Une autre délicieuse recette de tante Archet…

Choisissez une poulette de bonne taille, ni trop petite, ni trop grande. Avant d’arrêter votre choix, il est bien important de bien la tâter et de bien la sentir; la poitrine et l’arrière-train doivent être lourds et fermes, bien arrondis, pour qu’il y ait de la chair et du muscle. Lorsque les lèvres sont bien pulpeuses et légèrement humectées, c’est signe qu’elle est mûre. Mais lorsque les côtes sont apparentes, c’est qu’elle est encore verte ou qu’elle est fanée; la chair risque d’être nerveuse ou rancie.

Immergez votre poulette dans une eau bien chaude et légèrement parfumée. On peut ajouter un bouquet garni, selon l’humeur. Frottez et massez pour que la chair se détende, s’assouplisse. Rincez à l’eau tiède, et n’épongez que superficiellement, pour éviter qu’elle ne se dessèche. Déposez-la sur un lit de verdure, sur le dos, les jambes écartées. Certains recommandent de trousser les membres, mais c’est selon moi inutile: l’essentiel pour éviter d’avoir à faire revenir est de ne négliger aucun effort pour bien attendrir.

Arrive ensuite l’étape cruciale de la farce. Vous aurez au préalable réuni les ingrédients suivants: une courgette, une carotte, un poireau, 100g de crème fraîche, une cuillère à soupe d’huile d’olive et une noix de beurre. À l’eau chaude, lavez les légumes. On recommande généralement d’éplucher la courgette, car sa texture n’est appréciée que des poulettes les plus gastronomes. Faites tremper les fanes de la carotte ainsi que les racines du poireau dans un peu d’eau chaude pour les amener à température voulue.

En vous assurant que les corps gras restent à portée de la main, faites frémir par un soupçon de beurre dans la fente. La poulette se mettra alors à dégorger; pour éviter qu’elle ne refroidisse, prenez la carotte, trempez son extrémité dans l’huile et tamponnez délicatement le bout de la poitrine avec les fanes. Écartez très lentement l’orifice et farcissez.

Saisissez-vous ensuite du poireau. En se servant de ses racines comme d’un pinceau, trempez dans l’huile et badigeonnez la poitrine et le ventre. Dès que les chairs frémissent, accélérez le mouvement de la carotte, puis enlevez-la avant que la sauce ne tourne pour fourrer le poireau. Uniquement avec l’extrémité des racines, passez et repassez sur le sot-l’y-laisse, pas trop vite, sans à coups. Normalement, la poulette devrait à ce moment commencer à suer et peut même vous demander d’accélérer. Prenez plutôt la courgette, trempez-la dans la crème fraîche et farcissez jusqu’au fond de la cavité.

La concentration est alors cruciale: d’une main, badigeonnez encore et toujours le sot-l’y-laisse avec les racines du poireau, de l’autre commencez un lent va et vient de la courgette dans l’orifice où la crème fraîche s’étale graduellement. Lorsque les ailes se rabattent et que les cuisses se durcissent, c’est qu’elle est au bord de l’ébullition. Attendez qu’elle déborde avant de la servir à vos convives. Ils se régaleront toute la soirée et feront ainsi la joie de votre poulette.

Simone n’est pas contente.

Pour ceux qui ne le savent pas, Simone est mon amante. Nous ne vivons plus ensemble depuis juillet, puisqu’elle est partie à Baltimore poursuivre ses études en médecine. Elle est plutôt occupée, comme toute apprentie blouse blanche qui se respecte, mais a visiblement assez de temps libre pour lire mon journal. Et voici ce qu’elle m’a écrit:

«Anne, tu es tombée sur la tête! Veux-tu bien m’expliquer pourquoi tu as mis ta santé en danger pour quelque chose d’aussi stupide qu’un bijou en toc que personne ne verra? Es-tu consciente de toutes les complications que peuvent entraîner ton piercing: abcès, impétigo, érysipèle, quand ce n’est pas une infection à l’hépatite B, à l’hépatite C ou au HIV? T’es-tu au moins assurée que ton perceur stérilise ses instruments à l’autoclave? Qu’il ne recycle pas ses aiguilles, voire ses bijoux d’une cliente à l’autre? Bon dieu, est-ce qu’au moins il portait des gants? […]»

Non, mais il avait un joli dragon tatoué dans le visage. Ça vaut bien des lettres de recommandation, non?

Je me suis levée ce matin en me disant qu’il y a bien trop longtemps que je n’ai pris une décision stupide sur un coup de tête. Pour remédier à la situation, j’ai couru me faire percer le clitoris. La douleur fut particulièrement intense, mais elle n’a vraiment duré qu’une seconde. Non, ce qui me traumatise, c’est le sang. Qu’est-ce que je peux saigner!

Dans l’autobus, en revenant chez moi, je ne cessais de grimacer comme une demeurée en jouant des fesses pour trouver une position pas trop inconfortable.

La prochaine fois qu’une telle idée m’assaille, je retourne me coucher, je le jure.

Quelle tragédie que cet hiver interminable pour une femme qui aime tant la rue! Et pas seulement pour y faire la révolution… que le printemps revienne pour que je puisse enfin être admirée comme je le mérite!

Mais ce qui m’allume, ce qui me rend folle, ce n’est pas tant les regards envieux que la facilité déconcertante de la séduction. Les possibilités sont carrément infinies. Tous ces hommes soumis à mon doigt, à mon œil, prêts à piétiner leur contrat de mariage pour cracher quelques gouttes de semence… un signe de l’index, une œillade et ces messieurs costumés et cravatés, court-le-fric fats et prétendument sérieux, se transforment en gamins lâchés dans une chocolaterie. Je les kidnappe, les emmène n’importe où pour faire n’importe quoi. Le lieu les indiffère: la chambre d’hôtel, la banquette arrière de la voiture, les toilettes du restaurant, le rayon lingerie des grands magasins, les cabines de vidéo-peep show, en autant qu’ils puissent mettre leurs vilaines papattes sur ma petite personne.

Ils ont tous les vices: l’exhibitionnisme tremblant, la tendresse lubrique, la culpabilité violente, le coït sportif, l’impuissance masochiste. Mais les plus émouvants sont ceux qui zieutent en cachette. Les frustrés, refoulés à lunettes, les inavoués, les escargots en détresse. Cachés derrière un journal, leurs yeux s’exorbitant vers moi, je suis leur rêve. Qu’ont-ils au foyer? Une épouse tout aussi fanée qu’eux, amère, déçue, désillusionnée, acariâtre peut-être. Ou bien tout simplement personne, rien que le triste lavabo avec la petite glace au-dessus dans laquelle ils contemplent leur solitude. Quand je leur adresse un sourire, ils s’éloignent, reviennent sur leurs pas, arpentent le trottoir. Éperdus, malhabiles, ils n’osent pas: je suis juste un peu trop. Trop belle, trop facile, trop gratuite, trop irréelle. Parfois, après avoir ramassé tout ce qu’ils ont de courage, ils se présentent à moi comme à l’autel de Vénus. «Où va-t-on?» bégaient-ils. «Pour quoi faire?» dis-je, hautaine… ils virent au rouge, transpirent. Leur faible chair s’abandonne à moi, déesse inespérée.

Si la guerre en Irak n’a pas lieu, pensez-vous vraiment que le kaki ne sera plus de saison?

Si la guerre en Irak n’a pas lieu, pensez-vous que l’armée américaine se consacrera à la distribution de bonbons aux enfants du tiers-monde?

Si la guerre en Irak n’a pas lieu, pensez-vous que Washington cessera de se servir des dépenses militaires comme moyen de soutenir les profits des entreprises de haute technologie au détriment du bien-être de l’immense majorité des Américains?

Si la guerre en Irak n’a pas lieu, croyez-vous que les marchands de canons diront adieu de bon cœur à leurs bénéfices juteux et qu’ils se retireront dans des communes pour apprendre à jouer Jeux interdits à la guitare sèche?

Si la guerre en Irak n’a pas lieu, pensez-vous que la soif de pétrole de l’Occident sera étanchée et que le Moyen-Orient deviendra une petite bourgade tranquille ?

Si la guerre en Irak n’a pas lieu, pensez-vous que les média cesseront de militariser les esprits?

Si la guerre en Irak n’a pas lieu, pensez-vous que tous les puissants de ce monde n’aimeront plus nous voir marcher au pas ? Qu’ils hésiteront à nous envoyer nous entre-tuer pour un oui ou pour un non, si c’est leur intérêt?

Si la guerre en Irak n’a pas lieu, ne rangeons pas nos pancartes, nos bannières et nos slogans trop rapidement. Lorsqu’elles ne le sont pas entre elles, les nations sont en guerre… contre nous.

Ah! Comme j’aime lire la presse «sérieuse» en temps de guerre! Il y a une saison pour cueillir les champignons. Moi, je cueille les sophismes, et la saison est, ma foi, fort prometteuse. Lorsque j’en dégote un beau, un juteux, je le découpe soigneusement et le colle avec amour dans mon grand cahier noir. Un jour, je le léguerai à la science: ce sera ma façon à moi de rendre hommage à la bêtise de mes contemporains.

Vous le savez autant que moi: formuler des arguments valides et rigoureux, c’est trop fatigant. À quoi bon se fendre en quatre pour critiquer rationnellement la positon française alors qu’il est si simple d’élever le niveau de la discussion en écrivant, comme le New York Times, que «si l’Amérique n’existait pas et si l’Europe avait du reposer sur la France, la plupart des Européens, aujourd’hui, parleraient allemand». Ou mieux encore, de faire valoir que les Français sont foncièrement antisémites, qu’ils ont fait le jeu du nazisme (because Pétain), et que ces tendances fascistes explique leur appui à Saddam (a new Hitler).

Je m’en serais voulue de ne pas apporter ma modeste contribution à ce débat hautement tendancieux et inutile. Here goes:

Savez-vous qu’au moment où la Seconde Guerre mondiale a pris fin, le gouvernement américain a sciemment recruté des criminels de guerre nazis, des gestionnaires de camps de la mort, des SS, pour les mettre au boulot dans leur croisade anticommuniste? C’est ce que l’historien (américain, mais peut-être n’est-ce qu’un traître ou pis encore, un Français…) Chris Simpson démontrait en 1988 dans son bouquin intitulé Blowback. La plus célèbre de ces recrues est évidemment Klaus Barbie, le boucher de Lyon, qui s’est retrouvé rapidement sur le payroll de la CIA. Mais ce ne fut pas le seul. On n’a qu’à penser à Walter Rauff, le créateur génial de la chambre à gaz roulante, que les services secrets américains ont envoyé discrètement profiter de sa retraite au Chili.

Mais, bien sûr, il y a pire. Pendant la guerre, le général Reinhard Gehlen fut le responsable des services secrets nazis pour le front de l’Est. Et bien, Gehlen et son réseau d’espions et de terroristes ultranationalistes et pro-nazis ont été recrutés par les services secrets américains… pour continuer leur travail. Pour les responsables américains comme George Kennan, il semblait tout naturel d’agir de la sorte: l’Amérique avait un urgent besoin de gens prêts à se salir pour déstabiliser les nouveaux régimes communistes d’Europe de l’Est. C’est ce que Gehlen faisait pour le compte des nazis — qui d’autre aurait été plus compétent que lui? Que ses agents et lui aient activement participé à la Shoah semblait alors bien secondaire…

Recruter d’anciens nazis est une chose, mais adopter leurs méthodes en est une autre. Or, c’est ce que les Américains se sont acharnés à faire, en détruisant la résistance antifasciste et en restaurant l’ordre pro-fasciste en Europe comme en Asie. C’est ce qui s’est produit au Japon. C’est ce qui s’est produit en Corée. C’est ce qui s’est produit en Italie, lors de l’élection de 1948. Et, c’est ce qui s’est produit en Grèce en 1947, où les États-Unis ont appuyé les miliciens ex-collabos pour éviter l’instauration d’un régime communiste. Résultat: plus de 160 000 morts, d’innombrables cas de torture dans des «camps de rééducation» et l’exil pour des milliers de Grecs.

Quel est le lien avec le débat sur l’Irak? Aucun. Mais ce fut un plaisir de dire «à nazi, nazi-et-demi» et de vous offrir un beau sophisme pour votre collection.

Je n’aime pas son regard clair traversé par la foudre, ce regard qui prend et qui ne rend jamais, ce regard qui viole l’âme. Je n’aime pas qu’il caresse mon corps avec des yeux brillants. Je n’aime pas qu’il m’étende sur des velours et des soies, à la lumière de bougies exhalant le santal. Je n’aime pas qu’il pince sa bouche sur le bout d’un sein, qu’il glisse entre mes jambes des mains chaudes et froides. Je n’aime pas qu’il dessine sur ma peau des oiseaux, des cascades, qu’il souffle des orages dans les méandres de mes veines, qu’il fasse porter ma voix plus loin que le ciel.

Je n’aime pas quil me prenne contre lui dans le coin d’une pièce, qu’il serre son corps et le mien jusqu’à la douleur et cachés dans le noir comme des enfants punis, qu’il dessine dans le vide des arabesques d’or. Je n’aime pas ce champ immense où sa voix me pénètre entre un cri et un soupir. Je n’aime pas la nuit qu’il me morde, écarte mes cuisses et entre en moi comme un coup de tonnerre. Je n’aime pas qu’il cambre mon corps à la fureur du sien lorsque nos deux voix s’épousent sur les fausses étoiles du plafond.

Je n’aime pas dans les rues qu’il me souffle des mots crus en me frôlant des mains et qu’il allume des incendies qu’il s’empresse d’éteindre. Je n’aime pas qu’il attise jusqu’à la fureur la faim que mon ventre conçoit pour le sien. Je n’aime pas qu’il me plaque contre les murs, qu’il remonte mes jambes et que des feux d’artifices sillonnent notre ciel. Je n’aime pas qu’il se glisse dans mon dos et qu’il prenne mes seins dans ses mains, qu’il me parle des étoiles, de la magie du ciel. Je n’aime pas qu’il s’appuie jusqu’à ce que je sente son sexe contre mes fesses, qu’il lâche mes seins et se glisse jusqu’à mes hanches. Je n’aime pas qu’il appuie une main entre mes omoplates et que de l’autre écarte mes jambes. Je n’aime pas qu’il s’amuse un moment à faire aller et venir le tissu de ma robe, qu’il se penche sur ma nuque et me morde en se glissant dans mon ventre.

Je n’aime pas qu’il entre dans la salle de bain, qu’il me pêche dans la baignoire, qu’il jette d’énormes coussins sur le sol, qu’il me sèche avec des gestes doux, qu’il vernisse mes ongles, quil masse mes jambes. Je n’aime pas qu’il monte mes chevilles sur ses épaules, qu’il glisse vers mon sexe, qu’il me fouille avec sa langue, qu’il m’explore avec ses doigts. Je n’aime pas goûter sur ses lèvres la salive de ma vulve tandis que mon cœur me bat à l’endroit qu’il vient de quitter.

Je n’aime pas sentir son sexe se dresser et se tendre jusqu’à mon ventre. Je n’aime pas descendre mon corps le long du sien et prendre son sexe dans ma bouche. Je n’aime pas qu’il se cambre un peu comme une fille puis se rallonge. Je n’aime pas me guider au son de son souffle, le flatter avec ma langue, avec mes mains et d’un coup l’engloutir tout entier. Je n’aime pas que ses gémissements m’excitent, que ses mains s’agrippent aux draps et puis qu’il coule, tout chaud, dans ma gorge. Je n’aime pas attendre la dernière goutte, desserrer doucement les lèvres et me redresser pour voir l’éclat de ses yeux quand il a joui.

Je le hais, je le hais, je le hais, je le hais, je le hais, je le hais, je le hais, je le hais.

Je me réveille en boule dans mon lit. Le réveil sonne mais je n’ouvre pas encore les yeux, de peur de le perdre. Je me lève et ma journée est un vaste brouillard. Une vie morte qui m’angoisse et bouscule des larmes dans mon regard. Mon cœur brûle. J’attend la nuit comme une libération. Quand je ferme les yeux pour m’endormir, il m’attend les bras ouverts. Il me bascule sur un lit et me fait l’amour en riant. Il s’enfonce en moi et le monde disparaît, réduit à ce bout de chair dur qui va et vient dans mon ventre ou à ses doigts qui me fouillent, sa langue, ses mains qui me frôlent, pincent, griffent, s’agrippent en propriétaire, sa bouche qui m’embrasse, me mord et toujours me fait gémir. Il y a son sexe contre mes fesses, son parfum sur ma peau et dans ces journées grises, j’ai toujours le poids d’un désir dans mon bas-ventre, un four entre mes jambes.

La nuit est ma délivrance.

Je reviens à l’instant du bar où je suis allée prendre un pot avec mon vieil ami Louis. Serait-ce la naissance d’une nouvelle tradition?

Claire, ma compagne de bureau aux yeux d’émeraude, est venue nous rejoindre un peu plus tard. La discussion a beaucoup porté sur les États-Unis, puisque je viens de me découvrir une passion pour l’histoire de ce pays (la couleur des yeux de ladite Claire y étant pour quelque chose). Elle nous a appris que suite à la réforme des agences de sécurité fédérales, le gouvernement américain a maintenant toute la latitude voulue de surveiller les livres que les individus empruntent dans les bibliothèques publiques. Les flics amerloques peuvent filer les usagers en douce lorsqu’ils bouquinent, et même s’approprier les recherches effectuées dans le catalogue informatisé.

Décidément, home of the free mon cul! Merci, merci monsieur Bush. Ou devrais-je dire Big W. Brother…?

Après quelques mois, je ne l’embrassais et ne la caressais qu’en public, pour faire monter en elle le désir, ce désir fou qui la faisait sortir d’elle-même. Elle devenait si excitée qu’elle jouissait dès que nous nous retrouvions seules, parfois si pressée qu’elle me demandait de la branler dans la voiture ou dans l’ascenseur que je bloquais entre deux étages.

Et puis nous nous sommes quittées.

Je l’ai revue samedi dernier dans sa loge, une fois la pièce terminée. Elle m’a raconté brièvement ce qu’elle devenait depuis sept ans, puis me dit, en écartant les cuisses: «Il m’arrive d’avoir peur que l’odeur atteigne les premiers rangs…».

J’ai reçu un message de Lydia Vázquez, professeur à l’Université du Pays Basque à Bilbao. Elle a lu mes aphorismes et veut les ajouter à une anthologie de femmes maximalistes françaises qu’elle prépare avec une collègue.

J’ai accepté, bien sûr. Mais j’aurais peut-être dû lui demander ce qu’elle entend par «maximaliste»… j’ai la curieuse impression que je vais me retrouver en étrange compagnie.

Prends-moi par la taille avec tes bras reptiles comme le roc aux yeux mi-clos.
Prends-moi par la main avec tes tresses mauves comme le félin glacé.
Prends-moi par les épaules avec tes moues d’uranium comme les visions d’archanges.
Prends-moi par les cheveux avec tes songes osseux comme les grincements verts des angles sonores.
Prends-moi par les seins avec ton souffle d’émeraude comme une débauchée aux ongles de bravoure.
Prends-moi par le sexe avec tes doigts de grammaire comme une étoile aux pensées volcaniques.
Prends-moi par le cul avec ta langue de terre chaude comme une huître aux paraboles catholiques.
Prend-moi par le cœur avec tes mots de rasoir comme l’amante cartésienne aux larmes fatales.

Pour l’instant, mes lèvres sont soudées aux siennes, nos langues sont confondues, guettant les sensations qui naissent à ce contact. Des frissons de désir courent sur mes épaules. Elle s’abandonne à mes mains qui la parcourent, qui caressent ses seins, ouvrent ses cuisses, rebroussent le poil de son pubis.

Fascinée par cette créature parfumée et soyeuse, je plonge un doigt inquisiteur dans sa vulve et le respire en m’enivrant de son odeur intime. Elle mouille comme une fontaine tandis que je caresse à deux doigts le bouton qui se dresse, attrapant des lèvres le sein le plus proche. Mais rapidement, emportée par la passion, je ne peux que glisser ma tête sur son ventre, traçant un sillon humide de ma langue, qui bientôt visite le repli qui cache le clitoris. Les joues empoissées déjà par les abondantes sécrétions de mon amante, je me saoule de sa cyprine, de ses plaintes et de ses hululements. Écartant les fesses, j’introduis un index autoritaire dans l’anus surpris qui se rétracte, puis sous la caresse lente et prudente, se détend et libère des ondes qui se répandent dans tout son corps. Elle jouit, son corps se crispe, tendue comme un arc, touchant le matelas seulement par la nuque et les talons, comme en catalepsie, sa jouissance éclate, elle perd conscience pendant un court instant.

J’ouvre alors enfin les cuisses pour accueillir sa tête qui m’a léché le ventre après m’avoir caressé les seins. Cette langue vigoureuse qui cible mon clitoris, qui ouvre mes lèvres et pénètre immédiatement mon vagin. J’humecte, je mouille, je gicle sur son visage. Elle passe à l’anus, qu’elle essore et inonde de sa salive. Cette sensation d’être aspirée, d’être bue, de percevoir la déglutition de mes excrétions intimes me remue au plus profond de mon être. Mes fesses se décontractent, je pousse le sphincter rose dans sa bouche. Sa langue agile se fraie un passage dans les plis.

Mon cri de n’a plus rien d’humain, je jouis de mon cul surexcité et cette jouissance se propage à tous mes tendons, à tous mes capillaires. Et je coule, je coule, et je fuis en battant l’air de mes bras, en mordant le ciel de la chambre qui vacille. Les murs tournent autour de moi dans un vacuum dantesque, dans un tourbillon infernal qui pulvérise ma cervelle. Enfermée dans sa bouche délicate, le temps se courbe, des images fugaces et colorées passent devant mes yeux. Longtemps, je reste immobile, haletante, couverte de sueur, incapable de parler, tandis que cette merveilleuse sensation plante ses griffes dans mes artères. Et je retombe sur le matelas, détendue, béate et perdue.

Elle lève alors la tête, plante son regard si noir, si profond dans le mien et me dit, dans son mauvais anglais: «So, me vacuum room now?»