Papiers de fortune

Poésies sur feuilles éphémères...
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Je souffre des plis vulvaires de la lune
Cicatrices argentées sur mes nymphes d’émoi
Qui grugent le bois huileux des naufrages
Et mes yeux froissés de vestale impie

Apaise ma peine de ton hymen froid
Serre contre ma nuque tes cuisses d’oubli
Tes cheveux sont des aiguilles rouillées
Dans mes bras assoiffés de sucs maladifs

Nous prierons le vide et recevrons la terre
Je vendrai ta salive aux apaches éborgnés
Pour une seconde d’éternité assourdissante
Pour un instant tragique, le souffle coupé

Le rêve n’a plus de regards, et toi,
Femme aux mille sexes armés de fer
Tu plonges dans mon esprit tes cils vacillants
Pour éclairer le ciel d’apostasies flamboyantes

Notre agonie sera pavée de marbre obscur
Assourdissante comme l’aliénation délirante
Dans la grande prison des stigmates
Refuge abyssal des corps fracassés

Cher journal,

Le ciel est bas ce soir et l’air laiteux comme ma peau ne le sera jamais. La ville a des tendons, je baigne dans sa lymphe, mirage opaque de métal. On me siffle, je n’ai plus de cils, les garçons qui jouent à la pelote dans les ruelles me bouffent le coeur. Les murs sont maculés de slogans lycanthropes, chaque flic comme une star de cellulite me déteste. Près du square, je vois la fillette apache du quatrième, elle largue ses bombes capillaires sur l’épicier spongieux transpercé de mille couteaux. La vitrine me renvoie le reflet de milliers d’Anne Archet fracturées fondantes sous l’acide du temps qui me répètent : « Je suis presque morte, je suis si amoureuse mais pourtant tellement mourante, je suis une femme et je fais ce que je crois que les femmes font lorsqu’elles disparaissent. »

Rédigé sur une serviette de table en papier

Jambes jambes jambes jambes malgré les flics
J’ai l’impudeur tatouée par les ministères
Et je n’aime que tes odeurs
De ruelles canines et amoureuses

Je veux ta langue rhizomique
Je suis facile mais pas simple
Je ne suis pas une moule mais une méduse
Cachée dans une montagne de sucre roux

Jus de pêche jus d’organes
Jus de poire tes seins comme des gifles
Je veux voir mon or liquide sombrer au vortex
Du lac de feu de ta bouche charcutière

C’est le grand soir
L’été est jaune dans mon coeur de fromage
Moulin à viande ce trottoir brûlant
De la vile ville des viragos vidangées

Goûte la goutte de l’outre de mes cils si lisses
Je suis la morue volante des secrétaires
Et je jouis en pleurant
Quand tombent les filles mortes

(Rédigé au verso d’une lettre d’adieu.)

Je ne sais plus à qui confier mon désespoir.

À mon réveil, ce matin, j’avais la langue de Kurt Gödel sur le sexe et des paradoxes d’autoréférence vissés au crâne. « La logique n’est pas logique » me disait-il entre deux lapements. Mais il y a pire : les ovaires des derviches sur la butte des axiomes, les heures calculées du tout perméable, les crises déductives des veines métalliques, les os hypothétiques des corps suppliciés.

Voyez, je me branle, que faire d’autre ? Le doigt de jantronomie spéculative des chaffartiques mandocrastiens humide humide humide je me branle non pas pour jouir mais pour ne pas souffir je suis prête à tout pour ne pas souffrir prête à tout à genoux nue et tremplante je me branle branle ne me demandez pas jusqu’où je suis prête à aller souillée brisée scandale sur la voie publique et déchéances sans fin.

Sauvez-moi de l’espérance mathématique qui se dérobe sous mes pieds sauvez-moi de mes visions en dentelle de tendons. Ma pensée est une excroissance odieuse au parfum de charogne fleurie ma pensée est sous le scalpel laiteux des pertes opalines et des bouches baveuses. Sauvez-moi j’ai le corps plus dément que l’esprit je suis désarticulée dans la boue grasse des noumènes et je m’efface lentement comme le frinqueleur boupesque des généalogies lombaires.

Momifiez-moi
J’ai l’esprit confit, hermaphrodite
Prenez-moi
Je suis une catin sédative
Sauvez-moi
Je suis une sous-putain
Sans prix
Sans volonté
Sans conditions

(Rédigé au verso d’une pub de spectacle.)

J’ai passé la journée à te dire merci mon néant
mon beau néant je t’aime
néant sublime tu es si vide et sans fond
et tu m’aspires joli néant de mon coeur
j’embrasse ta présence faite de rien
et d’absence de tout
tu es si vide et si ineffable néant chéri
que je ne te tiens pas dans mes bras
oh mon vide
tu n’es même pas une cavité ou un trou
tu es le néant entouré de rien
et je m’incline devant la puissance
de ta vacuité insoutenable
et je baise de ma langue bleue
ton vortex éternel

(Rédigé sur du papier à photocopie.)

Je n’ai pas honte de dire que j’ai un revolver et que sais m’en servir. J’aime mon revolver. Mon revolver est mon meilleur ami. Je ne donnerais mon revolver à personne. Seuls mes proches les plus intimes ont le privilège exceptionnel d’essayer mon revolver. J’ai toujours mon revolver près de moi, sous mon oreiller ou dans le tiroir de ma table de chevet. La nuit, je suis calme et sereine grâce à mon revolver. Je n’ai jamais peur de rester seule grâce à mon revolver. Mon revolver est toujours propre et bien huilé – je dois veiller sur mon revolver si je veux qu’il veille sur moi. Mon revolver est juste assez gros pour que je puisse le manier de façon sécuritaire, sans risquer de me blesser. Je garde mon revolver hors de la portée des enfants. Je crois que toutes les femmes seules devraient comme moi se munir d’un revolver pour assurer leur tranquillité d’esprit.

Je n’ai pas honte de dire que j’ai un vibrateur et que sais m’en servir. J’aime mon vibrateur. Mon vibrateur est mon meilleur ami. Je ne donnerais mon vibrateur à personne. Seuls mes proches les plus intimes ont le privilège exceptionnel d’essayer mon vibrateur. J’ai toujours mon vibrateur près de moi, sous mon oreiller ou dans le tiroir de ma table de chevet. La nuit, je suis calme et sereine grâce à mon vibrateur. Je n’ai jamais peur de rester seule grâce à mon vibrateur. Mon vibrateur est toujours propre et bien huilé – je dois veiller sur mon vibrateur si je veux qu’il veille sur moi. Mon vibrateur est juste assez gros pour que je puisse le manier de façon sécuritaire, sans risquer de me blesser. Je garde mon vibrateur hors de la portée des enfants. Je crois que toutes les femmes seules devraient comme moi se munir d’un vibrateur pour assurer leur tranquillité d’esprit.

Je n’ai pas honte de dire que j’ai un mari et que sais m’en servir. J’aime mon mari. Mon mari est mon meilleur ami. Je ne donnerais mon mari à personne. Seuls mes proches les plus intimes ont le privilège exceptionnel d’essayer mon mari. J’ai toujours mon mari près de moi, sous mon oreiller ou dans le tiroir de ma table de chevet. La nuit, je suis calme et sereine grâce à mon mari. Je n’ai jamais peur de rester seule grâce à mon mari. Mon mari est toujours propre et bien huilé – je dois veiller sur mon mari si je veux qu’il veille sur moi. Mon mari est juste assez gros pour que je puisse le manier de façon sécuritaire, sans risquer de me blesser. Je garde mon mari hors de la portée des enfants. Je crois que toutes les femmes seules devraient comme moi se munir d’un mari pour assurer leur tranquillité d’esprit.

Je n’ai pas honte de dire que j’ai un Seigneur Jésus Christ et que sais m’en servir. J’aime mon Seigneur Jésus Christ. Mon Seigneur Jésus Christ est mon meilleur ami. Je ne donnerais mon Seigneur Jésus Christ à personne. Seuls mes proches les plus intimes ont le privilège exceptionnel d’essayer mon Seigneur Jésus Christ. J’ai toujours mon Seigneur Jésus Christ près de moi, sous mon oreiller ou dans le tiroir de ma table de chevet. La nuit, je suis calme et sereine grâce à mon Seigneur Jésus Christ. Je n’ai jamais peur de rester seule grâce à mon Seigneur Jésus Christ. Mon Seigneur Jésus Christ est toujours propre et bien huilé – je dois veiller sur mon Seigneur Jésus Christ si je veux qu’il veille sur moi. Mon Seigneur Jésus Christ est juste assez gros pour que je puisse le manier de façon sécuritaire, sans risquer de me blesser. Je garde mon Seigneur Jésus Christ hors de la portée des enfants. Je crois que toutes les femmes seules devraient comme moi se munir d’un Seigneur Jésus Christ pour assurer leur tranquillité d’esprit.

(Rédigé sur une serviette de papier.)

La plaie de muscade traverse le Lac Saint-Jean
Vertu tendre de la gorge technique sur la butte
Glande de peur mes orteils verts de sucre d’érable
La cathédrale plie mes verrues il est vingt heures

Il est des routes magnétiques qui récurent le sommeil
Grande galerie flamme menstruée foie de chochon rave
Mes joues attendries sourire de boucherie téléologie
Ma peau de tôle galvanisée j’ai besoin d’un doigt ici

Mes bielles sont jaunes sous la pluie digestive
Demain le sens aura l’autoroute différentielle
Je suis une huître elle est un gangster
Mes dents sont bleues clito de nacre