Alphonse Gallais, Les Mémoires du Baron Jacques. Lubricités infernales de la noblesse décadente par le Docteur A. S. Lagail. Priapeville, 1904.

«Hier je suis allé chez Louis et j’ai baisé Laura, sa jument. Pendant que je faisais la mignardise à Laura, Louis m’enculait et moi je branlais Phanor et Finaud ses terres-neuves. Miracles, nous avons déchargé tous les quatre ensemble. On sait s’amuser dans la noblesse.»

Je ne sais pas si la noblesse s’amuse à ce point, mais une chose est sûre, c’est que Gallais s’en est donné à cœur joie. Dans sa Bibliographie du roman érotique au XIXe siècle, Louis Perceau qualifie Les Mémoires du Baron Jacques de «livre plus horrible que ceux du marquis de Sade». J’aurais pu être de son avis… si seulement l’auteur avait fait preuve d’un peu plus de sérieux. Car l’œuvre est assimilable à une grosse farce, à une tentative méthodique de scandaliser les bourgeois qui constituent en bout de ligne son lectorat.

Les mémoires du Baron JacquesGallais, sous le pseudonyme du Docteur Lagail, s’est vaguement inspiré d’un fait divers qui défraya la chronique à la fin du XIXe siècle. D’origine suédoise, le baron Jacques Adelsward-Fersen organisait des spectacles grivois qu’il offrait dans son appartement de l’avenue Friedland à Paris. Devant un parterre choisi de mondains, des jeunes hommes participitaient à des tableaux vivants, dans un genre kitsch gréco-romain. On y déclamait des poèmes tandis que les garçons s’exhibaient en peplum transparent. Ce passe-temps – en fait bien innocent – donna lieu à ce que l’on appela exagérément l’«affaire des messes noires» qui brisa l’avenir du baron.

Le Baron Jacques de Gallais ne se borne pas à ces petits jeux délicats pour pédérastes bien nés. Initié à l’amour par sa mère, le Baron Jacques décide à sa mort qu’aucune autre femme ne méritera son amour et se convertit à la pédérastie. Avec Louis, son amant, il déterre le corps de sa chère maman et en extrait le squelette qu’il range dans une armoire et lui sert d’accessoire masturbatoire. Suivent une kyrielle de scènes toutes aussi effarantes et grotesques les unes que les autres, culminant avec le suicide orgiaque de Gontran, un de leurs compagnons, qui est littéralement réduit en chair à saucisses:

«Après avoir embrassé et sucé la langue du défunt tout bleu, je donnais l’ordre de dépendre le corps. Les viscères furent mis dans une urne spéciale […] La chair fut hachée dans la machine américaine qui sert à faire disparaître les enfants sacrifiés à nos messes et bourré dans des tubes en baudruche. Chaque invité muni de ce godemiché se sodomisa, pendant une heure, après nous mangeâmes chacun notre saucisse à la Gontran en sablant le champagne.»

Le récit est si démesuré et grotesque qu’on hésite entre le rire et la nausée. Alors si vous jouissez d’un sens de humour est tordu et que vous avez l’estomac particulièrement bien attaché…

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