Pierre Louÿs, Les Chansons secrètes de Bilitis, Paris: Au cercle du livre précieux [Claude Tchou], 1961 (1929).

«Ah! que je t’aime Mnasidika, plus que le souvenir de ma vie. Je t’aime parce que tu as une vulve brûlante, et une bouche infatigable pour le baiser que je veux.
Ouvre tes genoux: Je te couvre. Donne-moi tes lèvres et ta langue. Crispe tes dix doigts sur mes fesses. Foule tes seins contre mes seins.
M’y voici; Nos vulves s’appliquent et se froissent et se heurtent. Étreins-moi comme je t’éteins! Elles clapotent, entends-tu? Mnasidika, nos jouissances se mêlent!
Je suis ton amant! Je te possède ! Ah ! Si j’étais fille de Kypris, sans doute elle me donnerait la virilité, et nos tentatives acharnées ne seraient pas jeux de petits enfants.»

bilitis

Il existe tant de raisons d’aimer Les Chansons de Bilitis.

Certains apprécient l’habileté de la supercherie littéraire. Car ce n’est plus un secret pour personne: cette poétesse grecque de l’antiquité, traduite pour la première fois en 1894 par Pierre Louÿs, n’est que la pure invention de son traducteur. Précédé d’une Vie de Bilitis et accompagné de plusieurs pages de notes, l’ouvrage est si convainquant que la critique et de nombreux éminents hellénistes de l’époque se sont laissés joyeusement berner.

D’autres se laissent charmer par l’érotisme irrésistible de cette collection de vers libres. Le style simple de l’ouvrage, sa justesse de ton et surtout sa grande force d’évocation sont mises au service de la sensualité et surtout de l’amour saphique. «Livre d’amour antique» dédié «aux jeunes filles de l’avenir», Bilitis reste encore aujourd’hui un livre culte, le plus bel hommage à l’amour lesbien… écrit par un homme.

D’autres enfin, collectionneurs de curiosa de leur état, préfèrent la suite que Pierre Louÿs composa à cette mystification littéraire. Intitulé Les Chansons secrètes de Bilitis, cet ouvrage destiné par l’auteur au tiroir plutôt qu’à la publication, reprend les trois grandes sections du recueil officiel (Bucoliques en Pamphilie, Élégies à Mytilène et Épigrammes dans l’île de Chypre) en accentuant l’aspect érotique de l’écriture. La première édition, qui date de 1929, fut imprimée à vingt-cinq exemplaire et est strictement introuvable.

En ce qui me concerne, je porte Les Chansons de Bilitis dans mon cœur pour une raison bien simple et toute personnelle: c’est le premier livre que quelqu’un qui n’est pas ma mère m’ait lu au lit. Depuis, Bilitis pour moi comme une grande sœur, ou alors une ancienne amante qui est toujours là pour moi lorsque je suis en peine d’amour.

Mieux que toute la crème glacée triple-chocolat du monde.

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