Pour passer plus de temps avec un mec
Barcelonais, sur les plages dorées
Elle dit au cocu guatémaltèque
Qu’on l’a enlevée, séquestrée, violée.
Textes portant l'étiquette « Adultère »
10 août 2009
François se mit instantanément à débander lorsqu’il entendit le claquement sec de la porte de l’appartement, suivi de l’habituel sifflotement de sa légitime et tendre moitié.
— Ah foutre. C’est Manon, soupira-t-il.
— Merde, François! N’avais-tu pas dit qu’elle était partie chez sa mère? dit Marlène en sautant hors du lit.
Il la regarda rapailler à la hâte ses vêtements éparpillés dans la chambre, le rouge au front et le juron à la bouche.
— Laisse tomber, c’est inutile, tu ne pourras pas fuir; il n’y a qu’une seule issue et Manon se trouve directement devant.
— Laisser tomber? Serais-tu devenu dingue? répondit Marlène. Tu connais son tempérament!
La porte de la chambre s’ouvrit et Marlène, en désespoir de cause, plongea sous les draps pour maladroitement s’y cacher. François déglutit et se résigna à jouer le rôle du mari adultère dans un mauvais Feydeau.
— Chérie, je peux tout t’expli…
Manon lui plaça son index sur la bouche pour lui couper la parole.
— Quand tu t’es mis au golf avec ton patron et tes clients, je n’ai rien dit et j’ai joint un club de lecture. N’est-ce pas? dit-elle sur un ton acerbe.
— Euh…
— Et cet automne, quand tu as joint cette ligue de hockey amateur… tu te souviens? Je me suis mordu la langue et je me suis mise au scrapbooking.
— Manon, je sais que je n’ai pas été… bafouilla François.
— Et quand tu t’es mis dans la tête d’aller chasser sur l’île d’Anticosti… est-ce que je t’ai dit quoi que ce soit? Non, monsieur: je t’ai laissé partir et suis restée seule pendant toute une semaine. Mais là, vraiment…
Elle ouvrit le tiroir du haut de la commode, celui où est rangé le revolver.
— Manon! Je t’en prie! Laisse-moi t’expliquer! cria François.
— Non! Pitié! Je ne veux pas mourir! hurla Marlène.
Pendant que Manon fouillait dans le tiroir, François bondit et saisit fermement l’avant-bras, tout juste au moment où venait d’empoigner l’objet de ses recherches.
— Il est à peu près temps que tu me fasses participer à tes loisirs, dit simplement Manon, le gode-ceinture à la main.
Je relus pour la dixième fois l’itinéraire que ma collègue Sophie m’avait griffonné sur un bout de papier froissé.
«Un long moment sur l’avenue de l’Engagement, dépasser l’intersection de la rue de la Fidélité, puis tourner à gauche sur le boulevard du Coup-de-foudre, qui se transforme après quelques minutes en rue de l’Adultère… Suivre la pente douce jusqu’au chemin du Divorce… Tourner à droite sur la rue des Regrets, jusqu’à la promenade de la Dépression et tourner à gauche sur l’impasse de la Psychopathe. Mon adresse: 911, impasse de la Psychopathe.»
Effrayée, je pensai alors à Sophie. Son charme mutin, son sourire malicieux, et ses seins… tout petits, tout mignons, attendant sagement sous sa chaste blouse de coton blanc d’être bécotés, mordillonnés. Les yeux de Sophie, ses lèvres qui faisaient déboîter mon cœur et mouiller ma culotte…
«Et puis merde!» me dis-je en jetant le papier sur le siège arrière de la voiture de Simone. «Je sais qu’elle m’attend, je finirai bien par trouver le chemin!» Je pris la clé et démarrai.
— Je… je dois y aller, lui dis-je d’une voix tremblante, le souffle coupé, et les joues luisantes de cyprine.
— Non. Pas tout de suite. Reste, je t’en prie, me répondit Rachel, souriante, sa chevelure de feu répandue sur l’oreiller. Reste, il fait froid dehors et le lit est si doux, si chaud…
— Je sais, chérie, soufflai-je en enfilant ma culotte, mon soutien-gorge entre les dents. Mais je dois vraiment partir. Si ton mari nous surprend, je ne suis pas mieux que morte.
Elle caressa son ventre rond puis le doux renflement de son pubis du bout des doigts, puis murmura:
— Allez, respire par le nez et reviens près de moi. Il reste des parties de mon anatomie que tu n’as pas encore dépliées!
— Cesse de te moquer, je suis sérieuse. Des cocus qui font la peau à la maîtresse de leur épouse, ça ne se trouve pas que dans les romans de gare, mais aussi à la page des faits divers des journaux jaunes. Ce n’est pas parce que ton cher et tendre passe le plus clair de son temps avec des bouquins poussiéreux qu’il est inoffensif et non violent.
— Tu t’en fais pour rien. Maurice ne risque pas de débarquer à l’improviste pour te mettre une balle entre les deux yeux.
— Et qu’est-ce qui te permet de dire cela avec un tel aplomb?
— Il a téléphoné juste avant ton arrivée. Il m’a dit qu’il va rentrer tard, car il te présente en ce moment des curiosa rarissimes et tu sembles très, très intéressée, me dit-elle avec un clin d’oeil.
Mon amante aime le jazz. Dizzy. Monk. Bird. Chaque jeudi soir de dix-neuf à vingt-deux heures, elle se rend à la bibliothèque municipale pour la réunion hebdomadaire du Club des amateurs de jazz. Quant à moi, je reste à la maison pour récurer les chaudrons, brosser les chats et lessiver les draps — car je suis une fille plutôt du genre classique.
Simone s’habille. Ses bas résille soulignent à l’encre de chine les jambes interminables émergeant de sa jupe un peu trop fendue. Sa blouse est trop échancrée. Son parfum trop appuyé. Debout sur le pas de la porte, je l’embrasse sur la joue et lui demande:
— Qu’ est-ce qu’il y a au programme, ce soir?
— Early blues: Bessie Smith, Blind Lemon Jefferson, Robert Johnson… s’il reste du temps, me chuchote-t-elle à l’oreille avant de sauter dans sa Miata rouge.
Les chaudrons reluisent. Les chats ronronnent. Les draps sont propres et frais. Varèse. Stockhausen. Webern.
La nuit est si douce que je décide de marcher jusqu’à la bibliothèque. J’entre par la porte arrière et je descends l’escalier jusqu’au sous-sol. J’y trouve sept vieux croutons à l’odeur rance assis autour d’une table tournante qui écoutent d’un air pénétré la voix éraillée et grinçante d’une femme s’égosillant sur les infidélités de son homme. Perplexe, je sors et sillonne le parking de long en large, où la brise nocturne agite dans la pleine lune les feuilles des arbres centenaires. Pas la moindre trace de Miata.
— Alors, comment c’était? lui dis-je à son retour, peu après vingt-trois heures.
Elle reste muette, songeuse, puis caresse le poil lustré de Ravachol. Elle se lève ensuite, lentement, puis me sourit — un sourire lent, doux, humide — mais n’ose pas affronter mon regard. Elle prend plutôt ma main et, comme tous les jeudis, m’amène dans notre chambre et, dans nos draps parfumés de citron, me fait une démonstration.
Dizzy. Monk. Bird.
Jazz.
Ils sont étendus, détendus, au lit, dans cette douce torpeur qui suit les étreintes les plus passionnées. Elle est la première à se lever.
— N’es-tu pas satisfait d’avoir enfin appris à baiser le bon orifice?
— Puis-je savoir de quel orifice il s’agit, très chère?
— Les miens, évidemment. Tous les quatre.
— Quatre ?
— En comptant mes seins, voyons. Tu avais l’air de les apprécier, samedi dernier…
— Ah! Ma première caravate de notaire…
Ils s’embrassent
— Je dois partir, Martine.
— Je sais. Quand vais-je te revoir?
— Je suis libre vendredi. Quel est l’emploi du temps de Vincent et de Marie?
— Vendredi, peut-être… je déteste attendre. Pourquoi pas mercredi? On pourrait allez au resto tous les quatre… comme ça, je pourrais au moins te voir.
— Oui! Je pourrais ainsi passer la soirée en essayant de ne pas te mettre la main au…
— Qui sait, peut-être se tomberont-ils dans les bras l’un de l’autre, si on les aide un peu.
— Ha! Vincent et Marie, commettant ensemble l’adultère! Comme ce serait ironique! Hélas, je serais étonné qu’ils se plaisent mutuellement.
Elle le regarde amoureusement et soupire.
— Qui aurait dit que nous aurions pu mutuellement nous plaire nous-même… Je ne veux pas que tu partes. Je veux que nous restions ensemble. Toujours.
— Tu sais que c’est impossible, chérie…
— Je sais. Mais je ne peux pas m’empêcher de le désirer de tout mon cœur.
— Je t’en prie, Martine, c’est difficile pour moi aussi.
Elle essuie une larme et dit:
— Allez, file. J’ai promis à Marie de lui faire un rosbif.
Elle s’est endormie dans mes bras. J’ai commencé par la branler très doucement et de mille manières, pour ensuite lui mettre un doigt, puis deux. J’ai joui sur sa cuisse en blottissant mon nez dans son cou, nos doigts poisseux entrelacés. Demain, je la renvoie à son mari.
— Trésor, réveille-toi… je viens de faire un horrible cauchemar…
— Unnngh?
— J’ai rêvé que je te surprenais au lit avec une autre femme. Tu ne serais jamais capable de me tromper, n’est-ce pas?
— Hein? Bon sang mais qu’est-ce que tu me chantes?
— Olivier! Mais… mais… qu’est-ce que tu fais ici? Et où est…
— À Cornwall – enfin, je l’espère. À quoi veux-tu en venir?
— Mais c’est impossible, je…
— Quoi? Tu ne vas tout de même pas me faire ton numéro de vierge offensée, après tout ce que tu as fait cette nuit!
— Je… oh mon dieu!
— Ah, je vois… encore un de tes petits jeux… Vas-y, fais-toi plaisir, salope, ça me fait bander!
— Je t’en supplie, arrête, tu dois…
— Branle-moi, putain adultère. Avec ta main gauche, pour que je puisse bien voir ton alliance.

— Chérie, réveille-toi… je viens de faire un horrible cauchemar…
— Unnngh?
— J’ai rêvé que je te trompais. Avec un homme, par dessus le marché! Oh, Simone… tu es certaine que cette histoire de mariage est vraiment une bonne idée?
— J’en suis convaincue, ma belle. Dors, maintenant; demain la journée sera longue.







