Les Mémoires d’une chanteuse allemande. Traduction de Guillaume Apollinaire et de Blaise Cendrars. Paris: Tchou, 1980 (1867, 1911 pour la traduction)

«Ferry se mit à genoux derrière moi, pénétrant de la langue par-derrière, puis par-devant, m’excitant au point que j’attendis d’un instant à l’autre que ma fontaine gicle. En baissant les yeux, je vis le splendide gland rouge de sa lance semblable à un rubis au sommet d’un sceptre royal. C’en était trop pour moi! Vénus, secondée par une autre dame, me suçait les seins, une troisième m’embrassait, faufilant sa langue entre mes lèvres, qu’elle buvait et mordait. Léonie, accroupie entre mes jambes, chatouillait ma fente à m’en faire perdre les sens; le souffle presque coupé, je me sentais parcourue de frissons, au diaphragme, dans les hanches, les cuisses, les bras et les fesses. Le moment critique approchait; le suc laiteux jaillit, comme de la crème fouettée, de ma grotte et remplit la bouche de Ferry, que j’entendis l’aspirer jusqu’à la dernière goutte.»

chanteuse

En 1904, Guillaume Apollinaire flâne le long des rues de Strasbourg jusqu’à la boutique d’un libraire qui lui vend un exemplaire des Mémoires d’une Chanteuse allemande. L’ouvrage, qui ne mentionne ni nom d’auteur ni nom d’éditeur, l’enthousiasme à un point tel qu’il décide avec l’aide de Blaise Cendrars de le traduire et de le publier dans la Bibliothèque des Curieux, une collection qu’il dirigeait. Et c’est en effectuant des recherches sur Sade qu’il tombe sur une notice du docteur E. Duehren attribuant l’ouvrage à Wilhelmine Schroeder-Devrient, une cantatrice qui au défraya la chronique par ses mœurs dissolues et ses nombreux amants et maîtresses.

Même si cette attribution semble aujourd’hui hautement douteuse, il me plaît à croire qu’il s’agit bel et bien des confessions épistolaires d’une artiste lyrique du xixe siècle. Le ton y est à la fois franc, sincère et délicat, et la narratrice est des plus attachantes, surtout dans la première section de l’ouvrage, lorsqu’elle raconte ses premiers émois et son apprentissage de l’amour auprès de Marguerite, sa gouvernante. Les dernières lettres, qui constituent la seconde partie, narrent quant à elles la vie amoureuse de la soprano alors qu’elle parcourt les grandes capitales d’Europe en accumulant les expériences dans un crescendo déchaîné menant à tous les excès, à toutes les débordements de la chair.

Les mémoires d’une chanteuse allemande ravissent le corps et l’esprit en offrant un témoignage touchant d’une femme qui, malgré le carcan de la morale sexuelle de son époque, cherche joyeusement la jouissance et la volupté qui sont pour elle «le but de la nature». Sans conteste le plus beau des érotiques allemands.

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