BDSM

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Pfff. Il adorait ça...

— J’ai lunché avec Frédéric ce midi.

— Qu’avait-il à dire pour sa défense?

— Rien, mis à part qu’il a été complètement humilié. Cette fessée que tu lui as donnée…

— Il s’est présenté à cette soirée en toute connaissance de cause. On lui avait clairement expliqué les règles. Il était notre invité et son comportement de mufle a rejailli sur nous toutes. Je n’allais certainement pas le laisser nous faire un tel affront.

— Il n’a fait que tripoter le derrière de cette fille…

— Qui se faisait lécher et qui était au bord de l’orgasme. Tu crois que ça lui a fait plaisir de se faire agresser de la sorte? Fred va devoir apprendre ce qu’est le consentement et comment agir respectueusement envers les femmes.

— Même si elle est nue et qu’au moins cinq hommes lui sont passés dessus?

— Surtout si elle est nue et qu’au moins cinq hommes lui sont passés dessus.

— Tu n’y es pas allée de main morte, en tout cas.

— Pfff. Il adorait ça. Il bandait comme un âne.

— Et ce qu’on lui a fait faire, ensuite…

— Oui. Il était mignon comme tout, poings liés, le gode enfoncé dans le derrière…

— Quand je pense que Catherine qui lui a pissé au visage. C’est moche.

— Si elle pense qu’on va la réinviter, celle-là…

— Surtout qu’elle était trop saoule pour participer à la suite, quand on a installé Fred le ventre contre la table et qu’on l’a pris à répétition avec nos godes-ceinture.

— Sans compter tous les garçons qui étaient encore en état de servir… mais je ne sais même pas s’il s’en est aperçu. Est-ce qu’il t’a dit comment il s’est arrangé pour retourner à la maison?

— Deux types que je ne connais pas se sont offerts pour lui donner une ride, mais ils ont changé d’idée en cours de route. Ils l’ont enculé sur la banquette arrière de leur camionnette, lui ont barbouillé la figure de foutre, puis l’ont foutu dehors à grand renfort de coups de pied au cul avec juste assez de monnaie pour prendre l’autobus. Il a dit que trajet de bus fut l’épreuve la plus humiliante de toute son existence : il sentait le fauve à vingt mètres, sa chemise ne tenait qu’avec un bouton et il lui manquait une chaussure.

— Ah. Et puis ?

— Puis il a dit qu’il avait hâte à la prochaine fois et espérait être réinvité, maintenant qu’il a bien compris les règles.

Mes yeux sont bandés...

1. Mes yeux sont bandés avec un foulard de soie. Attachée et sans défense, je mords mon bâillon. Toi aussi, tu mords : tu tiens mon mamelon entre tes dents, tu le tires, tu l’étires.

2. Je me tords de désir. Je te veux en moi.

3. Tu enlèves mon bandeau et le bâillon et je crie : «Baise-moi». Tu exiges que je te supplie, et j’obéis avec délectation.

4. Tu écartes mes cuisses, tu glisses lentement ta langue entre mes nymphes.

5. Tu te relèves, tu mordille le lobe de mon oreille et me susurres : «Tu es délicieuse».

6. Je me tortille à chaque contact de ta peau. Je fonds comme du beurre sous tes doigts.

7. Tu écartes mes cuisses davantage et j’en rougis délicieusement de honte. Ton gland glisse dans ma chatte juteuse; j’essaie de t’attirer vers moi comme je peux, toute entravée que je suis par mes liens.

8. Je répète: «Baise-moi», cette-fois ci avec un peu plus de fébrilité, avec un peu plus d’urgence dans la voix.

9. Tu te déplaces par-dessus moi en te délectant de la vue et de l’odeur de mon sexe humide et rougi.

10. Tu te rassois et tu te branles, ostentatoirement, pour contempler le spectacle et me faire mourir de désir.

11. Tu te rapproches enfin pour glisser ta queue en moi à nouveau. Tu me dis : «Je vais te baiser, maintenant», juste avant la première estocade.

Il leva les yeux et me regarda.

— Et ça continue encore comme ça au verso… ?

— Yup.

— C’est… détaillé.

— Je te ferai remarquer que c’est toi qui n’arrêtais pas de te plaindre que les femmes ne viennent pas avec un mode d’emploi.

— Ce n’était qu’une façon de parler, hein.

— L’étape suivante, c’est de vérifier si toutes les pièces sont dans la boîte, juste au cas où il en manquerait une. Comme tu peux voir, il y a le bâillon, le foulard, la corde… Je te laisse t’arranger avec tout ça : moi, je vais aller gentiment attendre l’assemblage dans le lit.

Comme vous pouvez le voir

Comme vous pouvez le voir, nous avons lié leurs poignets à la barre au-dessus de leurs têtes, assez haut pour qu’ils ne puissent pas tout à fait poser leurs talons sur le sol et qu’ils doivent utiliser continuellement les muscles de leurs pieds et de leurs jambes pour soulager leurs bras qui tremblent sous l’effort.

Ne sont-ils pas ravissants ?

Oui, allez-y, vous pouvez les toucher, ils sont là pour cela. Ils adorent, je vous l’assure; c’est pour eux l’occasion rêvée de s’exhiber, d’être admirés. Voyez comment ils sourient gentiment. Je voudrais pouvoir vous montrer leurs yeux, mais vous savez, le règlement, c’est le règlement et ils devront garder leur bandeau en tout temps. Je crois que vous admettrez comme moi que c’est mieux ainsi pour tout le monde.

Ne soyez pas timides mesdames, tâtez-moi cette fesse. Sentez-vous comme elle est ferme, nerveuse, mais si douce et si tendre? Tous les clichés de vos romans préférés miraculeusement devenus réalité sous vos yeux ébahis! Regardez tous ces muscles saillants s’étirer et se gonfler dans leurs bras, dans leur dos, dans leurs jambes longues et élégantes entravées par leurs liens.

Je vous en prie, faites comme chez vous et faites roulez délicatement les testicules de celui-ci entre vos doigts, prenez son pénis dans votre main et caressez-le comme un petit animal familier : ils n’attendent tous que cela. Embrassez un de ses mamelons, prenez sa queue dans votre bouche… vous voyez avec quelle rapidité elle durcit ? Faites glisser un de vos doigts entre ses fesses. Ne vous en faites pas s’il couine un peu: il adore et en redemande, le salaud.

Je vois que ça vous plaît. Impressionnées ? Il y a de quoi. Des corps nus, suspendus de cette façon — surtout quand ils sont si sculpturaux — c’est le paroxysme de la beauté. Avec les bras tendus vers le haut, la chair crémeuse, les os saillant juste aux bons endroits, le creux de l’estomac juste assez arrondi, et les fesses… avez-vous déjà vu quelque chose de plus désirable, de plus charmant ?

Si je suis certaine que ça leur fait plaisir ? Bien entendu ! C’est le désir secret de tous les hommes de devenir des objets de désir. Ne lisez-vous donc pas la presse masculine ? C’est profondément inscrit dans leurs gènes. Ils peuvent bien nous dire le contraire, ils peuvent bien protester et jouer les mijaurés, on ne peut pas vaincre l’atavisme, la biologie. Ils ont beau être ficelés, exposés et bâillonnés, leur dos a beau être zébré par la morsure du fouet, ils bandent éperdument, ils bandent à en perdre l’âme. N’est-ce pas une preuve amplement suffisante de leur consentement, de leur abandon à nos désirs impétueux et incontrôlables de femelles ?

Allez-y, chères amies. Servez-vous, il y en aura suffisamment pour toutes.

Je ne comprends pas pourquoi tu tiens tant à vivre seule

— Je ne comprends pas pourquoi tu tiens tant à vivre seule.

— Je suis comme ça, c’est tout. C’est un mélange d’agoraphobie et de misanthropie.

— Personne ne souhaite la solitude. La solitude est une malédiction… et ce n’est pas naturel.

— Ça l’est pour moi.

— Tu n’as pas de chat ? Je croyais avoir lu quelque part que tu avais des chats ?

— Mon ex est partie avec deux d’entre eux et le dernier est mort d’une leucémie l’an dernier. Il y a un chat errant qui me rend visite de temps en temps, sur le bord de la fenêtre. Il vient chercher un peu de bouffe et des caresses, puis il s’en va. Il est très indépendant et c’est le genre de chose que je respecte. Je lui ai bricolé une plate-forme : c’est là qu’il vient se prélasser et jouir de ma compagnie.

— Tu es trop belle pour vivre en ermite.

— Tu es gentille de me dire ça, mais je ne vois pas le rapport.

— C’est injuste de ne pas partager ta beauté. Pire : c’est égoïste.

— Je trouve surtout que c’est n’importe quoi. Si tu me trouvais repoussante, ce serait ok? Tu serais d’accord pour que je reste cloîtrée, moi et ma laideur, dans mon demi-sous-sol?

— Ce n’est pas ce que je voulais dire.

— C’est exactement ce que tu voulais dire, mais peu importe. Je comprends. C’est ce que vous me dites toutes.

— Qui ça, toutes?

— Vous tous, les sapiosexuels timbrés qui avez la drôle d’idée de s’amouracher de l’idée que vous vous faites de moi à travers les petits textes que je publie de temps à autre. Et qui faites des pieds et des mains pour me retrouver et me rencontrer, quitte à attendre des mois et des années jusqu’à ce que, à bout de d’excuses et de prétextes, je cède et concède un rendez-vous.

— Je ne veux pas que tu penses que je suis folle…

— Tu n’es pas folle. Juste un peu superficielle.

— J’ai d’abord aimé ton intelligence. Je n’avais pas besoin de te voir pour tomber en amour. Ou savoir que tu es belle.

— Tu ne sais rien de moi. Tu es superficielle, mais ce n’est pas un drame. Ni un défaut. C’est dans ta nature, comme c’est dans la mienne de me cacher et de rester seule, bien à l’abri du monde.

—La nature t’a faite pleine d’imagination tordue et de fantasmes fous. Elle m’a faite pleine de désir de me plier aux ordres d’une femme que j’admire. Ne vois-tu pas que nous sommes complémentaires ?

— Peut-être…

— Il n’en tient qu’à toi de le découvrir. Peut-être que tu te rendrais compte que je ne suis pas aussi folle et superficielle que j’en ai l’air.

— Ah oui ? Et si je te bricolais ta propre plate-forme ? Tu pourrais venir chercher un peu des caresses, puis t’en aller… mais attention, tu n’aurais le droit de te prélasser et de jouir de ma compagnie que lorsque je t’en donne l’autorisation, selon mes caprices et mon bon vouloir. Qu’est-ce que tu en penses ?

— À quel endroit la plate-forme ? Sur le rebord de la fenêtre ?

— Mais non, mais non. Tu es trop grande pour ça… et puis c’est la place du chat et il est très jaloux. Je pensais plutôt à ma chambre. J’ai des crochets au plafond qui ne demandent qu’à servir, un matelas de sol imperméable et pas du tout inconfortable, un collier de cuir et une chaîne que je pourrais attacher à la patte de mon lit… Ça te conviendrait ?

— Je pourrais apprendre à aimer. Peut-être que je n’aurais même pas à l’apprendre. Peut-être que c’est dans ma nature.

— Je commence à le croire.

— Tu me le passes ce collier, histoire qu’on voit s’il me fait ?

— Oublie ce que j’ai dit tout à l’heure. Tu n’es pas superficielle du tout.

Des lèvres sur sa peau, des doigts qui la frôlent, ses jambes qui, enfin, se détendent, qui s’écartent, une langue pointue qui dessine des arabesques à l’intérieur de ses cuisses, de doux baisers sur ses mamelons : la fusion du ciel et de la terre par le miel.

Je la regarde depuis le balcon. Claire est à côté de moi et semble très fière de sa protégée.

— J’ai bien fait de te l’amener, n’est-ce pas ? me demande-t-elle, un peu inquiète.

— C’est une très bonne chose, Claire. Tu as très bien fait.

— Ça va bien se passer, hein? Elle va être ok ?

— Elle sera très bien, dis-je sur un ton rassurant.

D’ailleurs, la voilà qui se laisse attacher à la croix de saint André sans opposer la moindre résistance.

Instituteur et écolière
Juge et accusé
Professeur et étudiant
Infirmière et malade
Aveugle et chien-guide
Starlette et chauffeur
Exorciste et possédées
Policier et délinquant
Cavalier et pur-sang
Rentier et bonniche
Inquisiteur et Cathare
Matricule 728 et carré rouge
Médecin et patient
Agent de probation et prostituée
Bonne sœur et orpheline
Livreur de pizza et adolescente
Tchékiste et makhnoviste
Tinkiwinkie et Laalaa
Imam et femme adultère
Fermier et vache laitière
Légionnaire et crucifié
Poule et colonel Sanders
Motard et biker chick
Samouraï et Geisha
Député et électeur
Dealer et junkie
Rockstar et groupie
Gynécologue et parturiente
Geôlier et prisonnière
Charcutière et saucisson sec
Notaire et secrétaire
Bouc et bergère
Maître-nageur et noyée
Cowboy et squaw
Macchabée et thanatologue
Fonctionnaire et contribuable
Photographe et mannequin
Vendeur de chaussures et cliente
Psychiatre et schizophrène
Sainte Thérèse d’Ávila et l’ange à la longue lance d’or

Nellie était à deux doigts de tout envoyer valser et d’entrer au Carmel.

L’homme qui avait promis sur internet de lui donner une fessée dont elle se souviendrait toute sa vie s’est, de peine et de misère, rendu à la deuxième claque, puis s’est mis à pleurer. Quant à l’autre, celui avec qui elle avait eu de longues conversations téléphoniques qui lui avaient mis le feu aux sangs… il ne pensait qu’à une seule lorsqu’elle se retrouva nue devant lui : qu’elle lui pisse au visage. Sans parler de son sadique cyclothymique préféré qui était trop déprimé pour répondre à ses courriels. La factrice la trouva, en larmes, assise sur les marches de l’escalier menant à la porte d’entrée de sa maison.

— Mais qu’est-ce qui vous arrive, ma p’tite dame?

Nellie leva vers elle ses yeux d’un bleu étincelant.

— Personne ne veut de moi… du moins, personne ne veut de moi de la façon dont je voudrais qu’ils me veulent.

La factrice la regarda de haut en bas et esquissa un sourire en apercevant ses seins lourds et ses courbes généreuses. Elle prit sa main et la conduisit dans la maison en lui disant:

— Je me prénomme Auréa, mais tu peux m’appeler Maîtresse.

Calée dans un énorme fauteuil de cuir noir, des volutes de cigare flottant au-dessus de sa tête, elle écarte suffisamment les cuisses pour me permettre de deviner la présence du gode qu’elle a soigneusement harnaché à son bassin. Vêtue d’un complet de tweed, les cheveux gominés et lissés par en arrière, elle fume et me débite son évangile en me regardant me déshabiller.

« La nature même de la fessée est la répétition – une cuisante répétition.

La crainte et l’expectative rendent chaque claque plus facile, mais aussi plus difficile. La simple promesse d’une correction peut marquer la chair plus fortement que la main.

Faire rougir les fesses est une belle et bonne chose, mais les meilleures fessées se font sentir dans la moelle des os et le grincement des dents plutôt que sur la peau.

Quand ma main souffrira de chaque impact, quand tes soupirs seront plaintifs et oppressés, quand tu soulèveras ton derrière pour recevoir le prochain outrage, je pourrai me dire qu’enfin, nous y sommes.»

Je répondrais bien «Amen» si ce n’était de ce foutu bâillon.

«Comme à son habitude, la comtesse de Trakai se coiffait avant de sortir à six heures lorsque son larbin se présenta respectueusement à elle en tenant dans ses bras un cadeau emballé avec soin.»

— «Pour vous, comtesse, ces modestes cadeaux d’anniversaire» lut la comtesse sur la carte.

La comtesse déchira le papier, ouvrit la boite et y trouva un gode-ceinture de taille impressionnante.

— C’était écrit «cadeaux», au pluriel. Je n’en vois qu’un seul, larbin.

Pour toute réponse, larbin retira son uniforme, le plia avec soin et le déposa sur la table. Il s’agenouilla ensuite devant sa comtesse, puis lui présenta son arrière-train où était enfoncé un plug en inox surmonté d’une pierre de strass.

— C’est pour moi? Quelle gentille attention! Tu devrais voir comme il scintille à la lumière…

La comtesse s’amusa un peu avec son nouveau jouet, le fit glisser, aller et venir dans le cul de son larbin qui soupirait gentiment.

— Voyons maintenant ce strap-on… je me sens comme une gamine le matin de Noël !

Le visage orné d’un large sourire, la comtesse enfila son organe viril tout neuf. Elle attrapa ensuite son larbin par les cheveux, le tira vers elle, le retourna et plaça le gland de latex contre sa bouche. Larbin ne se laissa pas prier et ouvrit la bouche et entreprit de sucer le phallus postiche du mieux qu’il pouvait.

— Tu as intérêt à bien l’enduire de salive, car j’ai l’intention de profiter à fond de mon cadeau d’anniversaire, dit-elle d’un ton sec qui cachait mal son attendrissement.

«On dira ce qu’on voudra, c’est moins l’objet lui-même que l’emballage et l’intention qui fait le bonheur de recevoir le cadeau», se dit beaucoup plus tard la comtesse de Trakai avant de se retirer dans ses appartements.

«Comme à son habitude, la comtesse de Trakai sortit à six heures et ne revint au manoir que vers onze heures, les nerfs à vif et les sangs en feu, vêtue d’une petite robe trop courte et trop ajustée pour être honnête, faite entièrement de film plastique à bulles d’air servant à emballer les vibromasseurs vendus par correspondance.»

— Je t’ai dit de ne pas bouger, mauviette! Je ne veux surtout pas que tu abîmes ma toilette… dit-elle sur un ton sévère à son larbin.

Le pauvre larbin essayait tant bien que mal de rester stoïque. Il avait toujours détesté la position du missionnaire; tout son poids pesait sur ses bras malingres et douloureux, sa queue bandait douloureusement, éperdument, et la comtesse de Trakai, sa robe invraisemblable remontée à ras le bonbon et les cuisses complaisamment ouvertes, ne faisait que le torturer avec sa cruelle immobilité. Tout ce que larbin voulait, c’est se glisser en elle. Plus rien sur terre ne comptait à part la possibilité, perspective fugace de cette pénétration: il en avait cure d’être foudroyé sur place par les dieux courroucés, tant qu’existait la possibilité de glisser entre les plis soyeux et moites de la comtesse.

— Je te préviens, larbin: si tu crèves ne serait-ce qu’une seule de mes bulles, ce sera illico le supplice de la roue.

Labin savait qu’une telle maladresse serait sévèrement punie, mais il ne pouvait supporter la pensée de se faire tourner jusqu’au bord de l’évanouissement, avec ces clous de métal qui déchireraient à coup sûr sa pauvre chair nue. Il se ressaisit, prit une grande respiration et se braqua autant qu’il put. Le bout de son gland frôlait les nymphes de la comtesse. Les merveilleuses, délicates, accueillantes petites lèvres de l’unique objet de ses pensées, sa maîtresse, son idole, sa cruelle dictatrice qui, il en était convaincu, ne le laisserait jamais prendre l’initiative de l’enconner. Il devait rester immobile, il fallait la laisser faire tous les mouvements. Mais pourquoi n’était-elle pas sur le dessus, comme elle le faisait toujours? La comtesse de Trakai n’avait même pas daigné l’expliquer. Larbin se dit que ce n’était qu’une autre façon particulièrement vicieuse de le torturer.

L’esprit de larbin se mit alors à dérailler. Les mots tournoyaient dans sa cervelle: « Sa chatte… si mouillée… pas bouger… juste un peu plus près… sa chatte… presque…»

— Tu es aussi risible que pitoyable, soupira la comtesse, le regard planté dans celui de son larbin aux abois.

«Dois rester… pas bouger… sa chatte… je vais… je… je… »

POP !

«Décidément, une fois qu’on a crevé une bulle, c’est vraiment trop difficile de s’arrêter», se dit beaucoup plus tard la comtesse de Trakai avant de se retirer dans ses appartements.

«Comme à son habitude, la comtesse de Trakai sortit à six heures. Elle avait toutefois pris soin d’attacher solidement son larbin sur le lit et ne revint au manoir que vers onze heures, un peu éméchée et la fente barbouillée de foutre, pour le border et lui lire une histoire avant son dodo.»

La comtesse remonta ses lunettes du bout de l’index et contempla larbin, ficelé comme un saucisson, qui gémissait sous son bâillon.

— Alors larbin, qu’est-ce que ce sera, ce soir? La Belle aux doigts violents…? Le Petit chaperon au fer rouge? La chatte bottée? Hum… Ah! J’ai trouvé. Voilà quelque chose qui devrait te plaire: Alain Baba et ses quarante violeurs.

La comtesse fit donc la lecture à son larbin en insistant avec délectation sur les passages où les voleurs pénètrent à tour de rôle dans la grotte avec leur gourdin.

— Alors, monsieur je-ne-suis-pas-gay? Ça te fait tourner la tête de t’imaginer te faire prendre dans la tourmente d’une tournante? Ça te fait bander comme une lopette, à ce que je vois…

Elle déposa son bouquin sur la table de chevet, se pencha au dessus de lui et le prit en bouche, jusqu’à ce qu’il soit aussi rigide d’un comptable en pleine vérification.

— Tu aimes autant la chatte que la bite, espèce de pervers… dit-elle avant de relever sa jupe, d’enjamber larbin et de glisser la queue congestionnée dans son con empoissé.

Larbin émit un grognement étouffé. Les yeux écarquillés, les sourcils tremblants, la sueur perlant sur tout son corps, il avait l’air sur le bord de l’apoplexie. Il ruait du bassin autant que ses liens le lui permettaient.

— Reste calme et contente-toi d’écouter l’histoire, siffla la comtesse en reprenant son livre.

Tout en continuant de monter son larbin, elle reprit sa lecture en ne s’interrompant que pour pincer les mamelons, mordre les lobes d’oreilles, gifler et cracher au visage de larbin, convulsé comme un épileptique, secoué autant par la force du coït que par la puissance des mots.

Lorsqu’il eut craché toute sa semence, la comtesse le détacha et lui ordonna de se coucher sur le ventre et menotta ses poignets et ses chevilles aux montants du lit. Elle lui enfonça ensuite un gode trop gros pour être honnête dans le fondement en le grondant d’une voix presque tendre, presque maternelle:

— Tu as encore salopé le lit, larbin. Quelle plaie de toujours avoir à corriger les domestiques!

La comtesse poursuit ainsi la lecture, fessant gentiment son larbin à coup de badine jusqu’à ce que sa virilité soit suffisamment en état de marche pour s’offrir un autre tour de manège. Elle perdit sa page et échappa le livre en jouissant.

«C’est presque trop facile de plaire à un public captif», se dit en soupirant la comtesse de Trakai avant de se retirer dans ses appartements.

«Tu ne veux pas faire ça», me dit-elle en me fusillant du regard.

Personne ne me dit ce que je désire, alors une telle interdiction prit la force d’une invitation. Sa sueur épaisse et lourde de sa nuque se mêla à la buée qui recouvrait mon verre.

«Hey! Qu’est-ce que je t’avais dit?» me cria-t-elle en se retournant.

Les poings contre les hanches, Simone se dressa directement devant moi, en plein milieu de la piste. La musique était assourdissante, ce qui en conséquence limitait notre conversation. Elle me dévisagea quelques secondes, puis fis volte-face et se remit à danser. L’occasion était trop belle et, par bravade, j’appuyai encore mon verre glacé contre la courbe dénudée de sa nuque.

«Bon, ça suffit!» aboya-t-elle. Elle m’attrapa par le coude, planta son regard dans le mien, puis m’ordonna: «Viens avec moi, tout de suite.» Un peu surprise par sa réaction, je me laissai entraîner dans un parcours sinueux à travers la foule suintante de danseurs à moitié nus jusqu’aux toilettes des dames. Elle m’attrapa par le col de mon chemisier, ouvrit d’un coup de pied la porte du premier cabinet libre et me poussa à l’intérieur.

— Je t’avais prévenue. À toi maintenant de subir les conséquences.

D’un geste rapide et précis, elle enleva sa ceinture et me la donna. C’était ma punition habituelle, la plus douloureuse d’entre toutes.

— Des coups vifs et précis. Je veux que ça cuise, que ça fasse des marques que je pourrai montrer aux copines.

Tremblante, je la regardai retirer sa veste de cuir, qu’elle accrocha méticuleusement sur le crochet de la porte. Elle passa ensuite son t-shirt par-dessus sa tête, le plia avec soin et le déposa sur le couvercle de la cuvette. On aurait dit une patiente qui se prépare pour un examen médical. Sauf que les soins prodigués allaient être d’un tout autre ordre qu’une auscultation et un test pap. Simone me tourna le dos, posa ses deux mains sur le mur couvert de graffitis puis siffla :

— La jupe et la culotte. Et tâche d’être une maîtresse convaincante, pour une fois.

Je caressai son dos du bout des doigts et aperçus le galbe d’un sein lorsqu’elle se pencha pour prendre appui sur le mur. Sa peau était douce, satinée, d’un blanc presque phosphorescent sous la lumière cruelle des néons. La ceinture était lourde, noire, épaisse; je la pliai en deux, comme elle me l’avait appris, puis levai le bras au dessus de ma tête. Après quelques secondes d’hésitation, je récitai les phrases habituelles, avec toute la conviction dont j’étais capable :

— Salope. Traînée. Tu vas comprendre qui commande.

Je la frappai sur l’épaule gauche, exactement où elle le veut. Le cuir claqua contre la peau nue et elle se raidit un peu, en encaissant le choc.

— Oui, maîtresse, j’ai été une vilaine esclave… gémit-elle de sa voix d’ingénue d’opérette.

— Prends, ça, catin, ajoutais-je avant de la frapper sur l’épaule droite.

Simone se retourna, fronça les sourcils et me dit, avec sa vraie voix de soumise tyrannique:

Come on ! Tu peux faire mieux, je le sais. Et cette fois, fais attention à ma colonne vertébrale.

Je me mis donc à la frapper en silence, méthodiquement, du mieux que je le pouvais. Le bruit bondissait sur les murs et leur écho revenait me faire violence, comme si j’étais la suppliciée et non le bourreau. J’étais en sueur, et émue jusqu’aux larmes. Le dos de Simone vira lentement au rouge vif. Mon cœur battait à tout rompre, mon souffle s’emballait, mon entrecuisse s’humectait de cyprine poisseuse et mon front, couvert de sueur, laissait tomber des gouttes qui allaient s’écraser contre les zébrures écarlates.

Je ne comptais plus les coups, j’étais déchirée par l’excitation, le dégoût et ce sentiment d’omnipotence cruelle que j’avais honte de ressentir. Tremblante, à deux doigts de l’orgasme, je la frappai encore et encore, de plus en plus fort, et chaque coup était accompagné d’un soupir plaintif ou d’un grognement de bonheur.

— N’arrête surtout pas… pas tout de suite.

Comment aurais-je pu arrêter? J’avais perdu toute volonté propre, tout libre arbitre: elle avait fait de moi – encore une fois – un monstre, une tortionnaire sans la moindre trace d’humanité. Une dominatrice de papier qu’on mène par le bout du nez.

(Extrait de la prochaine mouture des Mémoires de la pétroleuse nymphomane)

Être tortionnaire n’est pas un talent naturel chez moi. J’admets volontiers que je ne suis pas ce qu’on pourrait appeler un ange de douceur et de gentillesse, mais il se trouve que je suis aussi fortement éprise de liberté, si bien que commander me répugne autant que de servir. Il ne me serait d’ailleurs jamais venu à l’esprit de m’adonner au BDSM avant de rencontrer Simone — je ne savais même pas ce que signifiait BDSM, c’est dire. Or, c’est bien connu, ce sont les soumises qui mènent le bal dans ce genre de relation et la mienne était particulièrement tyrannique. Comme je l’aimais d’un amour insensé, comme j’étais prête à n’importe quoi pour la garder près de moi, j’ai dû fouler au pied mes belles convictions libertaires et m’efforcer de devenir une déesse de cuir, une maîtresse cruelle — alors que je ne cessais de crier «  Ni dieu, ni maître » dans mon for intérieur.

Elle me demandait des trucs pas possibles, ce n’était jamais assez hard pour elle. Moi qui suis une petite nature, faiblarde et asthmatique, moi qui tourne de l’œil à la vue de la moindre goutte de sang, de la moindre trace de merde, j’étais servie. Et puis tous ces trucs avec des chiens, moi ça me donnait une frousse pas possible, je devais me faire violence pour l’obliger à prendre son pied avec ces sales cabots. Et son pied, dieu sait qu’elle le prenait : à tue-tête et en en redemandant toujours, continuellement.

Je ne sais pas si c’est le cas de toutes les soumises, mais la mienne était d’une intelligence redoutable. Elle avait fait de brillantes études et se lançait dans ce qui s’annonçait comme une carrière médicale tout aussi brillante. Elle était exigeante envers elle-même et sûrement au moins aussi exigeante envers moi, sa maîtresse. Elle détestait la médiocrité, la routine et acceptait rarement de se soumettre deux fois de suite aux mêmes sévices. Elle voulait toujours du nouveau, de l’inédit, de la perversion à profusion, toujours renouvelée.

Je me suis longtemps demandé pourquoi une femme de sa stature et de son tempérament avait choisi de se faire dominer par une fille comme moi, qui avait si peu la vocation de dominatrice. J’en suis arrivée à la conclusion que ce qu’elle aimait de moi, c’était mon imagination débordante. Pour elle, j’ai écrit mes plus belles œuvres, les plus sublimes, les plus cruelles. Celles que je ne publierai jamais et qui seront éternellement dédiées à sa plus grande gloire.

J’avais beau avoir de l’imagination, il y avait quand même toujours dans tout ce que je pouvais imaginer une part que je ne pouvais accomplir : tout ce qui aurait risqué de la blesser gravement, de la mutiler — voire de la tuer. Il fallait aussi que j’évite tout ce qui pouvait la marquer, du moins sur les parties les plus visibles en société de son corps, car elle avait une vie professionnelle et une respectabilité à préserver, ainsi que de distingués collègues et une famille ultra-catho à ménager.

Je me souviens d’un matin, alors que j’avais passé la nuit précédente à la punir de  mille manières. Elle me dit d’un air déçu, pendant que je la libérais finalement de tous ses liens:

— Tu ne t’es pas servie des aiguilles chauffées à blanc…

— Tu sais que j’ai horreur des aiguilles, c’est un traumatisme d’enfance. Et puis je t’aurais fait des marques compromettantes qu’il t’aurait fallu expliquer à ta mère et au docteur machin-chouette.

Elle soupira.

— Triste monde que celui où une femme ne peut vivre pleinement la sexualité de son choix.

— Pfff. Ta sexualité, tu pourrais la vivre à ta guise si tu n’étais pas si obsédée de respectabilité bourgeoise.

— Ah! Si on pouvait vivre notre amour comme ça, tout simplement, au grand jour, sans craindre l’opprobre…

— Tu pourrais commencer par me demander de t’accompagner au party de Noël de ton département et me présenter à tes parents. Ce serait un bon début…

— Et comment je te présenterais? Comme une amie? Comme une coloc?

— Ce serait plus exact de me présenter comme ton amoureuse, ta maîtresse… ou même ta tortionnaire sadique et cruelle…

— Aussi bien les achever tout de suite d’un coup de revolver.

— Si on se mariait? Tu pourrais me présenter comme ta gentille épouse.

— Tu envisagerais vraiment de…

— Si tu acceptes, je t’attache nue sur la poubelle et je te livre aux éboueurs du quartier pour qu’ils nous fassent un enfant.

Elle me regarda, songeuse, visiblement tentée.

Je suis souvent revenue à la charge avec cette proposition par la suite. L’idée lui plaisait — celle de l’insémination par éboueurs interposés, pas celle du mariage. Je n’ai jamais réussi à la trainer devant un juge de paix, mais elle a fini par me présenter à ses parents. Ils encaissèrent la nouvelle de l’homosexualité de leur fille avec beaucoup moins de difficulté que celle de sa grossesse de père inconnu.

L’accouchement fut la seule occasion où je la vis souffrir physiquement de maux que je ne lui avais pas infligés. Lorsque je pris Louise-Michelle, notre fille, pour la première fois dans mes bras, je compris soudainement que sa maman avait dorénavant une nouvelle tortionnaire.

L’empereur Maximien, séduit par la beauté et les hautes qualités morales de Catherine d’Alexandrie, s’agenouilla un jour devant elle pour lui demander sa main. Après avoir essuyé un refus plein de mépris, il entra dans une fureur telle qu’il ordonna à ses bourreaux de la flageller et de disloquer ses membres. Mais au moment de la soumettre au supplice, les roues où elle avait été liée furent frappées d’un éclair aveuglant et volèrent en éclats, tuant la plupart de ses tortionnaires.

Pendant que le mien liait mes poignets à la tête du lit et caressait de ses mains calleuses les sinuosités les plus intimes de mon corps dénudé, je me demandai si j’allais jouir d’une telle intervention divine. Fébrile, tremblante, j’étais Sainte Anne Archet de Montréal, soumise au supplice de la roue, ne sachant pas ce qui allait ou n’allait pas ce produire.

L’illumination vint lorsque la première goutte de cire brûlante tomba, un peu au dessus de mon ventre, presque entre mes seins, et que je sentis ma peau toute entière s’embraser dans une flamme intense, extatique et miraculeuse.

— Je suis désolée, Monsieur Lheureux est en réunion. Si vous souhaitez laisser un message, je peux vous connecter à sa boîte vocale.

Au son de sa voix, la réceptionniste semblait jeune et sexy et Marie se demanda s’il l’avait baisée et si oui, par quel orifice. «Je me demande si elle a aimé et s’il lui a fait mal comme à moi, si elle le désire autant que je le désire… » se dit-elle. Surtout, elle se demanda pourquoi ça la dérangeait à ce point.

— Madame?

«Madame toi-même, petite garce!» se dit-elle, sans lui répondre. «Tu crois peut-être que je suis vieille et rabougrie parce qu’il a limé tes trous plus récemment que les miens, hein, poufiasse. »

— Vous voulez que je vous connecte?

La dernière fois qu’il y avait eu connexion entre Marie et lui, c’était dans l’escalier de secours de la tour phallique où se trouvait son bureau. Elle l’avait laissé déchirer ses collants et s’enfoncer dans le premier trou contre lequel sa queue avait buté, elle l’avait laissé tripoter ses seins et arracher deux boutons de sa blouse qu’elle portait à sa demande, parce que la pointe de ses seins perçait la soie de la même façon qu’il transperçait ses inhibitions, jusqu’à ce qu’elle le laisse faire tout ce qu’il voulait, jusqu’à ce qu’elle le laisse la pousser contre l’horrible rampe de métal de l’escalier, jusqu’à ce qu’elle se penche dans cette cage d’escalier de béton aussi froide et dure que son cœur. Il l’a baisée et rebaisée sans même daigner enfiler le préservatif qu’elle lui tendait, jusqu’à ce que son cul soit barbouillé de foutre et ses joues baignées de larmes, jusqu’à ce qu’elle ressente dans ses entrailles la brûlure de sa passion — ou plus prosaïquement, du soulagement de ses couilles.

— Je vous envoie tout de suite à sa boîte vocale.

La réceptionniste semblait trop heureuse de se débarrasser de Marie et de son silence qu’elle prenait peut-être pour de l’agressivité ou encore de la débilité légère.

— Vous avez joint le bureau de Patrick Lheureux. Je ne peux vous répondre en ce moment. S’il vous plait, laissez-moi un message.

Ce «s’il vous plait» semblait si étrange à Marie. Il était aussi incongru que tous les «merci» et les «je t’aime» qu’elle ne l’avait jamais entendu prononcer. Parce que ce qui lui plaisait à elle n’avait aucune importance. La seule chose qui importait, c’est qu’elle soit nue, à genoux devant lui, quémandant sa queue ou son attention. L’attention de sa queue. De sa queue en tension.

Le signal de la boîte vocale se fit entendre, Marie prit une grande respiration et plongea au plus profond de sa déchéance.

— C’est moi, Marie…

Elle entendit ce manque, cette urgence dans sa propre voix qui lui serrait la gorge et  brûlait son visage.

— Je veux…

«C’est toi que je veux» pensa-t-elle.

— … enfin, je voulais…

«… que tu me fasses tout ce que tu as envie de me faire… » ajouta-t-elle mentalement.

— … te dire que…

« …que je ne ressens rien lorsque tu n’es pas là pour me toucher et que je n’ai le sentiment d’être en vie que lorsque tu consens à abuser de moi.»

— … que je suis seule pour les prochains jours…

« … tu pourrais donc me baiser comme la première fois, lorsque tu m’as fait m’allonger nue sur le lit conjugal, ne portant que mon jonc de mariage et que je me suis doigtée comme une malade, jusqu’à en perdre la tête, sous ton regard amusé. Tu m’as ensuite attachée et prise plus fort et plus intensément que mon mari ne l’a jamais fait, pas parce que tu m’aimais, même pas parce que tu me désirais, mais seulement parce que tu savais que j’allais m’en souvenir dorénavant chaque fois qu’il allait me pénétrer tendrement sur ce lit où nous avons conçu nos enfants et où je l’ai trahi.»

— … alors si tu as envie de venir à la maison pour dîner…

«… je te servirai dans le minuscule uniforme de soubrette en latex que tu m’as acheté parce que tu savais qu’il n’arriverait pas à contenir mes seins et que j’aurais l’air d’une parfaite salope, aussi parce que tu savais que j’allais la porter quand même uniquement parce que tu me le demandais. Je m’agenouillerai sous la table pendant que du mastiqueras ton rumsteck, je te sucerai la queue et te lécherai délicatement les couilles en laissant un filet de bave couler à la commissure de mes lèvres, un pouce bien enfoncé dans mon cul et l’autre dans ma chatte, comme tu me l’as enseigné et comme tu l’as sûrement appris à toutes les stupides pétasses que tu sautes. »

— … appelle-moi…

«Appelle-moi salope, pute, chienne, charrue, grognasse. Traite-moi de tous ces noms qui m’humilient et m’excitent tant. Dis-moi ces mots je ne tolérais pas avant de te rencontrer. Crache-moi ces mots qui m’ont dépouillé de la personne que je croyais être et qui m’ont laissé avec celle que je croyais que tu désirais. Si tu ne le fais pas, je me les ferai graver dans la chair, je les ferai tatouer sur la peau de mes fesses, pour que tous ceux qui après toi m’enculeront sachent à qui ils ont affaire. »

— … sur mon cellulaire…

«Celui que tu m’as fait acheter. Celui dont mon mari ignore l’existence. Celui que tu as glissé dans un condom et enfoncé dans mon con quand j’étais attachée et sans défense — même si je suis toujours sans défense avec toi, attachée ou non. Celui que tu as fait vibrer en rigolant, pour m’apprendre ce que voulait dire l’expression phone sex. Celui que j’utiliser en ce moment pour m’offrir à toi parce que tu es maintenant la seule voie qu’il me reste vers moi-même. »

Marie raccrocha, mais ne mit pas fin à la connexion. Elle était liée à lui par un besoin bien plus fort que sa volonté. Assise sur son lit, attendant son appel, attendant qu’il daigne lui dire quand et comment il allait abuser de son corps et de son esprit, elle se mit à pleurer. Des larmes amères coulèrent sur ses joues, causées non pas par la trahison et l’humiliation ou la brûlure de cette laisse invisible qui la liait toujours à lui, mais parce qu’elle redoutait que le jour où il lâcherait cette laisse soit finalement arrivé et qu’en traînant sur le sol derrière elle, cette laisse finisse par s’emmêler, qu’elle s’y empêtre et en meurt étranglée.

 

Venue à l’improviste prendre le thé à la maison, cousine Mirelle avait placé un mouchoir sur mon vieux divan défoncé récupéré dans la rue pour ne pas salir sa précieuse jupe. Une tasse fumante à la main et une moue dédaigneuse à la bouche, elle finit par me cracher la question pour laquelle elle avait daigné franchir le pas de mon trois et demi.

— Qu’est-ce que tu as acheté à tante Cécile pour son anniversaire?

Quelle chipie! Faire tout ce chemin pour le seul plaisir de frotter mon nez dans ma propre crasse!

— Rien, lui répondis-je après avoir ravalé ma colère avec un peu de Earl Grey. Je suis pauvre comme la gale en ce moment. Alors, je lui ai tricoté ceci.

Je me levai et allai chercher l’écharpe sur laquelle je besognais depuis un mois. J’aime beaucoup ma tante Cécile, qui en a bavé plus qu’elle méritait toute sa vie, et je me fais un point d’honneur de souligner son anniversaire. Placée au couvent trop jeune, on l’a soupçonnée d’amitiés un peu trop particulières avec une novice de son âge. On l’a décrétée hystérique, on lui a enfilé la camisole de force, on lui a fait subir les jets d’eau froide et l’isolement prolongé en cellule. Il a fallu que ma mère et ses sœurs forment un commando et prennent d’assaut le couvent de ces enragées pour la libérer de cet enfer. Depuis, cette toute petite dame vit toute seule dans son tout petit appartement, avec sa toute petite télé, son tout petit chat et son tout petit sofa qu’elle m’a toujours offert sans me poser de questions, chaque fois que l’univers semblait s’écrouler autour de moi.

Je montrai donc à la cousine Mireille ce que j’avais réussi de peine et de misère à tricoter pour ma tante préférée.

— Ah? C’est… intéressant. Qu’est-ce que c’est? me dit-elle avec un sourire aussi blanc qu’hypocrite.

— C’est une écharpe. Ça se voit, non?

— Peut-être…

— C’est le mieux que j’arrive à faire. Je ne suis pas très douée pour les travaux de l’aiguille, dis-je en soupirant.

— Si tu travaillais, aussi, tu aurais de l’argent pour faire des cadeaux.

I would prefer not to…

— Hein?

— C’est de Melville. Bartleby the Scrivener.

— Plus on est paresseuse, plus on a le temps d’avoir des lettres, c’est bien connu. Regarde, madame simplicité volontaire, ce que j’ai acheté à notre chère tante.

Elle extirpa de son sac un petit paquet enveloppé de papier de soie blanc qu’elle développa avec mille précautions.

— Un carré d’Hermès! Il est magnifique! Mais… il a dû te coûter un prix fou!

— Ce n’est pas un carré, mais un châle en cachemire et en soie. Il ne m’a coûté que mille deux cents dollars.

— Pfff… «Que» mille deux cents dollars… sifflai-je, incrédule.

— Avec ma promotion, je peux me le permettre. Je t’avais dit que je suis maintenant vice-présidente marketing pour l’est du Canada?

— C’est la troisième fois que tu le mentionnes. Cécile va être folle de joie… j’aurais tant voulu lui faire un cadeau de ce genre.

— Ça bat l’écharpe mal foutue, hein?

— C’est vraiment injuste, tu la fréquentes à peine…

Elle me fit un sourire encore plus blanc et hypocrite.

— Je pourrais te la donner, si tu veux… me dit-elle en agitant le châle sous mon nez.

— Donner? Je suis surprise que ce mot fasse partie de ton vocabulaire! Allez, dis-le donc directement : qu’est-ce que tu veux en échange?

Elle ramena son popotin (et son mouchoir) vers moi et glissa une main sur mon genou.

— Tu pourrais être… gentille avec moi, susurra-t-elle, une lueur vicieuse dans le regard.

Je me reculai, incrédule. La cousine Mireille est bien la dernière personne

— Tu es tombée sur la tête ou quoi?

— Depuis que Paul, ce sale traître, a foutu le camp avec sa petite traînée, je n’ai pas… enfin, tu sais, ce que je veux dire.

— Et alors? Depuis quand t’intéresses-tu aux femmes?

Je sentis ses ongles s’enfoncer légèrement dans la chair de ma cuisse.

— Ma nouvelle secrétaire est très paresseuse… elle mériterait d’être sévèrement corrigée, mais la fessée est considérée comme une forme de harcèlement par la convention collective.

— Si c’est pas malheureux, hein…

— Je ne te le fais pas dire. S’il n’en tenait qu’à moi, je la déculotterais, lui enfoncerais un gode au cul, la coucherais à plat ventre sur mes genoux, puis lui chaufferais les fesses à coup de badine, comme elle le mérite.

— Oh!

Elle attrapa mon menton, plongea longuement son regard dans le mien, puis me roula une pelle digne d’Autant en emporte le vent.

— Ensuite, je lui ordonnerais de se mettre à genoux sous mon bureau et je l’obligerais à me lécher la chatte jusqu’à ce que je jouisse.

— Je…

— Enfin, je lui donnerais son quatre pour cent et la renverrais chez elle, la figure rendue luisante par mon plaisir et les fesses à vif.

— Tu ne t’attends quand même pas à ce que je t’aide à réaliser tes fantasmes de cadre supérieur à la noix? lui demandai-je, estomaquée.

— Nous avons tous un prix, dit-elle simplement en me montrant une dernière fois le châle de tante Cécile.

Je me mordis les lèvres.

— Alors?

— Je n’ai pas de badine.

— Qu’est-ce que tu crois… j’ai apporté tout le nécessaire! dit-elle joyeusement en sortant de son sac l’objet en question ainsi que des menottes, un bâillon-boule, un tube de lubrifiant, et un plug anal de taille effrayante.

Le lendemain, tante Cécile, la larme  à l’œil, admirait son châle tout neuf après m’avoir embrassée sur les deux joues.

— Il est magnifique, ma petite chérie! Vraiment, tu n’aurais pas dû… il a dû te coûter un prix fou, me dit-elle, la voix étranglée par l’émotion.

— Seulement la peau des fesses, lui répondis-je, tout sourire, en tortillant mon popotin endolori.

Dès le premier jour où Henri prit la route au volant de sa BMW flambant neuve, il remarqua que la plus jolie des conductrices qu’il avait doublée pendant la matinée se retrouvait, le soir venu, nue, ligotée et bâillonnée sur le tapis de son salon, attendant sagement d’être embrassée, dévêtue et prise. Puisqu’il en était ainsi du lundi au vendredi — sauf les jours fériés — il cessa rapidement d’en être surpris, se disant qu’il s’agissait fort probablement d’une de ces innovations technologiques dont les ingénieurs allemands ont le secret et qui a fait la réputation de l’industrie automobile teutonne.

Henri aimait prendre ces jolies automobilistes vigoureusement, brutalement, même. Il avait pris l’habitude de les baiser par-derrière après les avoir placées le ventre contre le bras du fauteuil ou du divan, ses mains fermement cramponnées sur leurs hanches ou leurs seins. Plus rarement, il se sentait d’humeur romantique et tendre; il leur léchait alors longuement la fente, leur murmurait de petits riens à l’oreille et leur faisait langoureusement l’amour en se noyant dans leur regard. Mais après quelques mois, cela lui arrivait de plus en plus rarement et il avait même cessé de s’en sentir coupable.

Un jour, sur le chemin du retour, Henri se trouvait dans la voie du centre, derrière une Mini Cooper conduite par une mignonne rouquine qu’il imaginait déjà, cul à l’air, étendue sur sa causeuse. En s’apprêtant à prendre la voie de gauche, un camion de Fedex surgi de son angle mort se mit à klaxonner et le coupa sans crier gare. La BM d’Henri se mit alors à toussoter comme un vieux tacot et à ralentir tant et si bien qu’il n’eut d’autre choix que de se ranger dans la voie de desserte.

Henri eut à peine le temps de pester contre sa malchance avant d’être aveuglé par un éclair blanc. Lorsqu’il revint à lui, il s’aperçut qu’il ne portait rien d’autre qu’un string de cuir clouté et un bâillon enfoncé profondément dans sa bouche. Il était pieds et poings liés, étendu sur une peau d’ours devant un foyer éteint, dans un salon aux meubles démodés et aux murs recouverts de papier peint défraîchi.

Un homme s’approcha de lui en souriant, l’observa quelques minutes d’un air satisfait, puis retira son uniforme de livreur. La bite turgescente à la main, il fessa gentiment le cul d’Henri pour en tester l’élasticité, avec au visage l’expression angélique de celui qui s’attend à passer un intense quart d’heure.