Louis Calaferte, La mécanique des femmes, Paris : Gallimard, 1992.

La mécanique des femmes occupe dans l’œuvre de Calaferte une place aussi forte que Septentrion qui a fait sa renommée… et qui a failli faire l’objet de ce dernier billet. Composée d’une suite de scènes, de constats presque cliniques, cette œuvre relate le comportement brut de certaines femmes dans l’acte sexuel. Il s’agit en quelque sorte d’une exploration masculine de la sexualité féminine, basée sur des souvenirs intimes et crus remontant dans certains cas jusqu’à la petite enfance. Ce faisant, Calaferte tente de s’expliquer le spécifique du sexe et du genre à partir de sa mécanique propre, telle qu’elle fonctionne, qu’elle ressent, qu’elle désire:

La mécanique des femmes

«Parfois, dans la rue, ou ailleurs, j’ai envie de m’effondrer en larmes tant le regard des yeux sur moi me blesse. Il y a de la haine de la part des hommes et des femmes et, de la part de certains hommes, le désir de m’avilir par leur sexe.»

Cette exploration intime est rendue dans un style vif, concis, voire elliptique, ce qui dénude ce constat émotif de tout l’enrobage sentimental et les fioritures fictionnelles qu’on retrouve généralement dans ce genre d’exercice. Car l’auteur explore ici un rapport particulier à l’écriture; chaque mot est pesé et travaillé dans une langue à la vivacité tranchante comme un scalpel. A la fois acide, poétique et mystique, sa force multiple et complexe ne peut que passionner ou déranger:

«Regard trouble d’innocence.

— Depuis hier, J’ai une nouvelle bite.»

Mais j’y pense… Calaferte aurait été un merveilleux blogueur! Les textes de La mécanique des femmes ont toutes les qualités qu’on recherche dans l’écriture en ligne: ils sont courts, précis, évocateurs et puissants. Une quarantaine de mots lui suffisent pour planter le décor, camper les personnages et donner le ton:

«Le corps ouvert dans l’abandon, une noyade.

— Baise-moi! Baise-moi! Mon mari est un raté!

Rire fou.

— C’est comme si tu le baisais, ce con!

Les bras durs autour des reins, liens de fer.

— Fous-moi, pine-moi, que ça le démolisse, ce minable!»

Ou encore :

«— L’hiver, c’est la mort.

Ses yeux noirs assoupis. Elle serre son corps entre ses bras.

— Je ne veux pas voir le monde. Je veux des chambres closes, chaudes.

Figée.

— Fais-moi l’amour, que je ressuscite.»

Quel dommage que la mort de Calaferte, en 1994, nous ait privé de www.louis-calaferte.net: il aurait régné sans partage sur la blogosphère!

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