Amants

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Alors voilà, mon deuxième bouquin est en librairie aujourd’hui, ce qui fait de moi officiellement une écrivaine si je me fie aux lignes directrices de Wikipedia (n’allez pas me créer un article pour autant, de toute façon vous ne saurez pas quoi y mettre). Ça s’intitule Amants et comme pour Le carnet écarlate, c’est publié par les (féministes et légendaires depuis plus de quarante ans) Éditions du remue-ménage. Si vous avez envie d’en acheter une copie, rendez-vous sur leur site plutôt que d’engraisser Blaise Renaud.

Amants est un livre que je n’avais pas prévu écrire; il s’est en quelque sorte présenté de lui-même. Au commencement, je ne faisais que m’amuser sur Facebook en racontant des histoires invraisemblables avec des contraintes simples : la première ligne devait commencer par un prénom masculin, la deuxième devait contenir une chute rigolote, la troisième ligne ne devait contenir que le hastag #Amants et la longueur des lignes devait tenir dans la fenêtre des statuts de Facebook sans être brisées. À ma grande surprise, non seulement les gens qui me suivent sur Facebook ont tout de suite apprécié, mais illes se sont mis(es) à me confier leurs propres anecdotes pour que je les passe à la moulinette et les transforme en #Amants. J’ai ainsi reçu presque deux cent confidences qui sont devenues la base du bouquin, la majorité provenant de personnes s’identifiant comme femmes – et au moins le tiers par des personnes s’identifiant comme hommes. Comme la narratrice est toujours une femme, j’ai dû inverser les genres dans ce dernier cas et franchement, ce fut beaucoup plus facile que je ne l’aurais cru – comme quoi le genre, ce n’est peut-être pas si important que cela quand raconte des histoires de fesses. Le reste des #Amants (parce qu’il y en a 741) est constitué de mes expériences personnelles, de pures inventions ou encore sont des prétextes à jeux de mots idiots – parce que franchement, à part le chocolat et l’orgasme, il n’existe rien de meilleur au monde que les jeux de mots idiots.

Lorsque j’ai abordé les filles du remue-ménage avec le projet de publier un recueil de ces histoires en deux lignes, le problème qui s’est immédiatement posé fut : « Combien d’amants devrais-je inclure dans le livre? ». Trois-cent soixante-cinq, pour en avoir un par année? Six-cent soixante-six, parce que c’est le chiffre de la bête? Mille et un, parce que whatever? Il me fallait une raison à cette accumulation et cette raison est venue avec la structure que j’ai choisie pour organiser le tout.

<SPOILER ALERT>

Amants est un acrostiche géant. La première lettre de tous les prénoms masculins forme le poème Il n’y a pas d’amour heureux d’Aragon – amputé de la dernière strophe patriotarde, comme le chantait Brassens. Voilà pourquoi je n’ai cessé de me plaindre de la rareté des prénoms commençant par la lettre U, voyelle on ne peut plus utile pour écrire de la poésie. Le dernier vers de chaque strophe (« Il n’y a pas d’amour heureux ») forme les premiers mots de chaque interruption et aussi du récit qui clôt le livre – les coïts interrompus et la déprime post-coïtale. Le résultat, c’est que la structure porte un message tragique qui contredit l’humour souvent niais du texte et cette contradiction à mon sens reflète l’essence des relations humaines : une tragédie immense, vécue à coup de banalités et de niaiseries parfois rigolotes, parfois tendres, parfois sublimes, parfois lamentables ou même horribles.

</SPOILER ALERT>

Si j’avais à critiquer mon propre bouquin, voici ce que j’écrirais :

Amants est un curieux objet littéraire. L’objet est l’hétérosexualité telle qu’on la vit en 2017 et le portrait qu’en fait l’auteure n’est pas réjouissant, malgré le recours constant à l’humour. Le constat est clair : il n’y a pas d’amour heureux, la chair est triste et j’ai lu toutes les contrepèteries. Chaque anecdote est une pénétration, la première ligne étant le IN, la seconde ligne étant le OUT. Ces pénétrations forment quatre coïts qui sont interrompus et conclus par quatre textes où on s’interroge sur le  consentement, l’amour, la violence et le caractère érotique ou non des rhinocéros. Ne vous attendez toutefois pas à y trouver une moralité, un sens ou des valeurs pour guider votre vie. Amants est amoral et l’accumulation martelée d’anecdotes finit par tuer le désir et l’amour. C’est un voyage au bout de la nuit qui débouche sur le néant et le désespoir – et vous vous demanderez pourquoi vous avez ri à ce point. ★ ★ ★ ☆ ☆

N’étant pas critique, je vais plutôt me contenter de vous inviter à vous en procurer une copie – ou alors attendre quelques jours et tenter de solutionner la prochaine grille de mots croisés, pour en obtenir une copie dédicacée gratuite !

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Philippe était marié et annulait très souvent nos rendez-vous à la dernière minute;
La fois où moi je l’ai fait, il m’a engueulée parce qu’il avait pris un Cialis pour rien.

Malik me regardait avec envie chaque fois que je laissais son maître me monter;
Il aurait eu sa chance, lui aussi, si je n’étais pas si allergique aux poils de chien.

Laurent était junkie et venait parfois dans ma bouche sans avoir eu d’érection;
Il me faisait quand même jouir comme une folle – je vous laisse deviner comment.

Evan me crie une insulte sexiste depuis sa voiture le matin quand j’attends le bus;
Il n’est pas un amant – juste la présence masculine la plus constante dans ma vie.

Isaac était chômeur et ne faisait que se branler devant de la porn toute la journée;
Il se servait, en guise de lube, de ma crème hydratante à soixante dollars le pot.

Ludovic avait un Prince Albert et des perçages aux visage, au torse et aux cuisses;
Son monde entier était un cactus, il m’était impossible de m’y asseoir.

Damien travaillait au salon funéraire et fantasmait à mort sur les beautés livides;
Cette heure passée à l’attendre dans un cercueil fut la plus longue de ma vie.

Zackary m’a dit : «Crosse-donc la street avec moi, ça va être right d’la fun»,
Et j’ai cru qu’il me faisait une proposition graveleuse typique du New Brunswick.

Rafael gagnait sa vie en pêchant le homard dans la baie des Chaleurs
Et il refusait de lécher ma moule sous prétexte qu’elle sentait la morue.

Benjamin était rabbin et devait finir chaque relation sexuelle «à l’endroit normal»,
Alors on commençait dans le vestibule et on terminait dans la chambre à coucher.

Mathieu bossait au Journal de Montréal et baisait ma bouche avec frénésie,
Déformation professionnelle acquise à force de continuellement bourrer des crânes.

Hubert était Belge, mais ne riait jamais quand j’enlevais ma culotte en lui disant :
« Trempe ta frite dans ma moule et donne-moi un peu de mayonnaise».

Julien avait une coupe Longueuil et faisant jouer du U2 chaque fois qu’on baisait;
Moi, je fredonnais I still haven’t found what I’m looking for quand il se rebraguettait.

Louka a rencontré Sophie, son épouse, grâce à mes bons soins d’entremetteuse ;
Reconnaissant, il me laisse jouer à broute-mi-broute-moi avec elle une fois par mois.

Milan était joueur de foot et son engin était trop gros pour être réglementaire ;
Il a buté si fort contre le col de mon utérus que je lui ai donné un carton rouge.

Tommy m’avait invitée chez lui pour me montrer sa collection de livres érotiques ;
J’ai dormi sur le canapé pendant qu’il honorait sa copine dans la chambre d’à côté.

Daniel avait des tas d’idées bien arrêtées sur ce qu’il faut faire au lit avec une dame ;
C’est ce que j’ai compris quand, sans crier gare, il m’giflée avec sa bite semi-molle.

Mathéo s’est glissé derrière moi alors que je dormais à côté de mon fiancé,
A fait trois petits coups, un «oups», puis est parti aussi vite qu’il était venu.

Léonard a fait de poudre sur la table de verre avant de s’y allonger pour me baiser ;
Tout ça s’est terminé, bien entendu, par un tesson sanglant planté dans son dos.

Rémi s’est contenté de doigter ma chatte pendant que mon Jules bourrait mon cul;
Il l’a fait avec tant d’entrain et de dextérité que toute sa main a fini par y entrer.

Joey était sûr d’être monté comme un âne et rien ne pouvait lui ôter ses illusions ;
Même le fait que sa capote baillait sur sa queue comme une vieille chaussette.

Cédric tordait son visage en jouissant au point d’avoir l’air d’être atteint de trisomie ;
Ce n’était pas très sexy à voir, mais qu’est-ce que je lui faisais comme effet, hein.

Adhémar était beaucoup plus âgé que moi et m’a dit après s’être exécuté :
«Tu avais des condoms, c’est bien : tes parents t’ont appris à être responsable».

Ali m’a dit qu’il ne pouvait pas rester toute la nuit et j’ai pleuré, désemparée ;
Il m’a alors bordée et m’a raconté une histoire de chaton orphelin pour m’endormir.

Manu m’a sorti le grand jeu du mâle alpha jusqu’à ce qu’il aperçoive mon furet ;
Il a grimpé sur mon divan en poussant des cris aigus, la flamberge flaccide au vent.

Dae-Jung ne parlait pas ma langue et n’a passé qu’une nuit avec moi, dans un bar ;
Il s’est contenté de sucer mes doigts un après l’autre, jusqu’à ce que le soleil se lève.

Ruben est entré dans ma vie en coup de vent avec ses yeux noirs et sa peau basanée ;
Il s’est enfui dans l’Okanagan en me laissant une amulette tzigane et une vaginite.

Dario a soigneusement placé son iPhone sur la table de nuit avant de se désaper
Pour que son ami qui purgeait une peine de prison zieute nos ébats sur FaceTime.

Steve était peintre en bâtiment et venait me voir pendant ses heures de travail ;
S’il me faisait squirter sur les murs, était-ce par déformation professionnelle ?

Jérôme s’est évanoui en éjaculant et j’ai dû le gifler pour qu’il reprenne ses esprits ;
Ça m’a foutu une de ces frousses… une chance que j’avais joui avant lui.

Jack m’a saoulée et en a profité pour me raser la chatte et me baiser rudement ;
Sa bite était large comme une bûche et il n’a pas nié m’avoir violée quand je l’ai revu.

Marc était beau comme un Dieu, mais il est venu dans son froc en m’embrassant
À chaque rencontre,  pendant quatre mois (il était VRAIMENT beau comme un dieu).

Pete était doorman, il voulait m’enculer, mais je lui interdisais l’accès à cette porte ;
Quand j’ai enfin dit oui, il a eu de la merde sur la bite et je ne l’ai plus jamais revu.

Matt n’était pas mon genre, mais il faisait tellement pitié que je tolérais ses avances
Jusqu’à ce qu’il dise : « tu peux fermer les yeux et penser à un autre gars si tu veux».

Abel ne pouvait s’empêcher de rire en jouissant, c’était juste plus fort que lui ;
Un jour, il a éjaculé dans mon œil et ça m’a foutu une conjonctivite carabinée.

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Alain et Alan avaient la même coupe de cheveux et les mêmes chromosomes;
Je n’étais pour eux que le terrain neutre où ils exprimaient leur amour.

Geoff était mascotte bénévole au Bal de Neige et ça m’excitait terriblement;
Il a hélas refusé de porter sa tête de Glamotte pour me glacer la motte.

Charles m’avait prévenue: il avait une couronne perlée et ça le complexait;
Il m’a pourtant baisée comme un prince avant de gicler contre mon palais.

Serge tenait à ce qu’on fasse du phone sex et je regrette d’avoir dit oui;
Son iPhone 6 était vraiment trop large pour mon tout petit mimi.

Félix m’a fièrement montré sa coquette quéquette près de l’escarpolette;
Il a été déçu de constater que je bourrais mon soutif avec des kleenex.

Benoît aimait me lécher lorsque j’étais menstruée jusqu’à mi-cuisses;
Gamin, il prenait toujours soin de mettre une bavette avant de se mettre à table.

Olivier avait promis d’organiser un gang bang pour mon anniversaire;
Un seul mec s’est pointé, alors on a plutôt joué à Cards Against Humanity.

Hubert travaillait à Revenu Québec et sa voix me faisait craquer;
Quand il ne m’a mise en attente que dix minutes, j’ai sû que c’était réciproque.

Andy était en fauteuil roulant et je jure que ça ne me dérangeait pas du tout;
Une injection d’alprostadil dans le bras de vitesse et en voiture Simone!

Skipper se tenait dans les parcs, le jour comme la nuit, car c’était un spermophile;
Chaque fois que je le croisais, je lui lançais des arachides même si c’est interdit.

Marcel insistait pour me refiler du fric chaque fois que je tombais la culotte;
C’était le prix à payer pour qu’il obtienne enfin l’érection tant désirée.

Diego fut un candidat malheureux aux auditions à l’aveugle de La Voix;
Quand sur le trottoir j’aperçois son joli cul, je me retourne toujours.

Bertrand n’arrivait à jouir que lorsque j’acceptais de faire du poney play;
Je lui ai montré des photos d’équarrissage et ce fut un remède de cheval.

Grokzlak n’avait pas de tentacules, mais venait d’une planète exempte d’ITSS
– Du moins, c’est ce qu’il m’a raconté quand j’ai voulu lui mettre un condom.

Fred se pinçait tellement il rêvait de coucher avec une salope asiatique,
Mais il a débandé quand j’ai refusé de l’appeler sensei en uniforme d’écolière.

Jonathan a essayé de me baiser sans condom,
Puis il a joué au con en disant qu’il ne s’en était pas rendu compte.

Paul avait un scrotum gros comme un pamplemousse ;
Son foutre avait un goût d’agrume.

Sébastien a léché ma fente, à genoux dans les toilettes de la bibliothèque
En trempant son jeans dans la pisse du carrelage.

Alexandre fumait nonchalamment un cigarillo puant
Couché sur le dos, sur ma moquette, pendant que je le chevauchais.

Gabriel m’a surprise alors que je me branlais
Le cul calé dans mon fauteuil, le catalogue Ikea à la main.

Samuel avait la bite blanche et douce comme un petit pain
Et faisait mille manières avant d’accepter de l’enfourner.

Django voulait m’enseigner le chant en échange d’une fellation,
Mais il avait un prépuce interminable à dérouler, alors j’ai dit non.

Tristan était d’une érudition et d’une musculature parfaite,
Mais il ne bandait que pour le mec qui me prenait en levrette.

Louis était prêt à m’obéir au doigt et à l’œil,
Mais tout ce que je voulais, c’était un thé et un bouquin.

Arthur a promis de me montrer quelque chose d’extraordinaire,
M’a entraîné dans sa chambre et a fait de l’origami avec son sexe.

Simon n’était techniquement pas un nain, mais c’était tout comme ;
Sa queue monstrueuse avait la taille de son avant-bras.

Michael avait des fesses comme deux gâteaux au chocolat
Que j’avais la permission ni de toucher, ni de goûter.

Antoine a crié «Salope !» en baisant et «Maman!» en jouissant,
Puis s’est rué dans la douche après avoir taché mon drap de foutre.

Nathan m’a léchée avec gourmandise même si j’avais mes règles ;
Hélas, il m’a donné un faux numéro et ne m’a jamais rappelée.

Théo était mycologue et sa bite avait la forme d’un champignon
(Probablement pas, mais j’en étais quand même convaincue).

Alessandro m’a payé à boire, dans le but avoué de m’emballer ;
Il a fini la soirée en pleurant, dans mon lit, incapable de bander.

Quentin avait les traits épais, vulgaires et quelconques,
– Jusqu’à ce qu’une bite, dans sa bouche, le transforme en ange.

Romain m’a ramonée pendant une heure et n’a pas joui ;
Le lendemain matin, il y avait du sperme séché sur mon ordinateur.

Enzo m’a longuement draguée en me disant que j’étais belle
Et s’est contemplé dans le miroir pendant tout le temps qu’il me baisait.

William était charmant, mais il y avait un je-ne-sais-quoi qui clochait ;
En sortant une capote de son portefeuille, j’ai vu, horrifiée, sa plaque de flic.

Hồng Phúc était gentil, drôle et faisait bien la cuisine,
Mais c’est seulement à cause de son prénom que j’ai ouvert les cuisses.

André a trop vu de porn et a baisé ma bouche comme un lapin ;
Il porte sûrement encore la marque de mes dents sur sa quéquette.

Vincent avait une réserve inimaginable de smegma sous son prépuce ;
J’ai beau être un bon soldat, je souffre encore de choc post-traumatique.

Tom se vantait d’avoir l’imagination perverse du divin marquis ;
Je me suis endormie pendant qu’il me suçait les orteils.

Guillaume voulait que je lui fesse le popotin de toutes mes forces
Et s’est moqué de moi parce que je me suis foulée le poignet.

Yusef était effrontément viril, arrogant et machiste ;
Je l’ai vu se faire bourrer par douze queues bigarrées en une seule soirée.

Léo gardait son menton juste assez râpeux
Pour qu’en le frottant sur mon aine je perde toute contenance.

David, du haut de la chaise du maître-nageur, bandait en m’apercevant ;
Est-ce assez pour le compter parmi mes amants?

Maxime a insisté pour qu’on éteigne la lumière avant de se désaper ;
Depuis, il me réclame des photos de mes seins et de mon cul.

Julien a léché ma fente dans un sentier du Parc de la Gatineau
Et y a laissé du mélange du randonneur en purée.

Denis criait «Couché! Au panier!» à son malamute
Pendant que son épouse glissait dans ma bouche sa langue poisseuse de sperme.

Adam n’a jamais daigné m’adresser la parole ;
Sa copine m’a giflée parce qu’il ne parle que de moi pendant l’amour.