Textes de la catégorie «  »

Le portrait

6 octobre 2011

Oscar avait vingt-deux ans lorsqu’il commanda le portrait.

— Je vous en prie, peignez-moi une vie normale! avait-il supplié l’artiste. Je vous donnerai tout ce que vous voulez! Je veux que les gens me voient comme une personne saine, équilibrée…

Le peintre examina Oscar, son corps ferme et souple, sa douce carnation et le bleu profond de ses yeux.

— Pourquoi ferai-je une telle chose? Vous êtes plein de vitalité, de soif de vivre…

— Le malheur, c’est que j’ai d’autres soifs, beaucoup plus perverses et inavouables! Je me marie d’ici la fin de l’année et… et si ma fiancée découvre mes penchants contre-nature, elle rompra nos vœux et m’exposera au scandale public. Je serai déshonoré, ruiné… je vous en supplie, je suis prêt à vendre mon âme pour protéger ma respectabilité! dit-il en se tordant nerveusement les mains.

— D’accord, si tel est votre souhait, répondit l’artiste en souriant tristement. Je vais saisir vos vices sur la toile et il ne restera de vous qu’un homme ordinaire et ennuyant. J’espère pour vous que votre fiancée appréciera le résultat.

Lorsque le portrait fut terminé, Oscar le cacha dans son grenier. Enfin rassuré, il se maria et vécut une vie banale et sans histoire.

Après la mort d’Oscar, sa veuve trouva le portrait en faisant l’inventaire de ses biens. Elle eut la surprise de le voir nu, ligoté le ventre contre une table, des marques écarlates zébrant son postérieur, suçant la pine d’un colosse noir au crâne rasé. Une femme au regard cruel, bardée de cuir et tatouée, lui enfonçait un énorme godemiché dans le fondement et une autre, complètement nue et accroupie au-dessus de lui, écartait les lèvres de son sexe rasé et pissait sur son dos.

— Oscar! Après toutes ces années… soupira-t-elle.

Dépitée, elle hocha la tête et marcha jusqu’à sa chambre à coucher et y accrocha le tableau sur le mur, près de son lit.

— Le salaud! siffla-t-elle, les dents serrées. Quand je pense à toutes les baises minables qu’il m’a fait subir…

Vie conjugale

29 septembre 2011

Elle se levait à des heures impossibles pour aller travailler — avec tout ce sang et ces horaires de travail impossible, je me demande pourquoi elle avait choisi de faire médecine. Comme elle ne pouvait commencer sa journée sans jouir, elle réglait la sonnerie de son réveil encore plus tôt, si bien que c’était toujours sa chatte, postée au-dessus de ma figure, que je voyais en premier en ouvrant les yeux. Je la léchais d’une langue empâtée par le sommeil et elle jouissait vite, avec de petits feulements délicieux. Elle me baisait ensuite avec son gode préféré, qu’elle avait affectueusement prénommé Marcus, jusqu’à ce que j’asperge son visage de cyprine — ce qui n’arrivait pas toujours, ce genre de chose ne se commande pas.

Ensuite, elle se levait prestement, vaquait à sa toilette, mangeait une toast au Cheeze Whiz, revenait m’embrasser et s’en allait, me laissant toute la journée me livrer à ce qu’elle croyait mes sombres complots anarchistes (qui en réalité se résumaient à quelques heures d’écriture, quelques minutes de branlette et des heures de glandouille).

Les journées fastes, j’avais une chatte pleine de foutre à lui faire bouffer à son retour. Mais la plupart du temps j’avais été trop flemmarde pour préparer le souper.

Belle-du-crépuscule

24 septembre 2011

Elle affiche encore les vestiges d’une beauté qui fut sûrement, il y a des décennies, flamboyante, sculpturale. Un visage strié de profonds sillons, mais à la structure encore intacte, des yeux émeraude éclatants, une bouche fanée, mais encore charnue; tout son visage exprimait la splendeur passée d’une femme qui avait tous les hommes à ses pieds.

— Tu es bien gentille de venir me visiter, me dit-elle tout doucement, de sa voix chevrotante. J’ai connu bien des consœurs qui ont vieilli toutes seules, abandonnées de tous.  Toi, tu viens toujours me voir, même si tu sais que j’étais une gourgandine, une courtisane, une pierreuse…

— Je sais, une prostituée, vous me l’avez dit des centaines de fois…

— Oui ma petite, une pute. Pendant plus de trente ans, tu imagines? À l’époque, on pouvait vendre ses charmes pendant longtemps, ce n’est pas comme aujourd’hui, avec toute cette drogue qui ronge les filles, les use en quelque mois et les détruit avant même d’avoir pu apprendre le métier. Dans mon temps, tapiner c’était exactement comme jouer la comédie. Ce que je faisais aussi — tu sais que j’étais actrice, n’est-ce pas?

— Oui. Vous étiez aussi effeuilleuse.

— Faire la pute, c’est jouer un rôle comme un autre. Quelle différence y a-t-il, au fond, entre jouer une soubrette, une reine, une sainte ou une pute? Tout ce qu’il faut, c’est s’imprégner du personnage.

— Et le reste? Je veux dire… les… les services que vous rendiez?

— Bah, c’était la partie la plus facile. Ce qui comptait, c’était d’être professionnelle et de faire de son mieux. Comme lorsque j’étais sur scène, finalement. Je portais le costume, le maquillage et devenait cette fille qui faisait bander les hommes. Il y a beaucoup de satisfaction à tirer de tenir son rôle le mieux que l’on peut, ma petite chérie. Et quand c’était fini, c’était comme au théâtre : je me démaquillais, je retirais mon costume et je retournais à la maison.

 — Et les clients, ils appréciaient?

 — Ils en avaient largement pour leur argent. J’étais très populaire, très demandée. Évidemment, personne ne m’applaudissait, mais les hommes ont en ces circonstances d’autres manières d’exprimer leur appréciation.

 Elle se met à rire malicieusement, comme une gamine.

 — Quand tu me regardes, tout ça doit te sembler difficile à croire, ma petite chérie… me dit-elle, soudainement sérieuse.

 — Je peux facilement vous imaginer jouant le rôle d’une prostituée de grand luxe, de ce genre que la plupart des filles de mon âge n’arriveraient jamais à imiter. La classe et la distinction se perdent, mais vous, vous en être toujours l’incarnation.

Elle me tapote la main en souriant, pendant que j’ajuste avec précaution la couverture sur ses genoux et desserre le frein du fauteuil roulant.

La grande danse macabre

22 septembre 2011

Encore engourdie de sommeil, je pris d’abord conscience du bruit de la radio et de la lumière que j’avais laissée allumée avant de m’endormir sur le sofa. Quelques instant plus tard, je m’éveillai au contact de sa bouche contre la mienne, de son doigt glissant sous le coton de ma culotte.

Simone ne dit rien. Pourquoi l’aurait-elle fait? Elle savait que je savais. À sa seule façon de me toucher, je savais que quelqu’un venait de mourir.

La mort. Elle en avait été si souvent le témoin. Parfois sanglante, hurlante et obscène dans la salle d’urgence. Parfois discrète et douce, presque inaperçue au chevet d’un enfant. «Ce n’est pas tant le spectacle de la mort que la confrontation avec ma propre finitude qui me bouleverse» me dit-elle un jour, alors qu’un patient venait quelques heures à peine de mourir dans ses bras. Et chaque fois qu’au retour de l’hôpital elle me fit l’amour, sur le champ, sans me saluer ni même m’adresser une seule parole, je sus que je recevais l’étreinte de l’ange de la mort. En ces occasions, elle n’avait que faire de son propre plaisir. Sa bouche contre mon sexe, elle me buvait, frénétiquement, interminablement, n’arrêtant qu’au moment le plus extrême de son propre épuisement, me laissant pantelante, vidée de plaisir, dépourvue de la force et de la volonté même de respirer.

Ce soir-là, il n’y eut aucune séduction, aucun baiser volé dans le cou, seulement son désir de ma peau, douce, chaude, sans âge. Seulement ses doigts, s’agitant en moi comme à la recherche de mon pouls, me fouillant jusqu’au centre de mon être. Seulement sa bouche sur mon sein me tuant et me ressuscitant encore et encore, jusqu’à ce que l’air me manque, jusqu’à ce mon cœur vienne caresser ses lèvres.

Ayant accompli ce qui devait être accompli, Simone se laissa glisser par terre, agenouillée entre mes cuisses.

— Tu as un poil blanc, me dit-elle soudainement.

Elle fronçait les sourcils, comme si elle inspectait une blessure inusitée.

Dans cette position si vulnérable, ayant à peine repris mes sens, je fus incapable de trouver une répartie convaincante.

— Non… il est blond, c’est tout… murmurai-je, en regrettant amèrement de n’avoir pas éteint la lampe avant de m’endormir.

— Toi, blonde? Voyons donc… répondit-elle sur un ton dubitatif. Pas de doute, il est bel et bien blanc. Tiens, en voilà un autre. Ici aussi …

Elle se mit en chasse, écartant mes cuisses de ses deux mains. Je sentais son souffle familier contre ma peau, mais ses doigts étaient devenus froids, inquisiteurs, cliniques. Je restai donc ainsi, couchée sur le dos, regardant fixement les tuiles du plafond, pendant que Simone me manipulait avec un soin quasi archéologique, comme un artefact fragile et immémorial.

Je l’entendis même doucement compter alors que mon immortalité lentement s’évaporait.

Shahryar sous les draps

16 septembre 2011

Depuis des semaines que nous ressassons le même fantasme. Le scénario est classique et offre des possibilités infinies : elle demande un congé sans solde et se fait embaucher dans un dépanneur glauque d’un quartier peu recommandable. Évidemment, pendant l’entrevue d’embauche, elle doit sucer le gérant, un quadragénaire bien gras prénommé Steve. Pendant qu’elle s’essuie la joue, il lui annonce qu’elle commence immédiatement.

Tous les employés sont au courant, bien sûr. Et personne ne dit rien, bien entendu. Rapidement, les turpitudes se multiplient et se succèdent. Un matin, très tôt, elle se fait mettre par trois livreurs. Elle doit aussi branler régulièrement le boutonneux qui travaille avec elle derrière le comptoir, quand les clients ont le dos tourné. Et il y a Steve, toujours lui, qui la convoque systématiquement dans son bureau à la fin de son quart de travail.

À sa demande, je lui raconte ces scènes à mi-voix, dans l’obscurité de notre chambre, juste avant qu’elle ne s’endorme. Elle me réclame toujours plus de précision, plus de détails scabreux. Alors, j’improvise, je bâtis le récit au fur et à mesure pendant qu’il s’effrite tranquillement derrière nous.

Toutes les trois phrases, elle m’interrompt pour que je précise un détail :

— Le bureau de Steve, comment est-il?

— Minuscule, sombre, sale et en désordre. Il y a des affiches de filles nues sur les murs.

— Et Steve, de quoi a-t-il l’air?

— Grassouillet, mal rasé, les cheveux gras, un polype mollasson sur l’aile du nez. Il porte toujours la même chemise blanche à manches courtes, avec des cernes jaunâtres sous les bars, alors forcément…

— Et comment est sa voix?

— Grasse et huileuse comme son visage. Accent carré et laborieux de l’Alberta. Sacres à profusion.

Elle soupire de délice.

— Quand il me convoque dans son bureau, comment ça se passe?

— Ça se passe toujours de la même façon.

— Raconte.

— Tu entres et il te dit les trucs habituels — que tu vas perdre ton poste s’il manque encore trente cents dans ta caisse, que tu fais fuir la clientèle avec ta face de carême et ainsi de suite.

— Et puis?

— Et puis il sourit comme un idiot, te dit « tu sais ce que tu as à faire si tu ne veux pas perdre ton job », se recule sur son fauteuil à roulettes et défait sa braguette. « Sous le bureau», qu’il marmonne. Alors, tu te mets à quatre pattes et tu t’exécutes.

— Ensuite?

— Ensuite, tu te mets à le sucer. Il sent des pieds, le plancher est sale et tu abîmes tes collants. Et ce gros porc répète « c’est très bien, c’est très bien…», en te tapotant la tête.

— Comment ça se termine?

— Il se crispe, tu avales le tout et tu te relèves. Il te dit : « ne sois pas en retard demain et je t’avertis, le prix de ces collants sera déduit de ta paye».

Elle frissonne, tremble un peu. Je devine qu’elle a la main fourrée entre les cuisses.

— Dis-moi ce qu’il me fait faire, le lendemain, de dit-elle d’une voix tremblante.

— Après la fermeture, il te fait placer les produits en rayon, chemisier ouvert et cul à l’air. Il prend des photos et ne cesse de se tâter le paquet.

— Il faudra que tu je retourne dans son bureau ?

— Bien sûr. Mais cette fois-ci, il a apporté un mètre de bois, comme à l’école…

C’est alors qu’elle bascule dans l’orgasme — et quelques minutes plus tard, dans le sommeil. Quant à moi, sa Shéhérazade, je reste longtemps les yeux ouverts, à réfléchir à ce que je lui raconterai le lendemain pour la garder encore une nuit près de moi.

11 septembre 2011

11 septembre 2011

(Une reprise de 2009, mais tellement à propos…)

— Combien de temps nous reste-t-il ? soupira-t-elle en tortillant les fesses pour faciliter la pénétration.

— Quelques minutes… hum… trois, peut-être… réussit-il difficilement à articuler, tant le fait de se faire chevaucher par sa maîtresse sur la pelouse devant son bungalow, au vu et au su des voisins paniqués, l’excitait.

Lorsqu’il aperçut dans le ciel la longue traînée blanche de fumée du missile, ses traits se crispèrent et tout son corps fut secoué par l’orgasme. Sentant le foutre couler sur son cul, elle leva les yeux au ciel et vit l’ogive tomber vers leur propre petit Ground Zero personnel. Elle ferma les yeux, serra les dents et attendit le big bang.

Une faible détonation se fit entendre, l’air autour d’eux se réchauffa légèrement… puis ils reçurent sur la tête un déluge de petits papiers blancs.

— Mais… mais… qu’est-ce que… bafouilla-t-elle en ouvrant timidement les paupières, la queue flasque de son amant entre les cuisses.

Il attrapa un des tracts et lut : « Repentez-vous, chiens d’infidèles ! La guerre sainte est déclarée ! »

— Merde ! Trois fausses alertes en deux jours ! Les gens du voisinage vont finir par croire que nous sommes de vrais obsédés ! maugréa-t-il en suivant son amoureuse qui courait se réfugier dans le garage.

Transport adapté

9 septembre 2011

« Ce n’est pas parce que tu es trop fauchée pour t’acheter une voiture qu’on va renoncer au plaisir de s’envoyer en l’air sur la route », me dit-elle en enfilant un de ses uniformes de salope préférés. Pendant que j’ajuste mon porte-jarretelles, elle appelle un taxi que nous sortons attendre sur le trottoir. Je ne peux pas m’empêcher de penser que nous avons l’air de deux tapineuses égarées dans ce tranquille quartier petit-bourgeois.

Quinze minutes plus tard, le taxi se gare juste devant nous. Le chauffeur n’a pas l’air très propre, il est gras, quinquagénaire et sent le tabac. Il ne sort pas pour nous ouvrir la portière — y a-t-il encore des chauffeurs de taxi qui font pareille chose?

Sur la banquette arrière, elle écarte les cuisses dès que le taxi démarre. Elle attend de moi que je prenne les choses en main, comme d’habitude. Alors, je la caresse, d’abord en effleurements très délicats, puis carrément en enfonçant la soie de sa culotte avec les doigts, dans son sexe entrouvert. Elle ne peut réprimer un spasme, un hoquet.

Le chauffeur fait mine de rien, même si, grâce au rétroviseur, il n’en perd pas une miette.

— Elle va me lécher ma fente. Ne vous en faites pas, elle a l’habitude, elle est très propre… nous ne mouillerons pas le capitonnage.

Il ne répond pas. Des gouttes de sueur perlent sur son front.

— Vous savez, elle aime beaucoup se faire enculer pendant qu’elle broute mon minou, alors si vous connaissez un coin tranquille, on pourrait…

Coup de volant, accélération brusque : je n’ai même pas le temps de finir ma phrase que nous sommes garés sous un viaduc  faiblement éclairé par la lumière jaunâtre d’une lampe sodium. Tags hiéroglyphiques, rebuts divers sur le sol crasseux, odeur d’urine : le décor est parfait.

Il se tourne vers nous, attend, silencieux. Elle sort alors de la voiture, retire en vitesse sa jupe et sa culotte et se glisse entre mes cuisses, cambrée à l’extrême, cul nu, dans même un regard pour le chauffeur — qui après quelques secondes, vient se débraguetter derrière elle.

Vautrée sur la banquette, les jambes bien écartées, je me laisse lécher le bouton en contemplant ses seins qui ballotent au dessus de son soutien-gorge. Le chauffeur a fini par prendre de l’assurance; il besogne avec vigueur et application. Je lui fais remarquer que  le compteur tourne toujours. Entre deux grognements, il précise que la course est pour lui. Quand à elle… elle en a plein la bouche, plein le cul : elle est heureuse.

Juste avant de jouir, le chauffeur renifle et grogne comme un animal blessé. Il s’arc-boute, se crispe, crache en l’air quelques « câlisse » et quelques gouttes de foutre bien profond en elle qui, la tête posée sur mon pubis, ronronne de plaisir en bavant.

Elle remet sa culotte, il remonte sa braguette. Elle rajuste sa jupe, il se laisse choir lourdement à sa place et redémarre. Nous restons tous les trois silencieux. Elle pose sa tête sur mon épaule et me caresse la cuisse. Moi, je regarde défiler la nuit, dans toute son étrangeté.

Arrivées à destination, le chauffeur se donne cette fois-ci la peine de venir nous ouvrir la portière. Elle sort en premier et s’éloigne en tortillant exagérément son popotin. Il me prend à part, me tend sa carte d’affaires et me dit :

— Appelez-moi quand vous voulez. Vraiment. Je suis sérieux.

Mon petit doigt me dit que j’ai bien fait de ne pas m’embarrasser d’un prêt-auto.

Big Bang

7 septembre 2011

Elle se plaint depuis des semaines devant le miroir. Elle se trouve moche, elle n’aime pas ses fesses, exhibe sous mon nez une culotte de cheval imaginaire, me dit qu’elle n’est plus d’un amas de capitons et de vergetures.

En désespoir de cause, je l’amène dans ce parc où, la nuit, des satyres aux sens enflammés hurlent à la lune et copulent entre eux dans les fourrés à défaut de pouvoir s’offrir la chair douce et rosée d’une femme complaisante. Dès qu’ils l’aperçoivent, ils se ruent sur elle, ils réduisent ses vêtements en charpie, la baisent, la traitent comme une chose et surtout l’enculent à répétition, vénèrent son cul et y reviennent sans cesse, jusqu’à la barre du jour, jusqu’à ce que les heures abolissent les sexes, abolissent les êtres, les transformant en magma sublime de chairs indifférenciées.

Rien ne sera plus comme avant. Elle est enfin libre, apaisée : son cul est devenu le centre de gravité de l’univers.

Soins gériatriques

6 septembre 2011

Sur Craigslist, j’avais pris contact avec une infirmière qui travaillait de nuit dans une maison de vieux. Elle me raconta que lorsque ses pensionnaires dorment, elle reçoit discrètement des hommes dans son poste de soins. La plupart du temps, elle les suçait et recueillait leur foutre dans un grand bécher; elle en buvait le contenu pour épater l’un deux, qui venait la visiter chaque vendredi, tard dans la nuit.

Ne voulant pas manquer un truc pareil, je voulus immédiatement aller la rejoindre. Elle m’indiqua que lorsqu’elle n’était pas occupée, elle dormait dans une chambre de la résidence. Mais arrivée sur place, dans chaque chambre que je visitai, sous chaque drap que je soulevai, je ne trouvai qu’une horrible vieillarde ou un cadavre.

Elle

29 août 2011

Elle couchée sur le dos dans son lit et feuillette le Cosmo. Je viens chevaucher sa tête, je frotte ma chatte sur son visage, je jouis sur sa bouche, je l’étouffe et lui fais mal. Ça semble lui convenir — elle n’est pas très bavarde. Puis je lui pisse dessus, sur le visage, dans les yeux. Elle regimbe un peu, pour la forme, mais reste totalement soumise, servile : à mon humble avis, c’est l’influence délétère de la presse féminine.

Confessions d’une dominatrice récalcitrante

24 août 2011

(Extrait de la prochaine mouture des Mémoires de la pétroleuse nymphomane)

Être tortionnaire n’est pas un talent naturel chez moi. J’admets volontiers que je ne suis pas ce qu’on pourrait appeler un ange de douceur et de gentillesse, mais il se trouve que je suis aussi fortement éprise de liberté, si bien que commander me répugne autant que de servir. Il ne me serait d’ailleurs jamais venu à l’esprit de m’adonner au BDSM avant de rencontrer Simone — je ne savais même pas ce que signifiait BDSM, c’est dire. Or, c’est bien connu, ce sont les soumises qui mènent le bal dans ce genre de relation et la mienne était particulièrement tyrannique. Comme je l’aimais d’un amour insensé, comme j’étais prête à n’importe quoi pour la garder près de moi, j’ai dû fouler au pied mes belles convictions libertaires et m’efforcer de devenir une déesse de cuir, une maîtresse cruelle — alors que je ne cessais de crier «  Ni dieu, ni maître » dans mon for intérieur.

Elle me demandait des trucs pas possibles, ce n’était jamais assez hard pour elle. Moi qui suis une petite nature, faiblarde et asthmatique, moi qui tourne de l’œil à la vue de la moindre goutte de sang, de la moindre trace de merde, j’étais servie. Et puis tous ces trucs avec des chiens, moi ça me donnait une frousse pas possible, je devais me faire violence pour l’obliger à prendre son pied avec ces sales cabots. Et son pied, dieu sait qu’elle le prenait : à tue-tête et en en redemandant toujours, continuellement.

Je ne sais pas si c’est le cas de toutes les soumises, mais la mienne était d’une intelligence redoutable. Elle avait fait de brillantes études et se lançait dans ce qui s’annonçait comme une carrière médicale tout aussi brillante. Elle était exigeante envers elle-même et sûrement au moins aussi exigeante envers moi, sa maîtresse. Elle détestait la médiocrité, la routine et acceptait rarement de se soumettre deux fois de suite aux mêmes sévices. Elle voulait toujours du nouveau, de l’inédit, de la perversion à profusion, toujours renouvelée.

Je me suis longtemps demandé pourquoi une femme de sa stature et de son tempérament avait choisi de se faire dominer par une fille comme moi, qui avait si peu la vocation de dominatrice. J’en suis arrivée à la conclusion que ce qu’elle aimait de moi, c’était mon imagination débordante. Pour elle, j’ai écrit mes plus belles œuvres, les plus sublimes, les plus cruelles. Celles que je ne publierai jamais et qui seront éternellement dédiées à sa plus grande gloire.

J’avais beau avoir de l’imagination, il y avait quand même toujours dans tout ce que je pouvais imaginer une part que je ne pouvais accomplir : tout ce qui aurait risqué de la blesser gravement, de la mutiler — voire de la tuer. Il fallait aussi que j’évite tout ce qui pouvait la marquer, du moins sur les parties les plus visibles en société de son corps, car elle avait une vie professionnelle et une respectabilité à préserver, ainsi que de distingués collègues et une famille ultra-catho à ménager.

Je me souviens d’un matin, alors que j’avais passé la nuit précédente à la punir de  mille manières. Elle me dit d’un air déçu, pendant que je la libérais finalement de tous ses liens:

— Tu ne t’es pas servie des aiguilles chauffées à blanc…

— Tu sais que j’ai horreur des aiguilles, c’est un traumatisme d’enfance. Et puis je t’aurais fait des marques compromettantes qu’il t’aurait fallu expliquer à ta mère et au docteur machin-chouette.

Elle soupira.

— Triste monde que celui où une femme ne peut vivre pleinement la sexualité de son choix.

— Pfff. Ta sexualité, tu pourrais la vivre à ta guise si tu n’étais pas si obsédée de respectabilité bourgeoise.

— Ah! Si on pouvait vivre notre amour comme ça, tout simplement, au grand jour, sans craindre l’opprobre…

— Tu pourrais commencer par me demander de t’accompagner au party de Noël de ton département et me présenter à tes parents. Ce serait un bon début…

— Et comment je te présenterais? Comme une amie? Comme une coloc?

— Ce serait plus exact de me présenter comme ton amoureuse, ta maîtresse… ou même ta tortionnaire sadique et cruelle…

— Aussi bien les achever tout de suite d’un coup de revolver.

— Si on se mariait? Tu pourrais me présenter comme ta gentille épouse.

— Tu envisagerais vraiment de…

— Si tu acceptes, je t’attache nue sur la poubelle et je te livre aux éboueurs du quartier pour qu’ils nous fassent un enfant.

Elle me regarda, songeuse, visiblement tentée.

Je suis souvent revenue à la charge avec cette proposition par la suite. L’idée lui plaisait — celle de l’insémination par éboueurs interposés, pas celle du mariage. Je n’ai jamais réussi à la trainer devant un juge de paix, mais elle a fini par me présenter à ses parents. Ils encaissèrent la nouvelle de l’homosexualité de leur fille avec beaucoup moins de difficulté que celle de sa grossesse de père inconnu.

L’accouchement fut la seule occasion où je la vis souffrir physiquement de maux que je ne lui avais pas infligés. Lorsque je pris Louise-Michelle, notre fille, pour la première fois dans mes bras, je compris soudainement que sa maman avait dorénavant une nouvelle tortionnaire.

Représentation

Rêve étrange. Je suis sur la scène d’un théâtre qui ressemble à celui où ma mère m’amenait quand j’étais petite pour voir des pièces pour enfant. Je suis vêtue d’une petite robe noire toute simple, de ce genre de celles que je m’achetais quand j’étais encore mariée avec elle. Un homme se présente, habillé comme un Monsieur Loyal de cirque. Il explique au public (que je ne vois pas) le déroulement du spectacle; tous pourront, chacun à son tour, me demander de faire à peu près n’importe quoi — les sucer, les branler, les laisser me cracher dessus, pisser ou éjaculer sur moi, ou par terre et me demander de lécher. Il est toutefois interdit de me toucher, sous peine de mourir foudroyé, calciné, dans les convulsions atroces.

Le premier participant qui monte sur la scène est la papesse du jeu de tarot. Elle demande à ce que je sois clouée sur la table où l’on servira le dîner. Je me réveille et constate que mon chat a fait tomber la photo de ma mère par terre.

Lexicophilie

23 août 2011

Quand j’étais petite, je croyais que l’expression «faire son devoir conjugal» signifiait d’écrire des verbes dans un cahier à la demande de sa maîtresse. Maintenant que je suis grande, je sais que ça veut dire se branler en lisant le Bescherelle.

Vente sous pression

15 août 2011

À la boutique de lingerie, je trouvai une paire de bas noirs tout ce qui a de plus sexy. Mais comme je suis une consommatrice avisée, j’allai voir la vendeuse pour m’assurer de ne pas me faire un fourrer avec des bas qui se niquent dès la première baise.

— Pardonnez-moi, madame… j’aimerais savoir si le sperme peut tacher ce tissu.

Elle jaugea le vêtement d’un œil avisé, puis me répondit :

— Pas du tout. Ces bas résistent à toutes les taches; le foutre ne fait que glisser, comme de l’eau sur le dos d’un canard.

— Ah oui? Ça me semble difficile à croire…

— Je peux vous faire une démonstration, si vous le souhaitez.

— Je vous en prie, faites, faites…

— Patrick! Amène ton cul ici sur le champ! J’ai besoin de toi pour une cliente! cria la vendeuse.

Un commis rondouillard sortit de l’arrière-boutique en maugréant. J’eus l’impression que nous le dérangions en pleine pause branlette syndicale, à en juger par la bosse qui déformait sa salopette.

— Vous allez voir, c’est presque miraculeux, me dit-elle en débraguettant le zigoto.

Elle en extirpa une bite longue et épaisse autour de laquelle elle enroula le bas. Elle se mit ensuite à le branler à toute vitesse, tout en poursuivant nonchalamment sa discussion avec moi.

— Si c’était de la soie, ou même du nylon, il y a longtemps que le bas aurait filé, voire même déchiré. Mais il s’agit ici de microfibres spéciales développées par la NASA qu’on a traitées à l’acide perfluorobutanesulfonique. Croyez-moi, c’est tout simplement impossible de les abimer ou de les tacher…

Après à peine une minute de ce traitement, Patrick le commis se mit à respirer bruyamment,  grogna, puis éjacula à longs traits sur le bas.

— Vous voyez comme le sperme perle sur le tissu? Si je plie le bas ainsi, je peux tout ramasser en une seule petite flaque… il ne reste ensuite à verser le tout à l’endroit de son choix et on se retrouve avec des bas impeccables — c’est l’idéal pour le bureau ou les sorties en ville.

Elle défit les deux premiers boutons de son chemisier et versa le foutre sur ses seins.

— Vous pouvez vérifier par vous-même, si vous le voulez, me dit-elle en me faisant un clin d’œil.

J’inspectai le bas et vis qu’elle avait raison : je ne trouvai pas la moindre trace d’humidité. Quant au commis, il s’affairait à nettoyer de la langue le corsage de sa patronne.

— Dites-moi… Vous faites ce genre de démonstration avec toutes vos clientes?

— Bien sûr que non, répondit-elle d’un ton sec. Vous êtes ici dans un commerce honnête, pas dans un lupanar.

— Elle ment, ajouta Patrick en sortant pour la première fois de son mutisme.

Mots cochons

13 août 2011

(Qui semblent graveleux à première vue, mais qui finalement ne le sont pas du tout.)

Braiser

J’ai écarté les cuisses de la poulette et je l’ai braisée dans la cuisine comme un chef.

Culard

Tu as vu comment il est monté, cet animal? Comment il n’arrête pas de se pavaner devant les femelles? C’est un vrai culard, celui-là!

Cyprin

La fontaine de cette femme déborde; elle est remplie de cyprins.

Éculer

À force de l’enfiler chaque jour, il a réussi à l’éculer.

Espagnolette

Si tu acceptes de réparer ma fenêtre, je te ferai une espagnolette pour te récompenser.

Fellaga

Lorsqu’il en eut marre de se faire baiser, il se fit fellaga.

Fesse-mathieu

Comme il est difficile de vider les bourses de ce fesse-mathieu!

Fourre-tout

Ce fourre-tout, c’est mon baise-en-ville.

Fistuler

Il s’est élargi à un point tel qu’il a fini par se fistuler au fond du rectum.

Glandophile

Ravi, ce glandophile tâtait ses balles d’un air connaisseur.

Gouille

Après la pluie, le vieux laissait toujours les enfants venir dans son jardin jouer dans ses gouilles.

Goder

Elles passent leurs journées au lit à goder ensemble.

Kamakura

Je me suis déjà tapée tout Kamakura avec mon mari.

Marie-salope

Ah ! Cette vieille marie-salope… tous les pêcheurs du village s’en sont déjà servis.

Organum

Leurs voix s’élevèrent, pleines d’émotion, et je sus alors que c’était l’organum final.

Rectoral

Il ne se laisse jamais prier pour assumer ses fonctions rectorales.

Salopette

Je meurs d’envie de mettre cette salopette.

Spermophile

Avis aux parents : on rapporte qu’un spermophile a été aperçu rodant dans le parc municipal.

L’Impératrice

9 août 2011

J’ai rêvé que l’impératrice — l’arcane III du tarot — s’était insinuée dans mon esprit et avait pris le contrôle de mon corps. J’avançais dans le corridor, nue et majestueuse, la main posée sur le pubis comme sur un coussin d’hermine. Arrivée au balcon, parmi les vivats, la liesse, je me suis branlée vigoureusement avec mon sceptre incurvé, aspergeant la foule de cyprine se transformant en papillons mordorés, en étincelles aveuglantes.

Le martyre de Sainte Catherine d’Alexandrie

16 juillet 2011

L’empereur Maximien, séduit par la beauté et les hautes qualités morales de Catherine d’Alexandrie, s’agenouilla un jour devant elle pour lui demander sa main. Après avoir essuyé un refus plein de mépris, il entra dans une fureur telle qu’il ordonna à ses bourreaux de la flageller et de disloquer ses membres. Mais au moment de la soumettre au supplice, les roues où elle avait été liée furent frappées d’un éclair aveuglant et volèrent en éclats, tuant la plupart de ses tortionnaires.

Pendant que le mien liait mes poignets à la tête du lit et caressait de ses mains calleuses les sinuosités les plus intimes de mon corps dénudé, je me demandai si j’allais jouir d’une telle intervention divine. Fébrile, tremblante, j’étais Sainte Anne Archet de Montréal, soumise au supplice de la roue, ne sachant pas ce qui allait ou n’allait pas ce produire.

L’illumination vint lorsque la première goutte de cire brûlante tomba, un peu au dessus de mon ventre, presque entre mes seins, et que je sentis ma peau toute entière s’embraser dans une flamme intense, extatique et miraculeuse.

Média social

27 juin 2011

Marcel Mongeon, entrepreneur en démolition, contemplait avec nostalgie sa vieille école lorsqu’un de ses employés vint le tirer de sa rêverie.

— Hey boss, faut vraiment que vous veniez voir ça!

— Qu’est-ce qui se passe? Il y a un problème?

— Non, pas de problème, mais je pense que vous ne voulez pas rater ça.

Mongeon soupira, mit son casque de chantier et suivit son jeune blanc-bec d’employé à travers les couloirs en ruine, jusqu’au cœur de l’édifice.

— On ne voulait pas commencer à démonter les toilettes avant que vous ne puissiez jeter à un coup d’œil à ceci, boss. C’est juste… trop drôle.

Plusieurs ouvriers étaient attroupés et rigolaient en se tapant les cuisses. Marcel s’approcha et comprit que les panneaux métalliques des cabinets étaient l’objet de cette hilarité. Ils étaient couverts de graffitis — pas de ces trucs stylisés que l’on voit partout de nos jours, mais de simples gribouillages faits au stylo ou au feutre.

— Vous n’allez peut-être pas me croire mes petits gars, mais j’ai connu cette fille. Nous sommes même sortis ensemble… un seul soir, dit Mongeon en pointant du doigt un des graffitis.

On pouvait lire : «Louise Veilleux couche le premier soir.»

Les jeunes éclatèrent de rire.

Le patron poursuivit sa lecture à haute voix, dans l’hilarité générale.

«La mère de Michel Landry se fait enculer par le bedeau après la messe.»

«Ginette Sénécal aime sucer des queues.»

«Ta sœur se laisse fourrer par les hobos de track en bas de la côte.»

«Qui a vu les boules de Carmen Paquette?» — suivi d’au moins une bonne vingtaine de «moi» et de commentaires graveleux.

«Pelletier est une crisse de tapette.»

— Pelletier, c’était mon prof de maths, dit Mongeon. Bordel, il doit bien être mort depuis trente ans… et toutes ses filles… elles doivent maintenant être grand-mères… Pierrette était dans ma classe et j’ai soixante-deux ans…

Les loulous hurlaient de rire. Certains même en pleuraient.

— Qu’est-ce que vous avez tous à rigoler? Un peu de respect je vous prie — c’est le Facebook de mon époque!


Passer à la version mobile de ce site.