Poésies licencieuses

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Ce ne sont que des mots...
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Je n’ai pas de chatte
Mais un matou gras et satisfait
Qui dort beaucoup
Parfois pendant des semaines entières
Pataugeant dans la dégustation
Luxurieuse et égoïste
de sa propre existence
Laissant indolent
Dériver sa vie
Bien au chaud

Mais quand il se réveille
Affamé
Impatient
Vorace
Fébrile

Ses lèvres mal léchées
Dégouttent dégouttent
Mouillent sa fourrure
À la moindre brise musquée
À la moindre effluve de sueur
Ou du sang
Au moindre battement de cils

Alors il bouffe
Et bouffe
Des jours durant
Sans arrêt
S’étirant se dilatant
Cédant à toutes les tentations
Pour avoir juste un peu plus
Toujours plus
Plus encore
Encore

Et quand enfin repus
Il laisse derrière lui
Désordre
Morsures
Contusions
Muscles endoloris
Cœurs déchirés

Pour retourner dans son coin
Les yeux en amande
Bien au chaud
Ronronnant
Satisfait
Replet

Le Pape a le regard incestueux
La crosse suintante
Ne laissez pas venir à lui
Les embryons de l’évangile

La respiration ovale
Du laitier polyglotte
Mord ma nuque sexuelle
Plaie séminale

Les machines mercantiles
Et les scalpels des nations
Me trouvent nue sur le sol
Posent leur canon chaud sur ma tempe

Rendent mon haleine acide et tourbeuse
Brisent mes béquilles de cartilage
Donnent mon cœur aux chiens
Et mes muqueuses aux passants.

Je voudrais avoir des mots sinueux et vibrants
Des mots trois fois millénaires
Des mots que je réciterais
Avec ma voix d’enfant-poussière
Suicidaire et maléfique.

Avec ma bouche et mes doigts
Je ferais les signes froids de la reine des mouches
Je mimerais les crimes difformes et sans âge
De mes ancêtres noirs
    — folle, écumante échevelée
        du sang et des cheveux sous les ongles.

Épuisée à vos pieds
Je voudrais vous voir jouir sans vous toucher
Le sexe congestionné, tremblant.
Après, je vous lècherais
Avec reconnaissance, délice et respect.

Les murs coulaient lentement comme sous la flamme de la chandelle.

Nos jambes liées par des draps d’épiderme, tu me lisais le Pervigilium mortis de ta voix d’Orient. Et je pleurais, silencieuse, le nez dans ta nuque, je pleurais la beauté comme le font toutes les filles des chambres vagues, celles dont tu tais les noms inventés.

Maintenant sans toi ni toit, nue, perdue, nubile, immobile, je lis ta lettre, je croque tes mots, qui éclatent sous mes dents comme des billes de verre. Les gencives lacérées, mon sang épais perce tes mensonges, ils sont si beaux qu’ils ne peuvent qu’être vrais. Tu es ma colère rayonnante, mon puits d’ire aveuglante, tu fracasses mes illusions comme d’autres fardent leurs paupières.

Laisse-moi retourner à l’origine du monde. Je reste telle que tu m’as laissée, debout dans la pluie froide, ange en miettes sur mon roc, les cheveux fendus dans l’air électrique. Reviens.

Je jouis boudeuse de tes larmes de sucre
Tes cils prodigues contre ma tempe
Sang renversé et désordre textile

Reste immobile encore oui un peu
La chaleur des algues étourdit mes narines
Je te sais muette et pourtant de ta bouche
Fuient des mots étranges périls en osmose

Ton rire est trop pur pour tes gestes souillés
Fichée sur ton doigt j’attends l’incendie
Oh laisse-moi donc guider ta main
Où ma peau s’achève et mes rêves commencent.

Prends-moi par la taille avec tes bras reptiles comme le roc aux yeux mi-clos.
Prends-moi par la main avec tes tresses mauves comme le félin glacé.
Prends-moi par les épaules avec tes moues d’uranium comme les visions d’archanges.
Prends-moi par les cheveux avec tes songes osseux comme les grincements verts des angles sonores.
Prends-moi par les seins avec ton souffle d’émeraude comme une débauchée aux ongles de bravoure.
Prends-moi par le sexe avec tes doigts de grammaire comme une étoile aux pensées volcaniques.
Prends-moi par le cul avec ta langue de terre chaude comme une huître aux paraboles catholiques.
Prend-moi par le cœur avec tes mots de rasoir comme l’amante cartésienne aux larmes fatales.