Venue à l’improviste prendre le thé à la maison, cousine Mirelle avait placé un mouchoir sur mon vieux divan défoncé récupéré dans la rue pour ne pas salir sa précieuse jupe. Une tasse fumante à la main et une moue dédaigneuse à la bouche, elle finit par me cracher la question pour laquelle elle avait daigné franchir le pas de mon trois et demi.
— Qu’est-ce que tu as acheté à tante Cécile pour son anniversaire?
Quelle chipie! Faire tout ce chemin pour le seul plaisir de frotter mon nez dans ma propre crasse!
— Rien, lui répondis-je après avoir ravalé ma colère avec un peu de Earl Grey. Je suis pauvre comme la gale en ce moment. Alors, je lui ai tricoté ceci.
Je me levai et allai chercher l’écharpe sur laquelle je besognais depuis un mois. J’aime beaucoup ma tante Cécile, qui en a bavé plus qu’elle méritait toute sa vie, et je me fais un point d’honneur de souligner son anniversaire. Placée au couvent trop jeune, on l’a soupçonnée d’amitiés un peu trop particulières avec une novice de son âge. On l’a décrétée hystérique, on lui a enfilé la camisole de force, on lui a fait subir les jets d’eau froide et l’isolement prolongé en cellule. Il a fallu que ma mère et ses sœurs forment un commando et prennent d’assaut le couvent de ces enragées pour la libérer de cet enfer. Depuis, cette toute petite dame vit toute seule dans son tout petit appartement, avec sa toute petite télé, son tout petit chat et son tout petit sofa qu’elle m’a toujours offert sans me poser de questions, chaque fois que l’univers semblait s’écrouler autour de moi.
Je montrai donc à la cousine Mireille ce que j’avais réussi de peine et de misère à tricoter pour ma tante préférée.
— Ah? C’est… intéressant. Qu’est-ce que c’est? me dit-elle avec un sourire aussi blanc qu’hypocrite.
— C’est une écharpe. Ça se voit, non?
— Peut-être…
— C’est le mieux que j’arrive à faire. Je ne suis pas très douée pour les travaux de l’aiguille, dis-je en soupirant.
— Si tu travaillais, aussi, tu aurais de l’argent pour faire des cadeaux.
— I would prefer not to…
— Hein?
— C’est de Melville. Bartleby the Scrivener.
— Plus on est paresseuse, plus on a le temps d’avoir des lettres, c’est bien connu. Regarde, madame simplicité volontaire, ce que j’ai acheté à notre chère tante.
Elle extirpa de son sac un petit paquet enveloppé de papier de soie blanc qu’elle développa avec mille précautions.
— Un carré d’Hermès! Il est magnifique! Mais… il a dû te coûter un prix fou!
— Ce n’est pas un carré, mais un châle en cachemire et en soie. Il ne m’a coûté que mille deux cents dollars.
— Pfff… «Que» mille deux cents dollars… sifflai-je, incrédule.
— Avec ma promotion, je peux me le permettre. Je t’avais dit que je suis maintenant vice-présidente marketing pour l’est du Canada?
— C’est la troisième fois que tu le mentionnes. Cécile va être folle de joie… j’aurais tant voulu lui faire un cadeau de ce genre.
— Ça bat l’écharpe mal foutue, hein?
— C’est vraiment injuste, tu la fréquentes à peine…
Elle me fit un sourire encore plus blanc et hypocrite.
— Je pourrais te la donner, si tu veux… me dit-elle en agitant le châle sous mon nez.
— Donner? Je suis surprise que ce mot fasse partie de ton vocabulaire! Allez, dis-le donc directement : qu’est-ce que tu veux en échange?
Elle ramena son popotin (et son mouchoir) vers moi et glissa une main sur mon genou.
— Tu pourrais être… gentille avec moi, susurra-t-elle, une lueur vicieuse dans le regard.
Je me reculai, incrédule. La cousine Mireille est bien la dernière personne
— Tu es tombée sur la tête ou quoi?
— Depuis que Paul, ce sale traître, a foutu le camp avec sa petite traînée, je n’ai pas… enfin, tu sais, ce que je veux dire.
— Et alors? Depuis quand t’intéresses-tu aux femmes?
Je sentis ses ongles s’enfoncer légèrement dans la chair de ma cuisse.
— Ma nouvelle secrétaire est très paresseuse… elle mériterait d’être sévèrement corrigée, mais la fessée est considérée comme une forme de harcèlement par la convention collective.
— Si c’est pas malheureux, hein…
— Je ne te le fais pas dire. S’il n’en tenait qu’à moi, je la déculotterais, lui enfoncerais un gode au cul, la coucherais à plat ventre sur mes genoux, puis lui chaufferais les fesses à coup de badine, comme elle le mérite.
— Oh!
Elle attrapa mon menton, plongea longuement son regard dans le mien, puis me roula une pelle digne d’Autant en emporte le vent.
— Ensuite, je lui ordonnerais de se mettre à genoux sous mon bureau et je l’obligerais à me lécher la chatte jusqu’à ce que je jouisse.
— Je…
— Enfin, je lui donnerais son quatre pour cent et la renverrais chez elle, la figure rendue luisante par mon plaisir et les fesses à vif.
— Tu ne t’attends quand même pas à ce que je t’aide à réaliser tes fantasmes de cadre supérieur à la noix? lui demandai-je, estomaquée.
— Nous avons tous un prix, dit-elle simplement en me montrant une dernière fois le châle de tante Cécile.
Je me mordis les lèvres.
— Alors?
— Je n’ai pas de badine.
— Qu’est-ce que tu crois… j’ai apporté tout le nécessaire! dit-elle joyeusement en sortant de son sac l’objet en question ainsi que des menottes, un bâillon-boule, un tube de lubrifiant, et un plug anal de taille effrayante.

Le lendemain, tante Cécile, la larme à l’œil, admirait son châle tout neuf après m’avoir embrassée sur les deux joues.
— Il est magnifique, ma petite chérie! Vraiment, tu n’aurais pas dû… il a dû te coûter un prix fou, me dit-elle, la voix étranglée par l’émotion.
— Seulement la peau des fesses, lui répondis-je, tout sourire, en tortillant mon popotin endolori.