Paul Verlaine, Femmes suivi de Hombres, Paris, Mille et une nuits, 1995 (1903).

Ces deux recueils de poésie, initialement publiés séparément (1890 pour Femmes, 1903 pour Hombres) mais qui ne peuvent être considérés qu’ensemble, illustrent magistralement la quête obsédante de rédemption de Verlaine. Évidemment, nous sommes bien loin des élans religieux de Sagesse, mais c’est bel et bien le même élan mystique qui s’exprime dans le déchaînement sexuel:

Débordant de foutre, qu’on avale
Ce moi, confit en onction,
Parmi l’extase sans rivale
De cette bénédiction !

verlaine

Mais au-delà de ce mélange d’obscène et de sacré, ce qui pour moi rend Femmes et Hombres particulièrement attachant est la profonde indécision amoureuse de l’auteur.

Verlaine se place au zénith de la bisexualité ; les hommes et les femmes le troublent de façon strictement égale. Quelque soit le sexe, il semble attiré par la Beauté, cette Beauté charnelle et absolue qu’il a toujours eu soif de célébrer. On voit également poindre dans certains poèmes ce besoin qu’il ressentait de plaire à ces êtres de beauté, lui qui se trouvait si laid avec son front bombé et sa calvitie précoce. Un besoin de plaire si impétueux qu’il va jusqu’à en perdre le sens et la réalité de son propre sexe, comme il l’exprime à son amant dans le onzième poème de Hombres :

 Ma bouche et mon { cul ! con } choisis, maître.

Le résultat pour Verlaine fut malheureusement moins brillant dans sa vie que dans ses œuvres, comme il le confie en 1893 à son journal intime : « les femmes que j’ai aimées m’ont trompé avec des hommes et les hommes que j’ai aimés m’ont trompé avec des femmes ». Ce qui est le lot de bien des bisexuels… quoique dans mon cas, c’est curieusement l’inverse!

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