Pierre-Jean Béranger, Chansons galantes (1834 et 1867).

En 1833, dans la préface du recueil des Chansons nouvelles et dernières, Béranger écrit : «J’ai toujours pensé que mon nom ne me survivrait pas, et que ma

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réputation déclinerait d’autant plus vite qu’elle a été nécessairement fort exagérée par l’intérêt de parti qui s’y est attaché.»

Signe des temps, le Béranger républicain et anticlérical, celui des chansons engagées est largement tombé dans l’oubli alors que le Béranger paillard et coquin fait encore les délices des étudiants en goguette.

Pourtant, Béranger n’était ni ivrogne, ni libertin; il était plutôt timide, même si son inspiration était d’abord galante et quasi pornographique. Généralement adaptées à des airs en vogue, les chansons de Béranger distillent un érotisme joyeux et bon enfant, qui dédramatise bien des pratiques condamnées par les autorités religieuses, en tout premier chef la masturbation:

Ma mère avait raison, je le vois
Notre bonheur est au bout de nos doigts

En fait, Béranger célèbre tous les plaisirs en invitant à la dépense libre de la libido. Se voulant en politique le «champion des intérêts du peuple», sa vision de l’érotisme se veut elle aussi en accord avec la morale du plaisir qu’a su engendrer la sagesse populaire: le sexe est amusant, drôle et ne porte pas à conséquence. À moins bien sûr de se retrouver avec une grossesse indésirée, mais pour Béranger «grâce aux enfants, curés et nourrices ont du travail», et puis il y a toujours la possibilité, pour éviter un tel risque, de «manger la sauce avec l’anguille»…

Un livre à lire en trinquant à votre santé!

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