvanisé? Petit cochon, va! Tu n’aurais pas envie de faire un petit labo de trempage, par hasard? On pourrait faire un petit test de friction et, pourquoi pas… du transfert de masse, à la fin. Ce serait chouette, non?

— Peut-être, mais je ne peux pas me permettre d’échouer l’examen final, c’est un préalable pour…

— Tu es trop tendu! Comment étudier, dans cet état? Fais-moi confiance, je vais faire en sorte que tu… ramollisses.

— Cesse de tâter mon pénis. Il faut que…

— Ta queue! Ton pieu! Ta graine! Ta massue! Ta flamberge! Ta bite! Allez, dit «ma bite»…

— Ma bite! Mon gourdin! Voilà. Satisfaite? Hé! Ma braguette!

— Quand on parle du loup… on lui voit le bout de la queue.

— Karine, je… je…

— Jeujeu quoi? Jeujeu veux que tu me branbranles? À moins que tu ne veuilles que je te susuces aussi?

— Karine, enfin!

— Regarde. Je vais juste m’asseoir gentiment, ici… sur ton engin.

— Oh!

— Essai de dureté… hi hi hi hi! Attends, je vais me placer comme ça et… Oh oui! Tu aimes, mon gros nounours?

— Je…

— Aie.

— Quoi?

— Ton zipper. Il me fait mal. Tu vas devoir enlever ton jeans.

— On va se faire pincer!

— C’est mon minou qui se fait pincer, en ce moment. Je ne pourrai pas… si ce foutu zipper reste sur mon chemin! N’aimerais-tu pas que je continue de bouger… comme ceci… de haut en bas… comme ça… encore?

— Oh… je… n’arrête pas!

— Le zip.

— Ah merde. D’accord. Lève-toi.

— Pendant que tu te déculottes, je vais poser mon popotin juste ici, sur la table. Tu peux t’installer entre mes cuisses et moi, je vais déplacer mon cul juste comme ça et… Waou! C’est ça! Jouons au piston et au cylindre! À la bielle-manivelle!

— Karine, oui! Je…tu es si mouillée, je sens ta…

— Ma cyprine! Mon huile à bonheur! Mon jus de plotte! Dis-le!

— Karine…

— Allez! Oui! À fond!

— Karine je…

— Fais-le! Fais démarrer ton moteur à injection!

— Oh! Je… AH!

[…]

— Loïc, mon chou, la mécanique n’a vraiment pour toi plus de secrets.

— Merde, Karine! Regarde ce que tu m’as fait faire! Mon cahier de notes est tout poisseux et ma calculatrice sent la haute mer!

— Arrête de râler, ingrat.

— Je commence à en avoir marre! C’est toujours la même chose: impossible d’étudier avec toutes ces filles qui ont envahi la faculté!

— Console-toi, chéri. Il y a trente ans, tu aurais passé toutes tes soirées seul, à te faire glisser la règle à calcul jusqu’aux petites heures.

— Peut-être si vous m’expliquiez précisément ce que vous recherchez… lui dit la vendeuse, excédée.

Chloé écumait les boutiques des Galeries Chagnon depuis la matinée. Lasse d’avoir à répéter continuellement les mêmes explications, elle déposa une pleine brassée de vêtements sur la chaise de la cabine d’essayage, puis grommela:

— Le directeur de la boîte qui m’emploie a eu l’idée géniale de réviser le code vestimentaire des employés… depuis, exit les jeans!

— Vous voulez donc un pantalon plus formel, pour le bureau? Ou alors une jupe? J’ai ici quelque chose qui pourrait…

— Pas de jupe. J’ai besoin d’un pantalon avec une large braguette et surtout une fermeture à glissière bien épaisse. Tiens, peut-être ceci…

— Une fermeture éclair? J’ai bien peur que…

— Écoutez, je suis coincée derrière un bureau du matin au soir et croyez-moi, le temps est long, surtout l’après-midi. Or, après des mois d’exercices de Kegel je suis devenue plutôt experte pour contracter mon muscle pubo coccygien, ce qui me permet de… vous comprenez?

— De contracter votre…?

— Mais pour que ça fonctionne, j’ai besoin d’un pli!

Elle tendit un pantalon de toile kaki à la vendeuse, qui rougissait comme une écrevisse.

— Je m’ennuie déjà de mes Levi’s… soupira-t-elle.

François se mit instantanément à débander lorsqu’il entendit le claquement sec de la porte de l’appartement, suivi de l’habituel sifflotement de sa légitime et tendre moitié.

— Ah foutre. C’est Manon, soupira-t-il.

— Merde, François! N’avais-tu pas dit qu’elle était partie chez sa mère? dit Marlène en sautant hors du lit.

Il la regarda rapailler à la hâte ses vêtements éparpillés dans la chambre, le rouge au front et le juron à la bouche.

— Laisse tomber, c’est inutile, tu ne pourras pas fuir; il n’y a qu’une seule issue et Manon se trouve directement devant.

— Laisser tomber? Serais-tu devenu dingue? répondit Marlène. Tu connais son tempérament!

La porte de la chambre s’ouvrit et Marlène, en désespoir de cause, plongea sous les draps pour maladroitement s’y cacher. François déglutit et se résigna à jouer le rôle du mari adultère dans un mauvais Feydeau.

— Chérie, je peux tout t’expli…

Manon lui plaça son index sur la bouche pour lui couper la parole.

— Quand tu t’es mis au golf avec ton patron et tes clients, je n’ai rien dit et j’ai joint un club de lecture. N’est-ce pas? dit-elle sur un ton acerbe.

— Euh…

— Et cet automne, quand tu as joint cette ligue de hockey amateur… tu te souviens? Je me suis mordu la langue et je me suis mise au scrapbooking.

— Manon, je sais que je n’ai pas été… bafouilla François.

— Et quand tu t’es mis dans la tête d’aller chasser sur l’île d’Anticosti… est-ce que je t’ai dit quoi que ce soit? Non, monsieur: je t’ai laissé partir et suis restée seule pendant toute une semaine. Mais là, vraiment…

Elle ouvrit le tiroir du haut de la commode, celui où est rangé le revolver.

— Manon! Je t’en prie! Laisse-moi t’expliquer! cria François.

— Non! Pitié! Je ne veux pas mourir! hurla Marlène.

Pendant que Manon fouillait dans le tiroir, François bondit et saisit fermement l’avant-bras, tout juste au moment où venait d’empoigner l’objet de ses recherches.

— Il est à peu près temps que tu me fasses participer à tes loisirs, dit simplement Manon, le gode-ceinture à la main.

Mariée depuis six mois, elle m’invita à prendre le thé dans son nouveau nid d’amour, un cottage de style imitation-de-château-français-ma-chère dans le secteur champêtre de Ferme Ste-Thérèse, à quelques minutes des autoroutes 15 et 440, avec des murs de pierre aux quatre faces, quatre grandes chambres et deux salles de bain à l’étage, une grande douche vitrée multi jets, un spa thérapeutique (il faut que tu essaies, très chère : moi, je ne peux plus m’en passer), des planchers de jatoba (si, si, rien de moins, il a fallu attendre mais je n’allais tout de même pas me contenter d’érable, n’est-ce pas?) , des plafonds cathédrale, un mur en pierre décorative au salon, un foyer au gaz avec manteau en piertex de style néo-classique (on se croirait à Versailles, hein?), armoires de cuisine aux tons chauds de noyer (je les change dès que je peux, c’est d’un kitsch pas possible), un vaste îlot, un comptoir en granit, des électros en inox dont un compacteur à déchets, un frigo avec fureteur internet (je peux lire tes cahiers en préparant l’osso bucco!) et une cuisinière vitrocéramique autonettoyante, une salle d’eau avec planchers d’ardoise, un vestibule fermé avec ses doubles portes françaises, un petit bureau adjacent au garage avec entrée privée, un sous-sol totalement aménagé avec salle de cinéma et chambre froide (tiens, c’est le ketchup aux fruits de ma mère), un vaste terrain entouré d’une haie de thuya de deux mètres (on ne voit jamais les voisins) doté d’un système d’arrosage avec gicleurs automatisés, une terrasse de béton estampé, deux thermopompes, un garage double, une entrée de pavé uni et un raton laveur (il n’arrête pas de dévaliser mes poubelles, qu’est-ce que je devrais faire?).

— Andréanne, j’adore ce que tu as fait de… Mais qu’est-ce que c’est que ça?

— Je te présente Lucie, la secrétaire de Sébastien. Elle est le nouveau lustre du salon.

— What the f…

— Lulu est éperdument amoureuse de mon mari. N’est-ce pas, Lulustre? Ça ne me dérange pas le moins du monde, mais… si elle le veut, elle doit d’abord jouer avec moi.

— Mais…

— Ce n’est pas parce que je suis maintenant femme au foyer que j’ai oublié tout ce qu’ils m’ont enseigné à Polytechnique.

— Est-ce que c’est sécuritaire? Je veux dire, tout ce poids accroché à ton plafond…

— Ne t’inquiète pas, j’ai consulté les plans. Le harnais est aussi très confortable. Je le sais d’expérience!

— J’admets que c’est très… esthétique. Bras en croix, jambes écartées, ça la rend si… vulnérable, ouverte… la combinaison, c’est de l’élasthanne?

— Du PVC.

— Et je parie que les cristaux en forme de larme qui pendent au bout des orteils, des doigts et des seins, c’est aussi ton idée, n’est-ce pas?

— Évidemment. Tu veux voir comment elle fonctionne?

— Je n’osais te le demander.

— Voici le rhéostat. Tu vois? Faible intensité… plein éclairage. Faible… fort. Faible… fort.

— Chouette! Mais pourquoi fait-elle tout ce boucan? On l’entend malgré le bâillon…

— C’est que le courant ne sert pas qu’à l’éclairage. Vois-tu le fil qui court de la chaîne jusqu’à ses fesses?

— Oui.

— Il alimente deux plugs vibrants électriques en inox de ma confection. Lorsque je tourne le bouton jusqu’à pleine intensité, elle tourne à pleine vitesse.

— Ça lui fait mal?

— Un peu. C’est le but recherché, après tout. Faible, fort, faible fort… fais-moi confiance, ça la branche, cette petite allumeuse — je puis m’exprimer ainsi.

— Ooooh! Je peux essayer? S’il te plait!

Les Cahiers feront relâche pendant les fêtes de fin d’année et seront de retour en 2008. Pour vous faire patienter — et parce que le temps de Noël est aussi le temps des reprises — voici un drame épique en trois actes, d’après un canevas de JessY, qui date de décembre 2003. Je vous embrasse toutes et tous, bande de fieffés coquins!

PERSONNAGES:

  • L’ingénue
  • Le Père Noël
  • Le renne
  • Le lutin

ACTE I
(Au salon)

(Un salon octogonal. — Au fond, une grande cheminée de pierre. — Une porte dans chaque pan coupé. — À gauche, contre la cloison, un sapin lourdement décoré, avec une multitude de lumières colorées et clignotantes. — À droite, toujours contre la cloison, une horloge grand-père. — Un canapé recouvert d’une large couverture de laine. — Une table à café, sur laquelle est un plateau portant un verre de lait, deux biscuits et un appareil photo. — Deux chaises.)

SCÈNE I
L’INGÉNUE

L’INGÉNUE, vêtue d’une nuisette de satin, devant le sapin où elle vient de placer une boule. — Voilà. (Elle recule et contemple son œuvre) Oh! Qu’il est joli! On le croirait sorti directement du catalogue Ikea. (Elle prend le mode d’emploi, l’ouvre et lit) … Placer la boule «möch» sur la branche «emplästik»…

(L’horloge sonne trois coups)

L’INGÉNUE. — Tiens, déjà onze heures. Ça ne veut dire qu’une seule chose: le Père Noël sera ici dans… (Elle fronce les sourcils en comptant longuement sur ses doigts)… une heure. Voyons si tout est prêt.

(Elle sort un bout de papier d’entre ses seins et regarde la table à café)

L’INGÉNUE. — Verre de lait… check. Deux biscuits… check. Appareil photo… check. Me voici fin prête pour mettre mon plan diabolique à exécution. (Elle se frotte les mains en souriant malicieusement) Je vais me cacher dans cette couverture près de la cheminée pour surprendre le Père Noël. (Elle prend la couverture et va s’installer sur le côté droit de la cheminée) Dès qu’il met le pied dans la maison, crac! Je le photographie et vends les clichés au premier tabloïd qui m’offrira trois mille milliards de dollars de dollars et trente trois cents. Hi hi hi hi! Je vais pouvoir aller me faire dorer les fesses à Hawaï! Tout ce que j’ai à faire, c’est rester éveillée et (Elle baille) attendre. Une petite heure seulement, ce n’est pas la mer à boire. (Elle baille encore) Même si d’habitude, à cette heure, je…

(Elle s’endort. Dans son sommeil, elle repousse la couverture à ses pieds.)

SCÈNE II
L’INGÉNUE, LE PÈRE NOËL

LE PÈRE NOËL, tombant assis dans l’âtre avec un immense nuage de suie noire. — Heu! Heu! Heu! (Il tousse) Saloperie de cheminée! Ça serait trop leur demander de la faire ramoner de temps en temps? (Il reçoit son sac rempli de cadeaux sur la tête) AIE! Putain de cadeaux à la con! Vivement la retraite.

(Il traîne son sac en maugréant jusqu’au sapin)

LE PÈRE NOËL. — Bon, qu’est-ce que je lui donne, cette année, à cette tête de linotte. (Il fouille, la tête dans son sac) Vison… non… Diamant… non… Mercedes… non… Ah! Voilà. (Il sort un gros vibromasseur orné d’un ruban) Un vibromasseur multifonctions chauffant à trois vitesses avec tête chercheuse ajustable, télécommande sans fil et pile atomique. (Il place le cadeau sous le sapin puis va prendre une bouchée de biscuit) Quand je pense que cent de mes meilleurs lutins ont bossé des semaines entières pour fabriquer ce bidule, ça me donne envie de relocaliser mon atelier au Mexique… (Il prend une autre bouchée, rêveur) Ça règlerait mes problèmes de main d’œuvre, ça c’est sûr…

L’INGÉNUE Émet un ronflement particulièrement bruyant.

LE PÈRE NOËL se tourne et voit l’ingénue. — Tiens tiens, mais qu’avons-nous là… (Il retire le kodak des mains de l’ingénue) On voulait surprendre le Père Noël, n’est-ce pas? On voulait vendre sa photo pour trois mille milliards de dollars de dollars et trente trois cents? Petite saligaude! (Il la regarde) Et regardez-lui la tenue! Pas surprenant qu’elle ait demandé un tel cadeau! (Il regarde dans la salle, à gauche et à droite) Et si on en faisait, des photos?

(Le Père Noël fait glisser délicatement les bretelles de la nuisette l’une après l’autre, pour dénuder les seins. Il remonte ensuite la nuisette jusqu’au nombril, dénudant ainsi le sexe de l’ingénue. Finalement, il la coiffe avec son bonnet de laine rouge.)

LE PÈRE NOËL. — Alors ça, mes petits enfants, c’est ce que j’appelle une décoration de Noël réussie. (Il prend plusieurs photos) Ça fera de chouettes cartes de vœux pour l’an prochain! (Il prend encore des photos)

RIDEAU

*  *  *

ACTE II
(Sur le toit)

(Un versant de toit revêtu de bardeaux noirs. — Au milieu, un traîneau où trône un immense sac rouge. — À gauche, une large cheminée de briques. — Le tout recouvert par endroits de neige épaisse.)

SCÈNE I
LE RENNE

LE RENNE est seul, attaché au traîneau. Au premier regard, il est évident que c’est un costume: la fourrure a un aspect synthétique, les yeux de verre sont inexpressifs, les cornes sont en carton et on distingue nettement les coutures autour du cou et de la taille. – Mhhhf mhhhff mmhfff! Mhhf mhfhhff mmhfmff!

(Il se lève sur ses pattes de derrière et enlève la tête de son costume. C’est un jeune homme, il est en sueurs et ses cheveux sont défaits )

LE RENNE. — Mais qu’est-ce qu’il fout? (Il jette un coup d’œil dans la cheminée) Ça doit faire vingt minutes qu’il est là dedans… (Il tâte son costume des deux mains) Putain! Qu’est-ce que j’ai besoin d’une clope! (Il s’assoit) Aie! J’ai mal aux jarrets. «Engagez-vous! Engagez-vous!», qu’ils disaient. Tu parles! Un costume miteux et le salaire minimum… quand je pense que j’ai un MBA! (Il tousse) J’ai vraiment besoin d’une cigarette. (Il regarde le traîneau) Peut-être que… (Il s’approche et fouille dans le sac) Peut-être qu’il y a des cigares dans ce sac. On sait jamais, un PDG qui aurait été sage… c’est peu probable, mais ça vaut la peine de chercher. (Il fouille, lance des boites à la ronde, et finit par extirper un cadeau) Voilà qui pourrait être une boîte de Bolivars… (Il regarde à la ronde, pour s’assurer de l’absence de témoins, puis déchire le papier d’emballage)

SCÈNE II
LE RENNE, LE LUTIN

LE LUTIN jaillit tel un diable de la boite. Il porte la barbe et un bonnet rouge vif. Nu comme un ver, sa pine turgescente est décorée d’un joli nœud papillon. — Ta-dam!

LE RENNE. — What the…

LE LUTIN
en dansant une gigue, chante avec une voix aiguë.

C’est moi Quentin
Le p’tit lutin
Qu’est guilleret
Qu’est toujours prêt
À stimuler
Et à combler
Tous vos caprices
Vos orifices

LE RENNE. — C’est bien ma chance: je suis tombé sur le cadeau d’Anne Archet.

LE LUTIN
toujours en dansant

Insérez-moi
Deux piles AA
Et je bécote
Et je suçote
Et je léchouille
Vot’ petite moule

LE RENNE. — Hé, le lutin pervers, tu peux laisser tomber, y’a erreur sur la personne.

LE LUTIN
poursuivant comme si de rien n’était

Si sur mon nez
Vous appuyez
Je vous enconne
Je vous pistonne

LE RENNE. — Inutile de t’époumoner, y’a personne à pistonner ici.

LE LUTIN

Je vous retourne
Je vous enfourne

LE RENNE. — Hé-ho! T’as compris ce que je viens de dire?

LE LUTIN

Je vous encule
Je vous macule

LE RENNE. — Assez!

LE LUTIN

Je vous ramone
Je vous savonne
Je vous besogne
Je vous…

LE RENNE, hurlant à plein poumons.— STOP!

LE LUTIN se tourne et dévisage le renne. — Vous n’êtes pas Mademoiselle Archet?

LE RENNE. — J’ai l’air d’une chintoque obsédée?

LE LUTIN. — Peut-être avec moins de poils sur la tête…

LE RENNE. — Pas de chance mec, va falloir retourner dans ta boîte.

LE LUTIN, la mine déconfite. — Alors là, non! Je suis recroquevillé là dedans depuis septembre!

LE RENNE. — Rien à branler. Allez hop! Saute là-dedans!

LE LUTIN, suppliant. – Allez, soyez chic, ne m’obligez pas à y retourner. Je pourrais peut-être vous être utile à quelque chose?

LE RENNE. — À moins d’être un cigare, j’en doute.

LE LUTIN. — Un cigare, non. Mais une pipe, ça vous dirait?

LE RENNE réfléchit un moment, puis soupire. — Bof, pourquoi pas. Le vieux n’a pas l’air de donner signe de vie depuis un moment, alors mieux vaut en profiter.

LE LUTIN. – Youppi!

(Pendant que le renne retire le bas de son costume, le lutin se met à chanter)

C’est moi Quentin
Le p’tit lutin
Qu’est guilleret
Qu’est toujours prêt
À sti…

LE RENNE. — Moins de gigue, plus de langue.

LE LUTIN. — Désolé. C’est l’émotion… (Il s’installe dos au public, entre les jambes du renne) Vous allez voir, mon deuxième prénom est Hoover. (Sa tête fait des mouvements de va et vient. Tout en suçant, il émet des borborygmes sur l’air de sa chansonnette.)

LE RENNE, impassible malgré la pipe, dit en soupirant: — Après ça, j’aurai vraiment envie d’une clope…

RIDEAU

*  *  *

ACTE III
(De retour au salon)

(Le même salon octogonal que l’acte I, mais en plus désordonné. — Le sapin est renversé, ainsi que la table à café et les chaises. — Flaque de lait au milieu de la scène.)

SCÈNE I
L’INGÉNUE, LE PÈRE NOËL

(Avant même que le rideau ne soit levé, on entend des pas de course, des cris, des meubles qui tombent.)

L’INGÉNUE, la nuisette roulée autour de la taille comme une ceinture, poursuit le Père Noël en brandissant son vibromasseur multifonctions chauffant à trois vitesses avec tête chercheuse ajustable télécommande sans fil et pile atomique. — Vieux salopard! Ordure! Voyeur! Viens ici, sale dégénéré!

LE PÈRE NOËL, le pantalon aux chevilles et la flamberge au vent, tente de fuir désespérément. — Ahhhrg! Mademoiselle! De… grâce! Calmez-vous! (Il s’essouffle, ses paroles sont entrecoupée de respirations oppressées.) Tout ceci… n’est qu’un… affreux… malentendu!

L’INGÉNUE, complètement furax. — Malentendu mon cul! Abuser de la sorte d’une jeune fille innocente! Satyre! Violeur!

LE PÈRE NOËL glisse dans le lait et tombe face contre terre. — AAAHHHH!

L’INGÉNUE lui saute dessus et s’assied sur son dos. — Je te tiens, vieux cochon! (Elle arrache sa nuisette et s’en sert pour attacher les poignets du Père Noël dans son dos) Je vais te faire goûter à ta propre médecine. Ça t’apprendra à visiter les muqueuses d’autrui sans avoir sollicité de permission au préalable!

LE PÈRE NOËL, le visage aussi écarlate que son manteau, — Pitié! Pitié! J’ai un pacemaker!

L’INGÉNUE. — Ah oui? Insérons alors un deuxième appareil électronique dans ce corps de lopette festive! (elle empoigne son vibromasseur multifonctions chauffant à trois vitesses avec tête chercheuse ajustable télécommande sans fil et pile atomique et l’introduit brutalement entre les fesses du Père Noël)

LE PÈRE NOËL. — AAAARRGH!

L’INGÉNUE. — Alors, tu aimes, gros lard? En avant toutes! Vitesse maximale! (Le bourdonnement du vibrateur montre d’une tierce mineure)

LE PÈRE NOËL. — AAAHHHRGH! J’ai la prostate qui décolle!

SCÈNE II
L’INGÉNUE, LE PÈRE NOËL, LE RENNE, LE LUTIN

LE RENNE, sans la tête de son costume, descend la cheminée. — Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel?

LE LUTIN tombe de la cheminée à côté du renne. — Aie! Mes fesses! Mes précieuses fesses! (Il se frotte le derrière, puis regarde l’ingénue et le Père Noël) Oh-oh… je crois que le patron est dans la mouise. (Il se tourne vers le renne) Qu’est-ce qu’on fait?

LE RENNE. — Je ne sais pas pour toi, mais en ce qui me concerne, je n’ai aucune envie de m’interposer entre cette harpie et lui.

LE PÈRE NOËL. — AAARGH! Pitié! Je vous en supplie! Je souffre d’incontinence!

LE LUTIN. — Ça n’a pas de sens, il faut faire quelque chose.

LE RENNE. — Pas question. Je tiens trop à l’élasticité de mon sphincter.

LE LUTIN, n’écoutant plus le renne, s’approche de l’ingénue — Ahem. Ma… Mademoiselle?

L’INGÉNUE se retourne, crie et tente de se cacher les seins avec son bras inoccupé. — Mais qui êtes vous?

LE LUTIN se met à chanter. — C’est moi Quentin, le p’tit lutin, qu’est…

LE RENNE giffle le lutin. — Suffit! On la connaît!

L’INGÉNUE, mi-effrayée, mi-scandalisée. — Mais que faites-vous dans mon salon?

LE RENNE. — Et vous, que faites-vous au patron?

L’INGÉNUE se relève, en laissant son vibromasseur multifonctions chauffant à trois vitesses avec tête chercheuse ajustable télécommande sans fil et pile atomique dans l’anus du Père Noël. — Il l’a bien mérité ce minable. Vous voyez ce qu’il m’a apporté? (Elle montre du doigt le vibro fiché dans le fondement du Père Noël) Moi qui avait demandé un lutin baiseur!

LE PÈRE NOËL. — Bouhouhou, snif snif snif.

LE RENNE. — Ça tombe bien, je viens d’en déballer un par mégarde. (Il s’approche de l’ingénue et lui dit à l’oreille) Je vous le laisse pour presque rien.

L’INGÉNUE sourit malicieusement. — Ah oui? Et c’est combien, presque rien?

LE RENNE. — Un paquet de Gitanes et une pipe.

L’INGÉNUE extirpe du sapin renversé un paquet de cigarettes. — Marché conclu. Enlève-moi le bas de ce costume que je m’exécute. (Elle se tourne vers le lutin et appuie sur son nez) Et toi, tu prends l’arrière et tu me fais une petite démonstration!

LE LUTIN, tout sourire. — Tout de suite, patronne!

(Le lutin fredonne sa chanson en prenant frénétiquement en levrette l’ingénue qui suce le renne debout devant elle. Le Père Noël, encore et toujours sodomisé par le vibromasseur multifonctions chauffant à trois vitesses avec tête chercheuse ajustable télécommande sans fil et pile atomique sanglote dans son coin. Le renne porte une cigarette à sa bouche, puis tâte le haut de son costume des deux mains.)

LE RENNE fronce les sourcils puis s’adresse au public. — Z’auriez pas vu la petite fille aux allumettes?

RIDEAU

— Je t’en prie… laisse-moi venir avec toi, pour une fois! le supplia-t-elle en minaudant.

— Qu’est-ce que j’aurai en retour? demanda-t-il machinalement, en finissant de remplir son sac.

Elle s’approcha de lui et, en faisant descendre sa voix d’une tierce mineure, lui susurra:

— Je te laisserai me faire l’amour, mon chéri!

— Me laisser te faire l’amour! persifla-t-il. Tu appelles ça me faire une faveur? Tu en profiterais au moins autant que moi! Ce genre de promesse ne te mènera pas très loin… du moins, pas au Lac aux vents.

— Heu… hésita-t-elle, je pourrais te faire une… gâterie… une turlute?

— Tentant, mais insuffisant, répondit-il froidement. Si tu n’as rien d’autre à m’offrir, laisse-moi finir de ramasser mes trucs, les gars viennent me chercher dans quinze minutes.

— Allez, sois chic, ne me laisse pas toute seule pendant une semaine! Je me ferai toute petite, vous me verrez à peine… je vais même… faire la popote et le ménage! Je décapsulerai vos bières! Je ferai tout ce que tu veux!

— Tout ce que je veux? demanda-t-il en haussant un sourcil.

— Tout.

— Promis?

— Juré craché, dit-elle en levant la main droite et en plaçant la gauche sur son cœur.

— Dans ce cas, tu peux venir.

— Oh! Merci! Tu es un amour, je t’adore! lui cria-t-elle en lui sautant au cou. Je cours faire mes valises!

Il l’attrapa par le bras juste avant qu’elle ne se sauve.

— Pas besoin. Tu n’amènes rien et tu restes comme ça, ordonna-t-il sèchement.

Son visage passa de l’incompréhension à l’effroi lorsqu’elle prit conscience de tout ce que cet ordre impliquait: rester seule dans un chalet près d’un lac, à des kilomètres de nulle part, en compagnie de plusieurs hommes et de leurs chiens de chasse, vêtue de rien d’autre qu’une promesse.

— Quelque chose de vraiment différent? Attention de ne pas aller là où je ne pourrais te suivre…

— Et bien, je…

— Tu veux… me la mettre, n’est-ce pas? Tu veux me la mettre sournoisement, à un endroit… inconvenant…

— Sournoisement?

— Oui! Tu as quelque chose de coquin en tête. Non: quelque chose de pervers. J’ai raison?

— Peut-être. C’est quelque chose que tu aimerais, j’en suis sûr. Mais quelque chose de sournois? Non, vraiment pas.

— Je te vois venir. Tu penses peut-être que je suis naïve, mais je te connais mieux que tu ne le crois. D’habitude, tu ne t’embarrasses pas avec les détails; tu t’exécutes ou, du moins, tu essaies. Pourquoi toutes ces manières, ce soir?

— Je pensais seulement que…

— Tu pensais croche, ça, c’est certain. Mais vas-y, continue. Dis-moi tout.

— Ce n’est pas ce que tu crois.

— Ça ne l’est sûrement pas. Allez, crache le morceau.

— Tu te souviens ce que tu m’avais raconté, l’autre soir? Tu en tremblais seulement d’en parler et ensuite tu étais si… détrempée…

— Ce que je t’ai dit au sujet de…

— Tu te rappelles ce que tu m’avais dit? Et bien, regarde derrière la porte.

— Non, c’est impossible. Je… oooh…

— Dis-le! siffla-t-elle sur un ton interdisant toute réplique.

La cravate défaite, le col ouvert, les pantalons aux chevilles et les fesses zébrées de marques écarlates, il couvrait les bottes de cuir de son électrice inscrite de baisers baveux et larvaires.

— Je… Je ne peux pas. C’est trop… ne… ne me demandez ça. Je…

— Dis-le, sale petit trouillard! Avec conviction!

Il redressa la tête, les yeux balayant le corps monumental de sa commettante pour se fixer sur la fente lisse et luisante qui trônait, majestueuse, au-dessus de lui. Ses lèvres tremblèrent et ses yeux se remplirent de larmes.

— P… pl… balbutia-t-il. Non, c’est impossible. Je ne peux pas. Elle est trop douce, trop délicate. Et puis, je ne peux pas me permettre un… un vocabulaire qui me mettrait à dos les femmes, surtout que…

— Dis-le, sinon… dit-elle en agitant nonchalamment de sa main gantée un gode démesurément long.

— Pl… plotte! geignit-il laborieusement.

— Brave garçon. Maintenant, lèche-la; je veux enfin sentir l’effet de la langue de bois sur l’humeur de l’électorat.

À la table d’à côté, deux dames d’un certain âge sirotent un thé depuis une bonne demi-heure.

— Nous ne somme pas très compatibles physiquement, Robert et moi. Depuis le premier jour que je le trouve trop large, mais ça ne m’a pas empêché de le marier.

— Large, c’est un anglicisme. Tu veux dire trop gros, lui répond sa copine.

La dame sourit malicieusement en écartant le pouce et l’index d’à peu près quatre centimètres, puis répond

— Non, je veux vraiment dire «trop large».

Ils sont étendus, détendus, au lit, dans cette douce torpeur qui suit les étreintes les plus passionnées. Elle est la première à se lever.

— N’es-tu pas satisfait d’avoir enfin appris à baiser le bon orifice?

— Puis-je savoir de quel orifice il s’agit, très chère?

— Les miens, évidemment. Tous les quatre.

— Quatre ?

— En comptant mes seins, voyons. Tu avais l’air de les apprécier, samedi dernier…

— Ah! Ma première caravate de notaire…

Ils s’embrassent

— Je dois partir, Martine.

— Je sais. Quand vais-je te revoir?

— Je suis libre vendredi. Quel est l’emploi du temps de Vincent et de Marie?

— Vendredi, peut-être… je déteste attendre. Pourquoi pas mercredi? On pourrait allez au resto tous les quatre… comme ça, je pourrais au moins te voir.

— Oui! Je pourrais ainsi passer la soirée en essayant de ne pas te mettre la main au…

— Qui sait, peut-être se tomberont-ils dans les bras l’un de l’autre, si on les aide un peu.

— Ha! Vincent et Marie, commettant ensemble l’adultère! Comme ce serait ironique! Hélas, je serais étonné qu’ils se plaisent mutuellement.

Elle le regarde amoureusement et soupire.

— Qui aurait dit que nous aurions pu mutuellement nous plaire nous-même… Je ne veux pas que tu partes. Je veux que nous restions ensemble. Toujours.

— Tu sais que c’est impossible, chérie…

— Je sais. Mais je ne peux pas m’empêcher de le désirer de tout mon cœur.

— Je t’en prie, Martine, c’est difficile pour moi aussi.

Elle essuie une larme et dit:

— Allez, file. J’ai promis à Marie de lui faire un rosbif.