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Shampoo Slut

13 mai 2013

Jessica se rendit à la hâte aux cabinets pour se préparer à son rendez-vous habituel du mardi matin. Elle changea les piles de son œuf vibrant, le fit ronronner, puis le glissa dans sa chatte. Elle ajusta ensuite sa jupe et son sarrau, retoucha son rouge à  lèvres et, satisfaite de son apparence, retourna à son poste de travail.

À dix heures précises, Anne Archet entra dans le salon et salua la réceptionniste. Elle balaya le salon du regard, aperçut Jessica près du bac de lavage, lui fit un léger signe de tête et, sourire en coin, s’approcha d’elle.

Sans mot dire, Anne s’installa dans le fauteuil et laissa Jessica ajuster la cape de coupe.

— Comment vas-tu aujourd’hui?

— Très bien, Madame Archet.

— Est-ce que tout… bourdonne d’activité en ce moment ?

— Bien entendu, Madame.

— Parfait… parfait.

Anne se pencha en arrière, et ferma les yeux. Jessica ajusta la température de l’eau. Le jet tiède vint fouetter le cuir chevelu de la cliente qui, instinctivement, se mit à contracter rythmiquement les muscles de ses cuisses et à tortiller son popotin. La cape lui offrant toute l’intimité voulue, elle glissa sa main dans sa culotte, sous le regard bienveillant et professionnel de la shampouineuse.

— Ça me fait un bien fou, confessa-t-elle, les joues rougies.

— Ça va de soi, Madame Archet.

Jessica ferma le robinet. Penchée au-dessus de sa cliente, elle massa les cheveux avec le shampooing, rinça, puis répéta le même manège avec le revitalisant – en prenant bien soin de pétrir longuement la nuque de sa cliente à cet endroit précis, cet endroit connu d’elle seule qui chaque fois faisait chavirer sa cliente.

Anne, les yeux mi-clos et le regard plongé dans le décolleté deJessica, huma son parfum. Bien cachés sous la cape, ses doigts terminaient le travail, jusqu’au bouquet final.

Lorsqu’elle eut enfin repris ses sens, Anne chuchota à l’oreille de Jessica :

— Tu es une bonne fille. Il est temps à présent pour toi de gagner ton pourboire.

Elle regarda Jessica trembler, sentit ses doigts se crisper sur sa tête et savoura l’orgasme silencieux de la jeune femme.

* * *

— Même heure mardi prochain, Madame Archet? demanda la réceptionniste.

— Bien sûr. Et veuillez remettre ceci à Jessica, je vous prie.

Elle déposa deux billets de vingt dollars sur le comptoir et sortit du salon.

— Veux-tu bien me dire qu’est-ce que tu lui fais pour qu’elle te donne des pourboires pareils ? cria la réceptionniste à Jessica qui balayait le plancher.

— C’est une plotte à shampoing, répondit-elle laconiquement.

Des fenêtres sous la pluie

19 avril 2013

C’est toujours quand je m’y attends le moins que l’homme qui habite en face de chez moi se met à se masturber devant la fenêtre de sa chambre.

La première fois que c’est arrivé, j’en ai perdu tous mes moyens. Je crus d’abord qu’il ignorait que je pouvais le voir, alors je fis celle qui n’avait rien vu et je fuis illico ma propre chambre en éteignant la lumière derrière moi. Ce qui me troublait particulièrement, c’était que ce type n’était pas un parfait inconnu. Je l’avais déjà croisé sur le trottoir, je l’avais même déjà salué à quelques reprises alors qu’il rentrait chez lui avec sa femme. Il me semble même avoir enseigné à son fils il y a une dizaine d’années, quoique je n’en sois pas certaine – je crois bien l’avoir déjà croisé à une rencontre de parents. À ce moment, j’étais convaincue qu’il serait mort de honte s’il avait su que je l’avais vu se polir l’engin.

La deuxième fois que c’est arrivé, il était debout devant sa fenêtre et je pouvais le voir de profil. Je l’ai observé pendant trois ou quatre secondes et j’ai ensuite éteint la lumière. Mais cette fois-là, au lieu de tourner les talons et quitter à la hâte ma chambre, j’ai plutôt fermé la porte et je me suis doucement approchée de ma fenêtre pour le regarder. La sienne étant plutôt une porte patio, je fus à même de l’admirer de pied en cap et de constater que son pantalon était autour de ses chevilles. Il finit par se tourner et je pus constater à quel point il était velu : des poils sombres et touffus couvraient sa poitrine, son ventre et son pubis. J’aime beaucoup les hommes poilus, j’aime la sensation sur ma peau. Et je pouvais voir sa queue, bien entendu. Elle était longue et bien épaisse, comme la main qui était enroulée autour d’elle et qui la caressait de haut en bas. Son regard était sérieux et concentré sur ce qu’il faisait. Le mien aussi : je n’en manquais pas une miette. J’eus une bouffée de chaleur et de désir quand je le vis renverser la tête vers l’arrière, ouvrir la bouche comme s’il faisait mine de crier. Ma main se fraya inconsciemment un chemin entre mes cuisses, sous ma culotte. Je mouillais abondamment. J’ai joui quelques instants après lui.

La troisième fois que c’est arrivé, il faisait carrément face à ma fenêtre. J’avais placé un fichu de coton rouge sur ma lampe de chevet pour tamiser la lumière juste assez pour me sentir en sureté, mais de façon à laisser aussi assez de clarté pour qu’il puisse m’observer à sa guise. Je portais un string en dentelle et un soutien-gorge transparent. Fébrile comme une pucelle lors de son premier rendez-vous, je tremblais comme une feuille. J’étais déjà sur le point de jouir au moment où mon doigt se posa sur mon clitoris et j’eus le temps de venir trois autres fois avant qu’il n’éjacule. Cette fois-là, je vis son foutre éclabousser la fenêtre comme mille gouttes de pluie opalines. Lorsque ce fut fait, nos regards se croisèrent pendant un long moment. Il ne souriait pas – moi non plus. Il sortit de sa chambre sans éponger la vitre; moi, je restai longtemps assise sur mon lit, troublée par ce qui venait de se produire, me demandant d’où pouvait bien provenir cette tendance au voyeurisme incongrue qui ne s’était jamais manifestée chez moi par le passé.

La quatrième fois que c’est arrivé, nous étions tous les deux nus. Mes mamelons étaient durs et je les pinçais pendant qu’il me regardait. Je le voyais caresser sa bite qui lentement se gorgeait de sang en relevant fièrement la tête. Je posai un pied sur la chaise de la coiffeuse et adoptai une posture qui lui permettrait d’avoir une vue imprenable sur ma chatte qui s’était éclose juste pour lui. Je le voulais dans la chambre, avec moi, je le voulais à l’intérieur de moi – je le voulais plus que tout ce que j’avais pu vouloir auparavant. Ses mouvements étaient plus lents que la fois précédente, comme s’il voulait se laisser tout le temps de me regarder. J’eus un orgasme, puis deux, puis trois en ne quittant pas sa main et son sexe des yeux. J’aurais voulu me mettre à genoux entre ses jambes et prendre dans ma bouche. J’aurais voulu le goûter. Ma bouche s’ouvrit machinalement lorsqu’il jouit, comme si j’avais pu attraper son foutre qu’il étala, encore une fois, sur la fenêtre. Les scénarios les plus fous envahirent mon esprit : s’il ouvrait sa fenêtre, si j’ouvrais la mienne…

La dernière fois que c’est arrivé, c’était le premier orage du printemps. Il pleuvait si fort qu’on voyait à peine à travers les fenêtres. J’ai fini par me retrouver, comme lui, écrasée contre la vitre et lorsque nous eûmes tous deux joui, les fenêtres étaient maculées de bave, de foutre, de cyprine, de sueur et de la brume de notre souffle oppressé. Du bout du doigt, je traçai en lettres inversées « XU∃V ∃T ∃ᒐ ». Il me répondit « MOI AUSSI ». Un étrange sentiment d’intimité partagée m’envahit, même si deux vitres, une dizaine de mètres et des trombes d’eau me séparaient de l’objet de mes désirs.

Depuis, chaque fois que je le croise dans la rue – la plupart du temps en compagnie de sa légitime – nos regards se fuient, ne se rencontrent jamais. Je souris à sa femme et je les salue, mais nous agissons, lui et moi, comme si nous étions de parfaits étrangers. Pourtant, je me sens chaque fois le rouge me monter au front et ma culotte s’imbiber de mouille. Je jette alors un regard furtif sur sa braguette dans l’espoir d’y détecter la bosse qui trahirait son désir. Parfois, elle est là. Parfois, il se place afin qu’elle soit moins perceptible. Toujours est-il que je suis continuellement dans un état d’excitation insoutenable. J’attends impatiemment que le soleil se couche, que vienne l’orage, que nous puissions nous unir fois de plus. Et surtout, je me demande si, un soir de pluie, il viendra maculer ma fenêtre ou si je serai celle qui prendra les devants et irai mouiller la sienne.

Rectitude politique

6 avril 2013

Cher collègue,

Je suis dans l’obligation de vous informer que je n’ai jamais eu à votre égard la moindre pensée déplacée. Je veux que vous sachiez que je n’ai jamais envisagé de m’accoupler avec vous, que je n’ai jamais eu le moindre béguin ni aucune envie irraisonnée de vous épouser et que l’idée de vous offrir des fleurs ou de glisser dans le tiroir du haut de votre classeur ma culotte ornée de mon prénom et de mon numéro de téléphone ne m’a jamais traversé l’esprit.

Je vous assure que je n’ai jamais souhaité vous embrasser ou caresser vos charmantes mèches noires – je dis charmantes pour être polie et non pour exprimer la moindre attirance envers vous. Parce que vous savez aussi bien que moi que mon éthique professionnelle m’empêche de vous imaginer sans votre chemise. Vous êtes un collègue et aucun collègue au torse glabre ne hante mes fantasmes.

Vous devez donc être conscient qu’il ne m’arrive jamais de me demander quelle taille a votre verge et encore moins d’essayer de deviner si vous êtes circoncis ou non. Il est clair que cela ne me regarde pas. C’est d’ailleurs pour cette raison que je n’ai jamais contemplé votre derrière lorsque vous marchez devant moi. Et que je n’ai jamais eu envie de vous voir gambader dans l’herbe folle avec pour seul vêtement une paire de chaussettes blanches. Qui donc aurait des envies aussi ridicules ?

Je vous prie donc de croire que je n’ai jamais eu envie de me jeter dans vos bras, que je n’ai jamais espéré votre bite dans ma chatte ou sur mes lèvres, ni votre langue sur mon clito. Ce n’est pas parce que j’aime ficeler et bâillonner les hommes que je rêve de vous voir à ma merci. Ce n’est pas parce que j’aime lécher de la crème glacée sur le cul de mes amants que je rêve de vous enduire de gelato praline-beurre. Ou que je rêve de verser de la cire brûlante sur votre gland pour pouvoir l’apaiser de ma salive.

Je ne pense pas à vous lorsque je me caresse, le soir, seule dans mon lit. Je ne pense pas à vous lorsque je jouis. En fait, je ne pense jamais à vous hors des heures de travail réglementaires définies par notre convention collective.

En espérant que tous les malentendus seront ainsi dissipés, je vous prie de croire, cher collègue, en l’expression de mes sincères salutations.

Anne Archet

Narration

31 mars 2013

Ils en avaient souvent parlé, mais n’avaient jamais osé passer à l’acte. Ils étaient tous nerveux, assis sur les deux canapés qu’ils avaient poussés l’un devant l’autre dans le salon de Catherine. Ils burent un peu de vin. Des bribes de conversation conduisaient à de vifs éclats de rire nerveux, puis retombaient rapidement dans un silence lourd et opaque.

Estimant que tout cela n’aboutirait à rien si elle ne prenait pas les choses en main,  Catherine décida de lancer le bal. Assise face à Carl, elle eut un sourire coquin et se mit à défaire un à un les boutons de son chemisier. Carl déglutit et contempla la danse sensuelle de ses doigts.

Alex posa furtivement son regard sur Édith. Lorsque leurs yeux se rencontrèrent, il osa enfin étirer le bras et toucher le devant de son chemisier. Il n’eut pas trop de mal à faire sauter les boutons en commençant par celui du haut, celui près de sa gorge. Lorsqu’il put apercevoir le bord du soutien-gorge, elle se pencha vers l’avant.

Alex lui toucha la joue timidement en levant les yeux vers elle. Elle sourit et approcha son visage près du sien. Il pouvait sentir son parfum léger et fleuri. Il l’embrassa légèrement, de façon un peu gauche. Les lèvres d’Édith étaient sèches.

Elle rit timidement, son corps tremblant un peu, quand il glissa son nez contre sa nuque. Il déposa de nouveau ses lèvres contre sa bouche. Édith ferma les yeux. Lentement, ses lèvres s’humectèrent. Elle renversa sa tête et glissa ses doigts dans les cheveux d’Alex. Sa bouche s’entrouvrit.

Alex s’abandonna aux baisers Édith. Il se laissa perdre dans l’intimité de son corps. En l’embrassant, il lui caressa le dos et froissa son chemisier, puis se décida enfin à faire glisser mains de la taille d’Édith jusqu’à ses seins. Édith soupira, puis fit danser sa langue contre les dents de son amant.

Elle se laissa alors aller, les yeux toujours clos et les mains d’Alex sur sa poitrine. Sur le canapé devant eux, Carl et Catherine avaient enlevé tous leurs vêtements et étaient assis l’un à côté de l’autre. La main de Catherine, immobile, tenait fermement son pénis.

Alex se mordit les lèvres et dévisagea Édith. Il fit glisser la fermeture de son pantalon.

— Ensuite?

— Ensuite rien. C’est tout.

— Il manque l’essentiel, non?

— Je ne crois pas.

— Ah oui? C’était la fucking première fois que deux hommes me prenaient en même temps, ma première DP à vie… c’est quand même digne de mention, hein. Et Édith qui s’est évanouie à force de jouir comme une folle…

— Je ne sais que décrire les préliminaires. Et les tumultes de l’âme humaine.

— Pffff. Ça serait trop te demander d’être un peu plus explicite et excitant? Les écrivains ne sont que des agaces.

— C’est pour ça que tu m’aimes, avoue.

— Non, c’est uniquement pour ça.

Elle poussa la tête d’Alex entre ses cuisses pour qu’il puisse, pour une fois, rentabiliser un peu sa maîtrise de la langue.

C’était l’hiver

18 mars 2013

Certains disent qu’il n’y a rien de pire qu’une tempête en mars, à deux jours du solstice du printemps. Ceux-là ne s’imaginent pas à quel point ils se trompent : une tempête de mars quand on n’a plus d’endroit pour se mettre à l’abri, c’est infiniment plus pénible.

Martin était debout, appuyé contre un lampadaire. Nulle part où aller, personne qui l’attend, rien d’autre à faire que de rester là, avec la neige qui s’accumulait plus vite sur ses épaules que la monnaie dans sa casquette qu’il tendait aux passants.

— Hey bébé, t’as envie de t’amuser? demanda la fille de joie en le prenant par la taille de son bras nu. Elle tremblait de froid et de gros flocons de neige parsemaient sa chevelure comme un voile de mariée.

Il la regarda d’un air mi-amusé, mi-attristé, renifla, essuya son nez contre le revers de sa manche, puis répondit :

— Tu ne devrais pas t’habiller comme ça par un temps pareil. Tu vas geler tes pauvres os.

— T’occupes, c’est mon uniforme de travail. T’as envie de t’amuser, oui ou non? Ou alors tu vas rester là, jusqu’à ce que tes deux pieds prennent dans la glace?

— Je veux bien, mais je n’ai pas vraiment de chez moi en ce moment…

Pour toute réponse, elle prit sa main et l’entraina jusqu’à chez elle.

Martin lui remit toute sa fortune: quarante-sept dollars et vingt-huit cents. Elle se dit que c’était mieux que rien, surtout qu’avec toute cette neige, la soirée était foutue de toute façon. Elle était jolie, ses seins étaient menus et le fait qu’elle était mal épilée plaisait plutôt à Martin.

Lorsqu’ils eurent fini, il se blottit contre elle, le nez enfoui dans sa nuque. Elle se sentait bien, la chambre était chaude, le loyer était payé et elle entendait le vent se fracasser sur la fenêtre couverte de givre. Lorsqu’il crut qu’elle s’était assoupie, Martin lui murmura à l’oreille:

— Et toi, as-tu quelqu’un?

— Juste toi, répondit-elle alors qu’une larme froide comme un hiver tardif coula sur sa joue.

Le courrier de Louise

17 mars 2013

Chère Louise,

Depuis que nous avons hérité du lit en fer forgé antique de son vieux pervers d’oncle Gaston, mon mari s′est mis à agir bizarrement. Avant, notre vie sexuelle était normale et pleinement satisfaisante. Maintenant, non seulement est-il devenu insatiable, mais je n′arrive carrément plus à le reconnaître.

Mardi, il m′a réveillée au beau milieu de la nuit, m′a retournée comme une crêpe en criant: «Écarte tes cuisses, gourgandine!» Je ne sais toujours pas ce que ce mot veut dire! Jeudi, il a pris mon Châtelaine, l′a roulé bien serré, puis s’en est servi pour me donner la fessée en me traitant de «gigolette», de «rouleuse» et de «lorette». Lui qui ne lit que les chroniques de Richard Martineau dans Journal de Montréal, d′où peut bien lui venir ce vocabulaire? Pas plus tard qu′hier soir, au lieu de regarder le match comme il le fait religieusement chaque samedi, il s′est présenté à moi à moitié nu, harnaché de cuir, le vous-savez-quoi raide et pointant vers le ciel, en me disant «prépare-toi à passer à la casserole, cocotte!». Il m′a ensuite mis la langue à l’endroit où vous devinez assez longtemps pour que mes jambes se mettent à flageoler et que je n’en puisse plus de jouir. Alors que j’étais sur le point de m’évanouir, il releva mes jambes puis il se mit me… enfin, vous comprenez. Il ne me lâchait plus, un vrai étalon.

Ce genre de chose ne se font pas entre gens mariés! Après tout, nous ne sommes plus des adolescents… d’où peuvent provenir ces comportements étranges? Pensez-vous que le lit est hanté? Si oui, comment m’y prendre pour l’exorciser?

Morte d’inquiétude.

* * *

Chère morte d’inquiétude,

Je crains que vous ayez mis le doigt sur le problème: il est clair que votre lit est hanté par l’esprit libidineux de cet oncle Gaston. Je ne vois qu’une seule solution: vendez-moi votre lit.

J’attends votre appel,

Louise.

Meat market

14 mars 2013

Sa démarche était aussi féline que le motif léopard de sa microjupe. En déposant son joli popotin sur le tabouret du bar de l’hôtel, elle secoua ses cheveux pour que sa proie puisse en recevoir la brise parfumée – un geste qu’elle devait avoir déjà pratiqué mille fois. Puis, tout sourire, elle lui dit du tac au tac :

— Envie de me baiser?

— Hein?

— Oui. Tout de suite. Je ne te demande tien en retour… sauf une toute petite chose: mon mari peut regarder. C’est notre petit fantasme à nous deux, ça nous permet de mettre du piquant dans notre couple. Tu vois, là-bas, près de la porte? C’est lui qui nous attend.

— C’est très tentant, mais…

— Allez, ne sois pas timide, je te promets la meilleure partie de jambes en l’air de ta vie…

— Vous ne comprenez pas. C’est juste que… dans cinq minutes, je suis censé monter à ma chambre pour regarder ma femme faire l’amour avec un type qu’elle a dragué dans ce bar.

— Euh… Tu me niaises, là?

— Pas du tout. D’ailleurs, je pense que je vais y aller tout de suite. Vous arriverez plus tôt, la prochaine fois: les meilleurs taureaux partent toujours très vite.

Derrière le zinc, le barman pouffa.

— Gracieuseté de la maison. Prenez, la soirée sera longue… dit-il en lui versant un manhattan.

On dirait le sud

2 mars 2013

— Je m’ennuie. J’en ai marre de cet hiver qui n’en finit plus. J’ai besoin d’aventure.

Elle soupira en laissant tomber son magazine. Il déposa sa tasse de café et lui demanda :

— Où veux-tu aller?

— Dans le sud. Quelque part de tropical, où le vent chaud souffle comme une caresse.

— Ferme les yeux.

— Voilà.

Elle sentit sur sa nuque la chaleur de son haleine et les vibrations assourdies des steel-drums.

— Je veux sentir le sable entre mes orteils.

Il fit courir ses lèvres sur son épaule, puis sur la courbe de sa hanche. Il caressa ensuite du bout des doigts ses pieds nus comme le ferait l’écume mourante.

— Je veux goûter à ces alcools sucrés qui font tourner la tête.

Il l’embrassa et lui offrit les saveurs exotiques qu’elle recherchait.

— Je veux danser follement, jusqu’à l’ivresse, jusqu’à oublier mon pays de neige et de glace.

Il la prit dans ses bras et l’entraîna dans biguine étourdissante qui la mena jusqu’à leur lit.

— Tu veux t’endormir dans la chaleur enveloppante de la nuit des Antilles? lui demanda-t-elle.

— Non, je veux plutôt me laisser bercer sous la houle.

Il fit déferler ses mains par vagues successives sur son corps en lui retirant un à un ses vêtements. Puis, il embrassa tendrement chaque parcelle de sa peau nue jusqu’à ce qu’elle se mette à tanguer, jusqu’à ce que la marée montante vienne humecter sa conque de ses embruns.

— Je n’y suis pas encore… murmura-t-elle.

— C’est le voyage qui compte, pas la destination, dit-il avant de plonger entre ses cuisses.

La comtesse de Trakai reçoit un cadeau

5 février 2013

«Comme à son habitude, la comtesse de Trakai se coiffait avant de sortir à six heures lorsque son larbin se présenta respectueusement à elle en tenant dans ses bras un cadeau emballé avec soin.»

— «Pour vous, comtesse, ces modestes cadeaux d’anniversaire» lut la comtesse sur la carte.

La comtesse déchira le papier, ouvrit la boite et y trouva un gode-ceinture de taille impressionnante.

— C’était écrit «cadeaux», au pluriel. Je n’en vois qu’un seul, larbin.

Pour toute réponse, larbin retira son uniforme, le plia avec soin et le déposa sur la table. Il s’agenouilla ensuite devant sa comtesse, puis lui présenta son arrière-train où était enfoncé un plug en inox surmonté d’une pierre de strass.

— C’est pour moi? Quelle gentille attention! Tu devrais voir comme il scintille à la lumière…

La comtesse s’amusa un peu avec son nouveau jouet, le fit glisser, aller et venir dans le cul de son larbin qui soupirait gentiment.

— Voyons maintenant ce strap-on… je me sens comme une gamine le matin de Noël !

Le visage orné d’un large sourire, la comtesse enfila son organe viril tout neuf. Elle attrapa ensuite son larbin par les cheveux, le tira vers elle, le retourna et plaça le gland de latex contre sa bouche. Larbin ne se laissa pas prier et ouvrit la bouche et entreprit de sucer le phallus postiche du mieux qu’il pouvait.

— Tu as intérêt à bien l’enduire de salive, car j’ai l’intention de profiter à fond de mon cadeau d’anniversaire, dit-elle d’un ton sec qui cachait mal son attendrissement.

«On dira ce qu’on voudra, c’est moins l’objet lui-même que l’emballage et l’intention qui fait le bonheur de recevoir le cadeau», se dit beaucoup plus tard la comtesse de Trakai avant de se retirer dans ses appartements.

La pile

3 janvier 2013

Tout ce que j’apercevais au premier regard était un amoncellement informe de corps, une pile de membres s’agitant rythmiquement, de façon désordonnée, mais non sans grâce. Il fallait que je plisse les yeux pour pouvoir détailler dans la pénombre le tableau scandaleusement obscène qui se déroulait devant moi.

Angélique, mon amour, rivait ses yeux rougis sur les miens. Elle était assise à califourchon sur un inconnu dont la bite était enfoncée jusqu’aux couilles dans sa chatte. Un autre inconnu, posté derrière elle, la sodomisait précautionneusement, avec une délicatesse maniérée. En les voyant besogner joyeusement, je me suis surprise à fredonner mentalement Valderi Valdera – il y a fort à parier qu’ils se sentaient comme de joyeux promeneurs du dimanche tant les sentiers qu’ils empruntaient avaient été, avant leur passage, longuement balisés et parcourus de long en large. Pantelante, la tête renversée, la bouche ouverte, les lèvres et le menton couverts du sperme du travesti poilu comme un grizzli qu’elle venait tout juste de sucer, Angélique y était presque – enfin, je l’espérais. Car voyez-vous, c’est très difficile pour ma chérie : les arrangements se doivent d’être toujours plus complexes, toujours plus extravagants et surtout, jamais deux fois les mêmes. Je suis bien placée pour le savoir, puisque c’est toujours à moi que le devoir incombe de mettre en place tout ce que son plaisir exige.

Quant à moi, je contemplais la longue ascension d’Angélique vers le plaisir assise paresseusement sur le canapé pendant qu’un apache portant Doc Martens et mohawk jaune me léchait la chatte avec un enthousiasme stimulé par la vigoureuse enculade que lui prodiguait avec un gode ceinture monumental une grasse butch au sourire niais et partiellement édenté. Même s’ils ne se connaissaient pas il y a une heure à peine, ces deux-là s’en donnaient à cœur joie dans l’unique but de me satisfaire… dommage que j’ai oublié de leur demander leur nom, ça aurait pu servir une prochaine fois.

Comme d’habitude, j’ai joui la première, cette fois-ci en tordant dans mon poing la mèche canari du gringalet dont le nez s’est écrasé contre mon pubis. Surprise, la corpulente gouine s’est crispée, faisant du coup sortir le gode du cul de son amant dans un «flop» baveux. Ce fut l’étincelle qui mit le feu aux poudres. Il n’en a pas fallu plus pour faire basculer Angélique dans l’orgasme; elle a d’abord émis un faible gémissement qui s’est ensuite mué en rugissement impétueux. Elle s’est crispée, trembla, puis, vaincue, elle a roulé sur le côté, abandonnant ses amants ahuris à leur bandaison inassouvie.

Il ne me reste plus maintenant qu’à la rapailler ses fripes et la ramasser à la petite cuillère pour la ramener à la maison. J’ai préparé une bonne soupe aux poireaux cet après-midi en prévision de notre retour. Je vais lui donner un bain, l’éponger, la poudrer et je vais ensuite la mettre au lit. Ses piles devraient être rechargées pour au moins trois ou quatre semaines – peut-être même cinq, si je suis chanceuse.

Bonne et heureuse

1 janvier 2013

Quoi de mieux pour commencer l’année qu’une reprise? Celle-ci date de 2006, époque bénie où les gens commentaient les blogs (inouï).

* * *

La tête en compote et la langue pâteuse, j’émerge lentement du sommeil, les yeux fermés, sentant la chaleur de la chambre et la douceur des draps contre ma peau. Il ne me reste de la veille que quelques images, des instantanés noyées dans la brume éthylique : Claire serrant ma main et m’embrassant sur la joue au douzième coup de minuit ; Claire et son décolleté sur la piste de danse ; Claire et Simone faisant connaissance, une coupe de champagne à la main ; Claire et Simone papotant, riant, se touchant, sublimes près de l’escalier de marbre ; Claire et Simone, surprises dans un coin discret, les lèvres écarlates écrases les unes contres les autres ; Claire me souriant, pendant que la main de mon amante glissant sur sa robe, faisant émerger un sein blanc et rousselé à la lumière tamisée de la salle de bal.

En ouvrant péniblement les yeux, j’ai la surprise de contempler, à quelques centimètres de mon nez, le même sein blanc et rousselé. Un peu plus haut, Claire qui me sourit, ses longs cheveux roux se mêlant à ma tignasse de jais et sa jambe glissant contre la mienne.

– Bonne et heureuse année ! me dit-elle d’une voix chaude et gutturale.

Quelque chose me dit qu’elle sera fameuse, en effet.

Un miracle de Festivus

23 décembre 2012

(Décembre, c’est le joyeux temps des reprises. En voici une de 2010, fraîchement rééditée pour vous.)

C’était la soirée de Festivus, un peu avant minuit, à l’heure où tous les esprits s’échauffent, même ceux des souris. La perche d’aluminium, préalablement extirpée de l’entretoit où on l’avait rangée l’an dernier, trônait fièrement, dépourvue de cotillons et de clinquant (qui sont, comme chacun sait, beaucoup trop agaçants) au centre du salon. Sur la table, gisaient les reliefs du repas et il ne restait que des miettes du traditionnel gâteau surgelé McCain décoré avec amour avec des M&M’s par la maîtresse de la maison. Tous avaient bien mangé, avaient un peu trop bu, lorsque Magali, l’hôtesse, se leva le verre à la main et lança les festivités.

— La tradition de Festivus commence avec la formulation des griefs, dit-elle, d’une voix légèrement empâtée par l’alcool. J’ai un tas de problèmes avec vous tous et c’est maintenant que vous allez en entendre parler! À commencer à toi, Daniel. Nous deux, c’est fini. Je te quitte.

Le pauvre Daniel faillit s’étouffer dans son verre de Caballero de Chile.

— Quoi?

— Ne fais pas cette tête. J’ai seulement décidé de passer à autre chose.

— Mais… mais… qu’est-ce que ça signifie? Qu’est-ce qui te prend tout à coup?

— Je vais être honnête avec toi, Daniel. Côté sexe, c’est parfait, mais nous n’avons rien en commun. Lorsque nous ne sommes pas à poil, nous ne faisons que nous engueuler. Il n’y a aucune vraie intimité entre nous. Je ne veux pas m’investir dans une relation basée uniquement sur l’attirance physique. Tu me traites comme un morceau de viande!

Daniel jeta sa serviette par terre, frappa la table de ses deux poings et se leva.

— Ne joue pas à la victime, Magali. C’est toi la salope, je te ferai remarquer. «Daniel, baise-moi dans la cabine d’essayage… Daniel, mets-moi les pinces à seins et le bâillon… Daniel, filme-nous et poste le tout sur YouPorn…» Fuck! Je ne savais même pas ce que c’était, l’anulingus, avant que tu me le fasses!

Les invites, en état de choc, écoutaient sans broncher. C’était sans contredit une fameuse formulation des griefs, probablement la meilleure des dix dernières années, du moins depuis la fois célèbre où tante Sonia avait accusé oncle Hector de lui avoir filé les morpions.

— J’admets que tu as raison sur ce point, répondit Magali. Laisse-moi donc reformuler : je ne veux PLUS m’investir dans une relation basée uniquement sur l’attirance physique. Ça va? Je veux du romantisme ! Je veux un engagement sérieux ! Et ça, je ne peux visiblement pas l’obtenir de toi. On a bien rigolé tous les deux, mais maintenant, c’est terminé.

Daniel s’effondra sur sa chaise.

— Tu es sérieuse?

— On ne peut plus sérieuse.

Il y eut alors un long moment se silence. Un silence magique, comme il ne peut y en avoir qu’à Festivus.

— Qu’est-ce que tu dirais d’un quickie avant que je fasse mes valises? demanda Daniel avec hésitation.

— Oui, bien sûr, répondit Magali, une lueur maligne dans les yeux.

Se déroula alors l’exploit de force le plus impressionnant de toute l’histoire de Festivus.

La fesse de minuit

18 décembre 2012

Les cadeaux emballés et placés sous le sapin, les bas accrochés au manteau de la cheminée, les enfants dormant à poings fermés, je me laissai enfin choir sur mon fauteuil. Mission accomplie – et vingt minutes avant minuit, par-dessus le marché. Noël allait encore cette année avoir lieu grâce à mes bons soins.

Bien calée dans mon lazy boy, un verre de vin vide à la main, je commençais à m’assoupir quand j’entendis un bruit venant de la cheminée qui ressemblait à un grattement. Avant que je ne trouve le courage de me lever pour aller voir de quoi il en retournait, quelque chose tomba dans l’âtre en faisant un boucan d’enfer.

– Ayoye, câlisse ! entendis-je crier en provenance du nuage de suie qui s’échappait de mon foyer.

Étendu dans mon salon, un jeune homme blond se relevait de peine et de misère en se frottant le derrière. Il était grand, il ne portait pas de chemise, il était charpenté comme un dieu scandinave, sa peau laiteuse était tachée de suie, ses oreilles étaient pointues, ses yeux d’un bleu éclatant, et il portait un pantalon de cuir rouge si serré que je pouvais constater de visu qu’il était circoncis.

— Faudrait vraiment faire ramoner votre cheminée, ma p’tite dame. Avez-vous pensé aux risques d’incendie? dit-il en remettant sa tuque rouge à pompon.

— Mais… qui êtes-vous? arrivai-je finalement à articuler.

— Je suis Sven, lutin du Père Noël. Enfin… lutin adjoint par intérim, pour être honnête.

— Je n’imaginais pas les lutins aussi… bien développés, bredouillai-je en admirant les muscles abdominaux saillants de mon visiteur.

— On imagine bien des trucs à notre sujet, poupée. Faut pas croire tous ce qu’on dit dans les contes de fée, hein.

— Et qu’est-ce que vous faites dans mon salon?

— Qu’est-ce que vous pensez? C’est la veille de Noël, il est presque minuit, je viens pour le cadeau.

Était-ce la fatigue, ou alors toute la vinasse que j’avais bue pendant la soirée? Toujours est-il que l’explication me sembla des plus plausibles.

— Ce n’est pas le Père Noël qui est censé s’occuper de la distribution des cadeaux? demandai-je quand même.

— Vous pensez vraiment qu’un vieillard obèse et emphysémateux est capable de visiter des centaines de millions de foyers en une nuit?

— Présenté ainsi, c’est vrai que ce n’est pas très réaliste…

— Nous sommes une armée à nous taper ce sale boulot, ma petite chérie, se dit-il en s’allumant une clope.

— Et où est votre sac avec les cadeaux?

— Quelqu’un d’autre viendra plus tard avec les bébelles des morveux. Moi, je suis venu pour vous.

— Moi?

— Oui. Je suis votre cadeau. Vous êtes sur la liste des grandes filles sages, vous savez. Vous méritez d’être récompensée pour tous les efforts fournis pendant l’année de chiotte que nous avons passée.

— C’est que je…

— Chut! Laissez-vous gâter un peu, pour une fois.

Il s’approcha de moi, me prit par la main et me fit lever. J’avançai mon ventre contre le sien; il me plaqua contre lui et je sentis son sexe dur à travers le cuir de renne de son pantalon. La situation avait beau être incongrue, j’étais quand même excitée comme une folle et je mouillais déjà comme jamais. Timidement, je descendis ma main sur sa braguette, m’escrimai un peu avec la fermeture à glissière, puis réussis à en extraire sa queue. Quant à mon lutin sexy, il n’avait pas perdu de temps; après avoir pétri mes fesses, il déboutonna habilement le haut de mon pyjama puis, tout doucement, s’empara de mes seins avec sa bouche. Passant de l’un à l’autre, sa langue titillait mes tétins érigés. Tout mon corps s’émouvait de ces caresses, les ondes de plaisir qui traversaient ma chair étaient presque insoutenables. Après avoir retiré mon pantalon de flanelle et ma culotte, Sven fit glisser sa main le long de ma jambe, la fit passer derrière ma cuisse et tout doucement en frôla l’intérieur. Je laissai échapper un soupir de plaisir lorsque ses doigts approchent de ma chatte; à leur contact, je me cambrai en allant au-devant de sa caresse.

Sven me prit alors dans ses bras et m’allongea sur la peau d’ours qui se trouvait devant mon foyer et que je n’avais jamais remarquée auparavant. Comment était-elle arrivée là? Je n’eus pas le loisir de fouiller la question davantage, car mon amant s’empressa de se coucher entre mes cuisses ouvertes. J’eus alors le bonheur de profiter de sa langue pointue de lutin; elle pénétra ma chatte profondément et je retenais ma respiration chaque fois qu’il caressait mon clito. Je me mis à trembler de façon incontrôlée, je gémis en tenant fermement sa tête sur mon sexe, puis je jouis comme une gamine lâchée lousse dans un Toys R Us.

Déjà pantelante et à bout de souffle, j’aurais pu déclarer forfait, mais ce n’est pas tous les jours Noël, après tout. Je tendis donc la main vers la bite de mon lutin baiseur et la branlai un peu pour en jauger la vigueur. Sven ne se laissa pas prier et je sentis vite sa canne de sucre à la menthe se poser à l’entrée de ma chatte et mes lèvres s’écarter doucement pour le laisser pénétrer. Quelle impression étrange de sentir ce sexe, inconnu il y a peu, qui progressait doucement en moi! Il resta immobile quelques instants; j’écartai largement les cuisses pour le laisser entrer le plus profondément possible, puis j’empoignai ses fesses pour l’encourager à me prendre comme une vraie bête polaire. Chaque coup de rein déclencha en moi des spasmes de plaisir et je râlai de bonheur à chaque va-et-vient. Après quelques minutes de ce manège, une deuxième vague de plaisir me submergea et me fit presque tomber dans atocas.

Alors que j’étais dans les vapes, Sven s’essuya l’engin dans la peau d’ours, puis me dit en souriant:

— Voilà ce que les grandes filles sages reçoivent à Noël. À la r’voyure, ma p’tite dame!

Puis il disparut dans un nuage scintillant qui sentait la cannelle, la myrrhe et l’encens. Je secouai ma tête. Lorsque je fus pleinement consciente, le salon était vide, il était minuit cinq, ma chatte était gluante de foutre et je constatai que j’étais dorénavant l’heureuse propriétaire d’un magnifique tapis en peau d’ours brun véritable. «Joyeux Noël…» me souhaitais-je mentalement avec satisfaction.

Une question restait tout de même en suspens: comment enlève-t-on les taches de sperme sur la fourrure?

La dinde et la farce

17 décembre 2012

C’était la soirée de Festivus, un peu après minuit, à l’heure où tous les esprits s’échauffent, même ceux des souris. La perche d’aluminium, préalablement extirpée de l’entretoit où on l’avait rangée l’an dernier, trônait fièrement, dépourvue de cotillons et de clinquant (qui sont, comme chacun sait, beaucoup trop agaçants) au centre du salon. Sur la table, gisaient les reliefs du repas et il ne restait que des miettes du traditionnel gâteau surgelé McCain décoré avec amour avec des M&M’s par la maîtresse de la maison. La formulation des griefs s’était déroulée dans les cris et l’indignation amusée, les exploits de force s’étaient terminés dans la joie et le délire et les invités, tous passablement imbibés, avaient tous fui en taxi pour aller cuver leur vin à la maison.

C’était le moment qu’attendaient Ariane et Luce pour passer aux choses sérieuses. Étendue sur le dos, Luce se laissait aimer en soupirant. Lorsque ses cris flûtés se mirent à emplir l’air de la chambre, Ariane donna une dernière léchouille, puis fit remonter lentement sa langue vers les seins de son amante. Elles s’embrassèrent ensuite avec passion en s’échangeant salive et cyprine, puis se regardèrent dans les yeux, sachant que dans quelques instants, leur vie pourrait changer à jamais – car tel était le grand mystère de Festivus.

— Tu es prête? demanda Ariane, sachant que l’orgasme faciliterait grandement la délicate opération.

— Je crois que oui, répondit Luce en se tortillant sous le corps de son amante. Crois-tu que je suis assez mouillée ?

Ariane caressa la fente juteuse de Luce. Pas de doute, elle était à point.

— Ne t’inquiète pas, ma chérie, tu l’es beaucoup plus qu’il n’en faut.

Luce sourit nerveusement.

— Je veux vraiment que cela fonctionne cette fois, murmura-t-elle, comme si elle priait pour une intervention surnaturelle de l’univers.

Pour toute réponse, Ariane replongea entre les cuisses de son amante. Elle embrassa les plis soyeux de son sexe une dernière fois – pour la chance – pris la poire à dinde remplie de sperme et l’enfonça délicatement dans le vagin de sa bien-aimée.

— Prête, pas prête… je viens ! dit-elle avant de procéder à l’ arrosage.

Ariane retira la poire et Luce se mit à faire le poirier.

— Souhaitons maintenant un miracle de Festivus… conclut-elle, les deux jambes en l’air.

Maculée contraception

22 novembre 2012

Il y a quelques années, j’avais un maître. Je l’avais rencontré sur un forum de discussion athée. Il était du genre militant et radical, comme seuls les ex-croyants – ceux qui ont vécu la séparation d’avec leur sainte mère l’Église comme une peine d’amour – savent l’être.

Ce jour-là, il m’avait amenée à la cathédrale. Assises au premier rang, devant le choeur, quelques vieilles dames, tête baissée, égrenaient leur chapelet. Mon maître m’entraîna vers un banc placé juste à côté d’une statue de la Vierge. Il prit ensuite ma main et la déposa sur la bosse qui déformait son jeans. Je savais ce qu’il attendait de moi. Il se débraguetta et je m’agenouillai devant lui. Lorsque je le pris en bouche, il fit le signe de croix. Je le pompai du mieux que je pus au son de ses «Je vous salue Marie».

Du coin de l’oeil, je vis passer une soutane noire.

— Continue de sucer, sussura mon maître.

Plus facile à dire qu’à faire. Je figeai et rougis jusqu’à la racine des cheveux. J’entendis les pas s’approcher. Mon maître me plaqua contre le banc, s’assurant ainsi que je ne tenterais pas de fuir.

— Prends et bois-le tout, car ceci est mon foutre, répandu pour le pardon de tes péchés.

Lorsque le prêtre se présenta devant nous, j’avais le menton recouvert de sperme.

— Gloire au père, dit-il simplement, d’une voix étrangement grave.

Il s’assit à côté de mon maître et attendit que je lui prodigues mes soins de pécheresse.

— À partir de maintenant, dit-il, tu sera le Saint Calice de Dieu, le réceptacle de toutes nos libations.

Et c’est ainsi que je devins – pour un temps du moins – la traînée de Notre Dame.

Ennio, mio amore

26 octobre 2012

Chaque semaine depuis quatre mois, je bourrais a boîte de suggestions de l’épicerie Buon Italia de billets doux pour Ennio. Ils étaient rédigés en mauvais italien, celui que seul Google translate est en mesure de fournir:

«Voglio il tuo corpo, Ennio!»
«Scopami Ennio!»
«Fammi succhiare il cazzo, Ennio!»
«Voglio essere nudo tra le tue braccia, Ennio!»

Je les écrivais de ma blanche main en recopiant fidèlement ce que je voyais à l’écran. Puis, je me rendais à cette épicerie de la petite Italie où il était commis, je traversais l’allée de l’huile d’olive, je passais devant le comptoir des fromages et, près de la porte menant à l’entrepôt, je fourrais mes lettres d’amour dans la boîte rouge. Mon crime étant accompli, je détalais en vitesse, le coeur battant la chamade et le sang saturé d’adrénaline.

J’adorais ça. C’était si bon d’agir comme une midinette en pâmoison, surtout après une séparation douloureuse qui avait fait de moi une mère célibataire en plein désert sentimental. C’était un cheap thrill, je l’avoue volontiers, mais cela avait au moins le mérite de me donner l’impression d’avoir une vie amoureuse.

On aurait cru que les employés de l’épicerie sortaient tout droit d’un film de Visconti. Ennio était évidemment le plus séduisant: basané, les yeux verts, la dégaine sur-virile et la voix grave, rocailleuse et enveloppante –  une voix qui me rendait folle. Chaque fois qu’il me disait « Buon journée à vous, sì?» après avoir mis ma mortadelle et mes gnocchis dans mon sac, il me transperçait de son regard de jade et mes jambes se mettaient à flageoler comme si le sol se dérobait sous mes pieds.

J’étais certaine que tous ses collègues le taquinaient au sujet des billets de son admiratrice anonyme. Surtout qu’ils devenaient de plus en plus cochons de semaine en semaine, au fur et à mesure que mon esprit s’échauffait. Je me demandais ce qui se passerait si j’étais prise sur le fait. Peut-être m’entraînerait-il sur-le-champ dans la salle des employés pour me baiser en levrette sur le parquet, juste à côté de la machine à espresso… ou alors, peut-être me ferait-il m’agenouiller derrière le comptoir de la charcuterie pour me mettre en bouche son salame milano, qui sait?

Puis vient ce jour tragique. Je glissais mon dernier billet dans la fente de la boîte quand un bras m’attrapa fermement par la hanche.

«VOUS !» cria une voix grave, rocailleuse et enveloppante. Mon coeur se mit à battre la chamade et mon sang se satura d’adrénaline: j’allais enfin savoir.

Les temps sont durs

15 octobre 2012

Après avoir envoyé des centaines de CV à la con, après avoir fait le pied de grue comme une dinde au salon de l’emploi, je n’ai pas été convoquée à la moindre entrevue. Maintenant, il ne me reste que trente dollars en banque et huit semaines d’assurance emploi. Après, ce sera l’aide sociale, le pawnshop et la banque alimentaire. Mais en attendant, je me réveille la main sur sa queue, bien au chaud dans les draps propres du lit que je n’ai pas encore fini de payer. Il est censé se réveiller dans cinq minutes, alors j’enlève l’alarme du réveille-matin et je laisse traîner mes doigts le long de son sexe si doux et si familier, pour le sentir s’éveiller et durcir.

Si j’avais un job, je ne serais pas aussi déprimée, je vous l’accorde. Mais d’un autre côté, je n’aurais pas le loisir de rester au lit, de soulever la couverture et de profiter un peu de cette matinée froide et obscure d’hiver, alors disons que ça s’égalise – enfin, c’est ce que je me dis. Il est à moitié bandé et endormi, c’est ma chance de profiter un peu de ce que la crise économique mondiale a de meilleur à offrir. Je presse mon nez contre son sexe et je me vautre dans le parfum de queue somnolente. Ensuite, je le suce un peu pour couvrir son gland de salive, jusqu’à ce qu’il soit si dur qu’il ne puisse pas pisser même s’il trouve le courage de se lever et de se rendre aux toilettes. Certains matins, lorsque je lui saute dessus avant qu’il n’ait eu le temps d’aller faire sa petite affaire, une minuscule goutte perle de son méat. Traitez-moi tordue si ça vous chante, mais moi, j’adore ça. Rien ne m’excite plus qu’un peu de pisse coulant sur ma langue; il faut savoir apprécier les joies simples de la vie quand on est cassée comme un clou.

Ma chatte est humide, elle a besoin d’amour, d’attention et de friction. Elle est si en chaleur qu’elle ronronnerait presque. Je décide donc d’adopter une position de haute voltige qui me satisfera autant que lui. Je place sa queue entre mes seins et je me penche un peu. Dans cette position, je peux enfourcher sa jambe et me donner un peu de plaisir en le branlant. Le tout demande de la coordination : un coup de bassin pour moi, un coup de poitrine pour lui. Je lui donne même quelques coups de langue occasionnels sur le gland, histoire de lui faire perdre la boule. Je suis douée pour les chorégraphies amoureuses complexes en j’en suis fière; je l’ai même écrit dans la section «autres intérêts personnels» de mon curriculum vitae.

Un sourire se dessine sur son visage pendant que je caresse son ventre. Nous savons tous deux qu’il fait semblant de dormir, ce qui fait de moi une complice dans le crime qui se déroule dans ma chambre à coucher et qui mènera à son arrivée en retard éventuelle au boulot et peut-être, avec un peu de malchance, à son renvoi. Mais pour l’instant, je m’en fous. Qu’il le perde, son job; peut-être acceptera-t-il enfin de venir vivre avec moi lorsque nous partagerons le même malheur… J’adore la sensation de mes mamelons qui frottent contre ses cuisses quand j’étire le cou pour prendre sa bite dans ma bouche. J’emploie un max de salive pour la rendre bien glissante, puis je la replace bien au chaud entre mes seins. Je frotte ma fente contre sa jambe, d’abord lentement, puis plus vite. Fuck! Qu’est-ce que c’est bon… je vais jouir bientôt et il faut absolument qu’il vienne lui aussi.

La mission est moins simple qu’elle en a l’air. C’est qu’il est vraiment doué pour se retenir, c’est sûrement pour cela qu’il a encore un job. Je n’ai hélas pas ce talent et c’est peut-être pourquoi j’ai perdu le mien. Je n’ai aucun self control en présence d’un joli garçon et ça me fait faire des bêtises. Quand il me touche, je décolle comme une fusée jusque dans la stratosphère en moins de temps qu’il ne le faut pour crier «noune». Bizarrement, quand il est parti travailler et que je suis seule à la maison en compagnie du site web d’Emploi Québec, je deviens une peine-à-jouir qui se fait vibrer jusqu’à l’engourdissement pour s’arracher un petit orgasme de rien du tout. La vie est aussi cruelle que le marché de l’emploi.

Cette fois-ci, il me laisse faire tout le travail, ce qui, vous l’avouerez, est le comble pour une chômeuse. J’y mets donc tout le zèle dont je suis capable et je bave comme une gamine affamée sur son sucre d’orge. J’écarte mes cuisses tout juste assez pour pouvoir frotter mon clito contre sa peau. Je sens alors sa main sur ma tête. Il ne fait plus semblant de dormir, le salopard. Ce simple toucher est tout ce qui me manquait pour me faire basculer dans l’orgasme. Je jouis en éclaboussant sa jambe de ma mouille.

Visiblement, monsieur n’a pas conscience d’être désormais définitivement et irrémédiablement en retard. Il me bascule le dos et m’enconne sans ménagement, en  plantant dans mes yeux un regard dur de mâle alpha, aussi dur que l’outil qu’il fait aller et venir en moi. Le matelas grince et le lit craque. Quand je pense qu’ils appartiennent aux trois quarts à la Mastercard… Son rythme s’accélère, il me besogne consciencieusement, ses traits se crispent, plus il jouit en ahanant.

Le calme après l’éjaculation est de courte durée. «Shit! J’ai manqué mon bus!» crie-t-il en sautant hors du lit avant même de débander. Je l’entends courir d’un bout à l’autre de l’appartement en se plaignant de la tempête de neige et du manque de lait dans le frigo. Qu’il aille au diable, ce prolétaire. En ce qui me concerne, je vais laisser traîner mon derrière d’assistée dans l’édredon encore une heure ou deux, peut-être trois. Ensuite, je me branlerai en regardant YouPorn, si mon accès internet n’a pas encore été coupé. Les temps sont durs pour les filles comme moi.

Q.E.D.

1 octobre 2012

Je déteste les bagnoles. Je déteste le travail. Je déteste le centre-ville. Et surtout, je déteste attendre. Alors, imaginez comment je me sens quand je suis obligée d’attendre dans une Yaris garée dans un parking du centre-ville que ma chérie daigne quitter le bureau. Heureusement qu’il y a mon chéri pour me tenir compagnie… c’est d’ailleurs lui qui a aperçu Anais en premier, car moi, j’étais occupée à lui siphonner le bras de vitesse – on passe le temps comme on peut. Dès qu’il la vit, Pierre se rebraguetta à la hâte, et moi j’ouvris la portière pour la laisser s’asseoir sur le fauteuil avant. Je fis mine de l’embrasser, mais elle me stoppa net.

— Essuie-toi, tu as du foutre sur le coin de la bouche, me dit-elle.

— Ça ne te dérange pas, d’habitude, hein… et puis ce n’est pas du foutre, c’est du… comment dit-on « pre-cum » en français?

— On dit « liquide préséminal » et je t’en prie, mon quart de travail est terminé et je ne veux plus rien traduire jusqu’à demain matin.

Je m’installai à l’arrière et dès que Pierre eut démarré, Anais se immédiatement mit à râler.

— Quelle boîte minable! J’en ai plein le cul de ce job de merde !

— Quel est le problème? demanda Pierre.

— C’est ce connard de Sheldon ! Il ne manque pas une occasion de me tripoter ! Dans l’ascenseur, il a même sorti sa bite en me disant «How do you say “suck me off” in French ? » Mais pour qui il se prend, ce minable? Depuis qu’il a appris que je vis avec vous deux, il me prend pour une salope. Comment peut-il s’imaginer que je puisse être une Marie-couche-toi-là qui tombe la culotte pour un oui ou pour un non?

Pierre me regarda dans le rétroviseur et nous échangeâmes un regard inquiet. Voyant qu’il n’osait rien dire, je soupirai :

— Bien, tu sais, Anais, il est vrai que tu as…

— John ne compte pas, coupa Anais. Tout le monde finit par baiser avec son patron un jour ou l’autre.

— D’accord, mais il y a aussi le type des ressources humaines… celui que tu as sucé dans la salle de réunion…

— Ça ne compte pas non plus, répondit Anais sur un ton excédé. C’était avant d’être embauchée… c’est d’ailleurs comme ça que j’ai passé l’entrevue…

— Et il y a aussi la réceptionniste, non ? risqua enfin Pierre. Comment s’appelle-t-elle déjà? Lucie?

— Non : Leslie. Elle ne travaille même plus dans notre section, alors…

— Sans compter les deux livreurs, ajoutai-je. Tu ne m’avais pas dit qu’ils t’on fait une double pénétration sur les caisses de papier à photocopieuse?

— Shit, j’avais oublié… Sheldon m’a probablement surprise ce jour-là… dit Anais, pensive.

Après un long silence, Pierre ajouta:

— Chérie, je ne veux pas jouer les emmerdeurs, mais n’as-tu pas baisé avec Sheldon aussi?

— Peut-être une petite fois… ou deux…

— Comment dit-on «CQFD» en anglais ? lui demandais-je alors que Pierre éclatait de rire.