Nous étions à une semaine des examens de mi-trimestre et j’avais désespérément besoin d’un coin tranquille pour étudier. L’appart était exclu d’office, depuis que Nadine ma colocataire s’adonnait à des marathons de baise incroyablement bruyants avec son crétin de petit ami. Ma mère ne pouvait, elle non plus, m’offrir le silence tant souhaité, puisqu’elle recevait ses anciennes amies de collège.

Par bonheur, je rencontrai Pablo Marx, un copain étudiant à la maîtrise, à qui je confiai mon problème. Fils de militants socialistes ayant fui la dictature de Pinochet, Pablo me semblait incarner l’archétype du sud-américain, grand, frondeur, viril, athlétique et basané, d’une galanterie sans faille et d’une finesse d’esprit qu’on retrouve rarement chez nos congénères nordiques. Il m’offrit immédiatement de passer le week-end au chalet de ses parents : « Ils seront absents jusqu’au mardi matin, me dit-il avec son accent enjôleur, et je comptais de toute façon travailler intensivement sur mon mémoire ». Enchantée, j’acceptai immédiatement, heureuse d’avoir enfin la paix pour travailler.

Le samedi suivant, je m’habillai chaudement, mit quelques vêtements et mes bouquins dans un fourre-tout, puis pris l’autobus à destination de Sainte-Adèle. Le trajet fut un peu plus long que prévu parce qu’un verglas d’une intensité rare avait transformé les routes en patinoires. Arrivée au village vers seize heures, je suivis l’itinéraire donné par Pablo et marchai une vingtaine de minutes jusqu’au chalet de la famille Marx. Arrivée sur les lieux, je trouvai un mot collé avec un morceau de scotch sur la porte :

« Anne :

Je suis parti en promenade avec Schopenhauer. De retour dans quelques minutes. Entre et installe-toi dans la chambre au deuxième. Pablo »

Je décrochai le morceau de papier et entrai me réchauffer près du foyer. J’avais appris dans mon cours d’éthique que Schopenhauer, mort en 1860, avait critiqué la morale formelle de Kant au nom du principe de pitié. Peut-être Pablo était-il parti se promener en lisant Le Monde comme volonté et comme représentation, mais qui irait lire de la philo dehors par un froid pareil ? J’étais devant l’âtre en train de conjecturer à propos de cette note sibylline lorsque la porte ouvrit et entrèrent Pablo et un énorme berger allemand.

– Bonjour Anne ! me dit Pablo. Je vois que tu as ranimé la flamme…

– Salut Pablo ! En effet, avec ce froid, on se réchauffe comme on peut !

Il me fit la bise, puis retira son manteau.

– Tu as eu mon message ? me demanda-t-il.

– Oui, et on peut dire que tu m’as intriguée, avec tes histoires de Schopenhauer. Mais maintenant que j’ai vu ton chien, je crois avoir compris…

– Quelle perspicacité ! Anne, je te présente Schopenhauer, mon gros toutou adoré. Schopen ! Au pied ! Viens saluer notre invitée ! Schopen !

Le chien accourut avec empressement et s’assit au pied de son maître. Pablo le fit donner la patte, aboyer, puis rapporter la balle. C’était un chien splendide de quelques années, que Pablo avait récupéré à la SPA, et qu’il baptisa Schopenhauer, parce que la pensée de ce philosophe était le sujet de son mémoire de maîtrise. Schopen se coucha sur le dos pour se faire caresser le ventre.

– Belle bête, lui dis-je, en caressant Schopen entre les oreilles. Je ne te savais pas amoureux des animaux…

– Que oui! me dit-il. Et plus je les fréquente, plus je perds les derniers vestiges de mon humanisme.

– On croirait entendre Brigitte Bardot, lui dis-je, en rigolant. Allez, montre-moi ma chambre, que je défasse ma valise.

Nous montâmes tous les trois (si on compte Schopenhauer, bien sûr) au deuxième étage et Pablo me fit faire la tournée du propriétaire. Après m’avoir donné des serviettes et des draps propres, il m’invita à prendre mes aises pendant qu’il préparerait le repas. Après avoir rangé mes trucs et m’être changée, je rejoignis Pablo au rez-de-chaussée et m’attablai.

Végétalien de longue date, Pablo avait préparé un délicieux ragoût aux légumes et au quinoa, accompagné d’une salade d’endives au roquefort, le tout arrosé d’un Pessac-Léognan, cuvée 1990. Schopenhauer nous accompagna pendant toute la durée du repas, grugeant un os à nos pieds, sous la table. Nous en étions au dessert lorsque la discussion dévia vers la question des droits des animaux.

– Tu sais Anne, me dit Pablo, sur le coup, j’ai été piqué au vif lorsque tu m’as comparé à la Bardot, mais plus j’y pense, plus je trouve que la comparaison a du sens.

– Ne me dis pas que tu deviens militant ! Vas-tu te mettre à lancer de la peinture rouge aux vedettes en manteau de fourrure ?

– Bien sûr que non, je suis beaucoup trop allergique à la politique ! Par contre, on doit reconnaître que notre civilisation occidentale a trop longtemps méprisé les animaux.

– Voyons Pablo, tu ne penses pas ce que tu dis ! L’occident est fou de ses bébêtes ! Les vétérinaires font des affaires d’or, on bichonne les toutous et on les nourrit avec de la bouffe hors de prix… D’ailleurs, nomme-moi un seul pays où il y a plus d’animaux domestiques par habitant que les États-Unis…

– Peut-être, mais d’un autre côté, tu dois reconnaître que les Américains sont les champions de la consommation effrénée de viande et de l’expérimentation médicale sur les animaux. L’humanité souffre d’un complexe de supériorité qui la pousse à reléguer les animaux au rang de commodité. Quel con ce Descartes…

– Qu’est-ce que Descartes vient faire là dedans?

– Tu n’as jamais entendu parler de la théorie des animaux-machines ?

– Non, je regrette.

– Non mais, c’est incroyable ! Qu’est-ce qui vous enseignent, au premier cycle? Tu n’as pas encore étudié Descartes !

– Écoute, j’en suis encore à la première année. Permets-moi d’avoir des lacunes !

Un sourire moqueur sur les lèvres, Pablo se lève et va chercher une bouteille et des verres.

– Voilà ma chère un petit digestif qui t’aidera à combler toutes tes lacunes. Je l’ai importé en fraude après mon dernier séjour en Espagne.

Je regardai la bouteille.

– Ah! ta fameuse absinthe! Mais n’est-ce pas toxique ? Poison ?

– Mon absinthe Mari Mayans, un poison ! Quelle insulte à ce nectar ! Allez, ingrate, admire ce louche superbe !

Il versa le liquide émeraude, puis ajouta de l’eau après avoir disposé sur le verre un tamis et un morceau de sucre. Il me tendit ensuite la boisson, devenue jaune suite à cette opération. « Trinquons à la santé de Descartes !» dit-il. Le goût amer de l’absinthe brûla mon palais et me fit presque immédiatement tourner la tête. Ce que Pablo avait omis de mentionner, c’est que son jus de gazon était à 70% d’alcool. Son effet se fit d’ailleurs sentir assez tôt au cours de la soirée…

– Justement, si on en revenait justement à Descartes ? dis-je après m’être remise de ma première gorgée.

– Et bien ma chère, dit-il, pour ton éducation, Descartes considérait que la raison est le propre de l’humanité. Pour lui, tout esprit bien conduit peut parvenir à la connaissance de la vérité. La pensée représente la première certitude, et de là, Descartes déduit sa propre existence.

– Je sais. C’est le « Je pense donc je suis » des Méditations métaphysiques.

– C’est juste. Dans son Discours de la Méthode, Descartes explique que les animaux n’ont pas de psychisme, que leurs mouvements se réduisent à un ensemble de processus purement matériels.

– D’où le concept de machine.

– Exact. Et dans la Lettre à Morus, il écrit : « Les bêtes n’ont pas seulement moins de raison que les hommes, mais elles n’en ont point du tout ». Et dans une philosophie qui fait découler la valeur de l’usage de la raison, il n’est pas surprenant que les animaux soient considérés comme des objets, comme des commodités pour les êtres raisonnants que sont les humains.

– Et comme tu es volontariste plutôt que rationaliste, il est évident que tu n’adhères pas à cette façon de penser…

– En effet, puisque le nouménal est la volonté. Je suis entièrement de l’avis de Schopenhauer sur ce point.

Le berger allemand releva la tête à l’appel de son nom. Pablo se mit à rire et remplit mon verre. « Mais non, Schopen, pas toi! Je parle du philosophe, celui qui a écrit que derrière les phénomènes se trouve la réalité des désirs. Ainsi, la volonté est le principe sous-jacent de la nature animée et inanimée à travers le cosmos… »

– Les animaux, renchéris-je, étant des êtres de désir, sont donc unis aux humains par ce noumène…

Pablo recula sur sa chaise et sourit. « Certains sont même plus unis aux humains que tu ne le penses », dit-il d’un air mystérieux. Il vida son verre, se leva et quitta la pièce, son chien trottinant derrière lui. Il revint à table un livre à la main, qu’il déposa devant moi, sourire en coin. « Toi qui apprécie les curiosa, voici une lecture qui pourrais t’intéresser ».

Intitulée Le chien, la plaquette ne portait aucune mention d’auteur ou de maison d’édition. Le papier jauni semblait indiquer que l’ouvrage datait de plusieurs années.

– Qu’est-ce que c’est ? demandais-je.

– C’est un livre qui se trouvait dans un lot que j’ai acheté lors d’une vente aux enchères. À en juger la typographie et la reliure, il a probablement été imprimé et vendu sous le manteau dans les années vingt.

– Et de quoi ça parle ? C’est un roman ?

– Pas exactement. Il s’agit plutôt d’un mode d’emploi. Allez, lis !

Je me mis donc à lire le texte à haute voix :

« Je m’appelle Ernestine et j’aime les chiens. Je les élève, je les soigne, je leur donne de l’affection et ils me le rendent bien. Au cours des années, j’ai acquis un certain savoir au sujet de la reproduction canine et le texte qui suit est le résultat de longues et patientes expérimentations. Je pratique la bestialité depuis plus de vingt ans et… »

J’arrêtai ma lecture, stupéfaite.

– Continue Anne, je te jure que ça vaut la peine d’être lu ! me dit Pablo, en remplissant mon verre. Je poursuivis donc :

« Je pratique la bestialité depuis plus de vingt ans, et ai initié de nombreuses femmes aux plaisirs de l’amour canin. J’espère que mon guide vous aidera à profiter entièrement de vos séances zoophiles avec votre meilleur compagnon. »

– C’est pas vrai Pablo, dis-je, elle a vraiment baisé pendant vingt ans avec des chiens ?

– Comme tu vas le constater, son mode d’emploi est si précis que je doute fort qu’il s’agisse d’une fiction.

Bien que profondément dégoûtée, ma curiosité m’empêcha de refermer le livre :

« Il importe, dans un premier temps, de bien comprendre l’anatomie sexuelle du chien. Première constatation : le pénis du chien est proportionnel à sa taille. Ainsi, le vit d’un cocker mesure entre cinq et six centimètres de longueur pour à peu prés deux centimètres d’épaisseur, alors que celui du grand danois varie entre treize et vingt centimètres de longueur et quatre à six centimètres d’épaisseur. J’insiste sur l’épaisseur, qui est cruciale pour la bonne raison que le pénis canin est très différent de celui dont sont pourvus les hommes. »

Cette dernière remarque me sembla bien évidente. Je levai les yeux et regardai Pablo, qui me fit signe de poursuivre ma lecture :

« Les chiens n’ont pas de prépuce ; leur membre est entièrement conçu comme le gland humain, rougeâtre et très sensible. Cette absence de prépuce s’explique par la faculté de leur pénis de rester caché dans la cavité pelvienne lorsqu’il n’est pas en érection. Au repos, la seule partie visible est le fourreau, qui est recouvert de poils. En érection, le pénis est pointu et son méat se résume à un trou circulaire. Autre caractéristique fondamentale : les chiens éjaculent dés l’érection et ne cessent de décharger jusqu’à la fin du coït. Les chiens les plus gros peuvent émettre jusqu’à six fois plus de foutre que les hommes.

« Enfin, le vit du chien est pourvu d’un nœud. Lorsque le chien monte sa femelle, la base de son pénis se met lentement à enfler. Il se met alors à besogner rapidement afin de pousser son nœud à l’intérieur du vagin. Lorsque le nœud est introduit, le chien cesse de bouger alors que sa bite poursuit son expansion jusqu’à ce qu’il soit impossible pour lui de se retirer du vagin. Cette phase du coït canin s’appelle le lien. La fonction du nœud pendant le lien est d’assurer un dépôt suffisant de sperme pour ainsi faciliter l’insémination. La phase du lien dure généralement entre cinq et quinze minutes, mais peut se poursuivre jusqu’à quarante-cinq minutes… »

– Tu te rends compte ! interrompis Pablo. Quarante-cinq minutes soudée à un chien, le vagin qui déborde de foutre ! C’est ce que j’appelle une véritable communion avec la nature !

– Une vraie erreur de la nature oui ! Franchement Pablo, je suis surprise qu’une telle aberration puisse t’exciter.

Hilare, Pablo remplit une nouvelle fois nos verres, puis alla chercher une petite boîte métallique d’où il extirpa un joint qu’il alluma et me tendit. Après m’être bien étouffée, je repris mes remontrances :

– Cette Ernestine, si elle a vraiment existé, était probablement une pauvre folle. Lire ses malheurs pour s’exciter, ce n’est pas très glorieux…

Pablo continuait à rigoler. Un peu vexée, je lui lançai :

– Vous êtes bien tous pareils, vous les gars. Une femme humiliée, qui se fait pénétrer par des chandelles et des bouteilles de bière, ça vous fait bander. Alors, pourquoi pas un chien…

– Ma chère Annie, il ne s’agit pas ici de discuter si une telle pratique m’excite personnellement ou pas, mais plutôt de juger si elle est moralement acceptable, me répondit Pablo d’un ton amusé.

Je tirai une réjouissante bouffée du pétard et le rendit à Pablo.

– Question facile, répondis-je. Pour qu’une relation sexuelle soit morale, il faut qu’il y ait consentement mutuel. Or, la bestialité est une agression envers les animaux, comparable au viol…

– Je crois que tu fais erreur. Je te l’accorde, on peut sans conteste violer un animal, mais il est tout aussi possible d’obtenir son consentement.

– Je ne vois vraiment pas comment. Pour consentir à une relation sexuelle, il faut d’abord savoir ce qu’est une relation sexuelle, et être conscient de toutes les conséquences du geste en question. Ce n’est évidemment pas le cas des animaux ! Et puis, comment avoir un consentement verbal ? Je n’ai encore jamais rencontré de chien parlant…

– Un chien ne peut pas parler, mais il sait se faire comprendre, me rétorqua Pablo. Si un animal désire s’accoupler, son comportement le laissera clairement voir. N’as-tu jamais vu un jeune chiot pubère se soulager sur la jambe de son maître ? Et si l’animal ne souhaite pas de relations sexuelles, il le fait savoir en résistant, en grognant, en mordant…

Bien que les effets conjugués du cannabis et de l’absinthe commençaient sérieusement à entamer mes capacités intellectuelles, les arguments de Pablo me parurent peu convaincants.

– Même si l’animal peut consentir, la relation reste basée sur l’exploitation, rétorquai-je. Tu veux savoir le fond de ma pensée ? Ton Ernestine se servait de ses chiens comme on se sert d’un vibrateur, comme un jouet sexuel jetable après usage. Et ça c’est, comme tu l’as si bien dit tout à l’heure, reléguer les animaux aux rang de simple commodité.

Auréolé par les volutes chanvrées, Pablo me regardait en caressant distraitement la tête de son berger allemand. Tout en me passant le dutchie, il me répondit :

– Tu te trompes, Ernestine dit exactement le contraire. Ses chiens ne sont pas pour elle de simples godemichés animés ; ils sont ses amants, ses amoureux.

– Le grand amour romantique, en somme, raillai-je.

– Peut-être pas, mais il s’agit quand même d’un amour partagé. Si tu en doutes, lit le second paragraphe de la page onze.

J’y lus:

« Mais surtout, n’allez pas croire que le chien n’est pour moi qu’un accessoire érotique, qu’un simple jouet de plaisir. Mes chiens sont mes amants, je leur suis dévouée corps et âme. Et il en va de même pour eux. Les mâles de cette espèce ne souhaitent qu’une chose, c’est de nous posséder, nous, femelles humaines. Par l’odorat, ils savent détecter notre excitation. Combien de fois, visitant un chenil, n’ai-je vu de séduisants mâles, bandant ostensiblement à mon passage, fous de désir devant une femme prête à les satisfaire. »

Je refermai la plaquette, songeuse. Cette Ernestine avait beau être folle, sa rhétorique restait exemplaire.

– Je vois que madame Archet commence à être tentée par l’expérience, me dit Pablo, témoin de mon trouble.

– Tu peux toujours rêver ! répondis-je, outrée.

– Voyons ! Comment peux-tu résister à un si charmant toutou ? dit-il en caressant son chien.

– Parce que je ne couche jamais après le premier rendez-vous ! lui répondis-je.

Nous pouffâmes d’un rire causé autant par l’absurdité de nos propos que par les effets conjugués de l’absinthe et du cannabis. Surpris de cette soudaine effusion de joie, Schopenhauer se mit à japper en frétillant la queue, ce qui ajouta à l’hilarité générale.
Le reste de la soirée reste confus. Je crois me rappeler que Pablo a allumé un autre joint, et que nous avons bu jusqu’aux petites heures. Je sais que Pablo a imité le molosse en rut de façon fort convaincante pendant que je m’époumonais à chanter Combien pour ce chien dans la vitrine . Je me souviens vaguement d’avoir grimpé les escaliers avec l’aide de Pablo, d’avoir trébuché en enlevant mes jeans et d’être restée par terre sur le dos, incapable de me relever, morte de rire. Et je pense avoir réussi à me coucher après un déshabillage laborieux, empêtrée que j’étais dans les vapeurs éthyliques. Tout ça sous l’oeil amusé de Pablo, vraisemblablement moins stone que moi, et assez gentleman pour ne pas profiter de la situation. Le reste n’est que brume et amnésie.

*   *   *

Ma nuit fut pénible et agitée. Je rêvai que je courrais nue, dans une sombre forêt, poursuivie par une meute de chiens aux jappements sinistres. J’étais prise de panique, les jambes fouettées par les ronces, à bout de souffle, sentant dans mon dos le souffle des molosses qui gagnaient du terrain. Je trébuchai sur une souche et tombai face contre terre dans les feuilles mortes. Un chien en profita pour sauter sur moi, appuyant ses pattes sur mes épaules, écrasant mon nez dans la mousse humide. Et je me fis prendre par l’animal, impuissante, la bouche remplie d’humus. La meute me possédait, j’étais leur chienne, j’avais beau me débattre, les repousser de mes bras et de mes jambes, les chiens restaient fichés en moi, salivant et grognant, et j’en pleurais de peur et de rage.

*   *   *

Lorsque j’émergeai de ce long cauchemar, il faisait déjà jour. Nue dans les draps humides et froids, j’avais tous les symptômes d’une solide gueule de bois. La tête sur le bord d’éclater, la langue pâteuse, je quittai mes draps moites de transpiration, enfilai la robe de chambre de ratine verte qui se trouvait dans le placard et me dirigeai vers la salle de bain, en quête d’un verre d’eau et d’une aspirine. Le miroir de la pharmacie me renvoyait un portrait peu flatteur de moi-même, blanche comme le lavabo, les cheveux en bataille et les yeux ornés de lourds cernes violacés. Après avoir évalué l’ampleur des dégâts, je descendit à la cuisine.

Le chalet semblait désert, si ce n’est Schopenhauer qui m’attendait au bas de l’escalier. Sur la table de la cuisine, je trouvai un mot:

« Anne,

« Comme tu dormais encore et compte tenu de nos libations de la veille, j’ai cru bon de ne pas te réveiller. Je suis parti chez un ami de mes parents pour l’aider à déneiger le toit se son chalet. Je serai de retour en fin d’après-midi. Je te laisse Schopenhauer. Il y a des croissants, des muffins et du jus d’orange sur la table. Fais comme chez toi et bonne étude !

Pablo »

Me sentant l’estomac un peu trop barbouillé pour les croissants, je me versai un jus d’orange et m’installai à la table de la salle à manger. Schopenhauer me suivit en dandinant et se coucha à mes pieds. Tout en buvant mon jus à petites gorgées nauséeuses, je me remis à feuilleter Le chien, que Pablo avait négligé de replacer dans sa bibliothèque.

Tout de même, quelle fascinante pièce de collection ! Dans la seconde partie de son opuscule, Ernestine racontait ses amours cynophiles en long et en large, prodiguant à ses lectrices des conseils sur les précautions à adopter, commentant les mérites respectifs des diverses positions, tant pour la pénétration vaginale, anale et le cunnilinctus. Le passage où elle décrit avec délectation ses séances de fellation sur son grand danois aggrava considérablement mon haut-le-cœur. Le dernier chapitre s’intitulait Ode au nœud :

« Le lien constitue le zénith des relations charnelles avec mon chien. Pour lui comme pour moi, c’est l’événement crucial, notre raison d’être, la source de notre jouissance et de notre passion.

« Même après vingt années de cynophilie, la simple évocation du lien me fait encore frissonner d’excitation. Lorsque mon chien vient frapper à ma porte, la première poussée me coupe le souffle, sa chaleur et sa dureté me prenant toujours par surprise même si ma chatte dégouline d’impatience. Ce n’est qu’ en moi que le nœud se met à croître. Je peux alors le sentir étirer mes parois vaginales, pousser sur mon clitoris, m’étreindre jusqu’à former un lien indissoluble. Ce n’est que lorsque que je sens la chaleur diffuse des premiers jets de sa semence dans mon ventre que nous nous mettons réellement à faire l’amour. La douce pression provenant à la fois du nœud turgescent et des jets incessants de sperme finit même par faire gonfler légèrement mon ventre comme si j’étais enceinte !

« Divine sensation de plénitude! Union mystique entre le mâle et la femme! Beauté baroque et sauvage du lien! J’en verse chaque fois des larmes de bonheur et de reconnaissance. Le désir est palpable lorsque le chien m’étreint la taille de ses pattes puissantes et que mon vagin se contracte et embrasse sa virilité démesurée et palpitante. Nous ne formons alors plus qu’un seul animal mythique, mi-homme mi-bête, qu’une seule créature béatifiée au panthéon de l’extase.

« Amoureuse, je suis, indéniablement et irrémédiablement. Loin de mon amant canin, je n’ai de cesse que de retrouver l’étreinte virile de ses pattes, le battement de son cœur sur mon dos alors qu’il me couvre, sa douce fourrure caressant mes hanches, le choc baveux de son corps contre le mien, et le lien –  le lien, le lien, le lien qui nous unit si intimement ! On ne peut oublier un amant qui nous porte, frissonnante et gémissante, au paroxysme de la jouissante à cinq ou six reprises par une seule et même étreinte interminable. Il habite nos pensées, nos désirs, notre âme même.

« Croyez-moi, chère lectrice, le lien est dangereux – il peut isoler la femme de sa propre espèce, lui faire tourner le dos à l’humanité. Mais c’est un risque à prendre pour enfin connaître l’extase. Si vous acceptez de vous plier entièrement à l’instinct immémorial de conservation de votre amant canin, si vous consentez à devenir complètement sienne, vous connaîtrez la félicité d’être prise totalement, d’être prise comme jamais vous n’avez osé espérer l’être. »

Le livre se terminait par une déclaration toute simple, imprimée en caractère gras:

« Seule la femme qui a connu l’amour d’un chien a connu la plénitude. »

Troublée, je refermai la plaquette. Le lyrisme d’Ernestine m’avait rendue tout chose. L’idée de baiser avec un chien me semblait toujours aussi révoltante, mais l’humidité de ma culotte témoignait du trouble dans lequel cette lecture m’avait plongée.

Je tournai mon regard vers Schopenhauer, assoupi sous la table, à mes pieds. Comment pourrais-je m’abaisser à m’accoupler avec ce cabot ? L’idée était dégoûtante… délicieusement dégoûtante.

Honteuse d’entretenir de telles pensées, je me convainc qu’une douche me permettrait de me changer les idées. Je me levai et montai à l’étage, suivie du chien de Marx.

*   *   *

L’eau chaude coulait depuis quelques minutes et je ne cessais de penser à Ernestine et à ses amours cynophiles. Machinalement, ma main se posa entre mes jambes. Je commençai par caresser ma vulve, question d’agacer mon clitoris alors que je roulai entre les doigts le bout érigé d’un sein. Je glissai ensuite deux doigts près de mon bouton et me masturbai lentement, doucement, le front appuyé sur le mur de la douche… jusqu’à ce que le réservoir d’eau chaude soit vidé. Le contact désagréable de l’eau glacée me fit crier et m’expulsa de la douche, interrompant ainsi abruptement ma séance de frotte-minou. Dépitée, je m’asséchai puis me drapai avec la grande serviette accrochée près de la douche, puis me dirigeai vers ma chambre.

Cette masturbation interrompue m’avait laissé les nerfs à fleur de peau. Assise au bord du lit, je brossais mes cheveux lorsque mon regard se posa sur Schopenhauer, couché dans le couloir en face de ma porte. Nous nous toisâmes, la bête et moi, immobiles, comme incertains du comportement à adopter.

Et si j’essayais?

Pablo ne serait pas de retour avant au moins trois heures…

Je me mis alors à soliloquer à haute voix, pesant le pour et le contre.

– Pour : l’expérience pourrait être agréable, si je me fie au témoignage d’Ernestine, d’autant plus que je suis passablement excitée.

– Contre : il s’agit ici de s’abaisser à se laisser baiser par un animal, ce qui est peu glorieux, pour ne pas dire carrément honteux.

– Pour : c’est l’occasion où jamais, je suis seule et j’ai un chien à ma disposition.

– Contre : et si je me faisait surprendre?

– Pour : si l’expérience est aussi jouissive qu’Ernestine semble l’indiquer, je serais bien folle de ne jamais la tenter.

– Contre : et si j’attrapais une maladie ? Et si le chien me blessait ?

– Pour : Schopen est un bel animal.

– Contre : c’est dégoûtant… non ?

– Pour : j’ai envie de baiser.

– Contre… contre… euh…

Curieusement, je ne trouvais pas d’arguments à m’opposer à cette dernière constatation.

Et puis zut.

Me fiant aux directives d’Ernestine, je me mis en quête des accessoires nécessaires à une relation cynophile réussie. Accompagnée de Schopenhauer, je descendis donc à la cuisine où je trouvai une grande nappe bleue en vinyle et une bouteille d’huile végétale. Schopen tournait joyeusement autour de moi, croyant probablement que je m’apprêtais à lui donner une friandise. Mais il ne fut pas déçu outre mesure lorsque je retournais dans la chambre sans lui donner son milkbone, puisqu’il me suivit en remuant gentiment la queue.

Tremblante et nerveuse, je fermai les stores et tirai les rideaux de la chambre, puis étendis la nappe sur le lit après l’avoir poussé contre le mur. Je retirai ensuite ma robe de chambre et appelai Schopen. Pleine de trac, je m’accroupis près de lui et me mit à le flatter en lui parlant gentiment. Plus je le caressai, plus sa queue s’agitait rapidement.

Après un moment, je le renversai sur le dos et commençai à frotter et gratter son ventre, de plus en plus près du fourreau. Je ne voulais pas l’effrayer et procédai avec circonspection. Je crois avoir agi avec doigté, puisque au moment où je me mis à masser franchement son fourreau, il se mit à geindre doucement et j’aperçus rapidement la pointe de son pénis. Je continuai mes caresses et observai son membre s’ériger. Il était très rouge, pointu et humide, d’une taille imposante. Je pris la bouteille d’huile, en versai dans ma main et touchai à sa bite. Schopen se raidit mais ne tenta pas de se sauver ou de se retourner, alors je commençai à aller et venir sur sa tige, délicatement au début, et le branlant franchement par la suite. Son érection était vraiment énorme, épaisse et écarlate.

Est-ce l’instinct ou la symbiose entre les espèces ? Schopenhauer se remit sur ses pattes et se mit à renifler mon arrière-train. Je me levai alors et posai mes fesses sur le bord du lit, les jambes bien ouvertes, et dirigeai son museau vers mon entrejambe. À ce point, je mouillais déjà abondamment, et l’odeur marine de mon sexe incita probablement le corniaud à lécher mon conillon de longues lapées visqueuses. Ma vulve fut rapidement détrempée de salive canine. Schopen s’affaira sur mon sexe avec enthousiasme. Il appuyait son museau contre ma toison et explorait de sa langue les moindres recoins de mon minou. Respirant de plus en plus bruyamment, je basculai légèrement vers l’arrière pour lui présenter mon petit trou, qu’il bénit également de ses caresses linguales. Malgré mes appréhensions, la sensation était divine. Je me surpris à émettre des petits cris étouffés alors que des tremblements de félicité secouaient mon périnée et remontaient ma colonne vertébrale. Après quinze minutes de lèche intensive, je fus secouée par un premier orgasme et me trouvai à l’orée d’un second. J’étais au paradis du cunnilinctus bestial.

Toujours bandé et frémissant, le cabot tenta alors de se redresser pour me monter. Dans un réflexe craintif, je le repoussai et me levai brusquement.

– Pas touche ! criai-je.

Le pauvre Schopen me regarda avec un air tout penaud et désemparé.

Il était si attendrissant qu’après un moment de réflexion je décidai de le soulager en lui rendant la pareille.

Pour éviter que ses griffes ne me blessent, je relus les conseils d’Ernestine et allai quérir dans mon sac de voyage une paire de gros bas de laine. Je m’accroupis devant le chien et les lui enfila sur les pattes de devant, puis utilisai plusieurs épaisseurs de ruban adhésif pour les faire tenir en place. Je plaçai ensuite la nappe maculée de bave de berger allemand et de mouille féminine par terre et me couchai sur le dos, en invitant Schopenhauer à me rejoindre.

Avec mon aide, le gros toutou se posta au-dessus de moi, la bite turgescente ballottant près de mon visage. Ne connaissant pas les goûts canins en matière de fellation, je me dis que les chiennes sont probablement incapables de sucer, alors j’entrepris de lécher son engin, d’abord sur la pointe et ensuite sur toute sa longueur. Le berger allemand semblait apprécier et écrasa légèrement son arrière-train pour me faciliter la tâche. Pris d’un élan d’enthousiasme, je décidai de le sucer franchement. Dès que je me mis à pomper, Schopen éjacula un liquide clair et légèrement salé, qui n’était probablement pas du sperme mais un genre de lubrifiant. Ce liquide s’écoulait en petites quantités, mais de façon ininterrompue. Un peu plus tard, le jet s’intensifia et ma bouche déborda de semence. Je lâchai alors prise et reçu du sperme sur le visage, les cheveux et les seins.

Tremblante, je me relevai et m’épongeai un peu avec la serviette de bain. Schopen était agité, la bite toujours bien raide et dégoulinante. Je m’assied quelques secondes pour bien prendre conscience de l’ampleur de la situation. J’étais nue, dans la chambre d’invité du chalet d’une de mes connaissances, maculée par le foutre du chien de la famille. Il n’y a que moi pour me retrouver dans pareille situation !

La sagesse m’ordonnait de m’en tenir à ces distractions buccales, mais la curiosité doublée par l’excitation du moment me poussèrent à aller jusqu’au bout. J’essuyai la nappe et m’y installai à quatre pattes, la joue contre le vinyle poisseux et le cul bien relevé. Écartant légèrement les cuisses, ma vulve s’entrouvrit, offerte.

Schopen se présenta, renifla ma moule et entreprit de me monter. Il appuya ses pattes (heureusement enveloppée par mes bas de laine) sur mon dos et fit buter son pénis contre mon sexe. Avec une délicatesse surprenante, il inséra la pointe de son sexe entre les lèvres de ma chatte trempée. Ce n’est qu’après ce premier contact que je compris réellement la portée de mon geste. Ce sale cabot allait vraiment me mettre ! S’agrippant autour de ma taille avec ses pattes de devant, le chien de Marx me tenait si fermement que je n’avais que peu d’espoir de me dégager. Je cédai alors à la panique, tentai de me dégager, mais je ne faisais pas le poids. Je tremblai de peur, regrettant amèrement mes audaces animalières. Je sanglotai de résignation, les larmes coulant sur mes joues. Malgré mon appréhension, j’eu le réflexe d’ouvrir les jambes et d’arquer le dos, m’offrant ainsi involontairement à la saillie. Je sentis ma chatte, comme une fleur, s’ouvrir d’anticipation.

Aidé par mon attitude soumise, Schopenhauer amorça sa pénétration. Il se pencha lourdement sur mon dos, ajustant sa position pour obtenir un effet maximal. Je sentis la pointe chaude de son pénis frotter sur ma vulve, taquinant mes grandes lèvres, m’avertissant de l’intromission imminente. Encore un peu tremblante, je baissai la tête et regardai entre mes jambes. Je sursautai. Dans cette position, sa bite, raide et toujours dégoulinante de sperme, me sembla immense, démesurée. Comment allai-je encaisser l’assaut d’un tel engin ?

Je ne sais pas comment ma petite chatte a pu l’avaler, mais j’étais convaincue d’être dilatée au maximum. Je me mis alors à crier, davantage de peur que de douleur, mais son membre continua d’avancer dans mon vagin frémissant. Il n’était qu’à mi-chemin et j’étais déjà bourrée à bloc. J’écartai mes jambes du mieux que je pus pour faciliter la manœuvre, mais je ne pouvais pas faire grand’chose. Haletant comme une chienne, je fus prise d’une frénésie érotique incontrôlable. Mes craintes s’étaient volatilisées, je n’étais plus d’une chatte béante enserrant une verge bestiale et palpitante. Je voulais que ce chien me mette, me bourre. L’expérience resterait insatisfaisante et incomplète tant que sa pine démesurée ne sera pas enfoncée jusqu’à la garde. Schopenhauer s’y employa si bien que je me retrouvai vite embrochée, ses couilles canines ballottant sur mes grandes lèvres. Ma chatte serra convulsivement son mat animal alors que je me lassai aller l’orgasme. Je jutai abondamment et sanglotai d’anticipation à la pensée de la baise que Schopenhauer allait me prodiguer.

– Baise-moi Schopen ! Baise-moi comme une chienne ! criai-je, sans me soucier d’être entendue par d’éventuels passants.

J’étais sur le point de me mettre à hurler comme une femelle en chaleur ; et la possibilité d’être surprise, nue et montée par un berger allemand était alors le cadet de mes soucis.

Schopenhauer saisit mon enthousiasme. Il fit pistonner son pénis de plus en plus frénétiquement. Mordant l’intérieur de ma joue à chaque estocade, je soupirai béatement alors qu’il pilonnait mon petit sexe sans ménagement. Mes seins ballottaient de façon indécente, et lorsque je penchai ma tête, je pus constater de visu comment mes petites lèvres s’étiraient et bavaient de sperme canin sans pudeur à chaque retrait de sa verge et l’accueillaient goulûment lorsqu’elle replongeait en moi. Malgré tout ce foutre, ma chatte brûlait sous la friction de cette bite qui allait et venait en accélérant sans cesse. Il me pilonna encore et encore, j’en perdais la notion du temps, tout se confondait en une seule masse informe de pulsions primitives. Je chavirai dans un orgasme échevelé au moment où Schopen réussit à introduire le noeud en s’enfonçant au plus profond de moi. Il s’arrêta, les couilles écrasées contre mon clitoris.

Je sentis alors la verge canine prendre de l’expansion à l’intérieur de moi. Sortant de ma torpeur, je pris soudainement conscience que c’était son noeud qui gonflait. J’allais être liée à ce cabot! Le noeud gonfla et gonfla, étirant mon vagin d’une façon qui lui était encore inconnue. Je criai, et me tortillai sous lui, tentant de le déloger de mon sexe, mais sans succès. Schopenhauer était probablement clebs fort expérimenté, sachant contrôler les chiennes récalcitrantes, puisqu’il resta sans efforts bien calé contre ma matrice. Je hurlai lorsque son noeud eut atteint son zénith, me dilatant le vagin au maximum. Son noeud devait avoir la taille d’une orange. Je n’osai pencher la tête et regarder, de peur de m’évanouir à la vue de cette pénétration gargantuesque. Mes lèvres se contractèrent à la base de son noeud, l’étreignant dans une caresse convulsive. Le chien était solidement attaché aux replis soyeux de mon intimité, et ne se retirerait qu’au moment où sa femelle serait inondée de foutre.

Je me résignai à mon sort et m’appuyai contre lui. Sa respiration s’accéléra lorsque je sentis des jets puissants éclabousser mes entrailles. Je jouis en tressaillant, mon connillon tétant sa bite comme un veau avide de lait. Schopen me pompa légèrement, projeta plusieurs jets puissants, puis enfin s’immobilisa. Son noeud scellait alors mon sexe à la perfection, ne laissant échapper une seule goutte de sperme. Pour le berger allemand, j’étais identique à toutes ses autres chiennes et le lien allait permettre d’assurer sa postérité en m’imprégnant adéquatement de sa semence. Je m’esclaffai à la tête que ferait ma mère en m’apprenant enceinte suite à un malencontreux accident canin. Elle m’enverrait probablement à la campagne, chez sa cousine Berthe, où j’irais accoucher de mes chiots pour éviter le scandale !

Pendant tout le temps où nous fûmes liés, Schopenhauer continua à éjaculer, tant et si bien que je vis mon ventre gonfler! Éreintée par l’épreuve, j’attendis une vingtaine de minutes que le noeud se désengorge. Finalement, Schopen en eut fini avec moi et se retira avec le bruit baveux de succion. Toujours accroupie sur la nappe souillée, je tremblais de tous membres alors que s’écoulait un ruisseau de foutre de mon con, créant une flaque opalescente sur le vinyle bleu. Trop épuisée pour bouger, je m’effondrai sur le sol et baignai dans le sperme en position foetale. J’étais hagarde et gluante, la semence canine séchant sur mes cuisses, mon ventre, mes seins, mon menton, mes joues, mon nez, mes cheveux. Toujours aussi galant, Schopen me lécha tendrement toutes les parties de mon corps maculé de son foutre, pendant que je sombrais lentement dans le sommeil.

*   *   *

Lorsque j’ouvris les yeux, Schopenhauer dormait, couché près de moi. Je me levai, la peau craquante de sperme et de bave séchée, le sexe endolori et le dos courbaturé. Je me dirigeai comme une automate dans la salle de bain, laissant derrière moi une traînée de liquide d’origine douteuse sur le parquet. Je ne reconnus pas mon reflet dans le miroir, c’était une harpie aux traits tirés et aux cheveux englués de semence qui me toisait. Je me douchai donc en espérant reprendre figure humaine.

Je m’appliquai par le suite à effacer toutes les traces des mes égarements canins, lavant la nappe dans la baignoire, rangeant la bouteille d’huile dans la cuisine, essuyant les flaques de foutre du parquet. J’eus même le temps de ranimer le feu du foyer et d’installer mes bouquins sur la table de la cuisine avant que Pablo ne revienne.

– Quel temps de chien ! dit-il en secouant ses bottes sur le paillasson de l’entrée. Bonsoir Anne ! Tu t’es bien amusée en compagnie de Schopen ?

Il ne croyait pas si bien dire.