Adultère

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oh-oui-oui

— Oh… Oh… Oui ! Oui !

— Tu aimes ?

— C’est la meilleure fellation qu’on ne m’a jamais faite ! Je veux dire… tu es douée et c’est toujours très bien, mais là… on est vraiment à un autre niveau !

— Merci mon chou. Il faut dire que Guillaume et Valérie m’ont donné quelques bon trucs.

— Vraiment ? Vous avez parlé de… ça ?

— Parlé ? Oui, entre autres.

— Comment ça, « entre autres » ? Valérie t’a fait une démonstration ? Genre avec une banane ?

— Euh … ouais. C’est ça. Genre.

— Et Guillaume était avec vous ?

— Oui.

— Sacré veinard !

— Tu n’as pas idée.

— Tu les remercieras pour moi, hein.

— C’est déjà fait, mon chou, c’est amplement fait. Ils ont eu tous les remerciements qu’ils espéraient avoir.

« Je suis de retour ! » cria Marie-Ève en ouvrant tout grand la porte et en se jetant dans l’appartement. Mathieu la suivit plus lentement, avec hésitation, et verrouilla la porte derrière eux.

Il n’y eut pas de réponse à l’appel de Marie-Ève. Dans la chambre, Sébastien, couché sur le dos, était endormi dans le lit conjugal. Attendrie, elle le regarda, ses cheveux blonds étalés sur l’oreiller. Elle tendit la main et tira doucement la couverture le long de son corps nu, jusqu’à sa taille. Avec le revers de ses doigts, elle caressa le ventre de l’homme assoupi, puis son pénis.

Mathieu s’approcha derrière elle et la prit par les épaules. Il la retourna et l’embrassa avec fougue. « Quitte-le », lui soupira-t-il, le regard plongé dans ses yeux d’encre de Chine. « Quitte-le et viens avec moi ». Elle fit courir ses doigts sur la nuque de Mathieu, sous ses cheveux, le tira vers elle, puis lui rendit son baiser, la langue entre ses dents. Elle se détourna ensuite de lui, retourna au dormeur étendu sur le lit et caressa le cou et la poitrine de Sébastien avec le bout de ses doigts.

Alors qu’elle se penchait sur le lit, Mathieu en profita pour lui caresser les jambes et relever sa jupe jusqu’à sa taille. Lorsque ce fut fait, il se redressa, ouvrit sa braguette et sortit sa queue qui déjà commençait à bander. Il la prit dans sa main et la caressa doucement, jusqu’à ce qu’il soit bien raide, jusqu’à ce que le gland pourpre pointe fièrement vers le ciel.

Mathieu tira la culotte de Marie-Ève vers le bas, pour ensuite pousser la tige épaisse de son sexe entre les cuisses de son amante. Les yeux toujours rivés sur le visage paisiblement assoupi de son mari, elle plaça ses mains sur ses genoux et plia les jambes, permettant ainsi à la fleur humide de sa chatte de mieux s’offrir au sexe de Mathieu. Il pénétra en elle rapidement, sans heurts et profondément. Encaissant la poussée, Marie-Ève bascula un peu vers l’avant et ferma les yeux. Elle le laissa ainsi la baiser pendant cinq longues estocades, puis elle se déroba, se dégagea de son étreinte, se retourna et s’assit sur lit, les jambes écartées et les bras ouverts. Elle tira son amant au-dessus d’elle, tout juste aux pieds de Sébastien. Ils firent l’amour avec mille précautions, en silence. Marie-Ève bâillonnait Mathieu de ses baisers et sa chatte, animée d’une volonté qui n’était plus la sienne, vibrait et tétait la verge gorgée de sève de son amant. Elle jouit une fois, puis deux, mais lui, prenait son temps, labourait sans relâche le corps de son amante avec des gestes d’une lenteur hallucinée, jusqu’à ce qu’il n’en puisse plus, jusqu’à ce qu’il n’arrive plus à réprimer ses gémissements, jusqu’à ce qu’il la remplisse de sperme en grognant, en serrant ses seins à travers son chemisier.

Par miracle, Sébastien dormait toujours.

Marie-Ève se releva en chancelant et replaça sa jupe, en tournant le dos à Mathieu. Il a mis ses bras autour d’elle par derrière, tirant son corps contre lui. « Tu ne signifies rien pour lui ! », chuchota-t-il à son oreille en réprimant un sanglot.

Elle secoua la tête. « Il m’aime », dit-elle simplement.

Mathieu remballa sa queue humide et rougie dans son pantalon. Il la regarda une dernière fois, les regarda tous les deux un moment, puis, le visage baigné de larmes et le corps secoué de sanglots, il quitta l’appartement en refermant délicatement la porte derrière lui. Marie-Ève glissa hors de ses vêtements comme un serpent se débarrasse de sa peau et se coucha dans le lit avec son mari assoupi. Elle appuya sa tête contre sa poitrine et une jambe sur ses cuisses. Elle glissa  un doigt sur sa vulve, recueillit une goutte de foutre de son amant, puis l’étendit sur le mamelon de Sébastien.

Elle sourit, ferma les yeux et s’endormit.

Biiiiip

Vous avez bien joint la boîte vocale de Louis Berthier. Veuillez me laisser un message.

Biiiiip

Tu ne sais pas la différence entre diérèse et synérèse et tes poèmes sont à chier. Voilà, c’est dit. Et je ne suis pas la seule à le penser, d’ailleurs.

Ta sœur m’avait bien mise en garde au sujet de ton narcissisme mâtiné de machisme qui découle de ton œdipe non résolu. C’est pas facile de couper les ponts avec maman chérie, à ce que je vois. J’avoue ne l’avoir pas écoutée, parce que tu étais si fascinant et que j’ai toujours pensé que sous l’étrange se cache toujours une sagesse blessée. Sans compter que je te prenais pour un poète, un vrai, pur jus – ou du moins quelque chose qui s’y rapproche, une créature exotique publiée par des REVUES SUBVENTIONNÉES, ce qui ne veut rien dire, finalement, n’importe quel idiot peut être frappé par la foudre après tout. Bref, je me sentais en compagnie d’un génie, alors que tu n’étais qu’un pauvre type incapable de payer son loyer.

Oh, pendant que j’y pense. Tu sais, les vers où tu compares le ciel à un linge sale qui sert à essuyer la terre polluée? Tu as volé ça à Denis Vanier, espèce de faux jeton! Mais je te pardonne, parce que toute ton œuvre est du sous-Vanier insipide, alors quand on tombe sur une pépite authentique du modèle inavoué, on en devient presque reconnaissante.

Adieu, sous-merde! Inutile de me raccompagner, je connais le chemin!

Clic!

Biiiiip

Vous avez bien joint la boîte vocale de Louis Berthier. Veuillez me laisser un message.

Biiiiip

Contrairement à toi, je vaux quelque chose, moi! Je suis un être humain, bordel! Je refuse d’être ignorée!

Clic!

Biiiiip

Vous avez bien joint la boîte vocale de Louis Berthier. Veuillez me laisser un message.

Biiiiip

Ou effacée!

Clic!

Biiiiip

Vous avez bien joint la boîte vocale de Louis Berthier. Veuillez me laisser un message.

Biiiiip

Mon clito vorace refuse d’être domestiqué !

Clic!

Biiiiip

Salutre. Anne Archet à l’appareil. Expliquez-moi l’unicité de votre moi souverain. Si vous êtes suffisamment intéressant, j’irai peut-être jusqu’à retourner votre appel. Tentez votre chance on ne sait jamais.

Biiiiip

Anne, écoute, c’est Louis. Je sais que tu es là. Si tu n’étais pas si peureuse, si tu avais un millième du courage physique que tu te targues d’avoir, tu décrocherais le combiné. Avoue que j’ai raison. Anne… Anne… ma choupinette en sucre d’orge… je crois que je meurs.

J’ai écouté tes messages, tu n’es pas un être humain. Tu es une succube, une lamie à tentacules qui a empoisonné mon âme pour la faire sienne. Anne, je te veux. Tu ne peux pas savoir comment je te désire. Ce que je veux, c’est… comment dire… Je pense que ce que je veux vraiment, c’est… je veux dire, c’est de te…

Biiiiip

Salutre. Anne Archet à l’appareil. Expliquez-moi l’unicité de votre moi souverain. Si vous êtes suffisamment intéressant, j’irai peut-être jusqu’à retourner votre appel. Tentez votre chance on ne sait jamais.

Biiiiip

Anne!

Je veux lécher ma crème
Sur ta gaufre bleue
Rouler ma langue en sandwich
Dans ton petit pain fourré
Pourquoi es-tu si méchante?
Je veux être la cheville carrée
Dans le trou rond de ton cœur
Sucer ton grain de sucre
Pour le faire fondre en sirop
Sucer ta plaie toute la nuit
Pour en extraire le poison
Te remettre enfin à ta place
Pendant que je t’enfile comme un gant
Collée à mon visage comme un
Jambon portefeuille en masque à gaz.

Clic!

Biiiiip

Vous avez bien joint la boîte vocale de Louis Berthier. Veuillez me laisser un message.

Biiiiip

Tu veux fourrer
Ta petite saucisse pas cuite
Dans mon derrière, mon cher?
Me mettre ce petit lombric
Que tu oses appeler Moby Dick?
Tu penses avoir assez de jus
Pour barater ma crème en beurre ?
Chéri, chéri, pauvre chéri…
Tu peux bien aller te polir le chinois
Avec une poignée de thumb tacks

À la r’voyure, taré!

Clic!

Biiiiip

Ouin, c’est Anne Archet. Vous pouvez me laisser un message si vous n’êtes pas Louis Berthier qui, comme vous le savez déjà, est un gratte-papier sans talent dont le stylo est plus long et large que sa triste bistouquette. Croyez-moi sur parole, mon arrière-train a eu à subir les assauts maladroits de ces deux outils.

Biiiiip

Même le clair de lune
Cherche les vagues glacées du large
Qui reviennent toujours à toi

Clic!

Biiiiip

Vous avez bien joint la boîte vocale de Louis Berthier. Veuillez me laisser un message.

Biiiiip

Tu peux bien te prendre pour Éluard
Jamais  tu n’approcheras ton braquemart
De ma moule marinière

Biiiiip

C’est le répondeur d’Anne Archet. Vous pouvez me laisser un message si vous n’êtes pas Louis Berthier qui pleure comme un bébé après avoir joui. Bouhouhou! Snif snif snif! Maman! J’ai fait du gluant sale! Bouhouhou! Pardon Maman! Ahreuu! Ahreuu!

Biiiiip

De baisers, je te bâillonne, ma chère.
Si tu cesses enfin tes billevesées
Je lécherai ta moule marinière

J’avoue avoir été celui, hier
Qui des condoms dans son lit a laissé
De baisers, je te bâillonne, ma chère.

Cesse de me faire tant de misères
Laisse tes cuisses un peu se desserrer
Je lécherai ta moule marinière

Oui, j’ai dû me rabattre sur ta mère
Mais c’est à toi toujours que j’ai pensé
De baisers, je te bâillonne, ma chère.

Enfin, si ta verve primesautière
Gentiment tu finis par refouler
Je lécherai ta moule marinière

Et puis, ta maman ne vaut rien au lit
Elle est froide et moche, alors je te dis :
De baisers, je te bâillonne, ma chère
Je lécherai ta moule marinière

Clic!

Biiiiip

Vous avez bien joint la boîte vocale de Louis Berthier. Veuillez me laisser un message.

Biiiiip

Bordel à queues, Louis, promets-moi de ne plus jamais refaire ça. Promets-moi de ne même plus y penser.

Et je ne parle pas seulement de baiser ma mère dès que j’ai le dos tourné, je parle surtout de cette villanelle horrible. C’est un vrai crime contre l’humanité! Je crois qu’elle a fait fondre l’hémisphère droit de mon cerveau, y’a du liquide grisâtre qui coule de mon oreille. Je te juge que je souffre; je vais en subir les séquelles pendant longtemps. Promets-moi que tu ne vendras jamais ce truc à la CIA, ils seraient assez cons pour s’en servir comme outil de torture à Guantanamo. Même les odes des Vogons sont moins douloureuses que ton truc. Tu me confortes dans mon athéisme : Dieu n’aurait jamais permis une telle abomination.

Ok, je te vois à onze heures. La deuxième cabine des toilettes des femmes du café. Je te conseille fortement de mettre des genouillères, salopard.

Clic!

— Tiens, chéri… tu es encore debout?

— Ouais. Ils passent Le Cuirassé Potemkine.

— Faudrait que je le regarde un de ces jours. Il parait que c’est drôlement bon.

— Tu es encore allée te faire…

— Oui. C’est vendredi, hein.

— Combien, cette fois-ci?

— Trois. C’était une soirée faste, ils étaient en forme. Un des gars avait garé sa voiture dans la ruelle derrière le bar, on était tranquilles.

— Et dans le cul?

— Un seul.

— Ah.

— Dommage. J’aurais bien aimé qu’ils me remplissent.

— Ce n’est rien, voyons. Je ne veux pas que tu te fasses mal.

— Tu sais que je suis faite solide. Tu te rappelles, quand j’en avais pris six fois?

— Tu parles si je m’en souviens. Tu débordais, littéralement.

— Bon, on fait ça comment? Je suis claquée, j’ai envie d’une douche et d’un dodo. Comme d’habitude? À moins que tu aies quelque chose de spécial en tête…?

Il se lève de son fauteuil et dit :

— Il est trop tard pour la fantaisie. Allons-y pour le plus simple.

Il se couche sur la moquette, entre les jambes de sa femme. Elle releva sa jupe, s’accroupit et, ne portant pas de culotte, s’exécuta.

— Tu te rends compte à quel point je suis une gentille épouse? Quand je sors, jamais je n’oublie de ramener à boire à mon petit mari.

— Allô chéri, tout va bien à la maison?… Oui, je serai de retour demain, je prends le vol de midi… non, tu n’as pas à venir me chercher… Ah? Ok, dans ce cas… Oui, je t’attendrai près de la sortie… Les enfants sont au lit? Oh… Dans ce cas, tu les embrasseras de ma part. Ok… Ok… on se voit bientôt… Moi aussi je t’aime… bye …

— Approche un peu. Fuck! J’adore t’écouter lui parler avant que je te baise à mort! Dommage que tes morveux étaient déjà au lit… Est-ce qu’ils savent que leur maman est une salope?

— Je t’en prie…

— Bonne idée, supplie-moi un peu, petite traînée… Crisse que tu es serrée… je n’arrive pas à croire que tu as des enfants. Est-ce qu’il est le père, au moins?

— Oh oui… plus fort…

— Tu veux plus fort? T’inquiète. Laisse-moi t’attraper par les cheveux…

— Mon dieu ! Mon dieu !

— Ahhhrg! Shit, pouffiasse, tu m’as fait venir trop vite. Tu vas devoir le rappeler.

— Non, je t’en prie… je vais te sucer pour te faire rebander…

— Bon, d’accord. Tu sais quoi ? Je pense que la prochaine fois, je te baiserai pendant que tu lui parles. Non, mieux: je vais bourrer ton petit cul de gentille maman et tendre épouse en levrette. Fuck ! Ça serait hot…

— D’accord, tout ce que tu veux…

— Ouais… petite salope… mère indigne… branle-moi en me montant bien ton jonc, que je vois à quel point que tu es une traînée vicieuse qui trompe son mari avec le premier venu…

— N’empêche, faudrait trouver un autre numéro à appeler, parce que les gens de la pizzeria commencent à en avoir marre de notre petit fantasme.

— Come on ! J’étais sur le point de rebander, là !

— Moins fort, tu vas réveiller les petits.

Entre Jacinthe et moi, ça n’allait plus du tout. Elle me trouvait irresponsable, insouciante, elle qui était si sérieuse et réfléchie. Elle me reprochait mes absences, mes trahisons. Elle n’avait pas tout à fait tort: j’avais à l’époque la fâcheuse tendance de ne pas payer ma part de loyer et de revenir à l’appartement la chatte tartinée de foutre.

Ce soir-là, je l’avais traînée contre son gré dans une sauterie chez une connaissance d’une connaissance. Le buffet était gargantuesque et l’alcool coulait à flots. Un peu trop même, si bien que vers minuit, je me suis sentie vaseuse. Jacinthe avait aussi avalé sa part de vodka, elle qui ne buvait que très rarement. Elle riait, se laissant tâter par un groupe d’hommes, ce qu’elle ne faisait jamais. D’ailleurs, l’appartement était plein d’inconnus à la gueule de brute qui étaient débarqués de Dieu sait où. Lorsque le parquet s’est mis à tanguer, j’ai titubé jusqu’à une chambre et je me suis effondrée dans un lit.

Une lumière venant du couloir me réveilla: la porte était ouverte. Quelqu’un était entré dans la pièce. Je reconnus le parfum de Jacinthe, mêlé à une forte odeur d’alcool. Elle s’etait approchée silencieusement du lit et s’était allongée près de moi. Je sentis sa main entre mes cuisses. Trop saoule pour faire quoi que ce soit, je la laissai faire en fermant les yeux. Elle releva ma jupe, fit glisser ma culotte, puis plaqua sa bouche contre ma vulve.

J’avais toujours hautement considéré la technique buccale de Jacinthe. Mais cette fois, quelque chose clochait. Je mis cette maladresse sur le compte de l’alcool, elle n’avait pas tellement l’habitude. Tout en me faisant lécher, je mis la main sur sa tête. J’adorais caresser ses longs cheveux. Mais sous la main je ne sentis que des poils drus. Stupéfaite, j’explorai la nuque complètement rasée, les oreilles et le front dégagés. Ce n’était donc pas Jacinthe! J’essayais de deviner quelle fille pouvait bien venir, comme ça, me cunnilincter dans le noir. J’avais bien fait quelques œillades à une fille aux cheveux très courts en début de soirée, mais enfin de là à… peut-être qu’elle aussi se méprenait sur la personne… quelle situation incroyable! Situation que je me résolus de savourer, en espérant que Jacinthe n’en apprenne rien. J’ai joui en gémissant, emprisonnant la tête rude de l’inconnue entre mes cuisses. Elle hoqueta, se débattit un peu, mais je ne relâchai l’étreinte qu’une fois mon corps apaisé.

Revenue à mes esprits, je ne savais pas trop ce que je devais faire. J’aurais pu me taire et me rendormir comme une bienheureuse. Mais j’étais trop curieuse. Je lui demandai: «Qui es-tu?»

Abasourdie, je reçus la réponse comme un coup de poing:

— C’est moi, Jacinthe.

— Mais qu’est-ce que t’as fait à tes cheveux?

J’ai avancé la main pour toucher à nouveau sa tête.

— T’es devenue folle ou quoi?

Elle s’est relevée et me dit:

— Une de tes salopes de copines m’a proposé cinq cents dollars pour me couper les cheveux, j’allais quand même pas dire non. Je te rappelle qu’on a déjà trois mois de loyer en retard. Mais toi, Anne, t’es un belle dégueulasse! Tu pensais qu’une autre était venue te lécher la chatte, hein?

J’étais coincée. L’esprit embrumé par l’alcool, je ne trouvai rien à répondre. Je l’entendis se relever et partir en claquant la porte. Me laissant retomber sur le lit, je me dis qu’elle n’y penserait plus le lendemain et replongeai dans le néant.

Je me suis réveillée quelques heures plus tard avec une prodigieuse gueule de bois, qui ne m’empêchait toutefois pas de me souvenir parfaitement de ce qui s’était passé au cours de la nuit. Je me levai péniblement, remis ma culotte, me rajustai tant bien que mal puis partis à la recherche de Jacinthe. Des gens dormaient un peu partout. Dans un coin du salon, je suis tombé sur un champ de bataille: la crinière coupée de Jacinthe par terre, de longues mèches blondes, lisses et encore soyeuses, mélangées à des cheveux plus courts. Ils avaient dû commencer grossièrement aux ciseaux et finir à la tondeuse ou au rasoir. Ces instruments traînaient d’ailleurs sous la table à café.

Et puis j’ai vu des poils frisés. Était-il possible qu’ils lui aient aussi… J’ai ramassé le rasoir. Il était couvert de petits poils blonds. J’ai alors vu la robe de Jacinthe, accrochée à un fauteuil. Je n’ai pu alors m’empêcher de l’imaginer, allongée par terre sur le dos, les cuisses ouvertes, un homme penché sur sa chatte, le rasoir à la main. Avec sans doute d’autres salauds autour d’elle, des vicieux venus se rincer l’œil en rigolant. Elle a dû leur offrir tout un spectacle.

L’avait-elle fait pour se venger de moi? Ou bien pour du fric, comme ses cheveux? Et maintenant où était-elle? Et qu’avait-elle encore pu faire d’autre comme bêtises?

Je l’ai trouvée dans une autre pièce, allongée sur un lit défait, sur le ventre, nue. De près, on voyait que la coupe de cheveux, que le rasage de la nuque et des tempes, avait été mal torché. Je l’ai retournée. Elle dormait profondément et puait l’alcool. Des traînées de sperme séché maculaient son ventre, ses cuisses, ses seins et son visage, tout autour de sa bouche et au coin de ses lèvres. Sa chatte était entièrement rasée, jusqu’à l’anus. On pouvait voir les nombreuses coupures laissées par un rasage négligent sur le pubis et les grandes lèvres. Sur son front nu, dépourvu de son épaisse frange, un mot tracé au feutre rouge: « salope ».

François se mit instantanément à débander lorsqu’il entendit le claquement sec de la porte de l’appartement, suivi de l’habituel sifflotement de sa légitime et tendre moitié.

— Ah foutre. C’est Manon, soupira-t-il.

— Merde, François! N’avais-tu pas dit qu’elle était partie chez sa mère? dit Marlène en sautant hors du lit.

Il la regarda rapailler à la hâte ses vêtements éparpillés dans la chambre, le rouge au front et le juron à la bouche.

— Laisse tomber, c’est inutile, tu ne pourras pas fuir; il n’y a qu’une seule issue et Manon se trouve directement devant.

— Laisser tomber? Serais-tu devenu dingue? répondit Marlène. Tu connais son tempérament!

La porte de la chambre s’ouvrit et Marlène, en désespoir de cause, plongea sous les draps pour maladroitement s’y cacher. François déglutit et se résigna à jouer le rôle du mari adultère dans un mauvais Feydeau.

— Chérie, je peux tout t’expli…

Manon lui plaça son index sur la bouche pour lui couper la parole.

— Quand tu t’es mis au golf avec ton patron et tes clients, je n’ai rien dit et j’ai joint un club de lecture. N’est-ce pas? dit-elle sur un ton acerbe.

— Euh…

— Et cet automne, quand tu as joint cette ligue de hockey amateur… tu te souviens? Je me suis mordu la langue et je me suis mise au scrapbooking.

— Manon, je sais que je n’ai pas été… bafouilla François.

— Et quand tu t’es mis dans la tête d’aller chasser sur l’île d’Anticosti… est-ce que je t’ai dit quoi que ce soit? Non, monsieur: je t’ai laissé partir et suis restée seule pendant toute une semaine. Mais là, vraiment…

Elle ouvrit le tiroir du haut de la commode, celui où est rangé le revolver.

— Manon! Je t’en prie! Laisse-moi t’expliquer! cria François.

— Non! Pitié! Je ne veux pas mourir! hurla Marlène.

Pendant que Manon fouillait dans le tiroir, François bondit et saisit fermement l’avant-bras, tout juste au moment où venait d’empoigner l’objet de ses recherches.

— Il est à peu près temps que tu me fasses participer à tes loisirs, dit simplement Manon, le gode-ceinture à la main.

Je relus pour la dixième fois l’itinéraire que ma collègue Sophie m’avait griffonné sur un bout de papier froissé.

«Un long moment sur l’avenue de l’Engagement, dépasser l’intersection de la rue de la Fidélité, puis tourner à gauche sur le boulevard du Coup-de-foudre, qui se transforme après quelques minutes en rue de l’Adultère… Suivre la pente douce jusqu’au chemin du Divorce… Tourner à droite sur la rue des Regrets, jusqu’à la promenade de la Dépression et tourner à gauche sur l’impasse de la Psychopathe. Mon adresse: 911, impasse de la Psychopathe.»

Effrayée, je pensai alors à Sophie. Son charme mutin, son sourire malicieux, et ses seins… tout petits, tout mignons, attendant sagement sous sa chaste blouse de coton blanc d’être bécotés, mordillonnés. Les yeux de Sophie, ses lèvres qui faisaient déboîter mon cœur et mouiller ma culotte…

«Et puis merde!» me dis-je en jetant le papier sur le siège arrière de la voiture de Simone. «Je sais qu’elle m’attend, je finirai bien par trouver le chemin!» Je pris la clé et démarrai.

Pour Nefisa

— Je… je dois y aller, lui dis-je d’une voix tremblante, le souffle coupé, et les joues luisantes de cyprine.

— Non. Pas tout de suite. Reste, je t’en prie, me répondit Rachel, souriante, sa chevelure de feu répandue sur l’oreiller. Reste, il fait froid dehors et le lit est si doux, si chaud…

— Je sais, chérie, soufflai-je en enfilant ma culotte, mon soutien-gorge entre les dents. Mais je dois vraiment partir. Si ton mari nous surprend, je ne suis pas mieux que morte.

Elle caressa son ventre rond puis le doux renflement de son pubis du bout des doigts, puis murmura:

— Allez, respire par le nez et reviens près de moi. Il reste des parties de mon anatomie que tu n’as pas encore dépliées!

— Cesse de te moquer, je suis sérieuse. Des cocus qui font la peau à la maîtresse de leur épouse, ça ne se trouve pas que dans les romans de gare, mais aussi à la page des faits divers des journaux jaunes. Ce n’est pas parce que ton cher et tendre passe le plus clair de son temps avec des bouquins poussiéreux qu’il est inoffensif et non violent.

— Tu t’en fais pour rien. Maurice ne risque pas de débarquer à l’improviste pour te mettre une balle entre les deux yeux.

— Et qu’est-ce qui te permet de dire cela avec un tel aplomb?

— Il a téléphoné juste avant ton arrivée. Il m’a dit qu’il va rentrer tard, car il te présente en ce moment des curiosa rarissimes et tu sembles très, très intéressée, me dit-elle avec un clin d’oeil.

Mon amante aime le jazz. Dizzy. Monk. Bird. Chaque jeudi soir de dix-neuf à vingt-deux heures, elle se rend à la bibliothèque municipale pour la réunion hebdomadaire du Club des amateurs de jazz. Quant à moi, je reste à la maison pour récurer les chaudrons, brosser les chats et lessiver les draps — car je suis une fille plutôt du genre classique.

Simone s’habille. Ses bas résille soulignent à l’encre de chine les jambes interminables émergeant de sa jupe un peu trop fendue. Sa blouse est trop échancrée. Son parfum trop appuyé. Debout sur le pas de la porte, je l’embrasse sur la joue et lui demande:

— Qu’ est-ce qu’il y a au programme, ce soir?

— Early blues: Bessie Smith, Blind Lemon Jefferson, Robert Johnson… s’il reste du temps, me chuchote-t-elle à l’oreille avant de sauter dans sa Miata rouge.

Les chaudrons reluisent. Les chats ronronnent. Les draps sont propres et frais. Varèse. Stockhausen. Webern.

La nuit est si douce que je décide de marcher jusqu’à la bibliothèque. J’entre par la porte arrière et je descends l’escalier jusqu’au sous-sol. J’y trouve sept vieux croutons à l’odeur rance assis autour d’une table tournante qui écoutent d’un air pénétré la voix éraillée et grinçante d’une femme s’égosillant sur les infidélités de son homme. Perplexe, je sors et sillonne le parking de long en large, où la brise nocturne agite dans la pleine lune les feuilles des arbres centenaires. Pas la moindre trace de Miata.

— Alors, comment c’était? lui dis-je à son retour, peu après vingt-trois heures.

Elle reste muette, songeuse, puis caresse le poil lustré de Ravachol. Elle se lève ensuite, lentement, puis me sourit — un sourire lent, doux, humide — mais n’ose pas affronter mon regard. Elle prend plutôt ma main et, comme tous les jeudis, m’amène dans notre chambre et, dans nos draps parfumés de citron, me fait une démonstration.

Dizzy. Monk. Bird.

Jazz.

Ils sont étendus, détendus, au lit, dans cette douce torpeur qui suit les étreintes les plus passionnées. Elle est la première à se lever.

— N’es-tu pas satisfait d’avoir enfin appris à baiser le bon orifice?

— Puis-je savoir de quel orifice il s’agit, très chère?

— Les miens, évidemment. Tous les quatre.

— Quatre ?

— En comptant mes seins, voyons. Tu avais l’air de les apprécier, samedi dernier…

— Ah! Ma première caravate de notaire…

Ils s’embrassent

— Je dois partir, Martine.

— Je sais. Quand vais-je te revoir?

— Je suis libre vendredi. Quel est l’emploi du temps de Vincent et de Marie?

— Vendredi, peut-être… je déteste attendre. Pourquoi pas mercredi? On pourrait allez au resto tous les quatre… comme ça, je pourrais au moins te voir.

— Oui! Je pourrais ainsi passer la soirée en essayant de ne pas te mettre la main au…

— Qui sait, peut-être se tomberont-ils dans les bras l’un de l’autre, si on les aide un peu.

— Ha! Vincent et Marie, commettant ensemble l’adultère! Comme ce serait ironique! Hélas, je serais étonné qu’ils se plaisent mutuellement.

Elle le regarde amoureusement et soupire.

— Qui aurait dit que nous aurions pu mutuellement nous plaire nous-même… Je ne veux pas que tu partes. Je veux que nous restions ensemble. Toujours.

— Tu sais que c’est impossible, chérie…

— Je sais. Mais je ne peux pas m’empêcher de le désirer de tout mon cœur.

— Je t’en prie, Martine, c’est difficile pour moi aussi.

Elle essuie une larme et dit:

— Allez, file. J’ai promis à Marie de lui faire un rosbif.