Anonyme, attribué (faussement) à Boyer d’Argens, Thérèse philosophe, ou Mémoires pour servir a l’histoire du P. Dirrag et de Mlle Eradice, avec l’Histoire de Mme Boislaurier. Paris, Briffaut, 1910 (1748)

«Il n’y a de bien et de mal moral que par rapport aux hommes, non par rapport à Dieu.» C’est à cette conclusion que mène ce classique parmi les classiques. La copie qui se trouvait dans la collection de mon papi Archet, un vrai bijou dont la préface anonyme fut rédigé par Apollinaire, porte la dédicace suivante: «À H… avec tout mon amour et mon adoration charnelle. V.» Sachant que mon grand-père se prénommait Hormidas et ma grand-mère Marie-Ange, vous comprendrez que j’ai toujours évité de montrer ce livre à ma mère!

Quant au bouquin lui-même, il se présente sous la forme d’une succession de leçons théoriques et pratiques dans l’art de l’amour de Thérèse, jeune fille sage et

therese

ignorante, qui grandit en sagesse grâce à une amie, Éradice et un religieux débauché, l’abbé Dirrag. Le discours qu’on y tient est le suivant: l’homme et la femme, étant déterminés par la nature, ne peuvent pas pécher. Et si leurs plaisirs sont innocents, à quoi bon les cacher? Uniquement pour ne pas troubler les jeunes esprits, répond Dirrag, car si on ne peut offenser Dieu, on peut certainement nuire à autrui. Thérèse met d’ailleurs cette thèse à l’épreuve en se donnant du plaisir avec un cierge béni qui fond opportunément au moment de son orgasme, ce qui constitue probablement une preuve de l’assentiment divin…!

Après avoir exposé à ces lumières sur la Métaphysique, la Religion et la Morale, Thérèse part s’instruire des usages du monde auprès de la Bois-Laurier, qui lui raconte les péripéties de sa vie de fille de joie et des goûts particuliers de sa clientèle: un mélomane qui ne peut s’accoupler sans entendre une femme chanter, une fausse note le «rendant mol»; un évêque qui hurle quand on lui chatouille les deux «énormes vérues» ; des moines travestis ; des «Anti-physiques» qui n’ont qu’une passion, celle d’examiner les fesses à la lumière d’une bougie.

Récit d’une femme rejetant tous les conformismes de son époque, Thérèse philosophe est sans conteste le livre que j’aurais offert à mon respectable amant si j’avais eu le privilège d’être une femme libre dans le Québec des années trente. Merci de tout cœur, très chère V!

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