Louise Dormienne (Renée Dunan). Les Caprices du sexe, ou les Audaces érotiques de Mademoiselle Louise de B… Orléans: aux dépens des Amis de la galanterie (1928).

Après Joyce Mansour, voilà une autre femme fascinante aujourd’hui injustement oubliée. Née en 1892 d’une famille bourgeoise et élevée jusqu’à l’âge de seize ans dans un couvent, Renée Dunan débute sa carrière de critique littéraire en 1919 et tient des chroniques dans de nombreuses revues socialistes et anarchistes. Elle fut à la fois et à tour de rôle dadaïste, anarchiste individualiste, pacifiste, adepte du naturisme, féministe, écrivain de grand talent et critique littéraire redoutée. Elle fut aussi l’une des toutes premières femmes qui osa publier des romans érotiques sous une pléiade de noms d’emprunt, dont Renée Caméra, Marcelle La Pompe, Spaddy, A. de Sainte-Henriette, Georges Dunan, Ky C. et Louise Dormienne, le pseudonyme sous lequel elle publia Les caprices du sexe en 1928.

Illustration de Viset (Luc Lafnet) pour l’édition de 1928

L’intrigue du roman, fort simple, est pour l’essentiel un prétexte pour enfiler les scènes érotiques, en plus de critiquer la morale sexuelle bourgeoise et surtout les exigences que cette morale impose aux femmes. Louise de Bescé, fille d’aristocrate, surprend un jour un couple de paysans faisant l’amour. Troublée, elle se confie à la maîtresse de son frère, la perverse Julia Spligarsi, qui en retour lui confie ses propres fredaines, ce qui a comme conséquence d’échauffer encore plus ses sens. Louise se donne alors au docteur de Jacques de Laize, puis est déflorée par un ouvrier maçon. Honteuse de ses actes, elle fuit la maison paternelle pour Paris où elle s’adonne joyeusement à la prostitution, ayant pris le parti de devenir «souverainement perverse». Elle devient alors une maîtresse-femme, dans tous les sens du terme, se gaussant des hommes et de leur complexe de supériorité:

«Qu’est-ce qu’un homme? Une virilité… Mais combien faut-il de temps pour qu’une femme habile fasse de la plus fière des verges mâles…un chiffon?»

Le roman se termine avec les retrouvailles de l’héroïne avec le docteur de Laize, devenu entre temps gynécologue réputé. Toujours amoureux d’elle, il lui propose de l’épouser. Hésitante, Louise lui fait remarquer qu’elle a été «aimée par tous les bouts, ou plutôt par tous les orifices, et devant et derrière, et en haut et en bas.» Le bon docteur répond alors:

«Que m’importe. C’est l’âme que je veux en vous et le corps offert comme une âme en chair. Alors je vous aurai toute neuve… Les mains d’une femme ne sont pas déshonorées parce qu’elle aurait récuré des casseroles, ni sa bouche parce qu’elle aurait eu la nausée.»

Devant cette logique imparable, Louise accepte et se marie, devient mère et, comble de l’ironie, est nommée présidente de la «Ligue pour la chasteté avant le mariage»! Roman au style habile et fort, rempli d’humour et d’irrévérence, Les Caprices du sexe illustre parfaitement la devise de Renée Dunan : «Il faut oser, car la morale est ailleurs que là où on l’imagine.»

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