Divination

Ô gourou Google, toi qui détiens la sagesse de milliards de réincarnations, dis-moi…
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Hier soir, j’ai renversé en tchatant mon café sur le clavier de mon portable. Une crise de panique et une longue séance de séchoir à cheveux plus tard, chaque touche écrivait les mêmes signes à écran: 7h=2d4, 7h=2d4, 7h=2d4, 7h=2d4…

Mon voisin, technicien en informatique de son état, a su réparer ma bécane mais m’a avoué être incapable d’interpréter cet oracle électronique.

Hier matin au collège, il y avait une carte à jouer sur le plancher du corridor, devant la porte de mon bureau.

Je n’ai pas osé la retourner.

CRACK !
« Si vous pensez comme tout le monde, n’allez pas jusqu’à l’écrire – personne ne penserait à vous lire. »

CRACK !
« La forme, c’est le message. Votre mise en page en dit plus long sur vous que ce que vous écrivez. Ce que vous dites à moins d’importance que la façon dont vous le dites. Et personne ne veut savoir que votre petit chat est mort. »

CRACK !
« Le sage sait que chaque commentaire élogieux précède une insulte gratinée. Il reste donc modeste et évite de pontifier comme une star internationale du web. »

CRACK !
« Jamais le sage ne perd son sang froid devant ses cent visiteurs quotidiens, car il sait qu’il s’agit des mêmes dix personnes qui viennent guetter dix fois ses mises à jour. »

CRACK !
« Les fotes d’ortografes, les abrev mem pô lisib, les smilies, les GIFs animés et les mangas sont l’acné juvénile du blog. »

CRACK !
« Le sage sait que la pub est un chancre qui dévisage ses écrits et n’hésite jamais à sacrifier les quelques pièces exigées par les démons pour s’en débarrasser. »

CRACK !
« Le sage sait qu’il n’a qu’à pondre la millionième définition du mot blog ou discuter sans fin des mérites respectifs de Blogger et de Movable Type pour être cité par Jean-Luc de MediaTIC. Il décide donc de s’abstenir pour ne pas bêler avec le troupeau. »

CRACK !
« Puisque la lecture à l’écran est une forme ancestrale de torture, le sage poste court quand il ne peut pas poster très court. »

CRACK !
« Le sage sait soigner ses amitiés virtuelles, mais il sait qu’il n’écrit pas que pour une poignée de happy few. Il s’abstient alors de tenir des propos hermétiques compris par trois initiés et leur sœur. »

CRACK !
« Les papillons postent dix fois par jour mais meurent au premier vent froid. Les tortues ménagent leurs effets et vivent centenaires. »

CRACK !
« La fermeture dramatique et théâtrale est une étape obligée de tout blog qui se respecte. Après avoir fait ses adieux, le sage prend des vacances et revient comme si de rien n’était. »

Vous trouverez l’amour lorsque le camion brachycéphale et l’intriguante perforeuse auront ourdi le complot des putains fromagères.

Dans mon atlas personnel, on retrouve l’Utah sous mon nombril, car c’est là qu’est situé le Grand Lac Salé.

Confucius disait : le rhinocéros qui broute du mazout finira toujours par chanter des arias avec les pères de la Confédération. Pourquoi alors s’épiler les jambes ?

La chance viendra comme un candidat présidentiel pêchant la morue sur le toit d’une boulangerie.

Votre langage sera clair sur réception des messages hachurés : o i la lang cosm de mont c’e le gou éval n bris de l’i pri ot v – discours vertical vertébré sexuellement intellectuel.

Confucius disait : le garde-manger du cannibale, c’est la salle d’attente de l’urgence.

Attention aux chiffres impairs et aux pléonasmes glorieux des prismes lexicaux.

Le vendredi sera votre jour chançeux, à moins que la pureté tellurique puisse se passer de l’ombre machinale.

Au travail, tentez de caresser le piston en sucre d’érable dans le centre-ville intime de la secrétaire thermomètre.

Savoir rire de la mort est bien pratique lorsqu’on visite le Yukon en monocycle.

Le Gange coule près de Shawinigan ; on y fait flotter des billots pour récurer son karma.

Le ciment frais crie « Kool Aid ! Kool Aid ! » – j’ai les yeux oranges, c’est très mauvais pour le taux de glucose de mes larmes.

Je te dirais bien que je t’aime, mais la constitution canadienne ne le permet pas explicitement.

Les cocottes en papier sauvages hibernent l’été parce qu’elle ne peuvent être recyclées autrement qu’en factures d’huile à chauffage.

Je connaîs intimement la Vache qui rit car elle m’a enseigné le tango dans un bordel de Buenos Aires.

Trop écrire, c’est comme devenir soeur cloîtrée : ça donne mal au poignet.

Je n’utilise que des mots grinçants. Avec la poudre qui en résulte, j’engraisse les dictionnaires pour y faire pousser des adverbes.

Les sandwichs aux oeufs sont une excellente source de paticipation démocratique.

Je préfère marier ma cousine unijambiste que de collectionner les vrilles incrédules des souris intégrales.

Ô gourou Google, toi qui détiens la sagesse de milliards de réincarnations, dis-moi…

Suis-un homme ou une femme ?

Suis-je censée vous répondre ou dois-je plutôt me taire ? C’est cette oeuvre littéraire…

Vais-je un jour être satisfaite ?

Mais peut-être qu’un jour elle changera d’avis, qui sait ?

Serais-je plus heureuse si je n’avais pas jadis perdu ma virginité ?

C’eût été une façon de vivre heureuse, grasse et sainte.

Et si je devais mourir subitement avant d’atteindre l’extase ?

Et si je te disais qu’elle t’initierait à l’amour tantrique ?

Qui ça ? La mort ?

Cette sentence qui tombe comme un couperet.

Comment ferai-je pour la reconnaître ?

Les Canadiennes qui voyagent à l’étranger pourront reconnaître et éviter au besoin des ingrédients.

N’y a-t-il pas une infime chance que je devienne immortelle ?

Dans tout plaisir qui s’échappe, comme d’autres sortent du ruisseau, une femme n’est probablement pas dupe.

Un exemplaire de la Psychologie de masse du fascisme de Wilhelm Reich a poussé comme une excroissance sur mon sein gauche. Je me suis rendue à l’hôpital pour subir une biopsie et le toubib a extrait un gros morceau de chair tuméfiée bien sanglante où l’on pouvait lire:

« C’est la structure autoritaire, antilibérale et anxieuse des hommes qui a permis à la propagande hitlérienne d’accrocher les masses. C’est la raison pour laquelle l’importance sociologique de Hitler ne réside pas dans sa personnalité, mais dans ce que les masses ont fait de lui.»

J’attends encore le diagnostic, mais je suis convaincue que cette tumeur est maligne, puisqu’elle est l’expression de la structure caractérielle irrationnelle propre à l’individu moyen dont les besoins et les pulsions primaires, biologiques, ont été réprimées depuis des millénaires.

Manquerait plus que j’aie mes règles.

Je suis nue chez ma mère, savamment ficelée dans mon lit de petite fille. Jacinthe a des comptes à régler, elle veut en finir. J’appréhende la douleur comme mon premier jour d’école. Triomphante et nue, debout devant moi avec un loup sur le visage et des bas de laine noirs jusqu’aux cuisses, elle se moque de ma terreur. «C’est l’heure du thé» dit-elle en ouvrant la porte du placard, d’où sort une nonne à lunettes au visage tragique et pervers.

La religieuse retire sa coiffe, laissant cascader ses longs cheveux noirs. Elle se fait appeler Sœur Marie-Christine par un homme cagoulé, menotté et sanglé de cuir qu’elle tient en laisse. Émergeant de son pantalon de latex: un sexe large, mauve et congestionné. Tandis que Jacinthe m’invective, Sœur Marie-Christine se déshabille et se fait lécher les pieds par son esclave dont le sexe prend des proportions inquiétantes. Elle commence alors à le sucer lentement, si lentement qu’il contient avec peine sa jouissance. Finalement son sexe éclate dans un jet de sperme qui va tapisser les verres des lunettes de la nonne.

Jacinthe s’approche alors de Christine. Les deux femmes s’embrassent, leur seins sont lourds et tendus, leurs joues écarlates. Elles s’enchevêtrèrent l’une dans l’autre comme des vignes sauvages, leurs chattes s’accolent et se frottent, l’air devient lourd et musqué. N’ergotant sur aucune caresse et portées par le pesant délire de leur sens, la nonne et le bourreau plongent dans une transe qui fait frétiller fébrilement leurs orteils. Jacinthe jouît la première, mélangeant les interjections aux onomatopées, accompagnée en cela très vite par Sœur Marie-Christine qui lance un bras en l’air comme chassant des mouches illusoires à l’instant même où leur voix s’envolent dans un râle commun de jouissance.

C’est à ce moment qu’une botte vient défoncer la porte de ma chambrette. C’est une patrouille de la Gestapo qui vient interner les délinquants sexuels. Nue comme un ver, les fesses à l’air et le loup sur le visage, Jacinthe se lance dans le placard, devenu précipice, en criant «¡ No pasaran!». Son corps disloqué s’écrase sur les parois rocheuses, où elle se transforme en lobélie du cardinal. Les nazis se rabattent donc sur la religieuse. Ils l’encerclent en sortant leur queue, Sœur Marie-Christine est perdue dans une forêt de verges, elle branle, lèche et gobe en s’enfonçant dans le parquet. Elle est aspirée nue par le sol glouton qui la suce comme un gland, comme l’enfer avale le foutre des âmes. Les SS hilares remontent leur braguette en ricanant «Sie mag die Wurst » puis quittent au pas d’oie.

L’esclave affranchi de Sœur Marie-Christine retire sa cagoule, c’est Kurt Cobain. Je ne suis plus ligotée depuis longtemps, nous sommes dans le métro et je me demande si je devrais aller lui parler.

Mes rêves me flanquent des migraines si affreuses que la seule perspective de dormir me terrifie.

Un désert, vers midi. Il y a évidemment du sable partout, ainsi que des rochers de diverses tailles. Je suis assise par terre en position du lotus, détachée de ce que je contemple.

Un cortège funèbre… un cercueil porté par quatre hommes traverse la salle. Une femme se précipite devant eux et tombe à genoux en criant. Les porteurs n’y prêtent pas attention et la piétinent. La femme se relève et constate qu’elle est maintenant un homme. Elle rejoint le cortège, la verge à la main, l’air incrédule.

Un cardinal et une papesse se couchent devant moi, dans le sable, en se déshabillant mutuellement. Ils se livrent à une séance de tête-bêche particulièrement baveuse. La papesse remet continuellement sa tiare en place, en émettant des bruits de succion mouillés et obscènes. La queue cardinalice déforme son visage.

Deux dames assez âgées avec un caniche déplient de petits bancs de toile et s’installent près de moi, devant le couple ecclésiastique. La première prend son tricot, l’autre leur jette du pop-corn en criant «petits petits petits petits…»

Se présente alors une bande de nazis, bottes cirées, pas d’oie et bannières à croix gammée. Un moustachu hurle des slogans dans un mégaphone, mais aucun bruit ne sort. Il s’époumone, devient bleu, rouge, blanc, vert, puis tombe. Ses petits amis s’enfuient en le transportant dans leurs bras. Les deux prélats continuent de se lécher sous l’oeil amusé des petites vieilles. Personne ne s’est aperçu de l’incident, sauf moi, bien entendu.

Le cardinal jouit et éjacule dans la bouche de la papesse. Un énorme jet de sperme tombe du ciel, sur eux. Les deux vieilles dames se lèvent et applaudissent, font le signe de croix, puis s’en vont. Les deux religieux se lèvent, me saluent comme des acteurs, ramassent leurs vêtements à la hâte et déguerpissent.

La nuit tombe. Un voix, sortie de nulle part, crie le mot «YONI» si fort que je me réveille en sursaut.

Où sont mes Advil?

La fréquence de mes cauchemars commence à m’inquiéter.

J’erre dans un labyrinthe depuis des jours, voire des années. J’ai soif de futur. Par chance, les murs ruissellent d’humidité que je lèche avidement, car ces gouttes jaunes m’infusent de prescience phosphorique.

Les sombres couloirs sont saturés de livres, de livres, et encore de livres. Leurs pages sont remplies de séries de caractères dont la séquence varie d’un ouvrage à l’autre. Le seul ouvrage qui fasse un semblant de sens répète inlassablement «mourir pour la nation mourir pour la nation mourir pour la nation mourir pour la nation mourir pour la nation mourir…».

Devant une longue table de bois noir ciré, deux chaises, et un homme chauve sans age derrière des liasses de papier. Stoïque, il dicte:

«… que la survie de la nation en tant que facteur ethnico-récessif soit suivie d’un phénomène d’ensemble pluraliste qui suscite plusieurs réactions de prophylaxie dans l’extrapolation des schèmes de classes selon le modèle structural dont la logique exogène des tendances assimilatrices des groupes ciblés par un système de démographie endémique pose les prémisses de données rétroactives à l’assertion institutionnelle dans la globalité des cycles qui traitent toute juxtaposition productrice de contractions épistémologiques dans une perspective ontologique sans assimilation dialectique d’expression messianique du devenir collectif…»

Mon stylo assume le souvenir, mais c’est le sang des victimes innocentes qui se met à jaillir. Je tombe dans le noir et l’inconscience malgré ma volonté historiographique.

J’ai besoin de vacances.

Mes rêves sont de plus en plus tourmentés:

Je suis perdue dans l’entrepôt central des Archives nationales. Mes mains sont couvertes de cloques hermétiques de mémoires sous réserve. Les murs sont si élevés que j’ai de la difficulté à apercevoir le plafond. Partout des livres poussiéreux qui crient leurs généalogies à l’unisson, qui vomissent hargneusement des actes notariés.

Fuir! Fuir! Mais je m’enlise peu à peu dans le papier putride. Avant d’être submergée, j’entends la voix de Lionel Groulx — «Notre maître, le passé…»

Faudrait que je cesse de corriger jusqu’à minuit; ma cervelle va finir par se liquéfier.

Il ne se passe plus une nuit sans que je ne fasse un rêve traumatisant.

Avec trois ouvrières, je transporte de grandes plaques de métal sur la route. Il est midi. Jim Morrison sort de nulle part, un crâne à la main, une pelle dans l’autre. Nous creusons deux trous dans la voie de service, pendant que Jim exhibe ses fosses oculaires vides. Je ne suis pas surprise. Il se met à tirer. Une balle pour son chien qui tombe dans la tombe, puis une balle pour lui, juste à côté. La terre terne enterre et ment.

J’ai la bouche ouverte de compréhension. J’hérite ensuite de sa peau de lézard, don de la famille éplorée.

Comment expliquer cette overdose onirique?

Chaque soir, j’essaie la masturbation sans les mains. Bourrée d’images, c’est très cérébral. Il faut tout de même essuyer après, parce que ça tache.

(Rédigé au verso d’un calendrier scolaire.)

Assise dans le taxi du malheur. La glaise tournante macule les arbres, le bord des trottoirs, même la banquette où je grelotte les pieds nus. Je regarde la camarde qui surveille le tarif pendant que la sonnerie fait fondre les portières.

La fin de la course appelle la fin des temps. Je vois les monuments s’enfoncer dans le sol, les hommes à la chevelure de feu et une fillette qui pleure son chat sans tête. Je vois mon amante dans un abribus, elle a les mains vertes et le visage couvert boue. Je lui fais signe de monter, mais le taxi n’a plus de roues, n’a plus de chauffeur. Simone pleure, elle vomit en hurlant et je ne sais que faire.

Lorsque j’ouvris les yeux, je vis Héloïse, mon poisson rouge, qui flottait sur le dos, inerte dans son bocal. Est-ce un signe?

J’ai quatorze ans, la nuit est chaude et humide en banlieue, les spéculateurs sont aux aguets; j’entends les froissements et les cris étouffés du zonage agricole qui subit les derniers outrages… C’est la fin d’une époque depuis longtemps révolue.

Je me baigne dans la mer, celle qui se trouve près des rails de chemin de fer. Raz-de-marée: je m’échoue dans le petit parc de mon quartier. J’y contemple les remous d’un immense champignon nucléaire, qui implose et explose en accéléré comme si quelqu’un s’amusait avec la télécommande. Je suis terrifiée, ma peau porte le deuil.

Je cours vers ma maison de ma mère. Elle est vide. Tout le monde s’est enfui en vitesse. Il ne me reste que deux œufs cuits dur et le corps momifié de Lénine sur mon divan.

Je me réveille en pleurant.

(Rédigé sur une feuille arraché dans un carnet.)

Je suis dans un champ, l’été, il fait chaud et je porte ma petite robe fleurie, celle que m’a offerte ma mère pour mes cinq ans.

Tout à coup, un orage. Je cours pour chercher un endroit pour m’abriter. Je découvre une petite chaumière; j’y entre.

À l’intérieur se trouve la mascotte de la compagnie de pneus Michelin. Le Bibendum me sourit et nous discutons ensemble de la signification de l’éternel retour chez Nietzsche. Ses arguments sont solides et je me range à son opinion.

Le Bibendum se met ensuite à hurler sans raison le mot «FROMAGE» et je me réveille en sursaut.