Poésies licencieuses

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Ce ne sont que des mots...
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(Chanson à répondre)

Pendre un cochon par la queue
Prendre Denis Cauchon par la queue
Siffler en astiquant, siffler en besognant
Prendre Cauchon par la queue
La la la la la, la la la la.

Prendre Denis Cauchon par la queue
Denis Cauchon qui dit un « Non ! » étouffé
Par la culotte sale enfoncée dans sa gorge
Ma culotte qui bâillonne Denis Cauchon
Assis sur le siège du passager
De la beetle soixante seize de ma mère
La queue de Denis qui palpite dans ma main
Pendant qu’il tente de se libérer
Pendant qu’il tente de se dépêtrer
De sa ceinture achetée chez Moores
La la la la la, la la la la.

Siffler en astiquant, siffler en besognant
Et prendre Denis Cauchon par la queue
Pour le porter à mes lèvres
Car je sais jouer de cet instrument
Porter la queue de Denis Cauchon à ma bouche
Pendant qu’il tortille sont petit cul
Et s’escrime avec sa ceinture pur cuir
Avec des han ! et des heu ! et des ouf !
Denis Cauchon pris par sa queue qui dégoutte
Quelques foutues gouttes de foutre dégoûtant
La la la la la, la la la la.

Avec des han ! et des heu ! et des ouf !
Denis Cauchon hulule et perd ses lunettes
Pendant que sa queue chatouille ma luette
Il ahane et de ses hanches avance son manche
Sa queue pointue de véritable Denis Cauchon
La queue de Denis Cauchon qu’enfin je suce
Caché, son vit tendu par les vitres teintés
Avec des han ! et des heu ! et des ouf !
Apeuré Denis Cauchon donne et crache sa purée
Giclée débordante gifle mon débardeur
La la la la la, la la la la.

Prendre un cochon par la bouche
Prendre Denis Cauchon par la bouche
Donner la langue et lui glisser en rigolant
Quelques foutues gouttes de foutre dégoûtant
La la la la la, la la la la.

Un autre cri désordonné lancé à l’âge tendre de dix-neuf ans au même homme que la dernière fois.

*  *  *

Fuck ton sourire lumineux d’archange bestial
Fuck tes yeux noirs d’abysse
Fuck le voile soyeux de tes cheveux sur ton front
Fuck les jeans noirs un peu délavés que tu portes
    tous les vendredis
Fuck tes souliers juste assez usés pour faire bohème et chic
Fuck tes fesses trop bien moulées dans tes ignobles
    jeans du vendredi
Fuck le son de ta voix je hais le son de ta voix dans ma tête
    surtout quand je suis seule
Fuck tes idées et fuck ta thèse je n’ai rien à foutre de ton génie
Fuck ta poésie elle est meilleure que la mienne et je la déteste
Fuck tes compliments tu aimes ce que j’écris
    et j’en ai rien à branler
Fuck ton chien s’il me lèche une fois de plus je l’émascule
    avec ma lime à ongles
Fuck ton appartement d’Ahuntsic
Fuck Ahuntsic je déteste ce quartier parce que tu y habites
    et je continuerai de le détester jusqu’après ma mort
Fuck ton café-filtre avec du lait condensé sucré
Fuck ta manie de verser du lait condensé sucré dans mon café-filtre
Fuck ta gueule d’amant romantique tiré d’un roman Harlequin
Fuck les choix que tu m’obliges à faire car je choisis
    de t’envoyer te faire foutre
Fuck les petites allumeuses du collège qui te sucent entre deux cours
Fuck les petites traînées que tu baptises de ta purée pédagogique
    brouet qu’elles avalent en gloussant ces pies
Fuck les cachous que tu leur offres après, goguenard
Fuck l’odeur de plotte mal récurée qu’elles laissent flotter
    comme un trophée dans ton bureau
Fuck ta sale tête de Viet, j’espère que tu crèveras d’une mort
    atroce entre le mains d’un GI survitaminé
Fuck tes propos responsables et sensés
    alors que je suis hors de moi
Fuck ton calme ton flegme tu me mets hors de moi
    et tu en tires le pire
Fuck tes explications je chie sur tes explications
    je me torche avec tes lettres d’amour
Fuck ton cul angélique d’intello que j’enculerais si je le pouvais
Fuck ta sale trique, Trang, elle est jaune laide et tordue
Fuck tes condoms nervurés pour mon plaisir et ta bite hygiénique
    j’espère qu’elle pissera sang et ordures gonococciques
Fuck la larme de foutre opalin perlant du méat de ton gland
    apoplectique elle n’a rien d’émouvant elle n’est pas sublime
    je mentais
Fuck ton jus amer il donnerait envie de vomir
    aux dernières
    des catins tænia scato-spermophages
Fuck ton foutu foutre – que Satan le récolte et t’y noie
    avec toutes tes pétasses que tu as pu asperger
    pendant tes pauses syndicales
Fuck tout l’amour que j’ai eu et que j’ai encore pour toi je te hais et je hais le culte que te vouent mes sens va te faire sodomiser par un bouc syphilitique adorable vomissure abjecte va te faire f […]

(Écrit et récité il y a quelques années pour enrager le papa de mon amoureuse, qui heureusement ne bascule pas dans la violence pyromane lorsqu’on ridiculise son sauveur et seigneur.)

Jésus m’a prise en levrette
Sur la banquette arrière
D’une mini fourgonnette
C’était divin, c’était mystique
Surtout lorsqu’il épongea ma cyprine
Avec sa barbe christique
Puissante et miséricordieuse

J’ai alors épinglé mon numéro
À sa couronne d’épines
« Je te rappelle, bébé »
M’a-t-il dit en remontant son pagne
Ce que le lendemain, oh miracle ! il fit
Prouvant ainsi qu’il est bien
Le fils de l’homme, le Messie

« Hier soir, c’était vraiment bien »
Me susurra-t-il en araméen
« Je craque pour les femmes
Bonnes à lapider
Fétichistes, laveuses de pieds
Adultères et pécheresses
Que fais-tu dimanche, après la messe ? »

Puisque le rédempteur était marié
Le royaume des cieux m’était interdit
Je dus me contenter de sa Windstar
Et du parking de l’église Saint-Elzéar
Où chaque jour du seigneur
La messe fut dite, stigmates aux fesses
Et petites culottes aux chevilles

« Partons avec ta sainte familiale »
Lui suggérai-je un jour, éperdue d’amour
Quitte ta femme, allons à Vegas
Pour qu’un sosie du roi des rois
Célèbre nos noces de Cana
Une bible dans la main et dans l’autre
Un banana-peanut butter sandwich

« Je ne peux abandonner les enfants de dieu »
Me répondit-il en essuyant son auréole
« Ma femme se doute de quelque chose
Elle veut des vacances à Niagara Falls
Un lit de satin en forme de sacré-cœur
Des orgasmes simulés et un buffet de crêpes
Multipliées pour le petit déjeuner »

Après l’avoir apostasié
Crucifiée seule dans mon lit
Privée de son corps de son sang
Livrée à moi-même
En rémission de mes péchés
Je rêve d’un amour miséricordieux
Sans couronne d’épines

(Ode ordurière écrite au feutre indélébile sur la porte du bureau d’un ancien amant, par esprit de vengeance ou de reconquête, je ne me souviens plus très bien.)

Enfonce-toi bien profondément
Dans ma gorge de sale gamine
Jusqu’à ce que je m’étrangle de bonheur
J’en ai assez de toutes ces bites rouges
Mâchouillées minces comme des stylos bille
I want to suck a big cock

À genoux devant la pâte de ton rouleau
Je veux m’accrocher à ta taille
Soudée à ta chair comme une lamproie
Sucer ton sang ton sperme ton souffle
La main soupesant ton sac de billes
I want to suck your big cock

Personne ne suce comme une bâtarde
Or je suis sang-mêlé odieuse impure
J’aime les queues crochues tordues
Odorantes et violettes comme une corolle
La tienne est imparfaite à la perfection
Let me suck your big cock

Si c’est non j’irai dans les ruelles suintantes
Où les videurs vont fumer leur clope
Où les inconnus parfaits attendent leur pipe
Avaler le trop plein de hargne grise
Vider couilles étranges et peines pulsantes
I want to suck a cock and don’t care whose it is

Je lécherais la benoîte bite du pape impie
Je laisserais dieu le père m’enculer
Avec les éclairs merdeux du saint esprit
Je boirais la pisse aigre de Belzébuth s’écoulant
De la béance bienheureuse de la vierge marie
If that’s what it takes to suck your big cock

Je ne te lâcherai pas tant que ton foutre
En gouttes constelle mes seins ou le carrelage
Je veux pomper la vie hors de tes artères
Comme la reine trayeuse de ta voie lactée
I need a big cock to suck
I want to suck your big cock

La position du missionnaire
À Saint-Albert
La position d’Andromaque
À Saint-Benoît-du-Lac
La bête à deux dos
À Dolbeau
Les petites cuillères
À Saint-Cuthbert
Les vignes enlacées
À Saguenay
La levrette
À Saint-Anicet
La belle endormie
À Charny
L’écrin à bijoux
À Limoilou
Le rêveur ardent
Au Lac Saint Jean
Le cheval au galop
À Baie-Comeau
Le cavalier à la barre
À Ville-Émard
Le lotus renversé
À Gaspé
L’offrande secrète
À Lac-Bouchette
Le moulin à vent
À Saint-Jean
La brouette chinoise
À Sainte-Françoise
L’aurore boréale
À Montréal
Le marteau piqueur
À Saint-Cyrille-de-Wendover
L’étreinte du panda
À Oka
La culbute
À Lachute
La balançoire
À Saint-Liboire
Le grand écart
À Saint-Anaclet-de-Lessard
L’artilleur
À Chandler
Le phénix dans la joie
À Val-des-Bois

Dans mon lit ce matin dormait près de moi Stenka Razine. Sa barque était sombre et brutale ; il m’a jetée par dessus bord pour prouver à ses cosaques que son âme restait grande et loyale. Ma fente de cuir suintait l’eau de rose comme une icône miraculée mais personne à abreuver sur les rives du don. Je flottais, algue apostasiée entre les eaux tièdes et obscures des pensées communes, des cheveux et des sexes frôlant ma joue, me forçant à avaler, désemparée, ce liquide astringent. Heureusement, je fus sauvée par cette femme nue à la peau bleue, portant les stigmates sur sa langue, ses pieds, son flanc et ses innombrables mains. Elle n’a toujours pas quitté mes bras, ses cris creusent sur mes tempes des sillons qui se rejoingent pour former un alphabet impur. J’ai la lèvre inférieure tuméfiée et l’ironie terrifiée.

Il n’y a que moi qui sais que l’institutrice contorsionniste a frotté sa vulve contre la garniture à la crème des flancs du marché. Il n’y a que moi qui sais que la nonne de cuir laisse sécher du sperme sous son aisselle.

Le murmure de l’eau fait seul diversion au calme de cette nuit géologique. Je n’ai plus de mains et de cheveux, mes ailes sont nerveuses et nervurées et je sens la présence des peaux irascibles grâce à un trou que les drosophiles ont creusé derrière ma tête. Le jour, je dors sur l’autel, je reste immobile telle une statue et les glossines viennent adorer ma beauté en m’embrassant les pieds. Mais lorsque tombe la nuit, je me réveille des profondeurs obscures de la mort, j’enfile un costume noir qui dévoile les vingt-deux points sensibles de mon corps et je m’asseois sur un trône rouge, dans la salle des glaces. Toute la nuit les lucioles font le cercle d’Éros autour de moi, baisent rituellement ma peau et me mènent à tire d’aile jusqu’à la déchirure.

Pourquoi existons-nous ?
Ta queue entre mes fesses.
Pourquoi sommes-nous ici ?
Ma langue sur ton cul.
Pourquoi existe-il quelque chose plutôt que rien ?
Tes lèvres sur mes seins.
Peut-on avoir raison toute seule ?
Mes dents sur tes couilles.
Tout s’en va-t-il avec le temps ?
Mes cuisses autour de tes hanches, ta bouche aspirant mon souffle.
Doit-on obéir aux lois ?
Les mains liées derrière le dos, la pine dressée et les yeux grands ouverts
Peut-on être libre sans les autres ?
Relents de fente et de foutre dans la pénombre de ma chambre
Suffit-il de parler pour dialoguer ?
Mes ongles en sang dans ton dos, avant de sombrer dans l’inconscience.
Qu’est-ce que l’amour ?

J’en ai assez de ce stéthoscope
De ce petit air coincé et professionnel
De cette compassion bidon.

Fouille dans le gros coffre de bois
Qui me sert de table de nuit
Tout y est.

Prends les menottes
Attache-moi à quelque chose
N’importe quoi
La tête du lit, tiens
Tout de suite.

Si je me plains
Si je fais la mauvaise fille
Prends le bâillon
Enfonce-le moi dans la bouche
Attache-le bien serré
Oblige-moi à le porter
Jusqu’à ce que je sois aveuglée de larmes.

Je serai gentille
Je serai obéissante
Sinon, prends le fouet
Corrige-moi si je le mérite
J’apprendrai ma leçon
Je te le jure.

Pourquoi fais-tu tant de manières?
Je te le demande poliment.
Bande-moi les yeux
Que je me perde
Que je m’abandonne

Embrasse-moi
Profondément
Lentement
Je veux sentir ta langue me fouiller
Regarde-moi trembler
Comme une fillette perdue dans la cour des grands

Mets ta main entre mes cuisses
Appuie fermement
Ne vois-tu pas que je brûle?
Tu me veux, non?
Tu me veux nue?
Déshabille-moi!
Arrache mes vêtements!

Je serai ta chose
Je suis ta patiente
Fais de moi ton sujet
Assujettis-moi
Fais-moi vibrer
Fais-moi chavirer
Fais-moi délirer.

Ensuite, je te ferai la même chose
— dans le même ordre
Promis.

Je n’ai pas de chatte
Mais un matou gras et satisfait
Qui dort beaucoup
Parfois pendant des semaines entières
Pataugeant dans la dégustation
Luxurieuse et égoïste
de sa propre existence
Laissant indolent
Dériver sa vie
Bien au chaud

Mais quand il se réveille
Affamé
Impatient
Vorace
Fébrile

Ses lèvres mal léchées
Dégouttent dégouttent
Mouillent sa fourrure
À la moindre brise musquée
À la moindre effluve de sueur
Ou du sang
Au moindre battement de cils

Alors il bouffe
Et bouffe
Des jours durant
Sans arrêt
S’étirant se dilatant
Cédant à toutes les tentations
Pour avoir juste un peu plus
Toujours plus
Plus encore
Encore

Et quand enfin repus
Il laisse derrière lui
Désordre
Morsures
Contusions
Muscles endoloris
Cœurs déchirés

Pour retourner dans son coin
Les yeux en amande
Bien au chaud
Ronronnant
Satisfait
Replet

Le Pape a le regard incestueux
La crosse suintante
Ne laissez pas venir à lui
Les embryons de l’évangile

La respiration ovale
Du laitier polyglotte
Mord ma nuque sexuelle
Plaie séminale

Les machines mercantiles
Et les scalpels des nations
Me trouvent nue sur le sol
Posent leur canon chaud sur ma tempe

Rendent mon haleine acide et tourbeuse
Brisent mes béquilles de cartilage
Donnent mon cœur aux chiens
Et mes muqueuses aux passants.

Je voudrais avoir des mots sinueux et vibrants
Des mots trois fois millénaires
Des mots que je réciterais
Avec ma voix d’enfant-poussière
Suicidaire et maléfique.

Avec ma bouche et mes doigts
Je ferais les signes froids de la reine des mouches
Je mimerais les crimes difformes et sans âge
De mes ancêtres noirs
    — folle, écumante échevelée
        du sang et des cheveux sous les ongles.

Épuisée à vos pieds
Je voudrais vous voir jouir sans vous toucher
Le sexe congestionné, tremblant.
Après, je vous lècherais
Avec reconnaissance, délice et respect.

Les murs coulaient lentement comme sous la flamme de la chandelle.

Nos jambes liées par des draps d’épiderme, tu me lisais le Pervigilium mortis de ta voix d’Orient. Et je pleurais, silencieuse, le nez dans ta nuque, je pleurais la beauté comme le font toutes les filles des chambres vagues, celles dont tu tais les noms inventés.

Maintenant sans toi ni toit, nue, perdue, nubile, immobile, je lis ta lettre, je croque tes mots, qui éclatent sous mes dents comme des billes de verre. Les gencives lacérées, mon sang épais perce tes mensonges, ils sont si beaux qu’ils ne peuvent qu’être vrais. Tu es ma colère rayonnante, mon puits d’ire aveuglante, tu fracasses mes illusions comme d’autres fardent leurs paupières.

Laisse-moi retourner à l’origine du monde. Je reste telle que tu m’as laissée, debout dans la pluie froide, ange en miettes sur mon roc, les cheveux fendus dans l’air électrique. Reviens.

Je jouis boudeuse de tes larmes de sucre
Tes cils prodigues contre ma tempe
Sang renversé et désordre textile

Reste immobile encore oui un peu
La chaleur des algues étourdit mes narines
Je te sais muette et pourtant de ta bouche
Fuient des mots étranges périls en osmose

Ton rire est trop pur pour tes gestes souillés
Fichée sur ton doigt j’attends l’incendie
Oh laisse-moi donc guider ta main
Où ma peau s’achève et mes rêves commencent.

Prends-moi par la taille avec tes bras reptiles comme le roc aux yeux mi-clos.
Prends-moi par la main avec tes tresses mauves comme le félin glacé.
Prends-moi par les épaules avec tes moues d’uranium comme les visions d’archanges.
Prends-moi par les cheveux avec tes songes osseux comme les grincements verts des angles sonores.
Prends-moi par les seins avec ton souffle d’émeraude comme une débauchée aux ongles de bravoure.
Prends-moi par le sexe avec tes doigts de grammaire comme une étoile aux pensées volcaniques.
Prends-moi par le cul avec ta langue de terre chaude comme une huître aux paraboles catholiques.
Prend-moi par le cœur avec tes mots de rasoir comme l’amante cartésienne aux larmes fatales.