Futilités

J’ai fait de la futilité un art de vivre.
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(Une histoire dont vous êtes l’héroïne, précédemment publiée dans le magazine FA)

C’est une magnifique soirée de printemps et vous vous dites qu’il serait criminel de ne pas en profiter. Vous revêtez donc vous plus beaux atours et décidez d’aller boire un verre sur une terrasse. Arrivée sur place, vous commandez du rosé et le sirotez en savourant pleinement le moment. L’air est doux, la terrasse est remplie de beau monde. D’ailleurs, le gars de la table d’à côté est mignon comme tout : les cheveux noirs, des yeux outremer et un sourire à faire fondre un glacier. «Celui-là, je le laisserais bien visiter ma lingerie fine…» pensez-vous en le regardant à la sauvette. Que faites-vous?

LàVous attendez sagement qu’il vous aborde. Après tout, vous êtes une femme respectable et bien élevée, n’est-ce pas…

Là Vous  décidez plutôt de lui faire le grand jeu : vous déboutonnez les deux premiers boutons de votre chemisier et lui faites vos œillades les plus meurtrières.

Le 12 janvier 2003, j’écrivais :

« Je suis de retour! Nouvelle année, nouvelle page web, nouvel emploi: encore heureux que j’aime la nouveauté.

Pour ceux qui se demandent où j’étais passée… j’ai eu un accident qui m’a clouée au lit pendant plusieurs semaines, j’ai rompu et repris avec Simone, j’ai abandonné mes études doctorales et j’ai décroché un boulot de prof d’histoire dans un petit collège plutôt chouette. Je commence d’ailleurs dans une semaine et je suis morte de trouille.»

J’inaugurais ainsi le blog qui à l’époque s’intitulait Les Cahiers d’Anne Archet et qui est devenu Lubricités en 2009, suite à une opération de compartimentation thématique qui a donné naissance au Blog flegmatique, à Curiosa et à la Gazette endocrinienne. Depuis, pas mal d’eau a coulé sous les ponts. J’ai abandonné l’enseignement depuis belle lurette, Simone est définitivement devenue mon ex, mais je suis encore et toujours morte de trouille. J’ai eu une attaque musclée du crabe dont je me remets toujours péniblement (mes cheveux sont encore clairsemées, ce qui me donne un look de harpie pitoyable), je vis maintenant de petits contrats et de rapines diverses et surtout, est entrée dans ma vie une petite puce si maligne qu’elle réussit continuellement à embrouiller sa maman avec ses raisonnements de haut vol.

Dix ans de blog, vous avouerez que ce n’est pas rien. En 2008, j’avais pris l’habitude de me présenter comme un dinosaure de la blogosphère. Je suis ensuite passée à cœlacanthe et maintenant, je crois que je mérite mon statut d’éponge de mer de la blogosphère : après tout, ces bestioles sont dans le décor depuis six cent million d’années, ne font pas grand ’chose à part se nourrir de débris divers, mais  contribuent quand même à l’hygiène de tas de gens. Avouez que j’ai déjà participé au relâchement de certaines de vos tensions – allez, avouez-donc, juste pour me faire plaisir.

Pour souligner l’événement, j’ai décidé d’organiser un fabuleux concours incroyablement excitant. Écrivez-moi quelque chose, un texte d’opinion, une nouvelle, un poème, une analyse politique, une lettre d’insulte, bref, n’importe quoi, en autant qu’il y ait une référence à Lubricités, à ma petite personne ou encore au fait que je sois en réalité un homme, une menteuse, un robot d’indexation, un chien savant ou l’équipe olympique de waterpolo du Liechtenstein. Racontez-moi comment ce blog a accompagné vos froides et sombres nuits d’hiver alors que vous étiez gardien de nuit dans un parking souterrain. Racontez-moi cette fois terrible où votre papa vous a surpris, la main sur le manche, en train de lire un de mes textes, alors que vous n’aviez que treize ans. Racontez-moi les cochonneries que vous avez faites avec le clebs de la famille et dites-moi que vous l’appelez depuis Schopenhauer. Ou encore, racontez-moi ce que vous auriez envie de me faire si je me retrouverais à votre merci dans un coin sombre.

Je choisirai les cinq meilleurs textes, les publierai sur mon blog et chaque auteur finaliste se méritera une copie de Pr0nographe, le ebook qu’il faut télécharger pour pouvoir se vanter de l’avoir lu. J’organiserai ensuite un vote populaire et le gagnant ou la gagnante deviendra ma source d’inspiration officielle : je lui écrirai une retaille d’hostie mettant en scène le fantasme de son choix.

Vous avez jusqu’au 20 décembre pour me faire parvenir votre texte. Tous les participants auront droit à mes bises virtuelles, en plus de recevoir une confidence que je ne révèle qu’à mes proches les plus intimes. Les textes des cinq finalistes seront publiés la première semaine de janvier et le nom du lauréat sera dévoilé en grandes pompes le 12 janvier 2013, jour du dixième anniversaire du blog.

D’ici là, je vous embrasse tous et toutes tendrement… pour vous remercier d’être toujours avec moi depuis toutes ces années.

M. Serge Lepitre
Directeur adjoint
Relations avec les partenaires

Objet: Comportements inappropriés au bureau

Monsieur Lepitre,

Je vous écris ce matin pour me plaindre pour harcèlement sexuel à mon endroit. Vous conviendrez que tous les employés ont droit de pouvoir travailler en paix, dans un environnement paisible et exempt de tout ce qui pourrait, de près ou de loin, suggérer le moindre comportement sexuel. Or, plusieurs de mes collègues ont récemment adopté des attitudes si lascives et si choquantes que j’en suis profondément traumatisé. C’est bien simple, je suis au bord de l’épuisement professionnel, de la dépression, du suicide et même, de l’agacement.

Par exemple, il y a Cassandra Bédard qui porte des chemisiers si décolletés qu’on voit son soutien-gorge rouge dès qu’elle se penche un peu, ce qu’elle a d’ailleurs fait devant le refroidisseur d’eau alors que Vincent, l’informaticien, la besognait en levrette, le pantalon aux chevilles. On se demande ensuite pourquoi notre réseau est toujours en panne.

Pis encore, Valérie Champoux passe ses journées à tortiller son cul dans son jeans à taille basse sous mon nez. Trouvez-vous normal que tous nos visiteurs puissent voir le string rose de la réceptionniste? Tout le monde au bureau sait qu’elle se fait ramoner chaque midi dans la salle de réunion par Gabriel Lelouche; croyez-vous que ce comportement est digne d’un membre du barreau?

Enfin, il y a Maude Lalonde et sa microjupe fuchsia – que vous avez sûrement remarquée – et qui est indigne de sa profession. Je sais que ça paraît incroyable, mais je vous assure qu’elle s’abaisse à sucer le concierge dans le placard à balai. Quand elle reçoit nos clients, elle sent la serpillière et le sperme à plein nez. Quelle déchéance!

J’exige que des mesures énergiques soient prises pour mettre fin à ces comportements scandaleux, sinon je porterai plainte au syndicat, à la Commission des droits de la personne et à la Ligue pour la moralité publique. Attendez-vous que la réputation de notre entreprise soit publiquement souillée par les turpitudes de ces catins lubriques?

Veuillez recevoir, Monsieur Lepitre, mes salutations les plus outrées.

Signé: un employé anonyme qui vous veut du bien.

Félicitations à Caroline Bégaud qui non seulement m’a envoyé la solution en premier… mais a en par dessus le marché payé sa copie de Pr0nographe! Vous avouerez avec moi que j’ai le meilleur lectorat de l’univers.

Samuel en a marre d’en être réduit à manger un dîner congelé Michelina’s avant de se masturber, seul devant xHamster, chaque soir de la Saint-Valentin. Cette année, il a décidé de prendre les grands moyens et d’inviter le Grand Amour à une soirée avec violon, chandelles, champagne et (du moins l’espère-t-il) baise à la hussarde contre la benne à ordures dans la ruelle attenante du restaurant. Pour arriver à ses fins et surtout pour maximiser ses chances, il a fait parvenir une carte d’invitation à trois de ses collègues de travail (Mademoiselle Bédard, adjointe administrative, Mademoiselle Champoux, réceptionniste et Mademoiselle Lalonde, comptable) où l’on pouvait lire :

« Chère élue de mon cœur,

Ton sourire est mon soleil
Tes deux lolos sont une merveille
Ta beauté toujours m’illumine
Tu es l’étoile qui me fascine.

Pour la Saint-Valentin je t’invite
À dîner avec moi au Ritz
On s’embrassera avec tendresse
Et ensuite on jouera aux fesses.

Ton admirateur anonyme.»

Malheureusement pour lui, les trois filles ont toutes cru que quelqu’un d’autre que lui leur avait envoyé ces vers maladroits. Pauvre Samuel! Peut-être aurait-il dû signer son poème plutôt que de laisser planer le mystère…

À partir des indices qui suivent, pouvez-vous me donner le nom et le prénom de chaque femme, la couleur de la carte de la Saint-Valentin qu’elle a reçue et le jeune homme chanceux avec qui elle a forniqué le 14 février?

1. Dès que Mademoiselle Champoux a reçu sa carte, elle est allée remettre à Gabriel, l’avocat, sa petite culotte dans une enveloppe à bulles en guise de réponse.

2. Quand Maude a reçu la jolie carte fuchsia, elle est allée voir Mademoiselle Bédard pour lui montrer et lui demander son avis sur qui aurait bien pu lui envoyer une si charmante invitation. Évidemment, elles n’ont pas pensé une seule seconde que ce serait ce boutonneux de Samuel, avec ses dents croches et son parfum de chaussette mal lavée.

3. La jeune femme qui a reçu la carte rouge croit encore dur comme fer que c’est Vincent l’informaticien qui lui a écrit ce mot doux. Mal lui en prit, car elle a vite constaté que «romantique» ne rime pas avec «informatique»; ils ont passé la soirée de la Saint-Valentin dans le sous-sol des parents de Vincent à faire le cheval renversé et la brouette chinoise sur son futon posé à même le sol.

4. Ni Cassandra, ni Mademoiselle Lalonde n’ont reçu la carte rose. Par contre, elles ont été très impressionnées par les vers de Samuel – du moins, assez pour se jeter dans les bras du premier douche bag venu, allez savoir pourquoi.

5. Le lendemain matin, Cédric, le concierge, est allé raconter à Samuel sa soirée passée en compagnie d’une des filles du bureau. «Elle était si chaude, t’as pas idée… elle m’a laissé éjaculer sur son visage et ensuite, elle a enfilé son gode-ceinture et m’a ramoné le cul jusqu’aux petites heures!» Évidemment, Samuel est devenu vert de rage en apprenant l’identité de la dame en question!

6. Samuel a ensuite aperçu Valérie près du photocopieur. Elle racontait en gloussant sa soirée de débauche de la veille à sa copine et n’a même pas daigné le saluer, la garce! Et, pour comble de malheur, Samuel a retrouvé la carte rose dans le bac à recyclage du bureau. Décidément, il ira voir la prochaine fois une professionnelle; c’est beaucoup plus simple et au moins on en a pour son argent.

 

La première personne qui me fera parvenir la solution se méritera une copie de Pr0nographe!

Samedi soir, Olga reçoit six amis chez elle pour une orgie.

Julie s’est bien assurée que la personne qui la prend en levrette porte un condom. Joë est gay et porte une cagoule. Marc est exclusivement hétérosexuel. La personne qui porte des bas résille a 25 ans. La femme de 35 ans est lesbienne. Pierre se fait sucer par une personne de 20 ans. La femme qui porte des talons aiguilles se fait prendre par les deux bouts. La personne de 19 ans est homosexuelle. Olga a 30 ans et ne baise que des personnes qui ont au moins son âge. La personne tatouée lèche le cul d’une femme de 40 ans. Annie est dans la trentaine. Martine encule avec son gode-ceinture une personne qui porte un soutien-gorge. Et seule la personne âgée de 29 utilise un contraceptif.

Qui reste dans son coin et se branle, solitaire?

(La réponse lundi, bande de joyeux pervers!)

Quand un bon catholique baise-t-il?

Selon le Manuel des confesseurs et des directeurs de conscience des provinces ecclésiastiques de Montréal, Québec et Ottawa (édition de 1893), pas le jeudi, car c’est le jour de l’arrestation du Christ, ni le vendredi, le jour de sa mort. Il ne baise pas non plus le samedi, jour de la Vierge, ni le dimanche, celui du Seigneur, et encore moins le lundi, le jour des morts.

Reste alors le mardi et le mercredi. Et encore, pas pendant le carême, ni à la Pentecôte, ni pendant la semaine sainte, ni à Noël… et seulement s’il ne pêche pas en le faisant, c’est-à-dire qu’il doit baiser son épouse légitime, en position du missionnaire et sans utiliser de contraception.

Ce qui signifie que s’il ne veut pas procréer, il doit avoir recours à la méthode du calendrier, ce qui élimine potentiellement la moitié des mardis et des mercredis de l’année.

Quand un bon catholique baise-t-il?

Chaque fois qu’il en a envie, mais avec beaucoup de mauvaise conscience.

En 2003, j’écrivais:

«Dans son Art de conjuguer 12 000 verbes, Besherelle a oublié le verbe coïter. La réputation des Français serait-elle surfaite?»

Or, je viens tout juste de me procurer la dernière édition de cet ouvrage et, oh stupeur, on y retrouve à la page 201… le verbe intransitif en question. Voilà qui va certainement aider ma candidature à l’Académie française!

Je sais que je bouleverse ses habitudes de célibataire même si elle m’assure du contraire. Par exemple, elle a collé des post-it sur le mur de sa chambre, sur son frigo, sur la porte de sa douche: «Je ne suis pas seule», «Mettre linge sale dans panier», «Ne pas boire directement dans la cruche». Reste à savoir si ces messages s’adressent à elle ou à moi…

Ma petite cousine, ne sachant plus quoi répondre à l’infirmière scolaire qui ne cesse de l’assommer avec ses conseils d’un autre âge, a demandé à sa tante préférée de rencontrer cette harpie dans l’espoir qu’elle finisse par lui lâcher un peu la grappe.

Je tentai donc de lui expliquer qu’elle ne devrait pas parler seulement d’abstinence aux jeunes, mais aussi de contraception, de relations orales et anales, d’homosexualité et — tant qu’à y être — d’amour. Elle me répondit que si l’école se met à enseigner de telles choses, les adolescentes sexuellement actives seront de plus en plus nombreuses et de plus en plus jeunes… ce qui aura des conséquences funestes pour la société.

— Il ne faut pas que l’école donne aux jeunes le goût d’avoir des relations sexuelles avant le mariage, me dit-elle fermement, au moment de nous quitter.

— Si j’étais vous, je ne m’inquiéterais pas, lui répondis-je en souriant. L’école essaie de donner le goût de la littérature et des sciences aux jeunes depuis des décennies et ça n’a pas trop l’air de fonctionner…

Elle: Je ne lis plus ton blogue au bureau.

Moi: Ah?

Elle: Non seulement te ne cesses de parler de fesses, mais en plus, ton dernier texte sur le travail m’a rendue complètement improductive.

Moi: C’est que j’essaie de donner un nouveau sens à l’expression NSFW

… et passons aux choses sérieuses. Au cours de mes pérégrinations sur Facebook, j’ai remarqué que l’internaute moyen raffole des psychotests; il les remplit religieusement et affiche fièrement ses résultats, dévoilant ainsi au monde entier un aspect méconnu de sa personnalité.

Le problème, c’est que ces tests ne s’intéressent jamais aux vraies questions. Il n’en fallait pas plus pour que je remédie illico à la situation! J’inaugure donc une nouvelle rubrique des Cahiers avec un test de personnalité intitulé «Quel genre de dévergondée êtes-vous?» et qui s’adresse, vous l’aurez deviné, à mes lectrices seulement.

Ce matin: une frêle et diaphane jeune inconnue en chemise de nuit qui, malgré le froid, me regarde passer du pas de sa porte. Après l’avoir dépassée, je me retourne pour voir si ses lèvres écarlates et le léger vallon de ses tétons sous son corsage sont toujours là — s’ils existent encore. Étrangement, il ne reste plus que sa tête sans visage qui me tire la langue.