Papiers de fortune

Page 3

Poésies sur feuilles éphémères...
19 articles in category Papiers de fortune / Subscribe

(Rédigé au verso d’une copie d’élève corrigée mais jamais réclamée.)

J’empaille des syllogismes dans la cuisine et on m’empale le sophisme dans la chambre à coucher.

Profitez de nos aubaines — des nouvelles du front — mort de la fille d’aspect cuir véritable — pour un temps limité — des rigoles de douleur — oignons sexuels — pot rustique pour infirmier mégalomane — vaste offensive des soldes analphabètes — mes melons moulés sur la plaine pleine de peines péniennes— vélo volé du mâle maléfique mais mouvant — deux nouilles oranges et limonade rose — les libéraux ont de grandes aiguilles — Big Bang bonhomme — craie crue carnivore — canard en vitre — connard en mitre — pire pétoncle que ptérodactyle

Titularisépublicationduboisseaudevinaigrette

(Rédigé à l’endos d’un programme de théâtre.)

Je me suis levée ce matin avec une moustache stalinienne. Le lait était chaud et j’oubliai mes gants. Dehors, ce n’était pas l’automne.

Une dame avait de longs lobes d’oreilles; c’était la femme du Bouddha, membre à part entière de l’étalage. Elle avait oublié sa correspondance car elle était obèse — incitation au meurtre ?

Terminus. J’allai rejoindre la jeune femme à la guêpière noire et à la barbe fleurie. Elle était parente avec Claude Gauvreau, mais cela n’avait aucune importance puisqu’elle travaillait au cimetière. Elle feint de me voir. Je l’embrassai. Elle ressemblait à rien. Je la suivis.

Le long couloir s’enfonçait dans la terre. Les corps étaient mal enfouis. L’altitude me donnait le vertige, l’odeur me faisait pyrrhoniser. Son sexe n’était toutefois que terre humide — une relique de Wounded Knee qu’elle tenait d’un chaman tragique. Elle glissa hors de ses écailles et me compara à son bourreau. J’entrepris de la raser, elle se laissa manipuler avec complaisance. Les mains encens.

La succube glabre voulut brûler ma moelle épinière, mais je suis immunisée contre la dialectique. Il ne faut pas oublier que j’ai appris les bonnes manières chez les Ursulines… Elle rendit donc l’âme dans mes bras, sans avoir pu faire usage de ses zones moites. Un bref moment de peur contre un grand moment soulagement.

Mais tout cela est bien lassant.

Je finis donc par entrer quelque part avec ma moustache hitlérienne. Le personnel était courtois, c’est rassurant quand on y pense. J’ai choisi ces capsules colorées mais l’engin de métal brûlant m’aspire encore. De son canon jaillit le sperme qui maculera la stèle de mes amours fanées. Au dernier moment, si je pleure, se sera juste pour rire.

(Rédigé au verso d’un vieux plan de cours.)

Un léger picotement au coin de l’oeil et le cil qui réverbère comme un ongle grenat le long du cou le long de la moelle, aliment amoral. Les plis de front en parchemin qui grugent les fibres devenus friables sous l’acide remords intraveineux.

Une main, trop tiède, trop tard abandonnée à la dérive du mal inutile au chavirement des esprits vers l’aube du dernier espoir. Elle s’accroche à la tempe elle s’accroche et tient jusqu’au sang qui s’écoule, oh! quelques gouttes à peine juste assez d’eau lustrale pour les célébrations du bout de la nuit.

Un léger picotement, l’échine noueuse et les muscles comme un incantation le long de la folie, pour oublier définitivement la trace des doigts sur la peau. C’est un état porté par la glace, une nausée, une goutte amère qu’on relègue par dépit au fond de la gorge, comme un frisson sans effet bloqué dans la nuque.

C’est comme un noeud autour du crâne, un vilebrequin des cartilages les aiguilles de paupières les larmes sablées ma lymphe dès l’aurore elle me coule des yeux par tremblements de peur de trop s’étirer. C’est une infime douleur à la tempe acide, sur les os et les bulles de dépit qui en découlent.

Elle en a eu assez, cette pauvre terre de roc et pourtant, sauce au sable revenir toujours aux mêmes mots mêmes phrases qui ont la chaleur facile à prévoir prévisible toujours trop prévisible. J’irai voir le docteur scalpel pour qu’il me prescrive des réponses salées, des solutés pour m’endormir, pour faire hiberner le destin. Et après vienne la révolution, les bombes, les trompettes, je m’enfoncerai dans le néant puisque c’est un endroit qui me ressemble.

(Rédigé au verso d’une pub de lessive.)

Elle me dit:

Je ne te quitterai jamais,
     à moins que tout l’or de tes colères ne cesse de se muer en cantiques.
Je ne te quitterai jamais,
     à moins que la neige des pierres ne se mette à réciter L’Union libre.
Je ne te quitterai jamais,
     à moins que le feu sonore de tes cheveux ne cesse de provoquer.
Je ne te quitterai jamais,
     à moins que la chapelle ardente de tes bras ne se ferme sur les pages numériques.
Je ne te quitterai jamais,
     à moins que la caféine de ton regard ne cesse de parfumer les rues de cannelle.
Je ne te quitterai jamais,
     à moins que ton visage ne s’efface sur la bure de la mort.

Et je la crois,
Parce que sa voix est douce comme le martinet de l’été
Parce que sa raison a des paroles souterraines
Parce que ses mots sont froids comme la pluie
Parce que ses baisers ont la quadrature des hyperboles acides.

(Rédigé à l’endos d’un menu de café.)

Il est une heure dans mon abri de Jésus-Christ poilu. Il est une heure à ma table et j’en bave d’aise comme une moniale édentée.

Et on continue d’écouter la lutte dans la taverne à gauche, et on continue de regarder le bien, le mal à travers une grosse quille. Une quille! Donne-moi donc une grosse bien froide pour flatter ma valeur humaine! Viens me la rentrer dans la tête, sale pornocrate englué! Vas-y, appuie-moi sur la porte, que je touche ta seringue en bébé formol! Viens que je te suce, tu es bien raide mort!

À ma connaissance, les gens sont mouillés. Vas-y, lèche mes méninges, moi aussi je suis bien mouillée, nervurée, bien soluble! Ton souffle est lourd de métal, toi Saturne, ma peine d’alcool. Lèche mes cordages, ma vie est bien bandée.

Puisque c’est ainsi, buvons du vin de plomb, la chaleur est vraie. Buvons pour éclaircir le poison, buvons pour tuer l’espérance imposable. Bois sans soif les flots âcres de mon dernier souffle; moi je broierai seule le suc ductile de ton sexe bienveillant.