Futilités

J’ai fait de la futilité un art de vivre.
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(ou promenade sur la ligne souple)

La pile

Voici une courte nouvelle qui devait être publiée dans un ouvrage collectif. Je me suis retirée du projet pour toutes sortes de raisons que vous n’avez pas envie de connaître, sauf peut-être celle-ci: être écrivaine, c’est trop 2015. Je vous l’offre ici juste pour le lulz. 

* * *

Ça va, jusqu’à présent? Vous ne vous emmerdez pas trop? Vous ne regrettez pas d’avoir acheté ce bouquin? Tant mieux, parce que voici l’histoire que vous attendiez depuis la première page, celle qui vous scandalisera à un point tel que vous entrerez en convulsions pendant que les assises morales de notre société s’écrouleront dans un grand fracas apocalyptique. Cette histoire, c’est celle de mon amoureuse – et c’est aussi la mienne, par le fait même. Elle se prénomme Angélique. Je me prénomme Mari e. Je sais, ça sonne chaste, pur et biblique, mais ne vous fiez pas aux apparences. Nous sommes en réalité des femmes damnées, des succubes, des lesbiennes. Autrement dit: des outils de Satan qui travaillent à la chute de l’Occident et la dissolution de toutes les valeurs grâce aux vertus corrosives de leurs sécrétions vaginales.

Évidemment que je blague; il est loin le temps où les amours saphiques fleuraient le souffre et la transgression. Nous sommes des trentenaires ordinaires , qui habitent un cottage ordinaire dans une banlieue ordinaire. Ordinaires comme dans « représentatives de notre tranche d’âge et de revenus selon la dernière compilation de Statistiques Canada ».  Nous sommes mariées, nous avons une fille prénommée Sarah, une place en CPE, deux chats, une hypothèque, deux boulots, une mini fourgonnette, une piscine hors-terre, un broyeur à déchets dont le vacarme couvre le murmure de notre conscience qui nous reproche de ne pas composter, un frigo qui surfe sur les internets tout seul, un selfie stick avec commande bluetooth, une semaine chaque année en tout-inclus à Puerto Vallarta et plus de dettes de cartes de crédit qu’il est humainement possible d’imaginer.

Notre vie aussi est ordinaire – cruellement ordinaire. De ce genre d’ordinaire qui élime les nerfs et creuse des sillons dans la peau. Un supplice de la goutte que j’essaie de me convaincre que j’ai librement choisi. Chaque jour est une répétition du jour qui l’a précédé. Tout commence avec le réveil qui crie de sa voix nasillarde à six heures précises et le snooze incontournable jusqu’à six heures dix. Je vais réveiller la petite pendant qu’Angélique titube dans un demi-sommeil jusqu’à la douche. Je prépare le petit déjeuner: céréales froides, jus d’orange, pain grillé. Angélique et la gamine mangent pendant que je vais moi-même faire mes ablutions. Lorsque je suis habillée, coiffée et prête à partir, mes deux chéries le sont aussi. Les boîtes à lunch sont sur le comptoir et on se bouscule un peu pour mettre nos bottes.

La suite se déroule toujours dans le même ordre. Premier arrêt: la garderie. Je reste au volant pendant qu’Angélique va mener Sarah qui rechigne toujours un peu. Deuxième arrêt: la tour à bureaux du centre-ville où ma chérie va tripatouiller des fichiers Excel pendant ses sept heures trente minutes réglementaires. Terminus: mon propre bureau. Je gare la voiture toujours au même endroit, au deuxième sous-sol, près de la porte ouest, à côté de la troisième colonne. Je salue le gardien de sécurité, puis la réceptionniste, j’accroche mon manteau et j’allume mon ordinateur. Il y a toujours mille réunions où on discute sans fin de processus administratifs qui n’aboutissent jamais. Il faut y arriver dûment préparée, ce qui implique de faire des copies – beaucoup de copies. Je dois rester debout, face à la photocopieuse, jusqu’à la fin de la tâche, afin de m’assurer qu’il n’y ait pas de bourrage. Je la fixe, hypnotisée par le son du va-et-vient, jusqu’à ce qu’elle prenne une pause, comme si elle voulait reprendre son souffle, puis le va-et-vient reprend, régulier, implacable. Souvent, je me prends à compter les impulsions lumineuses, et je sens mes facultés mentales me déserter peu à peu. C’est comme ça qu’on devient une employée modèle – du moins, c’est ce que j’essaie de me convaincre.

À seize heures trente précises – je ne saurais supporter une seconde de plus d’éclairage au néon et d’air recyclé – je dis au revoir à la réceptionniste et au gardien de sécurité, je prends l’ascenseur jusqu’au deuxième sous-sol, je retrouve ma mini fourgonnette garée à côté de la troisième colonne près de la porte ouest, puis direction la tour à bureaux du centre-ville devant laquelle Angélique m’attend sur le trottoir. On se rend ensuite à la garderie que Sarah quitte en rechignant un peu, puis on retourne dans notre cottage pour une soirée qui se déroule toujours dans le même ordre: popote, souper, bain de la petite, dodo de la petite, préparation des lunchs pour le lendemain. Commence alors le temps qui n’a de « libre » que le nom. Les jours impairs, je pars à la piscine. Les jours pairs, c’est Angélique qui va au gym. Ensuite, c’est glandouillage sur le net pour moi et télé pour ma chérie, prélude à une nuit sans rêves.

En entendant les échos d’Unité 9 ou de Orange is the New Black, je me dis souvent que tout ça pourrait être pire. Nous pourrions être dans le placard et malheureuses comme des pierres. Nous pourrions être sans emploi et dans la misère noire. Nous pourrions être racialisées, profilées, marginalisées, fichées, harcelées, traînées dans la boue, parquées dans un centre jeunesse, ou dans un hospice. Nous pourrions être en prison – à moins que nous y soyons déjà, sans le savoir.  Rien de tout cela: nous sommes dominées et aliénées juste comme il le faut, de façon libérale, démocratique et privilégiée, comme les filles de bonne famille que nous sommes, et nous marchons en ligne droite vers la vieillesse et la mort à un âge fort probablement avancé.

Curieusement, cette pensée ne me rassure pas du tout, parce que vivre sur le droit chemin a des effets secondaires indésirables. Dans quel état de décrépitude morale serai-je lorsque mon corps, dûment surmédicalisé, finira par me lâcher? Il ne m’a fallu que quelques années seulement de vie adulte pour développer les malaises de civilisation les plus banals, ceux qu’on finit presque toutes par subir: l’angoisse et la dépression. Heureusement, j’ai à ma disposition les miracles de la pharmacopée moderne et les allées sans fins de tous les super savings mega bargain factory outlets de ce monde où je peux me procurer ces objets qui me procurent un high fugace, mais similaire aux pilules que j’ingère et qui me sont remboursées en partie par les assurances magnanimement fournies par mon employeur.

Pour Angélique, par contre, c’est beaucoup moins simple. On dirait que notre mode de vie privilégié ne s’attaque pas seulement à son esprit, mais use aussi prématurément son corps. Jour après jour, je vois son teint devenir de plus en plus livide, son regard se délaver,  son dos se courber sous la Grande main qui pèse sur nous et nous aplatit contre terre, comme le disait Roland Giguère.  C’est comme si son essence vitale fuyait par tous les pores de sa peau. Comme  si elle était mue par une pile qui se décharge sous les coups impitoyables de la vie de servitude d’or et de toc qui est la nôtre. Il n’y a qu’un seul remède, qu’une seule manière pour recharger les piles de mon adorée. Il faut que périodiquement elle se lance dans la dépense pure, que son corps exulte par tous les pores; il faut que, mains dans la main, nous nous éloignions des sentiers battus et allions nous perdre quelques instants en zone sauvage. Voilà pourquoi je passe tant de temps sur internet. Voilà pourquoi j’ai un compte sur tous les sites de rencontres au nord du Rio Grande. Voilà pourquoi je corresponds avec tant d’individus louches. V oilà pourquoi, en ce moment même, je suis dans cet entrepôt désaffecté que j’ai loué près du port. Voilà pourquoi je prends les risques les plus fous. C’est une simple question de survie.

L’air est chaud, humide et rempli de poussière . Je contemple cet amoncellement informe de corps, cette pile de membres s’agitant rythmiquement, de façon désordonnée, mais non sans grâce sur le matelas déposé directement sur le sol. Il faut que je plisse les yeux pour pouvoir détailler dans la pénombre le tableau scandaleusement obscène qui se déroule devant moi. Angélique rive ses yeux rougis sur les miens. Elle est assise à califourchon sur un inconnu, tatoué jusqu’à la racine des cheveux, dont la bite est enfoncée jusqu’aux couilles dans sa chatte. Un autre inconnu au visage émacié, posté derrière elle, la sodomise précautionneusement, avec une délicatesse maniérée. En les voyant besogner joyeusement, je me surprends à fredonner mentalement Valderi Valdera – il y a fort à parier qu’ils se sentent comme de joyeux promeneurs du dimanche tant les sentiers qu’ils empruntent ont été, avant leur passage, longuement balisés et parcourus de long en large. Le plancher de béton poussiéreux est jonché de vêtement divers sur lesquels sont assis quelques individus, hommes et femmes, qui reprennent leur souffle avec, je le devine, le sentiment du devoir accompli. Debout près de la porte, il y en a une qui a refusé au dernier moment de se désaper et qui filme la scène avec son téléphone, une main fourrée entre ses cuisses.

Pantelante, la tête renversée, la bouche ouverte, les lèvres et le menton couverts du sperme du travesti poilu comme un grizzli qu’elle vient tout juste de sucer, Angélique y est presque – enfin, je l’espère. Car voyez-vous, c’est très difficile pour ma chérie: les arrangements se doivent d’être toujours plus complexes, toujours plus extravagants et surtout, jamais deux fois les mêmes. Je suis bien placée pour le savoir, puisque c’est toujours à moi qu’incombe la tâche de  mettre en place tout ce que son plaisir exige, de l’aménagement des lieux au recrutement des protagonistes. Ma seule consigne: la faire sortir d’elle-même, l’extraire de cette identité et de cette vie qui, selon ses dires, la rend heureuse.

Quant à moi, je contemple la longue ascension d’Angélique vers le plaisir, assise paresseusement sur un fauteuil de jardin pendant qu’une sauvageonne portant Doc Martens et mohawk jaune me lèche la chatte avec un enthousiasme stimulé par la vigoureuse enculade que lui prodigue avec un gode ceinture monumental une grasse butch au sourire niais et partiellement édenté. Même si elles ne se connaissaient pas il y a une heure à peine, ces deux-là s’en donnent à cœur joie dans l’unique but de me satisfaire… il ne faudra pas que j’oublie de leur demander leur nom, elles pourront peut-être servir une prochaine fois. Je fixe les amants d’Angélique et je suis hypnotisée par le son du va-et-vient, jusqu’à ce qu’ils prennent une pause, comme s’ils voulaient reprendre son souffle, puis le va-et-vient reprend, régulier, implacable. Je me prends à compter les coups de reins et je sens mes facultés mentales me déserter peu à peu. C’est comme ça qu’on devient une épouse modèle – du moins, c’est ce que j’essaie de me convaincre.

* * *

Comme d’habitude, j’ai joui la première, cette fois-ci en tordant dans mon poing la mèche canari de la punkette dont le nez s’est écrasé contre mon pubis. Surprise, la corpulente gouine s’est crispée, faisant du coup sortir le gode du cul de son amante dans un «flop» baveux. Ce fut l’étincelle qui a mis le feu aux poudres. Il n’en a pas fallu plus pour faire basculer Angélique dans l’orgasme; elle a d’abord émis un faible gémissement qui s’est ensuite mué en rugissement impétueux. Elle s’est crispée, a tremblé, puis, vaincue, elle a roulé sur le côté, abandonnant ses amants ahuris à leur bandaison inassouvie.

Il ne me reste plus maintenant qu’à congédier tout le monde, rapailler les fripes d’Angélique et la ramasser elle aussi à la petite cuillère pour la ramener à la maison. J’ai préparé une bonne soupe aux poireaux, cet après-midi, en prévision de notre retour. Je vais lui donner un bain, l’éponger, la poudrer et je vais ensuite la mettre au lit. Demain, nous serons toutes deux de retour sur le droit chemin, sur cette ligne dure que rien ne fait dévier, où tout est immuable et  le restera jusqu’à la fin des temps. Ses piles devraient être rechargées pour au moins quatre ou cinq semaines – peut-être même six, si je suis chanceuse.

 

Chloé était assise à califourchon sur mes cuisses et renversait son bassin vers l’arrière juste assez pour me permettre de fourrer vigoureusement mes doigts dans sa chatte. Quand elle se mit à gémir, je la bâillonnai avec ma main libre et lui sifflai un «chut!» réprobateur. J’attendis que ses soubresauts et ses tremblements de jouissance cessent avant de retirer mes mains de ses lèvres du haut comme celles du bas. Lorsque, blottie contre moi, elle eut repris son souffle, elle chuchota à mon oreille :

— Tu n’avais pas à faire ça. Il met des bouchons d’oreilles avant d’aller au lit. Et puis, il ne risque pas de se douter de quoi que ce soit; ça dépasserait son entendement.

— Parce qu’il croit que je suis la vieille amie que tu fréquentais à l’université – et non la petite amie que tu baisais avant d’obtenir ton diplôme et te convertir par magie à l’hétérosexualité?

— Es-tu en train de me traiter d’hypocrite?

— Non, Je suis seulement en train de te traiter de LUG. « Lesbian until graduation ».

— LUG… ça sonne un peu trop bois de chauffage à mon goût.

— Pourtant, je te trouve encore très chaude… pour une épouse de banlieue, s’entend.

— Ça ne me plait pas du tout, LUG. Ça sonne comme une insulte. Comme si on n’avait pas le droit dans la vie d’explorer sa sexualité et de changer de préférences.

— Meh. Who cares. C’est juste un mot, comme ça.

— Et puis, c’est en anglais. Je déteste ce slang américain qui vient continuellement salir notre belle langue française qui est si menacée au Québec.

— Bon. Tu es une LUG de souche, par-dessus le marché. C’est vraiment la fin des haricots.

— Ne te moque pas de moi!

— Je ne me moque jamais quand il s’agit de toi. J’ai eu de la peine quand on s’est perdues de vue, tu sais.

— Pfff. N’essaie pas de me faire croire que je t’ai brisé le cœur.

Mes yeux commençaient à s’humidifier un peu trop, alors je décidai de faire dévier légèrement la conversation.

— C’est un chouette mari que tu t’es dégottée là, dis donc.

— Oui, il est génial. Et vous avez eu l’air de bien vous entendre tous les deux, ce weekend. J’avoue avoir été agréablement surprise.

— Tu t’attendais à quoi? À un combat de coqs? Qu’on joue à celle qui pisse le plus loin? Je dis « celle » parce que je suis certaine que j’aurais gagné, hein…

— Nounoune!

— Tu aurais voulu que je te supplie de le plaquer là avec ses morveux et son split-level pour te sauver avec moi sur mon blanc destrier? Désolée chérie, mais je ne sors pas avec les filles straight.

— Tu ne fais que les baiser, à ce que je constate…

Je l’embrassai avec toute la tendresse dont j’étais capable, puis lui dit :

— Je voulais juste rappeler à la LUG ce qu’elle manque depuis qu’elle reste au foyer.

À la vanille pour les filles
Et au citron pour les garçons

Talons- aiguilles pour les filles
Complet-veston pour les garçons

La coquille, c’est ce qu’ont les filles
Les roustons, ce qu’ont les garçons

Rouler sa bille pour les filles
Frotter l’bâton pour les garçons

Chaînes aux chevilles pour les filles
Et le bâillon pour les garçons

Dans la pastille pour les filles
Au fond du fion pour les garçons

Je suis gentille avec les filles
Et un démon pour les garçons.

 

(Une histoire dont vous êtes l’héroïne, précédemment publiée dans le magazine FA)

C’est une magnifique soirée de printemps et vous vous dites qu’il serait criminel de ne pas en profiter. Vous revêtez donc vous plus beaux atours et décidez d’aller boire un verre sur une terrasse. Arrivée sur place, vous commandez du rosé et le sirotez en savourant pleinement le moment. L’air est doux, la terrasse est remplie de beau monde. D’ailleurs, le gars de la table d’à côté est mignon comme tout : les cheveux noirs, des yeux outremer et un sourire à faire fondre un glacier. «Celui-là, je le laisserais bien visiter ma lingerie fine…» pensez-vous en le regardant à la sauvette. Que faites-vous?

LàVous attendez sagement qu’il vous aborde. Après tout, vous êtes une femme respectable et bien élevée, n’est-ce pas…

Là Vous  décidez plutôt de lui faire le grand jeu : vous déboutonnez les deux premiers boutons de votre chemisier et lui faites vos œillades les plus meurtrières.

Le 12 janvier 2003, j’écrivais :

« Je suis de retour! Nouvelle année, nouvelle page web, nouvel emploi: encore heureux que j’aime la nouveauté.

Pour ceux qui se demandent où j’étais passée… j’ai eu un accident qui m’a clouée au lit pendant plusieurs semaines, j’ai rompu et repris avec Simone, j’ai abandonné mes études doctorales et j’ai décroché un boulot de prof d’histoire dans un petit collège plutôt chouette. Je commence d’ailleurs dans une semaine et je suis morte de trouille.»

J’inaugurais ainsi le blog qui à l’époque s’intitulait Les Cahiers d’Anne Archet et qui est devenu Lubricités en 2009, suite à une opération de compartimentation thématique qui a donné naissance au Blog flegmatique, à Curiosa et à la Gazette endocrinienne. Depuis, pas mal d’eau a coulé sous les ponts. J’ai abandonné l’enseignement depuis belle lurette, Simone est définitivement devenue mon ex, mais je suis encore et toujours morte de trouille. J’ai eu une attaque musclée du crabe dont je me remets toujours péniblement (mes cheveux sont encore clairsemées, ce qui me donne un look de harpie pitoyable), je vis maintenant de petits contrats et de rapines diverses et surtout, est entrée dans ma vie une petite puce si maligne qu’elle réussit continuellement à embrouiller sa maman avec ses raisonnements de haut vol.

Dix ans de blog, vous avouerez que ce n’est pas rien. En 2008, j’avais pris l’habitude de me présenter comme un dinosaure de la blogosphère. Je suis ensuite passée à cœlacanthe et maintenant, je crois que je mérite mon statut d’éponge de mer de la blogosphère : après tout, ces bestioles sont dans le décor depuis six cent million d’années, ne font pas grand ’chose à part se nourrir de débris divers, mais  contribuent quand même à l’hygiène de tas de gens. Avouez que j’ai déjà participé au relâchement de certaines de vos tensions – allez, avouez-donc, juste pour me faire plaisir.

Pour souligner l’événement, j’ai décidé d’organiser un fabuleux concours incroyablement excitant. Écrivez-moi quelque chose, un texte d’opinion, une nouvelle, un poème, une analyse politique, une lettre d’insulte, bref, n’importe quoi, en autant qu’il y ait une référence à Lubricités, à ma petite personne ou encore au fait que je sois en réalité un homme, une menteuse, un robot d’indexation, un chien savant ou l’équipe olympique de waterpolo du Liechtenstein. Racontez-moi comment ce blog a accompagné vos froides et sombres nuits d’hiver alors que vous étiez gardien de nuit dans un parking souterrain. Racontez-moi cette fois terrible où votre papa vous a surpris, la main sur le manche, en train de lire un de mes textes, alors que vous n’aviez que treize ans. Racontez-moi les cochonneries que vous avez faites avec le clebs de la famille et dites-moi que vous l’appelez depuis Schopenhauer. Ou encore, racontez-moi ce que vous auriez envie de me faire si je me retrouverais à votre merci dans un coin sombre.

Je choisirai les cinq meilleurs textes, les publierai sur mon blog et chaque auteur finaliste se méritera une copie de Pr0nographe, le ebook qu’il faut télécharger pour pouvoir se vanter de l’avoir lu. J’organiserai ensuite un vote populaire et le gagnant ou la gagnante deviendra ma source d’inspiration officielle : je lui écrirai une retaille d’hostie mettant en scène le fantasme de son choix.

Vous avez jusqu’au 20 décembre pour me faire parvenir votre texte. Tous les participants auront droit à mes bises virtuelles, en plus de recevoir une confidence que je ne révèle qu’à mes proches les plus intimes. Les textes des cinq finalistes seront publiés la première semaine de janvier et le nom du lauréat sera dévoilé en grandes pompes le 12 janvier 2013, jour du dixième anniversaire du blog.

D’ici là, je vous embrasse tous et toutes tendrement… pour vous remercier d’être toujours avec moi depuis toutes ces années.

M. Serge Lepitre
Directeur adjoint
Relations avec les partenaires

Objet: Comportements inappropriés au bureau

Monsieur Lepitre,

Je vous écris ce matin pour me plaindre pour harcèlement sexuel à mon endroit. Vous conviendrez que tous les employés ont droit de pouvoir travailler en paix, dans un environnement paisible et exempt de tout ce qui pourrait, de près ou de loin, suggérer le moindre comportement sexuel. Or, plusieurs de mes collègues ont récemment adopté des attitudes si lascives et si choquantes que j’en suis profondément traumatisé. C’est bien simple, je suis au bord de l’épuisement professionnel, de la dépression, du suicide et même, de l’agacement.

Par exemple, il y a Cassandra Bédard qui porte des chemisiers si décolletés qu’on voit son soutien-gorge rouge dès qu’elle se penche un peu, ce qu’elle a d’ailleurs fait devant le refroidisseur d’eau alors que Vincent, l’informaticien, la besognait en levrette, le pantalon aux chevilles. On se demande ensuite pourquoi notre réseau est toujours en panne.

Pis encore, Valérie Champoux passe ses journées à tortiller son cul dans son jeans à taille basse sous mon nez. Trouvez-vous normal que tous nos visiteurs puissent voir le string rose de la réceptionniste? Tout le monde au bureau sait qu’elle se fait ramoner chaque midi dans la salle de réunion par Gabriel Lelouche; croyez-vous que ce comportement est digne d’un membre du barreau?

Enfin, il y a Maude Lalonde et sa microjupe fuchsia – que vous avez sûrement remarquée – et qui est indigne de sa profession. Je sais que ça paraît incroyable, mais je vous assure qu’elle s’abaisse à sucer le concierge dans le placard à balai. Quand elle reçoit nos clients, elle sent la serpillière et le sperme à plein nez. Quelle déchéance!

J’exige que des mesures énergiques soient prises pour mettre fin à ces comportements scandaleux, sinon je porterai plainte au syndicat, à la Commission des droits de la personne et à la Ligue pour la moralité publique. Attendez-vous que la réputation de notre entreprise soit publiquement souillée par les turpitudes de ces catins lubriques?

Veuillez recevoir, Monsieur Lepitre, mes salutations les plus outrées.

Signé: un employé anonyme qui vous veut du bien.

Félicitations à Caroline Bégaud qui non seulement m’a envoyé la solution en premier… mais a en par dessus le marché payé sa copie de Pr0nographe! Vous avouerez avec moi que j’ai le meilleur lectorat de l’univers.