Les cahiers d'Anne Archet
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1/8/2008

Quinze minutes de gloire

Je levai distraitement les yeux de mon roman lorsqu’une jeune femme sans parapluie ni imperméable — et donc ruisselante de pluie — entra dans le l’autobus. Au moment où elle s’assit près de moi, j’entendis, à mon grand désarroi, son portable hurler les notes nasillardes et métalliques de L’hymne à la joie.

— Allo… ? Oui… Tu m’as vu ? dit-elle en essuyant la goutte qui perlait au bout de son nez. Dans un bar ? Ils avaient la télé, c’est ça… et tes copains étaient avec toi, par-dessus le marché ? Mario y était aussi… je parie qu’il a adoré, ce salopard.

Elle ajusta sa coiffure imbibée d’eau, projetant de ce fait quelques gouttes sur les pages de mon bouquin.

— Comment voulais-tu que je devine qu’il allait pleuvoir… Quatre-vingts pour cent ? Pffff. Ils ont dit ça tout l’été. Depuis quand les météorologues prédisent-ils le temps avec précision, hein…

Elle écouta les explications de son interlocuteur en fronçant les sourcils.

— Vraiment ? Je ne pensais pas qu’ils pouvaient avoir raison aussi souvent. Qu’importe, j’étais beaucoup trop nerveuse pour regarder le bulletin de nouvelles.

Je relus trois fois la même ligne. Dieu que je déteste les cellulaires et leurs indélicats usagers !

— Non, pas trop satisfaite. C’était ma chance, j’aurais pu me faire remarquer et lancer ma carrière, mais j’ai tout foutu en l’air… Ne ris pas ! Je n’étais pas au meilleur de ma forme, ma voix était enrouée, forcément, avec toute cette pluie… j’ai même trébuché sur le mot « ceint », la honte… Mais tu comprends que c’était le cadet de mes soucis… est-ce que ça se voyait beaucoup, à la télé… ? Je ne veux pas savoir si c’était beau, je veux savoir si ça se voyait… Tu vas me répondre, à la fin ?

Elle fit la moue, se mordit la lèvre inférieure, puis soupira.

— Cette blouse de soie blanche m’a coûté cent dollars et c’est la meilleure de ma garde-robe. Normal que j’ai voulu la mettre… Non, je n’en ai pas mis. Je ne voulais pas qu’on puisse voir les bretelles, à travers.

Titillée par cette conversation, j’abandonnai l’idée de lire et refermai mon livre.

— Oui, c’était des enfants. Je sais ce que « Peewee » veut dire, je ne suis pas conne. Mais il y avait aussi des adultes et c’était ma chance de faire bonne impression… On voyait tout ? Vraiment ? Oh mon dieu ! Je comprends pourquoi l’entraineur ne cessait de me faire des clins d’œil en souriant comme un demeuré…

Long silence agacé.

— Cesse de rire, ce n’est pas drôle du tout ! Au moins, tous tes amis étaient au bar avec toi… personne n’a pu enregistrer… Quoi ? Ça se programme, ce machin… ? Et sur You Tube, déjà ? Tu aurais pu l’en empêcher, merde !

Je me penchai un peu vers elle et tendis l’oreille pour ne pas en manquer une miette.

— Ils l’ont montré combien de fois, à la télé ? Quoi ? Tant que ça… Merde ! Merde ! Tout le monde de la paroisse va appeler ma mère… TQS ? Qu’est-ce qu’ils me veulent… ? Ah non ! Pas question ! Ce n’est pas comme si j’avais fait exprès…

Inconsciemment, je me tournai carrément vers elle, suspendue à ses lèvres.

— Je ne serai plus jamais capable de regarder tes copains dans les yeux… Hey, ils ont intérêt à me regarder dans les yeux et pas plus bas, s’ils ne veulent pas recevoir un genou dans les couilles… ! Ouais… c’est ça… on se voit à la maison.

Elle fit claquer le téléphone en le refermant, tourna les yeux et constata que je contemplais fixement les deux vedettes du jour depuis un bon moment.

— Qu’est-ce que tu regardes, toi ? me siffla-t-elle, hargneuse, en serrant son sac à main contre sa poitrine.

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vers onze heures

28/7/2008

Passez votre amour à la machine

— Qu’est-ce que tu insinues ? J’ai fait le lavage pas plus tard que la semaine dernière !

Elle passait d’une salle de tchat à l’autre, reluquant les accrocs de la cam en se masturbant mollement d’une main et en écrasant sa clope de l’autre.

— Pas une seule brassée n’a été lessivée depuis au moins trois semaines, le panier à linge déborde de fripes nauséabondes et il y a belle lurette que je n’ai plus de chaussettes propres, répondit-il en tapant un pied nu contre le carrelage d’un air excédé.

— Hého, je viens de me trouver un nouvel emploi et je n’aurai que quatorze jours de vacances. Tu peux me lâcher la grappe à la fin ? Si ça se trouve, tu devrais me féliciter… me récompenser, même.

— Tu veux ta récompense ? Tu vas l’avoir. Monte à l’étage, et que ça saute !

— Oh ! La chambre à coucher ! Cool ! J’adore quand tu te fais directif et autoritaire…

— Justement : pas la chambre. La buanderie.

*  *  *

Bâillonnée, ligotée, ficelée sur place, elle ne pouvait à peine bouger qu’un cil. Elle devait donc s’en remettre entièrement à lui. « Heureusement, il est drôlement ingénieux et bricoleur », se dit-elle. « Je parie qu’aucun vendeur chez Brault et Martineau ne fait valoir cette fonction lorsqu’il tente de fourguer ses machines à laver… », pensa-t-elle en soupirant.

Après quatre brassées seulement, la machine se mit à dégager une chaleur presque intolérable ; elle aurait juré que les lèvres de sa chatte fondaient en adhérant sur la fonte émaillée blanche de l’appareil. Elle sentit un bras large et viril se faufiler derrière son dos.

— Non… je t’en supplie… pas encore ! Je ne crois pas que j’arriverais à le supporter !

— Tu y arriveras, j’en suis certain, répondit-il en ricanant. Cinquième brassée et ensuite, on entame le blanc. Lorsque nous en serons au cycle de rinçage de la huitième, tu auras la permission de jouir… peut-être.

Il fit tourner le cadran et son cliquetis discordant, les vibrations sur la tôle et la chaleur du jet d’eau suffirent à la mener au bord de l’orgasme.

— Ta ta ta. Pas tout de suite, j’ai dit.

Elle laissa échapper une plainte suppliante.

— Arrête de te gémir ! ordonna-t-il sur un ton ferme. Maintenant que j’ai pris les choses en main, tu ne pourras plus te plaindre que tu n’as rien pour te mettre ou que je ne t’essore jamais…

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vers onze heures

14/6/2008

Preums!

(Pour Ralphy)

Nathalie les aimait tous deux tendrement et n’aurait pu imaginer vivre sans eux. Mais manœuvrer continuellement pour qu’ils ignorent mutuellement l’existence de l’autre était non seulement épuisant, mais aussi difficile pour son moral… sans oublier son sens moral, continuellement chatouillé par un sentiment de culpabilité incongru, qu’elle n’aurait jamais cru ressentir de son vivant. Or, comble du malheur, son pire cauchemar se produisit un samedi soir, après une malheureuse erreur d’agenda : ses deux amants, se dévisageant, un bouquet de fleurs à la main, sur le pas de sa porte.

— Mes chéris, je suis désolée… je n’arrive pas à choisir, vous êtes tous deux si… si différents, complémentaires et indispensables. Mais je comprendrai si vous voulez quitter.

Mais ils ne la quittèrent pas ; ils refusaient obstinément de céder devant l’autre.

— À moins, bien sûr… proposa-t-elle elle en se mordillant la lèvre inférieure.

— Quoi ? demandèrent-ils en choeur.

— À moins que vous arriviez à partager. À me partager… murmura-t-elle, rougissante.

Ils se dévisagèrent un moment puis Laurent cria :

— Preums !

— Preums ? répéta Louis, interloqué.

— J’ai le premier choix. Preums pour sa chatte !

— On dit shotgun, maudit Français, répondit Louis. Et moi, je dis shotgun pour son cul !

— Sa bouche ! À moi la bouche, espèce de cul-terreux !

— Preums-moi le shotgun pour ses seins dans ce cas, le fif !

— Les garçons, les garçons ! On partage gentiment avec son petit camarade, d’accord ? soupira Nathalie de soulagement.

Plus tard, après une séance de baise aussi longue et mouvementée que la tétralogie de Wagner, ils s’endormirent tous deux dans les bras de leur maîtresse. Nathalie soupira ; les hommes ne sont pas si compliqués, après tout. S’agit seulement de canaliser leur nature compétitive. « Je devrais écrire un bouquin de psychopop sur ce sujet… », se dit-elle. « Je pourrais l’intituler Les hommes viennent de Mars, la femme vient beaucoup… ou peut-être Preums, tout simplement. »

Elle s’endormit en souriant, enveloppée qu’elle était dans la chaleur du corps de ses amants.

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vers dix-neuf heures

9/6/2008

Anne Archet Not Dead

Me revoilà… et pour de bon (enfin, je crois).

Le dernier mois fut pour le moins… particulier. Et c’est le cas de le dire, je vous l’assure. En plus de travailler comme une folle (je sais, je suis un être de contradictions), j’ai fait une rencontre qui m’a drôlement ébranlée et m’a rendue gaga et pâmée comme la dernière des midinettes. Je vous raconterai lorsque le bout de mes orteils touchera terre, je vous promets.

En attendant, je vais vous offrir au cours des prochains jours les textes que j’aurais dû normalement publier pendant les dernières semaines. Au menu : un texte sur la technologie, un ou deux poèmes, du sexe, du sexe, du sexe et peut-être aussi, si vous êtes sages, du sexe.

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vers dix-sept heures

1/5/2008

Sirventès de la tolérance

Je suis intolérable
Ne me tolérez pas
Je ne tolérerai jamais
D’être tolérée !

J’exige les flammes ardentes de la passion
La conflagration sauvage des désirs
La folle luxure de l’outrage infini

Aimez-moi avec l’énergie du désespoir
Ou détestez-moi avec une fureur si intense
Qu’un seul de vos regards pourrait m’anéantir
Étreignez-moi ou déchirez-moi
Mais surtout ne me tolérez pas !

La tolérance est une maladie vile et bourgeoise
Qui nous englue d’ennui morveux démocratique
Flic cérébral lubrifiant de la paix sociale
Je chie sur la paix sociale !
Je vomis sur la tolérance !

Laissons l’énergie convulsive et violente
Consumer nos corps, les réduire en cendres
Laissons nos passions volcaniques
Exploser d’amour, de haine, de fureur et d’extase
Détruire la médiocrité et l’ennui qui nous accablent
Et qui gentiment nous mènent par la main vers la mort

Dans mes veines coulent des rêves et des visions
Des désirs impétueux et le chaos immémorial
Pourquoi brider ce flux terrible et céleste
Avec la tolérance — ce cancer ignoble ?

J’exige de chaque rencontre l’impossible et l’inouï
Je veux émerveiller et être émerveillée
Je veux m’unir à mes frères et mes sœurs
Ces phénix ascendants pour brûler les rétines
Des amants et des adversaires confondus
Pour incendier la tolérance et l’ennui
L’horreur sociale et ordinaire
Par les flammes démentes
De nos désirs sans entraves

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vers vingt-trois heures

23/4/2008

La tante et l’infirmière

Ma petite cousine, ne sachant plus quoi répondre à l’infirmière scolaire qui ne cesse de l’assommer avec ses conseils d’un autre âge, a demandé à sa tante préférée de rencontrer cette harpie dans l’espoir qu’elle finisse par lui lâcher un peu la grappe.

Je tentai donc de lui expliquer qu’elle ne devrait pas parler seulement d’abstinence aux jeunes, mais aussi de contraception, de relations orales et anales, d’homosexualité et — tant qu’à y être — d’amour. Elle me répondit que si l’école se met à enseigner de telles choses, les adolescentes sexuellement actives seront de plus en plus nombreuses et de plus en plus jeunes… ce qui aura des conséquences funestes pour la société.

— Il ne faut pas que l’école donne aux jeunes le goût d’avoir des relations sexuelles avant le mariage, me dit-elle fermement, au moment de nous quitter.

— Si j’étais vous, je ne m’inquiéterais pas, lui répondis-je en souriant. L’école essaie de donner le goût de la littérature et des sciences aux jeunes depuis des décennies et ça n’a pas trop l’air de fonctionner…

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vers huit heures

18/4/2008

Étude empirique de l’impact de l’admission massive des filles dans les facultés de génie

Sincèrement, je me demande pourquoi ils n’en ont pas voulu. Enfin… vous jugerez par vous-mêmes.

*  *  *

— Tu vois, Loïc ? Je ne porte pas de soutien-gorge. Allez, regarde !

— Je t’en prie, descends ton pull. Je te rappelle que nous sommes à la bibliothèque, pas dans ta chambre ! D’ailleurs, tu ne portes jamais de soutien-gorge, alors…

— Je ne porte pas de culotte non plus. Tu veux vérifier ?

— Karine, s’il te plait. Demain, c’est l’examen de transfert thermique.

— Transfert thermique ? Ça tombe bien, j’ai pas mal de chaleur à te transférer. Touche ici…

— Karine !

— Je sais, je sais, il faut étudier. Voilà ce que je vais faire : je vais m’asseoir sagement ici, à côté de toi et… tu permets ?

— Hé ! J’en ai besoin !

— Je place ta calculatrice ici, entre mes cuisses. Comme ça, tu pourras me caresser la chatte en travaillant. Vas-y, essaie un peu ! Entre quelques chiffres…

— Franchement, Karine, tu ne trouves pas que…

— Fais-le, je te dis ! Là… C’est bien ! Juste là… Oh ! Qu’est-ce que c’était ?

— Une racine carrée. Tu me laisses étudier, maintenant ?

— Et si tu me faisais un logarithme, juste pour voir ? Avec une autre racine carrée, ensuite… non ! Une cotangente !

— Ha ha. Très drôle. Maintenant, laisse-moi étudier.

— Vas-y, Loïc, cotangente-moi comme une bête ! Oh… oui ! Tu sais vraiment calculer les dames, hein ? Mais je crois finalement que je préfère le logarithme. Tu vois le bouton, juste ici ? C’est ma touche de fonction. Si tu appuyais un peu dessus, pour voir le résultat ?

— Ça suffit, replace ta jupe. Quelqu’un pourrait nous voir…

— Voyons Loïc ! Nous sommes dans un cubicule ; tout le monde baise dans les cubicules !

— Personne ne baise ici, Karine. Les gens viennent à la bibliothèque pour…

— Pour venir, ils viennent, ça, c’est certain.

— Pour étudier !

— Dis donc, pour un étudiant avec quatre de moyenne, je te trouve assez peu dégourdi, mon pauvre Loïc. Nous sommes venus étudier ici chaque soir depuis au moins six semaines et personne ne s’est jamais étiré le cou pour nous reluquer. Nous aurions pu fourrer des centaines de fois, à l’heure qu’il est !

— Quelqu’un peut nous voir, surtout si nous faisons du bruit. Et ne dis pas « fourrer », c’est laid et vulgaire, surtout dans la bouche d’une fille.

— Fourrer, fourrer, fourrer ! Forniquer, copuler, faire de la glisse, repeindre la caverne en blanc cassé !

— Merde ! Karine ! Tu as mouillé ma calculatrice !

— Voyons, ce n’est pas si grave… tiens, tu peux la lécher.

— Karine !

— D’accord, d’accord, j’enlève la calculatrice. Non, laisse ta main ici. Oui ! Brave garçon ! Juste un peu plus haut…c’est ça, appuie sur ma touche de fonction ! Dérive-moi ! Factorise-moi !

— Assez ! J’ai besoin de réviser pour demain !

— Et moi ? Tu crois que je n’ai pas de besoins ? Viens, embrasse mes seins. Oh ! Regarde ! Ils ont des boutons à appuyer, eux aussi !

— Quelqu’un va nous voir, c’est certain.

— Oh ! Ça, c’est bien. Et n’oublie pas tes doigts, en bas…

— Karine…

— Tut tut tut tut ! On garde le silence dans la bibliothèque et on se concentre sur ses travaux pratiques, qui sont les mamelles du savoir ! Oh… Je… Oui ! Oui !

— Bon. Tu es contente ? Tu me laisses étudier, maintenant ?

— Chéri, ce n’était qu’un tout petit petit moment de force. J’en veux un plus gros, un immense ! Viens, il est temps que tu me sortes ta racine, histoire de savoir si elle est carrée. Attends, je m’occupe de ta ceinture…

— Lâche-moi ! Ce n’est pas le moment, je te dis !

— Allez, joli cœur, ne fais pas les mijaurées, je sais que tu en as envie. Ce n’est certainement pas un multimètre qui déforme la poche de ton jeans…

— Pfff. Regarde : c’en est un, justement.

— Tu es vraiment un geek, Loïc.

— Un geek qui ne veut pas échouer à son examen de transfert thermique, oui.

— Dans ce cas pourquoi est-ce que tu es raide comme une barre d’acier galvanisé ? Petit cochon, va ! Tu n’aurais pas envie de faire un petit labo de trempage, par hasard ? On pourrait faire un petit test de friction et, pourquoi pas… du transfert de masse, à la fin. Ce serait chouette, non ?

— Peut-être, mais je ne peux pas me permettre d’échouer l’examen final, c’est un préalable pour…

— Tu es trop tendu ! Comment étudier, dans cet état ? Fais-moi confiance, je vais faire en sorte que tu… ramollisses.

— Cesse de tâter mon pénis. Il faut que…

— Ta queue ! Ton pieu ! Ta graine ! Ta massue ! Ta flamberge ! Ta bite ! Allez, dit « ma bite »…

— Ma bite ! Mon gourdin ! Voilà. Satisfaite ? Hé ! Ma braguette !

— Quand on parle du loup… on lui voit le bout de la queue.

— Karine, je… je…

— Jeujeu quoi ? Jeujeu veux que tu me branbranles ? À moins que tu ne veuilles que je te susuces aussi ?

— Karine, enfin !

— Regarde. Je vais juste m’asseoir gentiment, ici… sur ton engin.

— Oh !

— Essai de dureté… hi hi hi hi ! Attends, je vais me placer comme ça et… Oh oui ! Tu aimes, mon gros nounours ?

— Je…

— Aie.

— Quoi ?

— Ton zipper. Il me fait mal. Tu vas devoir enlever ton jeans.

— On va se faire pincer !

— C’est mon minou qui se fait pincer, en ce moment. Je ne pourrai pas… si ce foutu zipper reste sur mon chemin ! N’aimerais-tu pas que je continue de bouger… comme ceci… de haut en bas… comme ça… encore ?

— Oh… je… n’arrête pas !

— Le zip.

— Ah merde. D’accord. Lève-toi.

— Pendant que tu te déculottes, je vais poser mon popotin juste ici, sur la table. Tu peux t’installer entre mes cuisses et moi, je vais déplacer mon cul juste comme ça et… Waou ! C’est ça ! Jouons au piston et au cylindre ! À la bielle-manivelle !

— Karine, oui ! Je…tu es si mouillée, je sens ta…

— Ma cyprine ! Mon huile à bonheur ! Mon jus de plotte ! Dis-le !

— Karine…

— Allez ! Oui ! À fond !

— Karine je…

— Fais-le ! Fais démarrer ton moteur à injection !

— Oh ! Je… AH !

[…]

— Loïc, mon chou, la mécanique n’a vraiment pour toi plus de secrets.

— Merde, Karine ! Regarde ce que tu m’as fait faire ! Mon cahier de notes est tout poisseux et ma calculatrice sent la haute mer !

— Arrête de râler, ingrat.

— Je commence à en avoir marre ! C’est toujours la même chose : impossible d’étudier avec toutes ces filles qui ont envahi la faculté !

— Console-toi, chéri. Il y a trente ans, tu aurais passé toutes tes soirées seul, à te faire glisser la règle à calcul jusqu’aux petites heures.

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vers treize heure

14/4/2008

Supplique

Assez, je ne veux plus rien entendre
Je me fous des yeux noirs de ton fiancé de Vancouver
Rien à foutre que tu l’aies dans la peau, ce con
Épargne-moi les détails sur sa bite moisie

Ne me raconte pas les autobus, les gares, les trains
L’autostop les camionneurs aux aisselles de poulet frit
Tous les fuseaux horaires les frontières déflorées
Pour passer un jour de plus en son odieuse compagnie

Ni le grand lit de son loft de Yaletown
Où vous avez copulé comme des chiens sans collier
Et mangé des gaufres avec de la crème fouettée
Tu vas finir par me faire vomir sur le combiné

Épargne-moi tes pleurnicheries je sais je sais je sais
Que tu ne l’as pas vu depuis la Chandeleur ou la Trinité
Qu’il a des fesses à faire mourir un sourire à faire renaitre
Dis-moi plutôt : t’aime-t-il vraiment, cet enfant de salaud ?

Irait-il jusqu’à boire le sang qui s’écoule de ton calice odorant
Quand la lune te transforme en femelle hululante ?
Irait-il jusqu’à gratter du bout de la langue les sombres épices
Séchées sur le vortex hypnotique de ton anus astral ?

Moi, oui.

Car je ne suis pas un jeune homme bien qu’on présente à sa mère
Je suis la catin invertie la chipie dégénérée hystérique
La tribade vénéneuse qui attend dans l’ombre immémoriale
Le moment propice pour aspirer par ton sexe le miel de ton âme

Irait-il jusqu’à offrir son cul à ta sainte main thaumaturge
Pour que tu puisses jusqu’au poignet voir s’il a du cœur au ventre ?
Irait-il jusqu’à oindre tes pieds sublimes de ses sucs
Les essuyer avec ses cheveux pour te bénir, toi, femme christique ?

Moi, oui.

Il est des offrandes terrifiantes, nécessaires, mais hors de portée
De ton petit monsieur propret gominé au sourire fluoré
Avec son phallus couvert de poussière de missel
Et de smegma puant le saint chrême des valeurs familiales

Lorsqu’il te délaissera pour ses copains de poker
Lorsqu’il se dira trop vieux pour embrasser ta fente
Lorsqu’il bandera mou à la vue de tes rides sublimes
Lorsqu’il préféra la télé à ta vulve angélique et bestiale

Donne-moi un coup de fil je te susurrai les horreurs que tu adores
Donne-moi un coup de fil je te murmurai les mots que tu veux entendre
Ou alors, laisse-moi un message bien vulgaire et bien tendre
Pour que je devine au premier souffle que c’est bien toi.

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vers onze heures

10/4/2008

Adieux aux Levi’s à Lévis

— Peut-être si vous m’expliquiez précisément ce que vous recherchez… lui dit la vendeuse, excédée.

Chloé écumait les boutiques des Galeries Chagnon depuis la matinée. Lasse d’avoir à répéter continuellement les mêmes explications, elle déposa une pleine brassée de vêtements sur la chaise de la cabine d’essayage, puis grommela :

— Le directeur de la boîte qui m’emploie a eu l’idée géniale de réviser le code vestimentaire des employés… depuis, exit les jeans !

— Vous voulez donc un pantalon plus formel, pour le bureau ? Ou alors une jupe ? J’ai ici quelque chose qui pourrait…

— Pas de jupe. J’ai besoin d’un pantalon avec une large braguette et surtout une fermeture à glissière bien épaisse. Tiens, peut-être ceci…

— Une fermeture éclair ? J’ai bien peur que…

— Écoutez, je suis coincée derrière un bureau du matin au soir et croyez-moi, le temps est long, surtout l’après-midi. Or, après des mois d’exercices de Kegel je suis devenue plutôt experte pour contracter mon muscle pubo coccygien, ce qui me permet de… vous comprenez ?

— De contracter votre… ?

— Mais pour que ça fonctionne, j’ai besoin d’un pli !

Elle tendit un pantalon de toile kaki à la vendeuse, qui rougissait comme une écrevisse.

— Je m’ennuie déjà de mes Levi’s… soupira-t-elle.

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vers quatorze heures

2/4/2008

Le syndrome de la page blanche

— Voilà… ça y est. Et maintenant ?

— Et maintenant, tu me racontes, comme promis, me dit-elle en souriant sous le masque noir qui bandait ses yeux. Je veux que tu me racontes une horreur comme toi seule as le secret, une histoire avec notre voisine Lucie. Oh ! Oui… comme ça… ta langue, juste ici… Raconte-moi comment Lucie lècherait ma fente pendant des heures, jusqu’à ce que je la supplie de me… Oh ! Attends, je vais…

Elle arqua le dos en inspirant profondément, puis repris :

— Allez, tu as promis. Raconte-moi comment elle caresserait mes seins… c’est ça, avec tes… et comment je passerais longuement mes doigts dans sa longue chevelure pendant qu’elle me… mais… ce ne sont pas tes chev… qu’est-ce que ?

Elle retira brusquement le masque, cligna un peu les yeux puis sursauta en voyant sa voisine, la mine réjouie, essuyer son menton du revers de sa main.

— Je suis désolée, Simone, lui dis-je en me retirant doucement de la chambre. Je manque cruellement d’inspiration en ce moment.

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vers vingt-deux heures