Epigrammes

Ou les sextains satyriques d'Annie...
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Annie, prématurément flétrie par le temps,
Vit seule dans un minuscule appartement.
Avant d’aller se coucher, elle vérifie
Toujours si un homme se cache sous son lit;
Un second plumard elle aurait même acheté
Pour que ses chances d’en trouver un soient doublées.

Quand Annie eut finalement sa promotion
À la direction de la planification,
Elle changea illico l’organigramme
Et ordonna qu’on n’embauche que des femmes,
Éliminant ainsi le plafond de verre
Pour celles prêtes à lui lécher le derrière.

Annie dans sa petite chatte aime insérer
Des objets: c’est son vice bestial préféré.
Une carotte, une bouteille elle y a mis
Un saucisson et un manche de balai aussi.
Mais le jour où elle y enfonça tout le bras
Ses voisins la dénoncèrent à la SPA.

Quand Annie fut au crépuscule de sa vie
Et qu’elle eut contracté toutes les maladies
(Hépatite, syphilis, verrues, chlamydia,
Gonorrhée, herpès, morpions, VIH-sida…)
Résignée, elle se dit pour se consoler
Que seul le hoquet l’a empêché de baiser.

Annie se fit donner par une copine
Un excellent truc pour trouver une pine :
« Pour réussir, il te faut visualiser.
Tiens, prends ce catalogue, ça pourrait t’aider. »
Deux mois après, force est d’admettre son échec :
On lui livra des vêtements, mais pas de mec.

Annie, s’emmerdant toute seule dans le lit
De l’hôpital où elle était à l’agonie
Invita patients, moribonds et éclopés
À tomber leur jaquette et venir la baiser.
Tous coururent profiter de cette chance
Ce qui désengorgea la salle d’urgence.

Quand Annie accoucha de son premier poupon
Elle hurla pendant des heures à pleins poumons.
Son mari, plein de remords, lui dit tout penaud:
«Tout ça, c’est ma faute! Je ne suis qu’un salaud!»
Voulant le rassurer, entre deux contractions,
Elle lui chuchota: «Mais non, voyons, mais non.»

La copine d’Annie est de piètre humeur
Parce que son mari lui a offert des fleurs.
«Chaque fois c’est pareil: je vais devoir passer
Tout le week-end sur le dos, dans le lit, couchée
Les genoux contre les oreilles. Quel ennui!»
«Pourquoi? Tu n’as pas de vase?» demande Annie.

Annie à ses copines aime se vanter
De l’excellence de ses talents ménagers
«Tous ceux qui me connaissent savent que je suis
La gardienne de maison la plus accomplie
Car après trois divorces et une séparation
C’est toujours moi qui ai su garder la maison.»

Sur le point de jouir, Annie soudain s’arrête
Et crie à l’amant qui la prend en levrette:
«Est-ce que tu vends des aspirateurs, chéri?»
«Non. Pourquoi?» répond-t-il. Alors elle lui dit :
«Je crois que tu devrais t’y mettre sur le champ
Parce que mon mari revient dans un instant.»

Annie, en pleine rue d’un quartier mal famé,
Par un voyou immonde se fit détrousser.
Pendant qu’il la fouillait pour trouver son argent
Elle soupira : « Je n’ai pas un sou vaillant
Mais si tu veux bien me tâter encore un peu
Un chèque je te signe au montant que tu veux ! »

Annie au ciné chuchote à sa copine
«Le monsieur d’à côté joue avec sa pine!»
«Sois pas si bégueule,» lui dit Marie-Josée
«Il ne fait rien de mal, laisse-le se branler.»
Annie répond alors: «D’accord, moi je veux bien,
Mais faut-il vraiment qu’il se serve de ma main?»

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Quand pour la nativité Annie a reçu
Une jolie culotte de coton écru,
Elle fit sur la première fesse broder
Un «Joyeux Noël» et sur l’autre «Bonne année»
En espérant qu’entre les fêtes son amant
Puisse enfin venir l’embrasser passionnément.

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Dès qu’Annie se retrouva dûment mariée
En l’église Notre-Dame-des-Constipés,
Elle troussa sa robe jusqu’à son nombril
Présenta son cul aux paroissiens ébahis
Pour que son amant devenu enfin légal
Accomplisse en public le devoir conjugal.

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Pour Bertrand Hall

Annie fréquente un journaliste cynique
Vétéran du réseau de télé publique
Qui aime la prendre quand il va chez elle
Comme le fait la propagande officielle.
Elle enlève alors son oeil de verre et lui dit :
« Bourre-moi le crâne comme la CiBiCi. »

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Si vous voyez Annie par un beau soir d’été
Se promener toute nue dans son potager
Les genoux et les seins barbouillés de terre
Et un concombre planté dans son derrière
C’est qu’elle croit que c’est la seule adéquate
Manière de faire rougir ses tomates.

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Quand Annie invite chez elle des soupeurs
Elle retient les services de ses traiteurs
Qui la farcissent par tous les orifices
Et la badigeonnent du nez jusqu’aux cuisses.
Elle peut ainsi servir à ses invités
Un plat en sauce blanche des plus raffinés.

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Annie, à l’agonie, dicta son testament :
« Que tous mes amants suivent mon enterrement. »
Or, il en vint plus de cent au cimetière
Ce qui, en pleurs, fit dire à sa pauvre mère :
« Comme il est bon de les voir enfin réunis ! »
Les hommes de sa vie ? Non. Ses genoux, pardi !

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