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Déménage à trois

13 juin 2011

— Et puis? Où vas-tu aller? me demanda-t-elle en s’approchant de la fenêtre et en déboutonnant sa blouse.

Je regardai sa réflexion sur le verre, la fine dentelle qui soutenait ses seins et les lumières de minuit de la ville à nos pieds.

— Quelque part loin d’ici, lui répondis-je, quelque part où il n’a jamais été.  Quelque part où il ne me retrouvera pas.

Je la pris par la taille et elle se pencha vers moi, sa blouse glissant sur ses bras. Elle déposa sa tête sur mon épaule et je l’embrassai tendrement. Ses lèvres étaient chaudes et douces.

— Et moi? Est-ce que tu m’aimes? murmura-t-elle.

Elle se redressa et plaça ses mains sur mes joues.

— Est-ce que tu m’aimes? Est-ce que tu m’aimes… sans lui?

Avant que je ne puisse répondre, elle m’embrassa, un peut trop fort, avec une passion qu’on aurait pu confondre avec du désespoir. Elle s’ouvrit comme une fleur, délicate et fragile, et pressa son corps contre le mien.

— Ne dis rien… ne dis rien… soupira-t-elle, les yeux clos, une larme coulant sur  sa joue.

Une journée dans la vie d’une cyber-salope

26 mai 2011

6h30

Je me réveille au son strident de l’alarme de mon portable, la seule qui arrive à m’extirper des limbes après une nuit de baise. Machinalement, je me retourne, tends le bras de l’autre côté du lit et me surprends pendant deux secondes à n’y trouver personne. Les yeux encore englués de sommeil, j’ouvre le tiroir de la table de nuit et fouille à l’aveuglette pour attraper mon petit vibromasseur. J’ai besoin de jouir, là, tout de suite, c’est l’effet qu’a toujours sur moi un lit vide. Heureusement, les piles ne sont pas mortes — enfin, pas tout à fait. Je le règle à la bonne vitesse et je le glisse juste au bon endroit, bien appuyé juste à droite de mon clitoris, puis je savoure la douce vibration. Mmm. Je vais l’enfoncer tout doucement, tiens. Je suis mouillée, comme la plupart des matins où je devrais être tôt au bureau. On dirait que c’est un mécanisme de défense, une façon que mon corps a trouvée pour me retenir au lit le plus longtemps possible. Pourquoi Laurent n’est pas là? En fait, je sais pourquoi il n’est pas là et qu’il n’y sera jamais. Un écran d’ordinateur ne garde pas un lit au chaud. Mmm, c’est bon, juste là… je… oh!

7h12

La douche. Comment commencer la journée autrement? Je laisse couler l’eau sur mon corps pendant plusieurs minutes, pour savourer sa chaleur enveloppante. Puis, je me savonne abondamment, en m’attardant sur ma poitrine… Ouf! Mes mamelons sont tout durs… Je pense à Pierre… Rien à faire, je suis toujours aussi excitée. Fuck. Le savon mousse sur mes seins. Je me demande si Pierre est dans sa douche, lui aussi, en ce moment… s’il se branle en pensant à moi… Je suis envahie de visions de sa queue bien dure et savonneuse alors que le pain glisse sur mon ventre. Rien à faire, il faut que je me branle encore. Je lève une jambe, je pose le pied contre le bord de la cabine, puis dirige le jet de la pomme contre ma chatte. Oh! Mon Dieu! Je crois que je vais… Pierre! Est-ce que tu vas jouir, toi aussi? Je me pince un mamelon et imagine son menton râpeux contre mon sein. Oh! Oui! Je…

Ouf. Il faut que j’en parle sur Twitter avant de sécher mes cheveux.

8h20

Je ne suis pas sitôt arrivée au bureau que le patron me demande d’aller faire du café. Quel trou de cul! Ce serait matière à grief si j’étais syndiquée… En regardant le café passer, je me penche sur le comptoir et sens ma jupe relever, exactement comme l’autre soir, avec Robert, sur Skype. Je m’étais retourné et j’avais levé ma jupe et puis… coucou, pas de culotte. Il en bavait tellement de désir que je sentais presque son souffle contre ma nuque à travers la webcam. Je me suis passé un doigt dans la fente pour l’aguicher et lui, il me disait des horreurs délicieuses… de celles qui me font mouiller comme une traînée… et puis je me suis mise à… Merde, je suis en train de me frotter contre  la poignée du tiroir. Je me rajuste en vitesse et apporte à mon connard de boss son double double. Dès qu’il aura le dos tourné, j’en profiterai pour raconter sur mon blogue ce que j’ai fait ensuite avec Robert. Depuis le temps que mes lecteurs me réclament cette histoire…

9h30

Il est 7h30 à Vancouver, Laurent devrait maintenant être debout. Et le patron qui vient de partir en réunion… à moins qu’il ne soit encore parti chez la poufiasse du centre-ville qu’il baise chaque mercredi. J’en ai rien à cirer, en autant que ça me laisse un peu de temps pour tchater. Voyons s’il est en ligne…

sensu_elle: Bon matin cheri

megastud04: Nadine! kiss kiss kiss :-*

sensu_elle: Je me suis branler 2 fois en pensant a toi ce matin :-P

megastud04: Moi aussi mais juste 1 fois dans la douche. Tu étais trop HOT!

sensu_elle: raconte

megastud04: Tu étais a genou et tu m’a sucé jusqu’à la moelle. Ensuite, tu m’as lavé le dos comme une gentille fille!

sensu_elle: LOL

sensu_elle: Le patron est parti. Personne au bureau. Je m’emmerde. Appelle moi

megastud04: Impossible. Roxanne est juste à côté :-(

sensu_elle: Ce soir alors?

megastud04: Oui bonne idée. Kess tu portes en ce moment? Je parie que tu n’as pas de culotte…

sensu_elle: Nan, jamais de culotte. Je lève ma jupe pour te montrer… Bordel! J’ai le feu au cul! Tiens, je pourrais aller chercher un des bâtons de golf du boss dans son bureau et m’enfoncer le manche dans la chatte…

megastud04: :-o

sensu_elle: Tu voudrais me voir faire un trou d’un coup? ;-)

megastud04: Nadine, tu es incroyable Tu me raconteras ca plus tard je suis déjà en retard pour le boulot et grâce à toi je bande comme un taureau. À plus tard coquine! xxxx

13h00

Une forte odeur d’eau de Cologne m’assaille — voilà le patron qui revient au bercail. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour masquer cette odeur de chatte bien ramonée, hein… tiens, je vais raconter ça sur Facebook, qu’on rigole un peu.

14h10

Je m’emmerde. Si au moins l’accès à joueraveclefantasme.com n’était pas bloqué, je pourrais répondre à mes messages… ou alors zieuter un peu les webcams…

Voilà le livreur d’UPS qui s’amène… tiens, c’est un petit nouveau. Un jeune mec dans la vingtaine, tout en muscles, belle gueule de mauvais garçon… et l’uniforme marron lui va à ravir. J’ai bien fait d’avoir attendu avant de remplir les formulaires d’envoi… Tu es célibataire, mon chou? Si tu ne l’es pas, ce n’est pas bien grave… tu peux quand même venir me prendre sur la Xerox, je vais m’asseoir sur la vitre, ça fera de chouettes photocopies…

Sitôt qu’il est parti avec nos colis, je cours aux cabinets. Il y a des limites à rester assise à s’exciter de la sorte, il faut pouvoir se soulager de temps en temps. Je jouis, assise sur la cuvette, la tête contre la cloison, l’index et le majeur couverts de mouille gluante.

Je me lèche les doigts, je replace ma jupe et retourne d’un pas résigné écrire les foutues lettres qui devraient être terminées depuis hier.

15h57

Je suis prête à décamper depuis au moins vingt minutes. Arrgggh! Pourquoi est-ce si long? Je suis certaine que l’horloge sur le mur retarde. Fuck, mon ordinateur indique la même heure… mon téléphone aussi… et mon portable…  et mon iPod… Merde, il est bien 15h57… et… et… 58 ! Encore deux petites minutes! Come on… come on… come on…

16h00

Je referme la porte du bureau et lance au patron le doigt d’honneur que je retiens depuis ce matin. Faudra un jour que je trouve le courage de le lui faire en pleine face. J’espère que je ne manquerai pas le bus… j’ai tous ces courriels à répondre, surtout celui de Caroline qui veut m’offrir comme cadeau d’anniversaire à son Jules… j’ai la chatte en feu rien qu’à y penser. Je mouillerais ma culotte si j’en portais une… je vais devoir faire attention quand je vais m’asseoir. Quoique je pourrais prendre en photo la trace sur le siège et la poster sur Tumblr…

17:10

Pourquoi faut-il qu’il y ait autant de bouchons dès qu’il se met à faire beau? J’ai les nerfs à vif, je suis en nage, je brûle. Mes vêtements volent dans tous les sens dès que j’entre dans l’appartement. J’entends ce vicelard de Tremblay ouvrir sa porte avant que je ne ferme la mienne, le cul à l’air. Il s’arrange toujours pour ne pas en perdre une miette, celui-là. Tant pis, ça m’excite toujours de jouer les allumeuses. Voyons qui m’a écrit… Quatre messages de Laurent, deux de Caroline, un de Pierre, deux de Robert. Je les déguste l’un après l’autre, le doigt dans la chatte. C’est la litanie habituelle qui me fait tant de bien : « Je veux te baiser en levrette » … « Viens me lécher les couilles » … « Donne-moi ton petit cul bien serré » … « Tu es si bandante » … « Je vais te lécher jusqu’à ce que tu hurles comme une chienne »… « Je vais t’envoyer ma purée dans la gorge »… Oui! C’est ça, baisez-moi, baisez-moi tous! Pincez mes seins, bourrez ma chatte, prenez-moi par-derrière, criez mon nom en éjaculant, faites-le pour moi, mes chéris. Faites-le ce soir, faites-le tout de suite, juste pour moi.

Je glisse un doigt dans mon minou, puis deux, puis trois. Je me baise à défaut de me faire baiser, à grand coup de verge imaginaire, de bite absente. Je mouille, je pisse la cyprine et je jouis, je jouis encore, je jouis sans fin, le temps bascule dans une éternité frénétique et tremblante.

20h18

Il faudrait bien que je me fasse quelque chose à manger. Il y a du jus et du sang sur ma chaise. Et un restant de choucroute dans le frigo. Je crois que je vais faire un peu de cam… où ai-je mis mon gode et mon bikini de latex?

23:30

Le téléphone sonne, c’est Laurent. Roxane est sortie avec des copines.

— Tu veux jouir avec moi, beauté? me susurre-t-il à l’oreille.

— T’ai-je déjà dit non?

Je ne dis jamais non à un homme qui bande — du moins, jamais quand il est à bonne distance et que je suis hors de portée.

— Oh fuck oui! Tu me baises comme un chef!

J’attrape mon vibro, le gros, celui qui seul peut me propulser au paradis après une journée de frotte minou bien remplie.

— Oui, chéri, je te suce, je lèche tes grosses couilles, je t’enfonce un doigt bien huilé dans le cul. Tu en veux deux? Tiens, en voilà trois! Je te veux, prends-moi.

Je m’étire dans le lit, j’écarte bien les cuisses et je laisse la vibration faire son travail. Oh! Oh merde! Je vais jouir!

— Oui! Oui! Oui! Viens! Jouis avec moi!

— Bonne nuit Nadine, fais de beaux rêves, me dit-il avant de raccrocher.

Je m’endors, nue, par-dessus mes couvertures. Seule. Demain est un autre jour — faudra pas que j’oublie d’en parler sur mon blogue.

Homo Robustus

5 mai 2011

Émilie déposa sa tasse de café sur la table et se pencha vers Kevin.

— Chéri?

— Hum? marmonna-t-il, les yeux rivés sur sa grille de mots croisés.

— Mon vibromasseur ne fonctionne plus. Ce n’est pas les piles, je viens de les changer, elles sont neuves. Rien à faire, il ne vibre plus.

— Le petit œuf métallique relié à la commande par un fil?

— Ouais.

— Voilà un design qui laisse à désirer, compte tenu de l’usage.

— Tu crois que tu peux le réparer?

— Donne-le-moi, dit-il en soupirant, avant de replier son journal.

Dix minutes plus tard, le boitier de la commande était ouvert et ses entrailles étendues sur la table. L’œuf argenté était aussi éventré, les tripes à l’air libre. Kevin travaillait lentement, consciencieusement, tel un chirurgien, le fer à souder dans une main, la sonde du voltmètre dans l’autre. Quant à Émilie, elle restait au chevet du malade, les sourcils froncés par l’inquiétude.

Kevin finit par déposer ses outils en hochant la tête.

— Le moteur est grillé, foutu. Ce truc est cliniquement mort — il était beaucoup trop délicat pour l’usage intensif qu’il subissait.

— Mais… Qu’est-ce que je suis censée faire maintenant? dit-elle, visiblement déçue.

Kevin balaya du bras toute la ferraille, attrapa Émilie par la taille et la coucha sur la table, puis lui enleva sa culotte. Avant même qu’elle eût le temps de protester, il lui glissa deux doigts dans la chatte et écrasa sa langue contre son clito.

Prise de convulsions, elle jouit, les bras fendant l’air, en criant des obscénités.

Kevin essuya son visage avec la manche de sa chemise et dit :

— Tu vois? Tout ce qu’il te fallait, c’est quelque chose conçu de façon plus robuste.

L’assiette et la divine purée

28 avril 2011

Je mâchais ma salade de radis en ne pensant à rien en particulier lorsqu’une jolie brunette aux courbes affriolantes vint s’asseoir à ma table, directement devant moi.

— Je suis l’Être Suprême et j’ai envie de baiser, me dit-elle en souriant. Intéressée?

J’avais bu, je l’avoue, mais seulement un verre de Bourgogne. J’étais donc loin du delirium tremens. Je lui rendis son sourire et répondis :

— Désolée, je suis athée. Mais je suis quand même contente d’apprendre que Dieu est une lesbienne…

— Tu ne me crois pas.

— Non, je ne te crois pas. Mais je suis certaine qu’elle te croirait, elle, lui dis-je en pointant la femme portant un hijab assise à la table près de la porte du restaurant.

L’Être Suprême ne tint pas compte de ma suggestion et attrapa mes mains.

— Je vais te convaincre, me dit-elle simplement.

Je fus frappée instantanément par un éclair aveuglant. Mon esprit fut ensuite envahi par d’étranges visions d’explosions cosmiques, de galaxies en formation, de dinosaures se fossilisant, de civilisations réduites en poussière de Lady Gaga élue pape sous le nom de Pierrette Iere. Je frissonnai d’horreur.

— Toujours la même réaction lorsqu’elles apprennent qui sera le dernier Pape avant l’Apocalypse…  commenta la Suprême brunette en inspectant sa manucure.

— Tu… je veux dire… vous… euh…

— Hey, tu peux me tutoyer chérie.

— Comment tu as fait ça?

— Être Suprême, répondit-elle en souriant de toutes ses dents.

— Et tu… Tu dragues des mortelles?

— Bien sûr. Même l’Être Suprême a parfois le feu au cul. Tu devrais comprendre, je vous ai créés, toi et les autres, à mon image, après tout. Mes besoins sont seulement un peu plus… particuliers, disons.

— Alors là…

— Est-ce que je dois en conclure que tu me crois, maintenant?

— Tu es si… différente que je l’aurais imaginée… lui dis-je, fascinée.

— Oui, c’est ça, bien sûr, elles disent toutes cela. Bon, tu veux baiser oui ou non?

— En tenant pour acquis que tu sois bel et bien l’Être Suprême, pourquoi m’avoir choisie? Pourquoi ne pas créer un être spécialement conçu pour tes besoins sexuels?

L’Être Suprême me sourit, approcha sa chaise contre la mienne et me baisa délicatement la joue.

— Tu es mignonne. Et il n’y a pas une trace de flagornerie chez toi. C’est ce qui m’attire le plus — l’absence de flagornerie. Une création purement sexuelle finit toujours par tomber dans l’admiration béate et idiote — je sais, je l’ai déjà essayé. Et puis je n’ai rien à faire d’une fiancée; la monogamie rend les gens possessifs et jaloux. Je ne sais pas pourquoi tous ces types religieux s’imaginent que je prône la fidélité… qui voudrait passer l’éternité avec la même personne, hein?

Je ris nerveusement, ne sachant pas trop comment réagir à cette dernière remarque, puis lui demandai :

— Tu as dit que tes besoins sont « particuliers »… qu’est-ce que ça veut dire, au juste?

— Rien de tordu, je te le promets. Seulement un petit fétiche de rien du tout qui ne te demandera aucun effort.

— Je te dis tout de suite que je ne suis pas trop attirée par le BDSM. J’ai déjà laissé un mec m’attacher sur le lit, c’était plutôt bien, jusqu’à ce qu’il s’endorme…

— Ha! Je sais, il s’en veut encore d’avoir trop bu cette fois-là. Bon, on y va?

Qu’est-ce que j’avais à perdre à la suivre? Après tout, je m’étais déjà embarquée dans des histoires encore plus invraisemblables sans hésiter un instant.

— D’accord. On y va.

Le restaurant autour de moi disparut dans un tourbillon coloré et je me retrouvai dans une chambre à coucher blanche, au décor néoclassique un peu kitch, qui ressemblait étrangement à celle à la fin de 2001, l’Odyssée de l’espace.

— Tu as raison, cette chambre ressemble vraiment à celle où s’est retrouvé Dave Bowman. J’ai beau être omnisciente, j’avais oublié à quel point ce film m’avait marquée… me dit la jolie brunette.

Elle se déshabilla et une fois dévêtue, devint translucide.

— C’est ce qui se rapproche le plus de ma forme normale, me dit-elle en fondant lentement jusqu’à former une flaque de gelée blanchâtre.

On aurait dit du sperme divin.

— Je te demanderais maintenant de te mettre nue et de t’asseoir au bout du lit, me dit la flaque Suprême d’une voix gazouillante.

Ce que je fis. La marre de gelée glissa jusqu’à moi sur le plancher de marbre, puis grimpa lentement sur moi jusqu’à me recouvrir entièrement, des orteils au bout de chaque cheveu. Elle s’insinua ensuite à l’intérieur de moi par mes narines et ma bouche. Au début, je me raidis et résistai un peu, mais sa voix, à l’intérieur de ma tête, me dit que je n’allais pas étouffer, que j’arriverais à respirer sans peine, que je n’avais qu’à la laisser faire.

— Oh… Oui… C’est ça… tu aimes ça, te faire baiser par un colloïde visqueux, hein? Tu es ma salope à gel… Mon sac à foutre… Allez, dis-le que je t’enduis bien… Oui! Oui! Ah! Oh! Tu me fais jouir, petite pute à purée…

Je me serais attendu à un langage plus châtié de la part de Dieu, mais je dois avouer qu’une fois la surprise passée, ce bukkake divin s’avéra des plus jouissifs. Après une dizaine de minutes de ce manège, j’eus un orgasme terrible, si violent que j’en criai à pleins poumons, expulsant du coup l’Être Suprême par ma bouche et par mon sexe, qui fit un vol plané et vint s’écraser en mille gouttes sur les murs de la chambre.

— Wow! Ça, c’est ce que j’appelle une baise! me dit la Suprême soupe en reprenant lentement sa forme de brunette.

Quant à moi, je ne savais pas trop comment qualifier l’expérience, outre le fait qu’elle m’avait fait jouir comme jamais je n’avais joui de ma vie. La brunette me prit par la main et me tira vers elle.

— Suis-moi, me dit-elle en me conduisant dans un grand hall dont les murs étaient recouverts d’étagères contenant des assiettes de porcelaine.

Lorsque je compris de quoi il en retournait, je frissonnai de bonheur.

J’ai eu il y a fort longtemps un rêve érotique. C’était une orgie bizarre où tous les participants, hommes comme femmes, étaient nus et lançaient de la vaisselle contre les murs. Je me frottais contre tous ces corps nus et jouissais dans le bruit assourdissant des assiettes qui éclataient. Depuis, ce scénario est un de mes fantasmes les plus secrets, des plus inavouables, un de ceux que je n’avais jamais eu l’occasion de réaliser — parce que se balader à poil dans les éclats de vaisselle est vachement dangereux et parce que c’est tout simplement trop bizarre.

— Tu m’as laissé me vautrer dans mon fétiche, alors te laisser te vautrer dans le tien est bien la moindre des choses… me dit la Suprême petite garce en me faisant un clin d’œil.

Le grand hall se remplit alors d’hommes et de femmes de toutes les tailles et de toutes les couleurs qui se mirent en riant à lancer les assiettes contre les murs.

— Merci! C’est… merveilleux! dis-je à l’Être Suprême en l’embrassent, les yeux baignés de larmes.

L’orgie dura une bonne heure. Je léchai les femmes et me fit prendre de mille manières par les hommes à travers les monticules d’éclats de porcelaine acérés. Étrangement, toute cette vaisselle, une fois cassée, devenait spongieuse et comestible comme des crêpes aux fraises. Lorsque je trempais ces tessons dans la chatte des femmes, ils prenaient la saveur du chocolat. Je jouis à répétition en me remplissant la panse, au son cristallin des assiettes fracassées.

Quand l’orgie fut terminée, la petite brunette s’avança vers moi et me tendit la seule assiette rescapée de l’hécatombe.

— Juste un petit souvenir, histoire de te redonner la foi…! me dit-elle.

On pouvait y lire : « J’espère que tu t’es bien éclatée »

Je lui fis un dernier câlin puis me retrouvai soudainement à la table du restaurant, devant ma salade de radis à peine entamée. Je demandai l’addition puis pris la poudre d’escampette en serrant ma divine assiette contre mon cœur.

Quelque mois plus tard, la fille qui est maintenant mon ex me lança cette assiette à la figure lors d’une dispute. Elle se fracassa contre la porte de la cuisine et j’en reçus un éclat qui me fit une longue estafilade sur la joue. « Tu m’aimes moins que cette assiette! » avait-elle crié en la lançant.

Elle avait raison, pour une fois.

You’re sexting, you’re beautiful and you’re mine

21 avril 2011

En ouvrant le courriel, j’eus la surprise de tomber immédiatement sur une photo en gros plan de son sein gauche. C’est dans de telles circonstances que je me compte chanceuse de travailler toute seule à la maison.

«Qu’est-ce que faisaient les pauvres esclaves salariés pour tuer le temps au bureau le vendredi après-midi avant l’invention des téléphones intelligents? LOL» pouvait-on lire sous la photo. 

Je répondis : 

«Ils enlevaient leur culotte et s’asseyaient sur la photocopieuse ROFL. Je suis la docteure Frankenstouffe, je vais te reconstruire dans mon laboratoire, mais il me manque beaucoup trop de morceaux! J’en veux + + + !» 

Elle me prit au mot et pour les quinze minutes qui suivirent, je reçus l’une après l’autre les parties dénudées de son anatomie que j’assemblai avec enthousiasme sur l’écran de mon ordinateur. On aurait dit une Suédoise en kit achetée chez Ikea. 

«Il en reste une dernière!» m’écrit-elle en m’envoyant son nombril. 

La dernière photo fut celle de sa chatte toute mimi et épilée… où l’on pouvait apercevoir, juste en dessous, le pantalon de tweed gris et le soulier verni d’un homme — probablement son patron — qui entrait dans son bureau. Depuis, elle ne répond plus à mes messages. Si elle n’a pas été congédiée sur-le-champ, elle a sûrement eu droit à une sacrée promotion.

Run for your life

11 avril 2011

Dès le début, Lili avait senti que quelque chose clochait. Elle était restée couchée sur le dos, immobile, dans la position de l’étoile de mer, dans l’attente d’un orgasme qui peinait à se produire.Entre ses cuisses, Marc, d’habitude si habile de sa langue et de ses doigts, semblait cette fois hésitant, pataud… et franchement pas au plus fort de ses facultés érectiles. Exaspérée, elle abandonna tout espoir et tapota le front de son amant pour lui faire signe de couper court à ses caresses. Celui-ci se releva et s’allongea à ses côtés.

— Que se passe-t-il mon chéri? lui chuchota-t-elle à l’oreille. On dirait que le cœur n’y est pas…

Marc essuya ses joues empoissées de cyprine avec le drap.

— C’est Jean-Paul, dit-il en soupirant. Je crois que cette histoire de polyamour le dérange beaucoup plus qu’il ne veut bien nous l’admettre.

— Qu’est-ce que tu racontes? Il est totalement d’accord à ce que j’aie d’autres amoureux. Tu ne l’entends pas? Il est dans son bureau, en train d’écouter de la musique et ne se soucie pas une seule seconde de ce que nous pouvons faire, toi et moi.

— Tu parles, oui. As-tu justement prêté attention à ce qu’il écoutait?

— Non, pourquoi?

— Il a d’abord fait jouer Jealous Guy, de John Lennon et juste après, ce fut Unfaithful de Rihanna. Il a enchaîné avec Trahison de Garou. Et là, c’est Comment tuer l’amant de sa femme de Jacques Brel… ça fait trois fois qu’il la répète.

— Oh…

Inquiets, ils se regardèrent sans rien dire.

— Euh… la fenêtre, elle donne sur la rue ou sur ta cour? finit par demander Marc, en remettant ses chaussettes.

La laisse

5 avril 2011

— Je suis désolée, Monsieur Lheureux est en réunion. Si vous souhaitez laisser un message, je peux vous connecter à sa boîte vocale.

Au son de sa voix, la réceptionniste semblait jeune et sexy et Marie se demanda s’il l’avait baisée et si oui, par quel orifice. «Je me demande si elle a aimé et s’il lui a fait mal comme à moi, si elle le désire autant que je le désire… » se dit-elle. Surtout, elle se demanda pourquoi ça la dérangeait à ce point.

— Madame?

«Madame toi-même, petite garce!» se dit-elle, sans lui répondre. «Tu crois peut-être que je suis vieille et rabougrie parce qu’il a limé tes trous plus récemment que les miens, hein, poufiasse. »

— Vous voulez que je vous connecte?

La dernière fois qu’il y avait eu connexion entre Marie et lui, c’était dans l’escalier de secours de la tour phallique où se trouvait son bureau. Elle l’avait laissé déchirer ses collants et s’enfoncer dans le premier trou contre lequel sa queue avait buté, elle l’avait laissé tripoter ses seins et arracher deux boutons de sa blouse qu’elle portait à sa demande, parce que la pointe de ses seins perçait la soie de la même façon qu’il transperçait ses inhibitions, jusqu’à ce qu’elle le laisse faire tout ce qu’il voulait, jusqu’à ce qu’elle le laisse la pousser contre l’horrible rampe de métal de l’escalier, jusqu’à ce qu’elle se penche dans cette cage d’escalier de béton aussi froide et dure que son cœur. Il l’a baisée et rebaisée sans même daigner enfiler le préservatif qu’elle lui tendait, jusqu’à ce que son cul soit barbouillé de foutre et ses joues baignées de larmes, jusqu’à ce qu’elle ressente dans ses entrailles la brûlure de sa passion — ou plus prosaïquement, du soulagement de ses couilles.

— Je vous envoie tout de suite à sa boîte vocale.

La réceptionniste semblait trop heureuse de se débarrasser de Marie et de son silence qu’elle prenait peut-être pour de l’agressivité ou encore de la débilité légère.

— Vous avez joint le bureau de Patrick Lheureux. Je ne peux vous répondre en ce moment. S’il vous plait, laissez-moi un message.

Ce «s’il vous plait» semblait si étrange à Marie. Il était aussi incongru que tous les «merci» et les «je t’aime» qu’elle ne l’avait jamais entendu prononcer. Parce que ce qui lui plaisait à elle n’avait aucune importance. La seule chose qui importait, c’est qu’elle soit nue, à genoux devant lui, quémandant sa queue ou son attention. L’attention de sa queue. De sa queue en tension.

Le signal de la boîte vocale se fit entendre, Marie prit une grande respiration et plongea au plus profond de sa déchéance.

— C’est moi, Marie…

Elle entendit ce manque, cette urgence dans sa propre voix qui lui serrait la gorge et  brûlait son visage.

— Je veux…

«C’est toi que je veux» pensa-t-elle.

— … enfin, je voulais…

«… que tu me fasses tout ce que tu as envie de me faire… » ajouta-t-elle mentalement.

— … te dire que…

« …que je ne ressens rien lorsque tu n’es pas là pour me toucher et que je n’ai le sentiment d’être en vie que lorsque tu consens à abuser de moi.»

— … que je suis seule pour les prochains jours…

« … tu pourrais donc me baiser comme la première fois, lorsque tu m’as fait m’allonger nue sur le lit conjugal, ne portant que mon jonc de mariage et que je me suis doigtée comme une malade, jusqu’à en perdre la tête, sous ton regard amusé. Tu m’as ensuite attachée et prise plus fort et plus intensément que mon mari ne l’a jamais fait, pas parce que tu m’aimais, même pas parce que tu me désirais, mais seulement parce que tu savais que j’allais m’en souvenir dorénavant chaque fois qu’il allait me pénétrer tendrement sur ce lit où nous avons conçu nos enfants et où je l’ai trahi.»

— … alors si tu as envie de venir à la maison pour dîner…

«… je te servirai dans le minuscule uniforme de soubrette en latex que tu m’as acheté parce que tu savais qu’il n’arriverait pas à contenir mes seins et que j’aurais l’air d’une parfaite salope, aussi parce que tu savais que j’allais la porter quand même uniquement parce que tu me le demandais. Je m’agenouillerai sous la table pendant que du mastiqueras ton rumsteck, je te sucerai la queue et te lécherai délicatement les couilles en laissant un filet de bave couler à la commissure de mes lèvres, un pouce bien enfoncé dans mon cul et l’autre dans ma chatte, comme tu me l’as enseigné et comme tu l’as sûrement appris à toutes les stupides pétasses que tu sautes. »

— … appelle-moi…

«Appelle-moi salope, pute, chienne, charrue, grognasse. Traite-moi de tous ces noms qui m’humilient et m’excitent tant. Dis-moi ces mots je ne tolérais pas avant de te rencontrer. Crache-moi ces mots qui m’ont dépouillé de la personne que je croyais être et qui m’ont laissé avec celle que je croyais que tu désirais. Si tu ne le fais pas, je me les ferai graver dans la chair, je les ferai tatouer sur la peau de mes fesses, pour que tous ceux qui après toi m’enculeront sachent à qui ils ont affaire. »

— … sur mon cellulaire…

«Celui que tu m’as fait acheter. Celui dont mon mari ignore l’existence. Celui que tu as glissé dans un condom et enfoncé dans mon con quand j’étais attachée et sans défense — même si je suis toujours sans défense avec toi, attachée ou non. Celui que tu as fait vibrer en rigolant, pour m’apprendre ce que voulait dire l’expression phone sex. Celui que j’utiliser en ce moment pour m’offrir à toi parce que tu es maintenant la seule voie qu’il me reste vers moi-même. »

Marie raccrocha, mais ne mit pas fin à la connexion. Elle était liée à lui par un besoin bien plus fort que sa volonté. Assise sur son lit, attendant son appel, attendant qu’il daigne lui dire quand et comment il allait abuser de son corps et de son esprit, elle se mit à pleurer. Des larmes amères coulèrent sur ses joues, causées non pas par la trahison et l’humiliation ou la brûlure de cette laisse invisible qui la liait toujours à lui, mais parce qu’elle redoutait que le jour où il lâcherait cette laisse soit finalement arrivé et qu’en traînant sur le sol derrière elle, cette laisse finisse par s’emmêler, qu’elle s’y empêtre et en meurt étranglée.

 

La peau des fesses

29 mars 2011

Venue à l’improviste prendre le thé à la maison, cousine Mirelle avait placé un mouchoir sur mon vieux divan défoncé récupéré dans la rue pour ne pas salir sa précieuse jupe. Une tasse fumante à la main et une moue dédaigneuse à la bouche, elle finit par me cracher la question pour laquelle elle avait daigné franchir le pas de mon trois et demi.

— Qu’est-ce que tu as acheté à tante Cécile pour son anniversaire?

Quelle chipie! Faire tout ce chemin pour le seul plaisir de frotter mon nez dans ma propre crasse!

— Rien, lui répondis-je après avoir ravalé ma colère avec un peu de Earl Grey. Je suis pauvre comme la gale en ce moment. Alors, je lui ai tricoté ceci.

Je me levai et allai chercher l’écharpe sur laquelle je besognais depuis un mois. J’aime beaucoup ma tante Cécile, qui en a bavé plus qu’elle méritait toute sa vie, et je me fais un point d’honneur de souligner son anniversaire. Placée au couvent trop jeune, on l’a soupçonnée d’amitiés un peu trop particulières avec une novice de son âge. On l’a décrétée hystérique, on lui a enfilé la camisole de force, on lui a fait subir les jets d’eau froide et l’isolement prolongé en cellule. Il a fallu que ma mère et ses sœurs forment un commando et prennent d’assaut le couvent de ces enragées pour la libérer de cet enfer. Depuis, cette toute petite dame vit toute seule dans son tout petit appartement, avec sa toute petite télé, son tout petit chat et son tout petit sofa qu’elle m’a toujours offert sans me poser de questions, chaque fois que l’univers semblait s’écrouler autour de moi.

Je montrai donc à la cousine Mireille ce que j’avais réussi de peine et de misère à tricoter pour ma tante préférée.

— Ah? C’est… intéressant. Qu’est-ce que c’est? me dit-elle avec un sourire aussi blanc qu’hypocrite.

— C’est une écharpe. Ça se voit, non?

— Peut-être…

— C’est le mieux que j’arrive à faire. Je ne suis pas très douée pour les travaux de l’aiguille, dis-je en soupirant.

— Si tu travaillais, aussi, tu aurais de l’argent pour faire des cadeaux.

I would prefer not to…

— Hein?

— C’est de Melville. Bartleby the Scrivener.

— Plus on est paresseuse, plus on a le temps d’avoir des lettres, c’est bien connu. Regarde, madame simplicité volontaire, ce que j’ai acheté à notre chère tante.

Elle extirpa de son sac un petit paquet enveloppé de papier de soie blanc qu’elle développa avec mille précautions.

— Un carré d’Hermès! Il est magnifique! Mais… il a dû te coûter un prix fou!

— Ce n’est pas un carré, mais un châle en cachemire et en soie. Il ne m’a coûté que mille deux cents dollars.

— Pfff… «Que» mille deux cents dollars… sifflai-je, incrédule.

— Avec ma promotion, je peux me le permettre. Je t’avais dit que je suis maintenant vice-présidente marketing pour l’est du Canada?

— C’est la troisième fois que tu le mentionnes. Cécile va être folle de joie… j’aurais tant voulu lui faire un cadeau de ce genre.

— Ça bat l’écharpe mal foutue, hein?

— C’est vraiment injuste, tu la fréquentes à peine…

Elle me fit un sourire encore plus blanc et hypocrite.

— Je pourrais te la donner, si tu veux… me dit-elle en agitant le châle sous mon nez.

— Donner? Je suis surprise que ce mot fasse partie de ton vocabulaire! Allez, dis-le donc directement : qu’est-ce que tu veux en échange?

Elle ramena son popotin (et son mouchoir) vers moi et glissa une main sur mon genou.

— Tu pourrais être… gentille avec moi, susurra-t-elle, une lueur vicieuse dans le regard.

Je me reculai, incrédule. La cousine Mireille est bien la dernière personne

— Tu es tombée sur la tête ou quoi?

— Depuis que Paul, ce sale traître, a foutu le camp avec sa petite traînée, je n’ai pas… enfin, tu sais, ce que je veux dire.

— Et alors? Depuis quand t’intéresses-tu aux femmes?

Je sentis ses ongles s’enfoncer légèrement dans la chair de ma cuisse.

— Ma nouvelle secrétaire est très paresseuse… elle mériterait d’être sévèrement corrigée, mais la fessée est considérée comme une forme de harcèlement par la convention collective.

— Si c’est pas malheureux, hein…

— Je ne te le fais pas dire. S’il n’en tenait qu’à moi, je la déculotterais, lui enfoncerais un gode au cul, la coucherais à plat ventre sur mes genoux, puis lui chaufferais les fesses à coup de badine, comme elle le mérite.

— Oh!

Elle attrapa mon menton, plongea longuement son regard dans le mien, puis me roula une pelle digne d’Autant en emporte le vent.

— Ensuite, je lui ordonnerais de se mettre à genoux sous mon bureau et je l’obligerais à me lécher la chatte jusqu’à ce que je jouisse.

— Je…

— Enfin, je lui donnerais son quatre pour cent et la renverrais chez elle, la figure rendue luisante par mon plaisir et les fesses à vif.

— Tu ne t’attends quand même pas à ce que je t’aide à réaliser tes fantasmes de cadre supérieur à la noix? lui demandai-je, estomaquée.

— Nous avons tous un prix, dit-elle simplement en me montrant une dernière fois le châle de tante Cécile.

Je me mordis les lèvres.

— Alors?

— Je n’ai pas de badine.

— Qu’est-ce que tu crois… j’ai apporté tout le nécessaire! dit-elle joyeusement en sortant de son sac l’objet en question ainsi que des menottes, un bâillon-boule, un tube de lubrifiant, et un plug anal de taille effrayante.

Le lendemain, tante Cécile, la larme  à l’œil, admirait son châle tout neuf après m’avoir embrassée sur les deux joues.

— Il est magnifique, ma petite chérie! Vraiment, tu n’aurais pas dû… il a dû te coûter un prix fou, me dit-elle, la voix étranglée par l’émotion.

— Seulement la peau des fesses, lui répondis-je, tout sourire, en tortillant mon popotin endolori.

La Conque

28 mars 2011

On dit souvent que porter un coquillage contre son oreille permet d’entendre le bruit de la mer. Quand je porte le con de Simone à mes lèvres et que le goût salin de ses fluides envahit ma bouche, quand elle serre ses cuisses contre mes oreilles, j’entends le bruit du bonheur. Un bonheur spontané, gratuit, immédiat, rugissant dans son sang comme un éclat de rire dans la tempête.

Chaque fois que ça se produit, je souris, puis je pousse ma langue en elle. Et lorsque je ne puis m’enfoncer davantage, mes mains glissent, paumes plates et lisses, le long de la douce chair qui s’étend des profondeurs de ses fesses aux vallons légers de ses genoux. Ensuite, je m’accroche à elle, j’écarte ses cuisses, je soulève ses hanches pour laisser ma bouche migrer lentement vers le sud, vers le soleil obscur de son cul.

Si ses mains sont libres — ce qui n’est pas souvent le cas —, Simone laisse alors danser ses doigts dans ma chevelure, empoignant et repoussant mes cheveux suivant les retraits et les insertions de ma langue. Mais comme elle préfère avoir les poignets solidement liés bien au dessus de sa tête, je me contente la plupart du temps des frémissements saccadés de son corps.

Si sa bouche est libre — ce qui n’est pas souvent le cas —, Simone laisse alors sa parole divaguer dans un torrent de cris et de chuchotements, d’injonctions et de supplications, de litanies et de blasphèmes. Mais comme elle préfère être bâillonnée, je me contente la plupart du temps de ses soupirs, de ses gémissements et des gargouillis baveux de sa gorge.

Je crois que c’est T.S. Eliot qui a dit que «l’homme ne peut prendre trop de bonheur»… à moins que ce fût «de vérité»? Je ne saurais dire, surtout lorsque Simone laisse perler son bonheur sur ma figure. Mais n’étant pas un homme, je prends mon bonheur où je peux et c’est là ma seule vérité.

On dit souvent que porter un coquillage contre son oreille permet d’entendre le bruit de la mer. Quand je porte le sein de Simone à mon oreille et qu’elle me presse tout près de son cœur, j’entends le bruit du bonheur.

Ballade printanière

22 mars 2011

Dès que je pose le pied sur le trottoir, je me prépare mentalement à jouer. À la base, le principe du jeu est simple : le premier homme que je croise, je le suce. Le second me baise et le troisième m’encule. Quant aux femmes, la première me fait minette, je lèche la deuxième et je prends la troisième avec mon gode ceinture.

Selon les règles strictes que je me suis imposées, j’ai le choix de commencer le jeu quand bon me plaît, mais je dois ensuite en assumer les suites : même si le second ou le troisième soit laid, vieux, puant et repoussant, je dois quand même les laisser me fourgonner. Idem pour la deuxième, que je dois gamahucher même si je soupçonne que ça chatte empeste le hareng saur défraîchi. C’est un sale jeu, va sans dire, mais je dois boire la coupe jusqu’à la lie, c’est une question d’honneur. S’il s’agit d’un groupe, la lecture se fait de gauche à droite. S’il y a ambiguïté de sexe chez un individu, comme cela arrive fréquemment, il/elle est valable pour les options orales et pour le gode ceinture, mais s’il/elle tombe sur «baise-moi» ou «encule-moi», il/elle passe son tour. Les enfants et les chiens sont exclus d’office, mais il m’est arrivé — à ma très grande honte — de faire entorse à ce règlement.

Le jeu se termine lorsque, de retour à la maison, je referme la porte derrière moi, la chair à vif et les nerfs tendus comme les cordes d’un violon.

Visite de courtoisie

20 mars 2011

Désolée de vous déranger, mais puis-je parler à la maîtresse de la maison ? Est-elle prise en ce moment ? Est-elle sous la douche ?

Si c’est le cas, puis-je grimper les escaliers sur-le-champ, sans bien sûr déranger la maisonnée, pour me rendre à la salle de bains et, toute nue, la rejoindre sous la douche dans l’eau chaude et près de son corps lourd et brûlant même si je me doute bien qu’elle risque sur le coup d’être effrayée, et lui parler pour la rassurer, lui dire qu’elle n’est pas grosse du tout, que ses seins sont toujours magnifiquement ronds et succulents, que son cou est fin et élégant, et lui dire en l’embrassant que la vie est toujours grande ouverte devant elle, pour que je puisse glisser ma main entre ses cuisses savonneuses et l’emmener au paradis en lui chuchotant à l’oreille ces mots secrets qu’elle aurait pu entendre ce fameux jour de juillet, il y a si longtemps, avant le mariage, les enfants et les pattes d’oie au coins du visage, jusqu’à ce que sur le plancher de la douche, submergées de bonheur, en larmes et tremblantes, nous nous aimions désespérément ?

L’auto-cramponneuse

14 mars 2011

Dès le premier jour où Henri prit la route au volant de sa BMW flambant neuve, il remarqua que la plus jolie des conductrices qu’il avait doublée pendant la matinée se retrouvait, le soir venu, nue, ligotée et bâillonnée sur le tapis de son salon, attendant sagement d’être embrassée, dévêtue et prise. Puisqu’il en était ainsi du lundi au vendredi — sauf les jours fériés — il cessa rapidement d’en être surpris, se disant qu’il s’agissait fort probablement d’une de ces innovations technologiques dont les ingénieurs allemands ont le secret et qui a fait la réputation de l’industrie automobile teutonne.

Henri aimait prendre ces jolies automobilistes vigoureusement, brutalement, même. Il avait pris l’habitude de les baiser par-derrière après les avoir placées le ventre contre le bras du fauteuil ou du divan, ses mains fermement cramponnées sur leurs hanches ou leurs seins. Plus rarement, il se sentait d’humeur romantique et tendre; il leur léchait alors longuement la fente, leur murmurait de petits riens à l’oreille et leur faisait langoureusement l’amour en se noyant dans leur regard. Mais après quelques mois, cela lui arrivait de plus en plus rarement et il avait même cessé de s’en sentir coupable.

Un jour, sur le chemin du retour, Henri se trouvait dans la voie du centre, derrière une Mini Cooper conduite par une mignonne rouquine qu’il imaginait déjà, cul à l’air, étendue sur sa causeuse. En s’apprêtant à prendre la voie de gauche, un camion de Fedex surgi de son angle mort se mit à klaxonner et le coupa sans crier gare. La BM d’Henri se mit alors à toussoter comme un vieux tacot et à ralentir tant et si bien qu’il n’eut d’autre choix que de se ranger dans la voie de desserte.

Henri eut à peine le temps de pester contre sa malchance avant d’être aveuglé par un éclair blanc. Lorsqu’il revint à lui, il s’aperçut qu’il ne portait rien d’autre qu’un string de cuir clouté et un bâillon enfoncé profondément dans sa bouche. Il était pieds et poings liés, étendu sur une peau d’ours devant un foyer éteint, dans un salon aux meubles démodés et aux murs recouverts de papier peint défraîchi.

Un homme s’approcha de lui en souriant, l’observa quelques minutes d’un air satisfait, puis retira son uniforme de livreur. La bite turgescente à la main, il fessa gentiment le cul d’Henri pour en tester l’élasticité, avec au visage l’expression angélique de celui qui s’attend à passer un intense quart d’heure.

 

Gobstopper

12 mars 2011

Elle me lécha pendant un moment, avec application, s’arrêtant plusieurs fois pour voir si je changeais de couleur, en ayant l’air de se demander combien de coups de langue il fallait pour se rendre au centre.

Fenêtres

7 mars 2011

Nu dans la pénombre, les jumelles à la main, je regarde la rousse dans l’appartement d’en face, un étage sous le mien. Elle est nue, elle aussi, derrière son télescope, délicieuse, appétissante, les seins ronds et coquins qu’elle agace du bout des doigts. Je la vois aussi se caresser l’entrecuisse, elle semble vraiment s’offrir du bon temps. Je soupçonne qu’elle observe les Karlsson — ce mec baraqué et son épouse toute menue que j’entends chaque soir baiser bruyamment à travers la cloison de ma chambre. Bordel! Je bande comme un chevreuil. Où ai-je mis le KY?

Nue dans la pénombre, l’œil rivé sur mon télescope, je regarde la petite blonde d’en face se faire prendre en levrette contre la fenêtre de leur chambre. Ça fait un bon dix minutes qu’elle se fait fourgonner; ses traits sont crispés, elle a enfin trouvé son bonheur. Quant à son mec, c’est un sacré pervers : il la prend tout en regardant dans ma direction, avec ses jumelles. Je suis certaine qu’il fantasme à mort sur moi en prenant sa légitime par tous les trous. Il doit m’imaginer en train d’attraper les dernières gouttes de foutre qui coulent le long de son manche du bout de la langue, pendant que la petite blonde me lèche la fente et me fait tordre de plaisir. Oh ! Ça y est, je mouille comme une vieille maquerelle.

 

Nu dans la pénombre, l’œil rivé sur mon télescope, je regarde le barbu de l’appartement d’en face, un étage au dessus du mien. Il reluque probablement ma voisine, la rousse qui s’est acheté un télescope et que je croise chaque matin dans l’ascenseur. Est-ce qu’elle le regarde, elle aussi? À moins qu’elle zieute les Suédois de l’appartement juste à côté de lui, ceux qui déambulent toujours à poil et dont les habitudes copulatoires feraient rougir de honte des bonobos en rut… Quant à moi, je préfère regarder le barbu s’astiquer la queue. Les hétéros et leur gymnastique pitoyable me dégoûtent un peu. Mais lui, c’est autre chose… Il est vraiment bien équipé, le salaud. Si je m’y prends bien, je vais éjaculer contre la fenêtre en même temps que lui.

Nu dans la pénombre, les jumelles à la main, je regarde le noir dans l’appartement d’en face, un étage sous le mien. Chaque soir, il se fout à poil près de la fenêtre et me regarde au télescope enculer Annalina. La garce, elle adore se faire ramoner le cul, elle en redemande continuellement. Je suis sûr qu’elle aimerait aussi se taper ce pervers… comme moi d’ailleurs. Je le vois, il se branle, il le fait toujours quand Annalina est au bord de l’orgasme. Ensuite, il pisse son sperme à grands traits sur sa fenêtre, je l’ai même déjà vu lécher le tout en me faisant des clins d’œil, le dégénéré. S’il était là, je me tartinerais le fion de lubrifiant et lui demanderais de me le bourrer sans ménagement. Ça me changerait de mes galipettes quotidiennes avec cette nymphomane d’Annalina. Fuck! Juste à y penser, le crois que je vais jouir.

Rousses et Suédois, gays et hétéros, chaque jour sur le trottoir nous nous croisons, inconnus, mais pourtant si intimes.

Cinq doigts

23 février 2011

Ma chatte est bourrée de contradictions; elle adore se faire bourrer, sauf quand je suis bourrée. Pire : c’est la plupart du temps au travail que le désir la travaille, moi qui pourtant ne suis jamais plus heureuse que lorsque je suis oisive et désœuvrée. Ainsi, j’ai passé toute la matinée à réviser la traduction d’un texte sibyllin sur la sanction en matière de pratiques anticoncurrentielles jusqu’à ce que les mots se mettent à danser devant mes yeux, jusqu’à ce que les « J » se mettent à embrocher les « c », jusqu’à ce que les « p » copulent de façon obscène avec les « u ». À midi, au bord du délire, je n’en pouvais plus, alors j’ai envoyé Midori au café pour prendre les choses en main.

Elle a les yeux verts et des cheveux d’encre de Chine, les hanches d’un garçon et des seins comme des clémentines. Elle est un peu plus vieille que moi. Elle transpire le désir et projette à la ronde les phéromones qui s’insinuent dans ma pauvre chair comme un millier de seringues hypodermiques. Elle est animale, musquée, bandante… et mon assistante. Je vous l’ai dit, ma chatte est bourrée de contradictions : je suis sûre que sous sa petite robe bleue, elle cache des sous-vêtements de cuir cloutés. Je suis sûre que derrière ce visage poli, souriant et timide, elle cache le faciès d’une harpie. Si je la laissais faire, elle ne se contenterait pas de faire des photocopies et de répondre au téléphone : elle me ferait mettre à genoux à coup de cravache pour que nous jouions au poney. Quand elle traverse mon esprit, c’est toujours le cul à l’air, le pubis glabre et luisant, la fente vermeille et la queue de cheval fouettant le bas de ses reins.

Un doigt. Un doigt ne me dit pas grand-chose. Un doigt, c’est de l’aguiche. C’est de la phalange allumeuse. Ça ne fait que chatouiller. Midori me dit qu’elle m’aime plus que toute autre. Elle se blottit contre mon cou pendant que ce doigt caresse gentiment mes nymphes. Je me sens enflée comme une guenon japonaise à cul rouge en chaleur. Midori presse ses petits seins contre mon épaule et souffle à mon oreille. Elle me montre sa vulve — c’est une bite, une bite si longue qu’elle touche presque le sol.

Deux doigts. Deux doigts attirent mon attention, comme une promesse de quelque chose de plus consistant. Deux doigts peuvent se lover contre le pli spongieux au fond de moi, ils peuvent s’y appuyer et provoquer mon émoi. Midori m’empale sur ce crochet pendant que je roule des hanches, pendant que mon sexe bâille et bave d’espérance. Elle niche sa bite ophidienne dans mon cul tout en badigeonnant ses joues contre ma cramouille.

Trois doigts. Trois doigts me font soupirer — non, hennir, puisque Midori est ma maîtresse et moi, sa monture. Trois doigts me font ardemment désirer le galop, les poignets attachés aux chevilles, le visage contre le parquet. Midori n’est pas gentille. Lorsqu’elle me demande si elle peut envoyer la facture aux clients, elle pense en réalité au manche de fouet qu’elle enfoncera dans mes orifices. Je sais qu’elle ne pense qu’à ça : je le vois à la bosse que sa bite chevaline fait dans son pantalon de latex.

Quatre doigts. Quatre doigts me font penser que nous sommes sur la bonne voie. La voie vaginale s’entend. Quatre doigts m’étirent, me distendent, préparent le chemin pour sa queue, sa verge monumentale, télescopique. Elle le manipule, presse le gland, l’enfonce lentement jusqu’à ce que je sois verrouillée contre elle. Elle souffle, anhèle à mon oreille, me fouettant le dos et le cul de sa longue crinière. Quatre doigts attirent ma main vers mon clitoris tremblant qui le taquine jusqu’à ce que sa taille rivalise avec sa trique. Je pourrais ainsi la baiser à mon tour, m’enrouler autour d’elle et l’étouffer de mon amour.

Cinq doigts. Midori se cabre, elle fouette l’air de ses mains de lotus en fleur. De ses dents et de ses ongles, elle trace des sillons ensanglantés dans ma chair. Cinq doigts labourent le ciel, me jettent dans une course folle vers le néant. J’ai mal, mais elle me dit que c’est ce que je veux, de sa voix sifflante et nasillarde qui fait écho dans ma tête et me répète qu’elle me possèdera, qu’elle occupera mon sang et ma chair, qu’elle se fera un nid dans le noyau de mes cellules et me fera mourir dans d’atroces jouissances.

Un, deux, trois, quatre doigts et mon pouce plaqué contre la paume de ma main, le bras de Midori est indiscernable de sa bite ou de ma main, qui pousse, déchire jusqu’à ce que mon poignet disparaisse, jusqu’à ce que mon plaisir s’épanouisse comme une fleur, pistils et étamines butant contre ma matrice.

Pendant un moment glacé d’effroi, je crains ne plus jamais pouvoir m’extraire de cette démence digitale, que je resterai, manchote, la chatte bourrée de contradictions, avant que Midori ne revienne avec notre goûter et qu’elle redevienne la douce et efficace assistante que je côtoie chaque jour.

In cauda venenum

29 janvier 2011

Je n’aurais jamais dû m’inscrire à ce cours. Je regrettai mon choix dès le moment où le registraire estampilla mon formulaire. Il me manquait encore trois crédits et le seul cours encore disponible se donnait le vendredi après-midi, le pire moment de la semaine. Et, comble du malheur, il s’agissait d’un cours de méthodologie donné par le département d’études anciennes. Moi qui n’avais jamais pris un cours de latin de ma vie… Mais je n’avais pas le choix, il fallait absolument que mon bac en philo soit terminé à la fin du trimestre, mon entrée en maîtrise le commandait.

Je me présentai en classe sans grand enthousiasme, et le cours confirma mes appréhensions. Monsieur Philibert, le professeur, était un petit binoclard chauve et rabougri, tout de brun vêtu et dégageant une forte odeur d’ail et d’aisselle mal récurée. Ses qualités pédagogiques étaient à l’avenant: il marmonnait sur un ton monocorde, les yeux rivés sur ses notes. Il interrompait régulièrement son soliloque par des reniflements particulièrement sonores et par des séances d’expectoration spectaculaires à l’aide d’un mouchoir de coton qu’il gardait, après usage, sur le pupitre, à la vue de tous.

J’étais à la fois dégoûtée et désemparée. Ne comprenant strictement rien à ce qu’il racontait, je me retournai pour voir si mes camarades de classe partageaient mon désarroi. J’étais la seule fille de la classe et la trentaine d’étudiants semblaient tous être des philologues aguerris. Non seulement semblaient-ils saisir le charabia de Philibert, mais ils lui posaient des questions en latin et se faisaient répondre en grec. Lorsque je demandai au professeur que signifiait le mot «herméneutique», je déclenchai l’hilarité générale et monsieur Philibert, la mine exaspérée,  ne daigna même pas me répondre. Si je n’étais pas en enfer, j’étais dans sa banlieue.

Le trimestre prit immédiatement l’allure d’un long cauchemar. Bien que je potassai comme une désespérée, j’arrivais à peine à garder ma tête hors de l’eau.  Lorsqu’arriva la mi-session, j’avais lamentablement échoué le premier travail et songeai sérieusement à abandonner. Mon essai critique sur un court texte de Virgile, m’avait valu le premier «E» de ma carrière universitaire avec la mention «Un tel torchon ne mérite pas d’être corrigé».  Si je ne me méritais pas une note supérieure à « A-» pour les deux travaux suivants, je n’aurais d’autre choix que de repousser d’un an mon entrée en maîtrise.

Je me relevai donc les manches et travaillai chaque soir jusqu’aux petites heures à la bibliothèque, décortiquant mot à mot le texte à l’étude, appuyant chacune de mes analyses de références bibliographiques en béton. Je rédigeai au moins huit versions de mon commentaire, peaufinant chaque phrase, ajustant chaque virgule. Il était donc inconcevable d’échouer.

Deux semaines après avoir remis mon second commentaire, lorsque Monsieur Philibert fit son entrée dans la classe, claudiquant et reniflant, une grosse pile de copies corrigées sous le bras, j’eus comme un mauvais pressentiment.

— Je suis heureux de vous annoncer… snifff… que la critique du texte de Sénèque a été particulièrement bien réussie pour la plupart d’entre vous, dit-il, après s’être mouché avec ostentation. C’est encore une fois la preuve… sniffff…. que labor omnia vincit improbus !

Je fus soulagée d’apprendre que la moyenne était plus élevée que pour le travail précédent. J’avais donc, selon toute vraisemblance, une chance d’avoir au moins obtenu «B+»…

— Je vais donc distribuer vos copies par ordre déclinant de résultat. Groffier… Hébert… Gagnon… Rodrigue…

Je pensais mourir d’angoisse. J’accolai à chaque nom une note probable, attendant anxieusement que mon nom soit finalement appelé.

— Bourque… snifff… Vachon… bel effort, monsieur Vachon… Laprade… snifff…

La moitié des étudiants avaient reçu leur copie. À moins que la moyenne soit vraiment très forte, il s’avérait de moins en moins probable de recevoir la note tant convoitée.

— Saint-Onge… Saint-Onge… snifff… où est Saint-Onge?…

Nous n’étions plus qu’une dizaine en attente de notre copie. Je commençais à avoir des sueurs froides.

— Lepage… Attention à votre orthographe, monsieur Lepage. Mais bravo pour l’analyse… Giroux… snifff…

J’étais sidérée. Il ne restait plus que trois copies à distribuer.

— Bertrand… Morin… et finalement Archet. Et voilà… snifff… si vous avez des problèmes avec la correction, n’hésitez pas à venir me consulter, mais soyez conscient qu’il faut une note minimale de «D» pour demander un examen de reprise. Dura lex sed lex… snifff…

Je regardai ma copie, déposée à l’envers sur mon pupitre, sans tout à fait oser la retourner. Après une minute d’hésitation, j’évaluai l’ampleur des dégâts: «F» avec la mention «Cessez de me faire perdre mon temps».

Complètement démolie et humiliée, au bord des larmes, je ramassai mes cahiers et quittai la classe en catastrophe.

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L’alcool et le rasoir

6 janvier 2011

Entre Jacinthe et moi, ça n’allait plus du tout. Elle me trouvait irresponsable, insouciante, elle qui était si sérieuse et réfléchie. Elle me reprochait mes absences, mes trahisons. Elle n’avait pas tout à fait tort: j’avais à l’époque la fâcheuse tendance de ne pas payer ma part de loyer et de revenir à l’appartement la chatte tartinée de foutre.

Ce soir-là, je l’avais traînée contre son gré dans une sauterie chez une connaissance d’une connaissance. Le buffet était gargantuesque et l’alcool coulait à flots. Un peu trop même, si bien que vers minuit, je me suis sentie vaseuse. Jacinthe avait aussi avalé sa part de vodka, elle qui ne buvait que très rarement. Elle riait, se laissant tâter par un groupe d’hommes, ce qu’elle ne faisait jamais. D’ailleurs, l’appartement était plein d’inconnus à la gueule de brute qui étaient débarqués de Dieu sait où. Lorsque le parquet s’est mis à tanguer, j’ai titubé jusqu’à une chambre et je me suis effondrée dans un lit.

Une lumière venant du couloir me réveilla: la porte était ouverte. Quelqu’un était entré dans la pièce. Je reconnus le parfum de Jacinthe, mêlé à une forte odeur d’alcool. Elle s’etait approchée silencieusement du lit et s’était allongée près de moi. Je sentis sa main entre mes cuisses. Trop saoule pour faire quoi que ce soit, je la laissai faire en fermant les yeux. Elle releva ma jupe, fit glisser ma culotte, puis plaqua sa bouche contre ma vulve.

J’avais toujours hautement considéré la technique buccale de Jacinthe. Mais cette fois, quelque chose clochait. Je mis cette maladresse sur le compte de l’alcool, elle n’avait pas tellement l’habitude. Tout en me faisant lécher, je mis la main sur sa tête. J’adorais caresser ses longs cheveux. Mais sous la main je ne sentis que des poils drus. Stupéfaite, j’explorai la nuque complètement rasée, les oreilles et le front dégagés. Ce n’était donc pas Jacinthe! J’essayais de deviner quelle fille pouvait bien venir, comme ça, me cunnilincter dans le noir. J’avais bien fait quelques œillades à une fille aux cheveux très courts en début de soirée, mais enfin de là à… peut-être qu’elle aussi se méprenait sur la personne… quelle situation incroyable! Situation que je me résolus de savourer, en espérant que Jacinthe n’en apprenne rien. J’ai joui en gémissant, emprisonnant la tête rude de l’inconnue entre mes cuisses. Elle hoqueta, se débattit un peu, mais je ne relâchai l’étreinte qu’une fois mon corps apaisé.

Revenue à mes esprits, je ne savais pas trop ce que je devais faire. J’aurais pu me taire et me rendormir comme une bienheureuse. Mais j’étais trop curieuse. Je lui demandai: «Qui es-tu?»

Abasourdie, je reçus la réponse comme un coup de poing:

— C’est moi, Jacinthe.

— Mais qu’est-ce que t’as fait à tes cheveux?

J’ai avancé la main pour toucher à nouveau sa tête.

— T’es devenue folle ou quoi?

Elle s’est relevée et me dit:

— Une de tes salopes de copines m’a proposé cinq cents dollars pour me couper les cheveux, j’allais quand même pas dire non. Je te rappelle qu’on a déjà trois mois de loyer en retard. Mais toi, Anne, t’es un belle dégueulasse! Tu pensais qu’une autre était venue te lécher la chatte, hein?

J’étais coincée. L’esprit embrumé par l’alcool, je ne trouvai rien à répondre. Je l’entendis se relever et partir en claquant la porte. Me laissant retomber sur le lit, je me dis qu’elle n’y penserait plus le lendemain et replongeai dans le néant.

Je me suis réveillée quelques heures plus tard avec une prodigieuse gueule de bois, qui ne m’empêchait toutefois pas de me souvenir parfaitement de ce qui s’était passé au cours de la nuit. Je me levai péniblement, remis ma culotte, me rajustai tant bien que mal puis partis à la recherche de Jacinthe. Des gens dormaient un peu partout. Dans un coin du salon, je suis tombé sur un champ de bataille: la crinière coupée de Jacinthe par terre, de longues mèches blondes, lisses et encore soyeuses, mélangées à des cheveux plus courts. Ils avaient dû commencer grossièrement aux ciseaux et finir à la tondeuse ou au rasoir. Ces instruments traînaient d’ailleurs sous la table à café.

Et puis j’ai vu des poils frisés. Était-il possible qu’ils lui aient aussi… J’ai ramassé le rasoir. Il était couvert de petits poils blonds. J’ai alors vu la robe de Jacinthe, accrochée à un fauteuil. Je n’ai pu alors m’empêcher de l’imaginer, allongée par terre sur le dos, les cuisses ouvertes, un homme penché sur sa chatte, le rasoir à la main. Avec sans doute d’autres salauds autour d’elle, des vicieux venus se rincer l’œil en rigolant. Elle a dû leur offrir tout un spectacle.

L’avait-elle fait pour se venger de moi? Ou bien pour du fric, comme ses cheveux? Et maintenant où était-elle? Et qu’avait-elle encore pu faire d’autre comme bêtises?

Je l’ai trouvée dans une autre pièce, allongée sur un lit défait, sur le ventre, nue. De près, on voyait que la coupe de cheveux, que le rasage de la nuque et des tempes, avait été mal torché. Je l’ai retournée. Elle dormait profondément et puait l’alcool. Des traînées de sperme séché maculaient son ventre, ses cuisses, ses seins et son visage, tout autour de sa bouche et au coin de ses lèvres. Sa chatte était entièrement rasée, jusqu’à l’anus. On pouvait voir les nombreuses coupures laissées par un rasage négligent sur le pubis et les grandes lèvres. Sur son front nu, dépourvu de son épaisse frange, un mot tracé au feutre rouge: « salope ».

Grognements

14 décembre 2010

J’avais encore envie de jouir. Une envie apparemment impétueuse, car je n’eus qu’à effleurer la peau nue de Sébastien pour qu’il se réveille et se mette à m’embrasser dans le cou. Il se redressa un peu, pour prendre une position plus confortable sans doute, mais je profitai de l’occasion pour m’esquiver de l’autre côté du lit. Il tenta un coup de patte, comme pour me rattraper. Pas encore bien réveillé, il se laissa aller sur le dos. Je m’approchai, à quatre pattes, pour contempler de plus près sa queue à moitié bandée. Je commençai à la lécher comme une chatte ferait la toilette à son chaton, à petits coups de langue. Le résultat ne se fit pas attendre ; très vite, son sexe s’érigea, grandit, grossit, se déploya complètement.

Les yeux clos, Sébastien sourit béatement, encore empêtré dans les limbes du sommeil. Il était trop mignon, presque angélique… J’hésitai à perturber encore son sommeil, mais il fallait qu’il se réveille, tout mon corps inassouvi l’ordonnait.  Alors de la langue douce, je passai à la bouche active. Je le suçai, laissant ma bouche serrée autour de son membre, le mordillai aussi, un peu, juste pour tester ses réactions. Il se tortilla, sembla avoir du mal à rester en place. J’appliquai donc le même traitement plus bas, sur ces deux boules charnues qui s’offraient à mon regard… ce qui eut l’effet escompté. Sébastien se redressa, la queue bien dressée, prêt à me satisfaire.

Ravie, je lui présentai ma croupe rebondie, pour attirer ses mains vers mon cul. Il s’activa, tenant mes hanches dans ses mains. Ses coups de boutoir se firent de plus en plus forts, de plus en plus rapides, et je sentis lentement le plaisir monter… moins vite malheureusement que le sien. Il jouit, m’inondant de son sperme en grognant comme un ours, puis, repu, se coucha sur le côté et se mit à ronfler.

Sébastien grogna à deux reprises cette nuit-là. Deux fois. Je n’en étais pas peu fière : après sept ans de vie de couple, rares étaient les nuits où j’arrivais à le faire grogner ne serait-ce qu’une seule fois.

Le lendemain matin, il était calme, presque froid. Cette dualité de caractère entre le jour et la nuit avait depuis longtemps cessé de me surprendre. Je m’y étais habituée, ce qui ne veut pas dire que je m’y faisais.

— Chéri? lui demandai-je en déposant ma tasse de thé.

— Oui?

— Ça te dérangerait si je venais dîner à la maison ce midi? Je viendrais avec quelqu’un… quelqu’une, en fait.

Quelque chose dans le ton de ma voix attira son attention et il releva la tête. Il plongea ses yeux dans les miens, comme pour fouiller mon âme, pour voir si j’étais sérieuse ou je blaguais. Surtout que j’avais l’habitude de la taquiner continuellement avec ses désirs de triolisme…

— J’ai un chapitre à finir. Pour vendredi.

Il ajouta quelque chose d’autre en grommelant que je ne pus comprendre, puis consacra toute son attention à ses œufs brouillés.

Sa réponse me laissa sans vois. Jamais n’avait-il été aussi cavalier, aussi brutal avec moi. En ravalant mes larmes, attrapai mon sac et quittai pour la fac sans lui dire au revoir.

Plus tard, je fixais la fenêtre de mon bureau en soupirant, résignée à partir me taper la bouffe exécrable de la cafétéria, quand j’entendis derrière moi la porte ouvrir et se refermer. Ce que je vis, reflété sur la fenêtre, me sidéra.

Je me retournai. Avant même de pouvoir bafouiller le moindre mot, j’entendis le grognement — plus sourd, plus calme qu’à l’habitude, mais qui changea du tout au tout quand il s’approcha de moi.


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