Sirventès

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Poésie au gaz lacrymogène
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Ont-ils jeté quelqu’un à la rue aujourd’hui?
Ont-ils incité à consommer aujourd’hui?
Ont-ils promulgué une nouvelle loi aujourd’hui?
Ont-ils testé la bombe aujourd’hui?
Ont-ils vendu des corps à la pièce aujourd’hui?
Ont-ils trempé leurs mains dans le sang aujourd’hui?
Ont-ils offert leur vie à Dieu aujourd’hui?
Ont-ils fait un profit aujourd’hui?
Ont-ils menti sur les ondes aujourd’hui?
Ont-ils tordu le cou des poulets aujourd’hui?
Ont-ils brandi des drapeaux aujourd’hui?
Ont-ils versé des salaires aujourd’hui?
Ont-ils noyé les champs de lisier aujourd’hui?
Ont-ils lapidé des pécheresses aujourd’hui?
Ont-ils fait fondre les neiges vierges des cimes aujourd’hui?
Ont-ils défilé en rang aujourd’hui?
Ont-ils injecté des remèdes de mort aujourd’hui?
Ont-ils décoré des flics aujourd’hui?
Ont-ils écrasé des visages sous leur botte aujourd’hui?
Ont-ils déterré les corps des ancêtres aujourd’hui?
Ont-ils couronné un taré tyrannique aujourd’hui?
Ont-ils accepté leurs liens aujourd’hui?

Le temps est à l’orage.

Je suis combustible
Je suis fille de troupeau
Je suis sèche sans étincelles
Je suis pâle saignée verrouillée de vide
Je pourrais être belle sanglante carnassière
Je pourrais donner des clés de diamant
Je pourrais sucer jusqu’au paradis
Je pourrais vivre avec rien mourir avec tout
Je sais à peu près quoi faire oui
Mais l’audace…

Nous sommes lèvres vertes d’ennui policier
Nous laissons la république abjecte
Commettre ses crimes démocratiques
Contre nos cerveaux vierges
Nous pousser à nous enduire de fèces
Dans les caves inférieures de la conscience
Nous nous laissons convaincre
Que nos désirs sont des crimes
Menaces à la sécurité nationale
Nous laissons envoyer notre nom notre argent
Pour tordre au sud les couilles les seins
Nous participons à notre dilution
C’en est trop maintenant
Assez

Nous pourrions ne plus coopérer
Nous pourrions ne plus obéir
Scier les jambes de l’humiliation
Et de plus en plus comme des quantas
Laisser agir le désir éclatant de baiser
Et de tournoyer
Et la soif d’une joie juste
Boycotter tout le reste
Ne jouer qu’avec les seuls désirs sublimes
Des hommes-dieux des déesses de chair
Chanter la chute de l’État
Chanter la chute de l’échange
Chanter la chair qui se dresse
Chanter le jeu le potlatch
Nous savons à peu près quoi faire oui
Mais l’audace…

Dans la rue avec Simone mon amour dansant s’embrassant s’aimant devant les flics et le gaz lacrymogène et l’eau glaciale sous le regard vide des clients familiaux derrière les vitrines qui croient peut-être que la liberté sera mise en vente à temps pour Noël.

Républicain ou démocrate
Protectionniste ou libre-échangiste
Sexy ou obèse
Salarié ou parasite
Honnête ou criminel
Straight ou Gay
Blanc ou de couleur
Citoyen ou indésirable
Libéral ou conservateur
Croyant ou infidèle
Jeune ou vieux
Honnête travailleur ou parasite
Capitaliste ou communiste
Contribuable ou fraudeur
Réaliste ou rêveur
Marié ou célibataire
Diplômé ou ignorant
Électeur de gauche ou électeur de droite
Buveur de Coke ou Buveur de Pepsi
Moderne ou folklorique
Policier ou manifestant
Mère ou putain
Bourgeois ou prolétaire
Acteur ou spectateur
Investisseur ou client
Fou ou raisonnable
Patriote ou traître
Colombe ou faucon
Souverainiste ou fédéraliste
Consommateur ou consommateur

Citoyen d’un État de droit
Libéral et démocratique
Ta liberté est
d’être ceci ou cela
et rien d’autre

Vienne l’insurrection
Vienne l’esprit du vent dément
Anarchiste, j’aime le tonnerre et l’orage
Leur beauté leurs bienfaits
La tempête amène fureur
Sperme électrique
Secondes d’espoir
Déchaînement et renouveau

Dansons mes sœurs pour inviter l’orage
Éclatons la nuit jusqu’aux antipodes
Dansons mes frères pour accueillir le soleil noir
Fendons le ciel jusqu’à ses marges humides
Tombons les corsets et les chaînes
Emportés par l’ouragan

Ô vent libère tous les prisonniers
Rase les murs des cathédrales
Fais germer les fruits dormants entre les griffes urbaines
Réveille les vivants morts dans leurs tentes techniques

Ô vent écarte mes jambes
Arrache mon armure
Emporte-moi gesticulante échevelée
Dans les bras du pays-pavot
Sur le pieu rieur du mat totémique

Ô rage
Ô fureur
Ô folie
Vienne l’insurrection
Je ne veux plus attendre
J’ai attendu si longtemps
Debout avec mes sœurs mes frères
À guetter l’orage

Après la révolution
Il y aura du vin sous les arbres
Il y aura des rires de feu et des pleurs orgiaques
Il y aura des copulations à l’image de la grande ourse

Mon amour sera unique et multiple
Nue sous la pluie
Je plongerai ma tête dans ton sexe de vin sombre
Les lèvres humides comme le clapotis de l’eau salée
Roulant dans mes oreilles
Et puis je respirerai profondément
Ton parfum fou et libertaire

Le pain sera rare
Mais tous en mangeront
Après la révolution
Nous serons épuisées et haletantes
Comme des amantes éperdues
Nous nous allongerons limpides et affamées
La pénurie de tout nous affaiblira
Mais le parfum des sexes triomphants
Dans l’air frais de l’été indien
Nous saoulera mieux que l’esprit de tous les vins

Après la révolution
Je serai avec toi, debout sur la falaise
Le vent salé soulèvera tes cheveux tes lèvres
Nous avons si longtemps rêvé de ce moment
Nous avons si longtemps rêvé de l’océan
Que nous serons rieuses transies et mouillées
Émues comme des gamines jusqu’à l’aurore.

L’ennemi est condamné par ce qu’il mange
Hamburgers doubles trios poutine
Tomates culturistes musclées aux hormones
Dindes sans anus à la chair blanche et excrémenteuse
Porcs à six jambes à deux têtes
Lait mort de vaches cannibales
Fruits inaltérables au parfum de bitume
Son cerveau nourri par des flots incessants
De publicité morveuse
De mucus musical

Son cerveau gavé de calories ignorantes
De propagande manipulée génétiquement
De mensonges hypocaloriques sans cholestérol
L’ennemi pense comme Monsanto
Comme Nestlé Cargill Dupont Philip Norris Unilever
Comme Agroevo Novartis Zeneca Conagra Nabisco

L’ennemi pense :
Corn Flakes Cheerios Nescafé
Vitamines sous-vêtements stériles mamelons congelés
Parking gazé néons boni au rendement
Voter comme un bon citoyen
Haïr son emploi mais mourir de peur de le perdre
Comme un bon citoyen
Marcher d’un sommeil à l’autre dans la stupeur
Du bon citoyen
Peur de la vie
Comme un bon citoyen
Peur de créer
Comme un bon citoyen
Prier pour le privilège d’acheter la mort chez Wal Mart
Meuble en peau de nourrissons poulet frit zombie
Café meurtrier bière robotisée tabac bactériologique
Émissions carcérales et sommeil de l’injuste

L’ennemi est condamné par ce qu’il mange
Tu es mon ennemi mais si je gagne
Tu ne perdras pas
Je ne veux pas te détruire
Je veux stopper ta danse de destruction
Tu es l’ennemi
Tu ne gagneras pas

Une nourriture t’attend
Libre délicieuse et gratuite
Nourrissante comme la lumière comme l’amour
Donnée par la terre que nous travaillerons
Pas pour l’argent
Pas pour le patron
Mais pour le plaisir de créer
Une nourriture donnée par la terre que nous arracherons
Des griffes du capital nécrophile
Des griffes des États mercenaires
Donnée par la terre que nous aurons faite nôtre
Parce que nous l’aimons
Parce qu’elle est maîtresse étrange et passionnée
Parce que nous en sommes issus
Et qu’elle ne pourra tolérer encore bien longtemps d’ennemis.