John Cleland, Mémoires de Fanny Hill, femme de plaisirs. Avec une introduction et un essai bibliographique par Guillaume Apollinaire. Paris : Bibliothèque des Curieux, 1914 (1749)

Fanny Hill est sans doute le roman érotique anglais le plus célèbre. En 1749, John Cleland, fils d’un colonel écossais, est emprisonné pour dettes; c’est donc en prison qu’il écrivit les Memoirs of a Women of Pleasure, que les francophones connaissent sous le titre de Mémoires de Fanny Hill. Cleland vendit le manuscrit au libraire Ralph Griffith pour vingt guinées, ce qui lui permit de sortir de prison. L’éditeur quant à lui retira plus de dix mille livres sterling de la vente de l’ouvrage, prouvant qu’il n’y a pas de dieu pour les écrivains !

Illustration de Paul Avril (1908)En France, Fanny Hill est d’abord publié en 1751 dans une «version quintessenciée» par Fougeret de Montbron, puis dans diverses traductions dont la plus célèbre (et probablement la meilleure) est celle d’Isidore Liseux, en 1888. Ma copie personnelle de Fanny Hill, trouvée par hasard dans un lot de livres acheté à l’encan, est devenu mon porte-bonheur, un grigri qui ne me quitte jamais et qui m’a apporté des heures de bonheur…

Le livre prend la forme de deux longues lettres où ladite Fanny Hill raconte ses souvenirs de jeunesse. Née dans un village près de Liverpool, orpheline à quinze ans, elle se rend à Londres où elle échoue chez Mrs. Brown, une tenancière de bordel. Phoebé, la sous-maîtresse, se voit confier la mission d’éveiller les sens de Fanny. Elle forme la jeune ingénue avec tant de compétence que Fanny Hill ne tarde pas à satisfaire les clients les plus difficiles de la maison, dont le jeune Charles dont elle tombe amoureuse et qui lui fait découvrir toute une gamme de plaisirs voluptueux. Fanny Hill passe ensuite au service de Mrs. Cole, qui se spécialise dans l’organisation d’orgies. Elle participe joyeusement à plusieurs de ces parties fines en compagnie de la clientèle et des pensionnaires Emily et Harriet, jusqu’à ce qu’elle ait amassé assez d’argent de ses activités vénales pour s’acheter une maison à Marylebone où elle retrouve Charles, qui l’épouse. Fanny conclut sa dernière lettre en se disant que décidément, rien ne vaut les délices de l’amour conjugal.

Le portrait que tire Cleland de la prostitution londonienne est éminemment idyllique; Fanny Hill est dans tous les sens du terme une fille de joie, une prostituée joyeuse et consentante qui exprime ni remords ni repentir en narrant sa vie de débauche, même si elle est consciente d’avoir été exploitée. Joyeux, bon enfant, jamais vulgaire, Fanny Hill a « la saveur voluptueuse des récits que faisait Shéhérazade», comme l’a si bien dit Apollinaire.

« Oeuvre précédente ♦ Menu des œuvres ♦ Oeuvre suivante »